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SIRA 6 – [Partie 01/19] LES EXPÉDITION DU SAINT PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)

« Cependant, ceux qui sont liés par la parenté ont priorité les uns envers les autres » (8 :75)

Intermédiaire · 21 min de lecture · 6 octobre 2023

Ancien article · non reluArticle repris tel quel de l’ancien site Solisalim (publié le 6 octobre 2023). Il n’a pas encore été relu par le comité savant.

Au nom d’ALLAH, le Miséricordieux par Essence et par Excellence.

Allahoumma sôlli salim Amine, Allahoumma sôlli salim Amine, Allahoumma sôlli salim Amine

Le Prophète (SAW) dit : « Ô Abou Bakr ! Allah exalté soit-Il m’a autorisé à sortir et émigrer »

Avant de rentrer dans Médine, le Saint Prophète (SAW), Abu Bakr (RA), et l’éclaireur furent accueillis dans le village de Qubâ par les Banû Amrû ibn Awf chez qui ils passèrent quatre jours, durant ces quelques jours, le Prophète (SAW) bâtit une mosquée, appelé désormais mosquée de Qubâ. Après quoi, Il (SAW) rentra dans Yathrib, pendant son trajet vers le centre de Médine, chacun des chefs des tribus l’invitait à aller habiter dans sa maison. Mais le Noble Prophète (SAW) déclinait poliment chaque offre. Ensuite, Il (SAW) se mit sur le dos de sa chamelle, lâcha la bride pour la laisser libre de ses mouvements. Elle s’en alla dans les rues de la ville et les Musulmans en liesse lui ouvraient le passage, la suivaient curieux de l’endroit où elle allait s’arrêter. Les juifs et les associateurs regardaient aussi cette nouvelle vie en train de se bâtir.

Dorénavant, Médine allait devenir le rempart de la nouvelle communauté et le centre d’où rayonnerait l’islam.

I. LA SITUATION QUI PREVALAIT A MEDINE AU MOMENT DE L’HEGIRE

L’émigration ne signifiait pas seulement épreuves et tourments, mais aussi coopération pour l’édification d’une nouvelle société dans un pays en sécurité. A cette fin, obligation fut faite à tout musulman valide de contribuer à l’édification de cette nouvelle patrie, de déployer des efforts pour la fortifier et en assurer le bien-être.

Il ne faisait aucun doute que le Messager d’Allah (SAW) occupait les fonctions d’imam, de général et de guide dans l’édification de cette société. Il (SAW) gérait les affaires que, d’ailleurs, personne ne lui discutait. Les tribus avec lesquelles il (SAW) se trouvait confronté à Médine se répartissaient en trois catégories de réalités totalement différentes. Chacune de ces catégories de tribus le confrontait à d’innombrables problèmes spécifiques.

De telles catégories étaient :

1) Ses purs, précieux et dévoués compagnons (RA)) qui avaient tout laissés,

2) les associateurs qui ne croyaient pas encore mais qui se réclamaient des vraies tribus de Médine,

3) les juifs de la région avec leur poids politique, économique et militaire dans la société Yathrib.

A) Les problèmes auxquels il faisait face du côté de ses compagnons (RA) se ramenaient au fait que les conditions de vie à Médine étaient totalement différentes de celles dans lesquelles ceux-ci avaient vécu à la Mecque, où, bien qu’unis par le même langage et orientés vers le même but, ils vivaient dispersés dans diverses maisons, contraints, humiliés et pourchassés. Ils n’avaient aucun pouvoir. C’était plutôt à leurs ennemis au regard de la religion que le pouvoir revenait. Sous ce rapport, de tels musulmans étaient incapables d’édifier une nouvelle société musulmane dotée de ce qu’il faut à toute société humaine du monde. C’est pourquoi, nous constatons que les sourates révélées à la Mecque se contentent de détailler les principes de l’Islam, de développer une législation que tout individu pouvait pratiquer et d’exhorter à la bonté, au bien, à la générosité de caractère, à l’abstention des turpitudes et des bassesses. Quant à Médine, les musulmans y géraient leurs propres affaires et cela, dès le premier jour. Aucun associateur ne les contrôlait. Aussi, était ce pour eux le moment de faire face aux problèmes de civilisation et de bien-être, de subsistance et d’économie, de politique et de gouvernement, de paix et de guerre. C’était aussi le moment d’apporter des correctifs sur les questions du licite et de l’illicite, du culte et de la moralité, ainsi de suite. Il était enfin temps de fonder une nouvelle société, une société musulmane différente dans toutes ses dimensions de la société antéislamique, spécifique par rapport à toute autre société du monde et représentante de l’appel à l’Islam pour lequel les musulmans avaient subi plusieurs formes de supplices et de tortures, dix années durant. Bien entendu, la création d’aucune société de ce type ne saurait se réaliser en un jour, un mois ou un an. Au contraire, il fallait beaucoup de temps au cours duquel, graduellement, serait complétées la législation et la codification mêlées d’instruction, de formation et d’éducation. Allah était la source, le garant de la législation et le Messager d’Allah (SAW) chargé de la mise en application, de l’orientation et de l’éducation des musulmans, conformément à cette législation :

« C’est Lui qui a envoyé à des gens sans Livre (les Arabes) un Messager des leurs qui leur récite Ses versets, les purifie et leur enseigne le Livre et la Sagesse » (62 :2).

Les compagnons (RA) offraient leurs cœurs au Très-Haut, tiraient leurs ornements de ses lois dont l’audition les réjouissait.

« Quand ses versets leur sont récités cela fait augmenter leur foi » (8 :2).

La collectivité des musulmans comprenait deux parties :

a) une partie constituée de ceux qui étaient sur leur territoire, dans leurs demeures et avec leurs biens, et dont les préoccupations étaient celles d’assurer la sécurité de leurs troupeaux. Ceux-là étaient Al-Ansâr entre qui régnaient une discorde invétérée et une hostilité chronique, depuis fort longtemps.

b) une partie constituée des émigrés qui, eux, avaient tout perdu, tout laissé derrière pour sauver leurs vies en émigrant à Médine. Ils n’avaient ni abri ni travail grâce auquel ils pouvaient gagner leur vie, ni argent pour leurs dépenses. Le nombre de ces réfugiés, réduit au départ, s’accroissait de jour en jour car, en effet, l’ordre d’émigrer concernait tous ceux qui croyaient en Allah et en Son messager. Or, comme on le sait, Médine n’était pas d’une richesse excessive. En conséquence son équilibre économique s’ébranla. En cette situation critique les forces hostiles à l’Islam effectuèrent une sorte de boycott économique entraînant une pénurie des produits importés et les circonstances s’aggravèrent.

B) La seconde couche de population était constituée des associateurs se réclamant des tribus de Médine. Ceux-ci n’avaient aucun pouvoir sur les musulmans. Certains d’entre eux doutaient de leur cas et hésitaient à quitter la religion de leurs ancêtres, mais, ne dissimulaient pas d’intentions d’hostilité et des machinations contre l’Islam et les musulmans. Ceux-ci, peu de temps après, embrassèrent l’Islam et consacrèrent à Allah une sincère dévotion. Il y avait dans cette couche des gens dissimulant des intentions d’hostilité et d’agression contre le Prophète (SAW) et les musulmans. Cependant, ils ne pouvaient pas les attaquer. Au contraire, ils étaient obligés de manifester de l’amour et de la pureté, parce que le moment ne s’y prêtait pas. A la tête de ceux-là se trouvait Abdou !1ah ibn Oubay dont Al-Aws et Al- Khazraj reconnurent tous l’autorité après la guerre de Bou’âth, alors qu’auparavant ils ne s’étaient mis d’accord sur l’autorité de personne. Ils s’étaient entendus pour le considérer comme roi et, effectivement, il était sur le point de devenir le roi de Médine lorsque, tout à coup, le Prophète (SAW) arriva. Alors les gens le laissèrent tomber pour aller vers lui. Il en vint à estimer que le Saint Messager d’Allah (SAW) lui avait ravi son pouvoir et pour cela dissimulait une rive hostilité à son égard. Ainsi, voyant que les circonstances ne lui étaient pas favorables pour afficher son polythéisme et que le Prophète (SAW) interdisait les utilités mondaines, il affecta d’accepter l’Islam après Badr tout en restant dans le fond, sur son impiété. Il ne trouvait jamais le moyen de piéger le noble Prophète (SAW) et les musulmans sans l’utiliser. Les compagnons, les chefs privés des postes qu’ils auraient obtenus s’il avait été roi, l’aidaient et l’appuyaient dans la mise à exécution de ses plans et, peut-être, choisissaient-ils certains jeunes et certains nigauds comme valets parmi les musulmans, pour réaliser leurs desseins.

C) La troisième couche de population était constituée des juifs qui, s’étaient alignés du côté du Hijâz, au temps de la persécution Assyrienne et romaine.

Ceux-ci étaient en vérité des hébreux mais, après s’être retirés dans le Hijâz, ils s’étaient arabisés leur parler et leur civilisation et même les noms de leurs tribus et de leurs individus étaient devenus arabes. Dans ce cadre, des liens matrimoniaux les unissaient aux arabes.

Toutefois, ils avaient conservé un chauvinisme racial pour lequel ils ne s’étaient pas totalement intégrés aux arabes. Au contraire s’enorgueillissant, de leur nationalité israélo-juive, ils méprisaient les arabes de la manière la plus forte, au point même de les appeler analphabètes pour dire que ceux-ci étaient des bêtes, des simples d’esprit et d’ignobles arriérés. Ils estimaient qu’il leur était licite d’abuser des biens arabes, et d’en faire ce qu’ils voulaient

« Ils dirent : ces (arabes) qui n’ont pas de Livre n’ont aucun chemin pour nous contraindre ». (3 :75).

Ils n’avaient aucune volonté de répandre leur religion. Plutôt la majorité de leurs pratiques religieuses se ramenait au présage, à la magie, à la sorcellerie, à l’incantation et consorts. Avec cela, ils se prenaient pour des détenteurs de sciences, de mérite et de leadership spirituel. Ils passaient pour maîtres dans l’art de s’attirer des gains et des moyens de subsistance. Ils avaient le monopole du commerce des céréales, des dattes, du vin et des vêtements. A cet égard, ils importaient des vêtements, des céréales et du vin, exportaient des dattes ; outre ces activités, ils avaient d’autres occupations. Ils tiraient énormément de profits des arabes de tout bord, mais ne se contentaient pas de cela. C’était aussi des usuriers prêtant de l’argent aux Cheikhs et aux seigneurs des arabes, de manière à leur permettre de s’attirer la louange des poètes et de se faire une réputation parmi les gens, à coups de dépenses sans utilité, nulles et non avenues. Ce faisant, ils hypothéquaient ensuite leurs terres, leurs cultures et leurs jardins, pour se les approprier quelques années plus tard. C’était des monteurs de cabales, des comploteurs, des arrogants et des corrupteurs, semant l’inimitié et la haine entre les tribus arabes voisines qu’ils incitaient les unes contre les autres, grâce à des machinations secrètes que celles-ci étaient loin de soupçonner. De telles tribus ne cessaient donc de se livrer des guerres sanglantes et continues ravivées par les juifs qui, du reste, en attisaient les feux toutes les fois qu’ils constataient que ceux-ci frôlaient l’étouffement et l’extinction. Suite à de telles instigations, les juifs se mettaient à l’écart, observant, sereins, ce qui allait arriver à ces arabes. Ils faisaient aux belligérants d’énormes prêts usuraires pour les engager dans ces guerres et aussi de manière à les amener à ne point se retirer de celles-ci pour y avoir consacré des dépenses ahurissantes. Un tel travail, au demeurant, leur rapportait deux profits : d’une part il leur permettait de conserver leur entité juive, de s’investir dans l’usure qui leur rapportait énormément et de l’autre d’acquérir des richesses considérables. Il y avait à Médine trois tribus juives de célébrité : 1) Banou Kaynoukâa qui était les alliés d’Al-Khazrai. Leurs demeures se trouvaient à l’intérieur de Médine, 2) Banou An-Nadir, 3) Banou Kouraidha. Ces deux dernières tribus étaient les alliées d’Al- Aws. Leurs demeures se trouvaient dans la banlieue de Médine. Il s’agissait là des tribus qui, depuis fort longtemps, alimentaient les guerres entre Al-Aws et Al-Khazraj. Elles avaient directement participé à la guerre de Bouaâth aux côtés de leurs alliés respectifs.

Naturellement, on ne pouvait espérer des juifs, comme réactions à l’Islam, que la haine et la rancœur, car, le Noble Messager (SAW) n’était pas de leur race au point d’échapper au chauvinisme dominant leurs réalités psychologiques. Il s’y ajoute que l’appel à l’Islam n’était qu’un appel à la vertu, unissant les cœurs, éteignant le feu de l’inimitié et de la haine, invitant les gens à s’attacher à l’honnêteté dans les affaires et à la consommation des biens licites. Tout cela voulait dire que les tribus arabes de Médine finiraient par se retrouver et qu’alors, nécessairement, elles échapperaient au contrôle des juifs. Ceux-ci échoueraient dans leurs activités commerciales, se verraient interdire les biens usuraires à la base de leur opulence et de leur bien-être. Mieux, ces tribus allaient peut-être se réveiller pour prendre en compte leurs biens saisis par les usuriers juifs, et, en conséquence, récupérer leurs terres et leurs jardins qui leur avaient été retirés par ces pratiquants de l’usure. Les juifs s’attendaient à tout cela dès le moment où ils surent que l’appel à l’Islam cherchait à s’installer à Médine.

C’est pourquoi ils dissimulaient l’hostilité la plus intense à l’égard de l’Islam et du Noble Messager d’Allah (SAW) et cela, depuis que celui-ci fit son entrée à Médine, même s’ils n’avaient pas pour l’instant, l’audace de se manifester. Cela apparaît clairement dans ce qu’ibn lshâk a rapporté de la mère des croyants, Safiya (RA), ibn lshâk dit : « On m’a rapporté les propos de Safiya fille de Houyay ibn Akhtab exprimés en ces termes : « J’étais l’enfant préféré de mon père et de mon oncle paternel Abi Yâsir de sorte que jamais je ne les rencontrais en compagnie d’un de leurs enfants, sans qu’ils ne me prissent à l’exclusion de l’autre. Lorsque le Messager d’Allah (SAW) fut arrivé à Médine et qu’il fut descendu à Koubâ chez Banî Amr ibn Awf, mon père, Houyay ibn Akhtab et mon oncle Abou Yâsir ibn Akhtab allèrent le voir le matin de bonne heure et ne s’en retournèrent qu’au coucher du soleil. Ils revinrent las, épuisés et titubant. J’ai essayé de les égayer comme j’en avais l’habitude. Par Dieu aucun n’a fait attention à moi tellement ils étaient affligés… Et J’entendis mon oncle Abou Yâsir dire à mon père Houyay ibn Akhtab : Est-ce lui-même ? Es-tu sur que c’est lui (c’est à dire le Prophète (SAW) ?

Mon père : Oui, par Allah !

Mon oncle : Le connais-tu bien ? L’as-tu bien authentifié ?

Mon père : Oui.

Mon oncle : Alors que sais-tu de lui.

Mon père : Son inimitié a cessé par Allah !

Mon oncle : Qu’as-tu l’intention de faire avec lui ?

Mon père : Par Dieu, je serai son ennemi tant que je vis ! »

Un autre témoignage nous est apporté par ce qu’Al-Boukhâri (RA) a rapporté au sujet de la reconversion à l’Islam de Abdillâh ibn Salâm (RA). Celui-ci était un hébreu se réclamant des plus grands ulémas juifs. Dès qu’il eut appris l’arrivée du Messager d’Allah (SAW) à Médine, chez Banî An-Najjâr, il se dépêcha de venir le voir. Il lui posa des questions auxquelles, seul, un Prophète pouvait répondre. Après l’audition des réponses apportées par celui-ci à ses questions, il crut en lui, séance tenante, et, ensuite, lui dit : « Les juifs constituent un peuple de calomnie et de diffamation. S’ils sont au courant de ma conversion avant que tu ne les interroges, ils viendront auprès de toi souiller ma réputation ». Alors, le Messager Allah (SAW) envoya appeler les juifs qui, ensuite, se présentèrent en même temps que Abdillâh ibn Salâm. Il leur dit : « Lequel de vous est Abdoullah ibn Salâm ? » Ils répondirent : « Le plus instruit parmi nous et le fils du plus instruit parmi nous ; la crème parmi nous et le fils de la crème parmi nous ». Une certaine formulation donne « notre seigneur et le fils de notre seigneur » et une autre « le meilleur parmi nous et le fils du meilleur parmi nous, le plus vertueux parmi nous et le fils du plus vertueux parmi nous ». Alors le Messager d’Allah (SAW) ajouta : « Que diriez-vous s’il embrassait l’Islam ? » Ils répondirent : « Qu’Allah l’en préserve (deux ou trois fois) ». Sortant de sa cachette Abdoullah ibn Salâm se dirigea vers eux et dit : « J’atteste qu’il n’y a de divinité qu’Allah et que Mohammad est Son messager ». Les juifs, frustrés, dirent « le pire parmi nous et le fils du pire parmi nous » et se jetèrent sur lui. Celui-ci dit en substance : « Ô juifs ! Craignez Allah ! Par Allah en dehors de qui il n’y a point de divinité, vous savez pertinemment qu’il est le Messager d’Allah (SAW) et qu’il apporte la vérité ». Ils lui dirent : « Tu mens ».

Il s’agissait de la première expérience vécue par le Messager d’Allah (SAW) au contact des juifs, dès le premier jour de son arrivée à Médine. Tout ceci concerne la situation interne.

Au plan externe, les plus irréductibles des ennemis de l’Islam étaient les Koraïchites qui, au temps où les musulmans étaient encore à la Mecque, avaient mis en œuvre toutes formes de persécutions, de menaces, de tracasseries, de privation de nourriture et de boycott. Ils les avaient soumis aux supplices et aux malheurs, leur avaient déclaré une violente guerre psychologique accompagnée d’une propagande vaste et organisée. Ensuite, dès que les musulmans eurent émigré à Médine, ils confisquèrent leurs terres, leurs demeures et leurs biens, retinrent leurs femmes et leurs enfants. Mieux, ils emprisonnèrent et châtièrent ceux qu’ils savaient être sans défense. Non contents de cela, ils avaient comploté pour assassiner le réalisateur de l’appel (SAW), ne ménageant aucun effort pour atteindre leurs objectifs.

Ensuite, lorsque les musulmans se furent réfugiés à un endroit situé à 500 km de la Mecque, ils exercèrent le rôle politique que leur conférait leur positionnement parmi les arabes comme avant-garde des affaires mondaines, détenteurs du leadership religieux, occupants du Haram, voisine et gardiens du temple sacré d’Allah. Aussi, incitèrent-ils d’autres associateurs de la Péninsule contre les habitants de Médine au point que celle-ci vécut une sorte de boycott d’une certaine intensité car, ses produits importés s’amoindrirent, alors que le nombre de réfugiés augmentait de jour en jour.

Assurément, il s’agissait là d’une situation de guerre entre ces agresseurs Mecquois et les musulmans dans leur nouvelle patrie. Ces derniers avaient le droit de confisquer les biens de tels agresseurs, de la même manière qu’ils avaient confisqué les leurs, de les soumettre aux supplices de la même manière qu’ils le firent, de dresser des obstacles sur leurs passages de la même manière qu’ils en posèrent sur le chemin des musulmans, de rendre la pareille à ces agresseurs de façon à ne jamais leur permettre d’exterminer les musulmans et aussi d’extirper les racines de leur civilisation.

Tels étaient les problèmes et les questions avec lesquels le Messager d’Allah (SAW) était confronté à son arrivée à Médine en tant que Messager, guide, imam et général. Le Noble Prophète (SAW) réagit à tout cela avec expertise et sagacité et traita chaque tribu, sur la base de ce qu’elle méritait comme compassion, clémence, violence ou châtiment - sans doute la clémence l’emportait sur la violence et le supplice - jusqu’au moment où l’Islam et les musulmans prirent le dessus en quelques années.

II. L’EDIFICATION D’UNE NOUVELLE SOCIETE

L’arrivée du Saint Messager d’Allah (SAW) à Médine et sa descente chez Banî An-Najjâr eurent lieu le vendredi 12 du mois de Rabi’ Awwal de l’an 1 de l’Hégire soit (27 septembre 622 G.) dans une autre version ce serait le 15 juillet 622 et qu’à l’occasion, il (SAW) descendit sur une terre située devant la maison d’Abi Ayoub et dit (SAW) ; « C’est ici que nous camperons s’il plaît à Allah ». Et, de là, il alla chez Abi Ayoub (RA).

 

1-        La construction de la mosquée du prophète (SAW)

La première démarche que le Prophète (SAW) accomplit, après cela, fut l’édification de la mosquée du Prophète dont Il (SAW) ordonnera la construction à l’endroit où sa chamelle s’était agenouillée. Il (SAW) acheta le terrain à deux garçons orphelins qui en étaient les propriétaires. Lui-même (SAW) participa à la construction de cette mosquée. A cet égard, transportant des briques et des pierres, Il (SAW) disait : « Seigneur ! Il n’y a d’autre vie que celle de l’Au-delà. Alors, pardonne aux Ansâr et aux émigrés » et aussi « Le Paradis comme récompense, il n’y a rien de tel. Seigneur ! Ceci est meilleur et plus pur ». Il s’agissait là de l’une des raisons pour lesquelles les compagnons redoublaient d’efforts dans la construction de la mosquée. D’ailleurs l’un d’entre eux chantait : « Si, les bras croisés, nous regardons le Prophète travailler, ce serait un égarement de notre part ».

Il y avait dans ce lieu des tombes d’associateurs, des décombres, des palmiers dattiers et un autre type d’arbre. Le Noble Messager d’Allah (SAW) donna l’ordre de déterrer les associateurs, de niveler les décombres, de couper tous les arbres, d’orienter la mosquée vers Jérusalem. Aussi sous son ordre (SAW), les deux pilastres de la mosquée furent faits de pierres, les murs bâtis à partir de briques et d’argiles, le toit réalisé avec des feuilles de palmier et les colonnes perpendiculaires avec des troncs d’arbres. On dalla le plancher et ouvrit trois portes. La mosquée mesurait, de la Kibla à l’autre bout, 100 coudées. Les autres côtés avaient la même dimension ou une dimension plus réduite. La fondation était basse et profonde de trois coudées. Le prophète (SAW) construisit des chambres à côté de la mosquée, des chambres en briques ayant une toiture recouverte de feuilles de palmier et de troncs d’arbre à l’intention de ses femmes. Une fois ces chambres construites, il quitta la maison d’Abi Ayoub pour y déménager. La mosquée n’était pas seulement un endroit où l’on accomplissait les prières; c’était aussi une université où les musulmans se rencontraient pour recevoir les enseignements et les orientations de l’islam, un forum où se rencontraient et se pratiquaient dans l’harmonie et la concorde différentes tribus jadis opposées par les conflits et les guerres de l’époque d’avant l’islam (antéislamique), une base pour la gestion, administration et la diffusion des affaires, un parlement pour la tenue des conseils consultatifs et exécutifs. Malgré tout cela, c’était une maison où habitaient bon nombre de pauvres appartenant aux émigrés et aux réfugiés qui n’avaient à Médine ni maison, ni argent, ni famille, ni enfants. Dès les premiers moments de l’hégire fut institué l’appel à la prière, cette mélodie supérieure qui, 5 fois par jour, retentit jusqu’à l’horizon et dont l’harmonie fait vibrer toutes les parties de l’univers.

2-       La fraternisation des musulmans

Autant le Noble Prophète (SAW) construisit la mosquée et la conçut comme centre de regroupement et d’interpénétration pour les musulmans, autant il réalisa le plus beau travail de toute l’histoire, à savoir l’instauration de la fraternité entre les émigrés et Al-Ansâr.

A ce sujet, ibn Al-Qayyim dit : « Ensuite, le Messager d’Allah (SAW) instaura la fraternité entre les Mouhâjirîn (émigrés) et les Ansâr chez Anas ibn Mâlik.

Ceux-ci, tous des hommes, étaient au nombre de 90 comprenant 45 émigrés et 45 Ansâr. Il instaura entre eux la fraternité en la fondant sur la consolidation et le réconfort, la transmission les uns aux autres des biens, par héritage sans tenir compte des liens de parenté et ceci fut de règle jusqu’à la bataille de Badr. Toutefois, lorsqu’Allah le Tout Puissant eut révélé la parole suivante :

 

« Cependant, ceux qui sont liés par la parenté ont priorité les uns envers les autres » (8 :75),

L’héritage exclut les contrats de fraternité. Certains disent que c’est une seconde fraternité que le prophète (SAW) instaura entre les émigrés et les Ansâr mais la première tendance est plus solide. Les Mouhâjirîn, forts de la fraternité que leur apportaient l’Islam, la cohabitation et la convergence généalogique, n’avaient pas besoin d’un contrat de fraternité pour composer avec les Ansâr. Le sens de cette fraternité impliquait la refonte du chauvinisme et de l’esprit de clan de la Jâhiliyya, la suppression des barrières constituées par la généalogie, la couleur de la peau et l’origine patriotique, de manière à ne fonder l’allégeance et le désaveu que sur l’Islam. Des sentiments d’affection, de réconfort et de convivialité se mêlaient à cette fraternité et remplissaient la nouvelle société des plus belles illustrations.

Al-Boukhâri a rapporté qu’après l’arrivée à Médine, le Messager d’Allah (SAW) instaura la fraternité entre Abdir-Rahmân (RA) et Saad ibn Ar-Rabia (RA). Le second dit alors au premier : « Je suis le plus riche des Anssârs. Prends la moitié de mes biens. En outre, j’ai deux femmes. Observe-les et dis-moi celle qui te plaît le plus. Alors je la divorce et, à l’expiration de son délai de viduité, tu l’épouseras ». Abdour-Rahmân (RA) dit : « Qu’Allah bénisse ta famille et tes biens. Où se trouve votre marché ? » On lui indiqua le marché de Banî Kaynoukâa où alors, il se rendit et dont il ne revint que muni d’un mets et de beurre. Le lendemain il y repartit. Ensuite, un jour, il s’en retourna le teint pâle. Le prophète (SAW) lui dit : « Tu penses au mariage ? » Il répondit : « Je me suis marié ». Le Prophète (SAW) reprit : « Combien as-tu donné à la femme ? » Il répondit : « Cinq dirhams ».

Selon ce qu’on a rapporté de lui, Abou Hourayra (RA) dit : « Les Ansâr dirent au Prophète (SAW) : « Répartis entre nous et nos frères la palmeraie ». Celui-ci dit : « Non ! » Ils reprirent, s’adressant aux Mouhâjirîn : « Nous avons suffisamment de vivres. Nous vous ferons partager nos récoltes ». Ceux-ci dirent : « Entendu, d’accord ». Ceci montre la remarquable hospitalité des Ansâr à l’égard de leurs frères Mouhâjirîn mais, aussi leur esprit de sacrifice, leur affection, leur amour et leur pureté. De la même manière il illustre l’appréciation judicieuse d’une telle générosité par les Mouhâjirîn qui, du reste, ne l’exploitèrent que par rapport à leurs stricts besoins de subsistance. Assurément, il s’agissait là d’une fraternité unique en son genre, d’une politique adroite et sage, d’une excellente solution apportée à la résolution de bon nombre de problèmes auxquels faisaient face les musulmans.

Sources

Non indiquées : article de l’ancien site, pas encore relu.

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