SIRA 6 – [Partie 02/19] LES EXPÉDITION DU SAINT PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)
II. LES EXPEDITIONS OU GHAZWA OU SARIYA
1. LES PREMICE DES EXPEDITIONS
Les provocations des Koraïchites à l’égard des musulmans après l’Hégire, ainsi que leur contact avec Abdillâh ibn Oubay. Nous avons déjà vu (dans la Sira sur sa Noble Mission) les supplices et les malheurs auxquels les infidèles de la Mecque soumettaient les musulmans alors que ceux-ci étaient encore à la Mecque ainsi que leurs comportements au moment de l’hégire, agissements au regard desquels ils méritaient la séquestration et la mort. Toutefois, loin de revenir de leur égarement et de s’abstenir de leurs agressions, ils devinrent plus enragés parce que les musulmans - leur avaient échappé et avaient trouvé un refuge et un siège à Médine. En conséquence, ils écrivirent à Abdillâh ibn Oubay ibn Saloul, à l’époque associateur.
Celui-ci, le chef des Ansâr avant l’hégire, avait déjà fait l’objet d’un choix consensuel et sur ce, allait devenir le roi de Médine, n’eût été l’émigration du prophète (SAW) et la foi qu’il inspirait aux gens. Ils écrivirent donc à cet homme et à ses compagnons associateurs, leur disant avec fermeté : « Vous donnez refuge à notre homme et nous jurons sur Allah que nous le combattrons et le ferons sortir, et s’il le faut nous reviendrons vous combattre tant que vous êtes, au point de vous exterminer et de vous ravir vos femmes ». Dès l’arrivée de cette lettre, Abdoullah ibn Oubay s’avisa d’obéir aux ordres de ses confrères associateurs de la Mecque lui qui gardait rancœur au Prophète (SAW) considérant que celui-ci lui avait ravi son pouvoir. Abdour-Rahmân ibn Kaab dit : « Lorsque cette lettre fut parvenue à Abdillâh ibn Oubay et à ceux qui lui tenaient s’accordèrent sur la nécessité de tuer le Messager d’Allah (SAW). Mis au courant d’une telle décision, celui-ci les rencontra et leur dit : « La menace que les Koraïchites font peser sur vous a atteint son point extrême. Cependant ceux-ci ne cherchent pas à vous nuire plus que vous ne cherchez vous-mêmes à vous attirer des ennemis. En effet, vous voulez combattre vos enfants et vos frères ».
Ayant entendu cela du prophète (SAW), Abdoullah ibn Oubay et ses acolytes se dispersèrent ». Abdoullah ibn Oubay perdit alors sa volonté de combattre, ayant constaté de la défaillance ou de la droiture chez ses compagnons ; mais, à ce qu’il semble, était toujours de mèche avec les Koraïchites, guettant la moindre occasion de semer la zizanie entre les musulmans et les associateurs.
Les hypocrites tentèrent aussi à nuire à la cause de l’Islam mais ne réussirent pas. Pour porter atteinte à l’union des Musulmans, ils avaient construit une mosquée dans laquelle ils feignaient de faire la prière mais, en vérité, ils se réunissaient pour comploter. Mais, peu de temps après sa construction, le Noble Prophète (SAW) fut informé de la véritable intention de ces hypocrites et du dévoiement de la mosquée. Ce qui l’obligea à ordonner sa destruction.
Allah (SWT) dit à ce propos
« Il en est qui ont élevé une mosquée par malveillance et par impiété et dont le but est de diviser les fidèles. Ils en firent le repère des ennemis de Dieu et de son Prophète (SAW). Ils s’en défendront en jurant : » Nous n’avons voulu que bien faire » Dieu est Témoin qu’ils mentent » Le repentir verset 107
Cette animosité des mécréants s’était traduite plus tard à maintes reprises. Cependant, le Prophète (SAW) réussissait toujours à étouffer le feu de leur perversité.
a- La déclaration d’intentions d’interdire la sainte mosquée
Saad ibn Mouâd (RA) était allé à la Mecque faire la Oumra. A l’occasion, il descendit chez Oumayya ibn Khalaf à qui il dit : « Cherche-moi une heure de non-affluence à laquelle je pourrais faire le tour du temple ». Celui-ci sortit avec lui vers le milieu de la journée. Ils rencontrèrent Abou Jahl qui dit : « Ô Aba Safwân ! qui est-ce l’homme qui t’accompagne ? » Oumayya répondit : « C’est Saad » ? Alors Abou Jahl dit à l’hôte : « Je ne pense pas que tu puisses te promener à la Mecque en sécurité, alors que vous avez donné refuge au « gosse », prétendant secourir et assister les émigrés. Par Allah, si tu n’étais pas en compagnie du père de Safwân, tu ne retournerais pas chez les tiens sain et sauf ». A grand crie Saad (RA), alors lui répondit : « Par Allah, si tu m’interdis la mosquée, je t’interdirai ce à quoi tu tiens le plus : ton passage à Médine ».
b- Les Koraïchites menacent les Mouhâjirîn
On eût, dit que les Koraïchites étaient déterminés à sévir plus qu’ils ne l’avaient déjà fait et qu’ils pensaient, eux-mêmes, monter en première ligne, pour supprimer les musulmans, notamment le prophète (SAW). Il ne s’agissait pas là d’une conjecture ou d’une imagination pure et simple. Le Messager d’Allah (SAW), parce qu’il savait pertinemment que les Koraïchites complotaient, disposés à faire le mal, passait ses nuits à veiller ou sous la protection des compagnons. Dans ses hadiths authentiques, Mouslim a rapporté de notre mère Aicha (RA) les propos que voici : « A son arrivée à Médine, le Messager d’Allah (SAW) veilla toute une nuit, disant : « Si seulement un homme vertueux parmi mes compagnons me gardait cette nuit ». Sur ces entrefaites, nous entendîmes un bruissement d’arme et il dit : « Qui est-ce ? » Quelqu’un répondit : « Saad ibn Abi Wakkâs ». Le Messager d’Allah (SAW) lui dit : « Que cherches-tu ? » L’homme répondit : « J’ai ressenti une certaine peur pour le Messager d’Allah (SAW) et ensuite décidé de venir le garder ». Le Prophète (SAW) pria pour lui et après quoi s’endormit.
Une telle garde ne concernait pas certaines nuits à l’exclusion d’autres. Au contraire elle était permanente. Selon ce qu’on a rapporté d’elle, notre Mère Aicha (RA) dit aussi : « Le Messager d’Allah (SAW) était gardé toutes les nuits, jusqu’au moment où Allah révéla : « C’est Allah qui te préserve des gens ». Alors, il (SAW) sortit la tête de la tente et dit : « Ô compagnons ! Éloignez-vous de moi car Allah le Tout-Puissant me protège ».
Le danger ne menaçait pas seulement le Messager d’Allah (SAW) mais aussi tous les musulmans. A cet égard, Oubay ibn Kaab (RA) a rapporté que lorsque le prophète (SAW) et ses compagnons furent arrivés à Médine, les Ansâr les logèrent défiant par ce geste, tous les arabes. Aussi, restaient-ils armés jusqu’aux dents, la nuit comme le jour.
2. L’AUTORISATION DE COMBATTRE
Dans ces graves circonstances qui menaçaient l’existence des musulmans à Médine, circonstances dénotant que les Qoraïchites ne reviendraient point de leur égarement et non plus, en aucun cas, ne cesseraient leur révolte, Allah le Très Haut, autorisa par révélation, les musulmans à se battre, sans les obliger à cela. Il dit :
« Autorisation est donnée à ceux qui sont attaqués de se défendre, parce que vraiment, ils sont lésés, et Allah est certes capable de leur secourir ». (22 :39.)
Parallèlement à cela, il révéla des versets dans lesquels il précise aux musulmans qu’une telle autorisation ne visait qu’à écarter l’absurde et à instaurer les rituels imposés par Allah :
« Ceux qui, si Nous leur donnons la puissance sur terre, accomplissent la Salât, s’acquittent de la Zakât, ordonnent le convenable et interdisent le blâmable » (22 :41).
La vérité indiscutable est que cette autorisation a été donnée à Médine, après l’Hégire et non à la Mecque ; toutefois nous ne pouvons pas en préciser la date exacte. L’autorisation de combattre fut donc donnée, mais, au vu des faits dont la seule source était la force et le soulèvement des Koraïchites, il était plus prudent pour les musulmans de s’assurer le contrôle de la route commerciale de ces Koraïchites, route allant de la Mecque à la Syrie. Aussi le Prophète (SAW) choisit-il deux stratégies pour s’assurer un tel contrôle.
1. Conclusion de pactes d’alliance ou de non-agression avec les tribus avoisinant cette route commerciale ou celles qui résidaient entre celle-ci et Médine. Le Prophète (SAW) signa un traité avec Jouhayna avant le début de l’activité militaire. Ceux-ci habitaient non loin de Médine. Le Messager d’Allah (SAW) signa d’autres traités au cours de ses patrouilles militaires, comme nous le verrons ultérieurement.
2. Envoi l’un après l’autre de convois sur cette route.
3. LES EXPEDITIONS OU GHAZWA OU SARIYA
Les expéditions dirigées par le Prophète (Ghazwa) et celles dirigées par l’un de ses généraux (Sariyya) avant la bataille de Badr.
En vue d’appliquer ces deux stratégies, les musulmans, dès après l’autorisation de combattre commencèrent des activités militaires effectuant des manœuvres militaires plus proches des patrouilles de reconnaissance car, l’objectif en était de prendre connaissance des routes situées aux alentours de Médine ainsi que des chemins menant à la Mecque, de signer des traités de paix avec les tribus habitants non loin de ces routes, de faire sentir aux associateurs et aux juifs de Yathrib ainsi qu’aux arabes malveillants des environs, que les musulmans étaient les plus forts et qu’ils s’étaient débarrassés de leur faiblesse d’antan; d’avertir les Koraïchites contre les conséquences de leur étourderie au point de les faire revenir de leur égarement de plus en plus invétéré pour, peut-être, les mettre au fait de la gravité du danger qui pesait sur leur économie et leurs moyens de subsistance. Par ce biais, il s’agissait de les conduire à accepter la paix, à renoncer à leur volonté de combattre les musulmans dans la cour intérieure de leur maison, pour les détourner de la voie d’Allah et à cesser de châtier les impuissants parmi les musulmans restés à la Mecque, de manière à laisser les musulmans libres de communiquer le message d’Allah et de pratiquer leur religion dans toute la péninsule.
a) l’expédition Sariyya de Sayf Al-Bahr.
Elle eut lieu au mois de Ramadan de l’an 1 de l’Hégire, soit en 623 A.D. Le Messager d’Allah (SAW) commandita cette Sariyya à Hamza ibn Abdil-Mouttalib placé à la tête d’un convoi de 30 hommes constitué de Mouhâjirîn. L’objectif était d’intercepter la caravane des Koraïchites en provenance de la Syrie, caravane où il y avait Abou Jahl ! accompagné de 300 hommes. La Sariyya atteignit Sayf Al-Bahr du côté d’A-Is. Les deux escadrons se rencontrèrent et se mirent en ordre de guerre. Alors Majdî ibn Amr Al-Jouhanî, alors allié de l’un et de l’autre groupe, s’interposa entre eux et le combat n’eut pas lieu. Le drapeau remis à Hamza (RA) était le premier à être attaché par le Messager d’Allah (SAW). Il était blanc. Son porteur s’appelait Abou Marthad Kannâz ibn Houssain Al-Ghanawi.
b) L’expédition Sariyya de Râbigh.
Elle eut lieu au mois de Chawwâl de l’an 1 de l’Hégire, soit en avril 623 A.D. Le Messager d’Allah (S) y envoya Oubayda ibn Al-Hârith ibn Al-Mouttalib accompagné de 60 cavaliers Mouhâjirîn. Celui-ci rencontra Abou Sofyân accompagné de 200 cavaliers à l’intérieur de Râbigh. Les deux groupes se tirèrent des flèches, mais il n’y eut pas de combat. Au cours de cette Sariyya, deux hommes appartenant à l’armée mecquoise passèrent du côté des musulmans. Ces deux hommes étaient Al-Miqdâd ibn Amr Al- Bahrânî (RA) et Otba ibn Ghazwân Al-Mâzini (RA). C’était deux musulmans sortis avec les infidèles, dans le dessein d’en profiter pour rejoindre les musulmans. Le drapeau remis à Oubayda était blanc. Quant à son porteur, il s’appelait Mistah ibn Athâtha ibn Al-Mouttalib ibn Abd Manâf (RA).
c) L’expédition Sariyya d’Al-Kharrâr.
Elle eut lieu au mois de Thil-Kaada de l’an 1 de l’Hégire, soit en mai 623 A.D. Le Messager d’Allah (SAW) y envoya Saad ibn Abi Wakkâs (RA) accompagné de 20 hommes l’objectif étant d’intercepter la caravane des Koraïchites. Il (SAW) lui recommanda de ne pas dépasser Al-Kharrâr. Les musulmans s’en allèrent à pied se cachant le jour et marchant la nuit au point d’arriver à Al-Kharrâr un jeudi matin. Toutefois ils trouvèrent que la caravane était passée la veille. Le drapeau remis à Saad (RA) était blanc. Le porteur en était Al-Miqdâd ibn Amr (RA).
d) L’expédition Ghazwa d’AI-ABWA (ou Waddân).
Elle eut lieu au mois de Safar de l’an 2 de l’Hégire, soit en Août 623 A.D. Le Messager d’Allah (SAW) sortit lui-même, après s’être fait remplacer à Médine par Saad ibn Oubâda (RA), à la tête de 70 hommes appartenant notamment aux Mouhâjirîn, avec l’objectif d’intercepter une caravane des Koraïchites. Jusqu’à ce qu’il atteignît Waddân, il ne tomba dans aucun piège. Au cours de cette Ghazwa, il conclut un pacte d’alliance avec Amr ibn Makhchi Ad-Damiri qui était, en son temps, le seigneur de Banî Damra. Voici les dispositions du pacte : « Ceci est un document provenant de Mohammad, le Messager d’Allah (SAW) et concernant les Banî Damorah. Ceux-ci sont en sécurité dans leurs personnes et dans leurs biens. Ils seront toujours secourus contre leurs ennemis, sauf s’il s’agit de combattre la religion d’Allah. En retour, ils devront répondre favorablement lorsque le Messager d’Allah (SAW) sollicite leur secours ». Il s’agissait là de la première Ghazwa du Noble Prophète (SAW). Elle dura quinze nuits. Le drapeau était blanc, porté par Hamza ibn Abdil-Mouttallib (RA).
e) L’expédition Ghazwa de Bouwât.
Elle eut lieu au mois Rabî al Awwal de l’an 2 de l’Hégire, soit en Septembre 623 A.D. Le Messager d’Allah (SAW) sortit, à la tête de 200 de ses compagnons pour intercepter une caravane des Koraïchites où se trouvaient Oumayya ibn Khalaf Al-Joumahi, 100 hommes parmi les Koraïchites et 2500 chameaux. Le Noble Prophète (SAW) atteignit Bouwât du côté de Radwâ sans entraves. En sortant pour cette Ghazwa, Il (SAW) s’était fait remplacer à Médine par Saad ibn Mouâd (RA). En l’occurrence, le drapeau était blanc, porté par Saad ibn Abi Wakkâs (RA).
f) L’expédition Ghazwa de Safwân.
Elle eut lieu au mois Rabî al Awwal de l’an 2 de l’Hégire, soit en Septembre 623 A.D. Karz ibn Jâbir Al-Fihri, à la tête d’un petit groupe d’associateurs, avait attaqué les pâturages de Médine et ravi une partie des troupeaux. Au vu de cette situation, le Messager d’Allah (SAW) sortit à la tête de 70 de ses compagnons, le poursuivit jusqu’ à une vallée appelée Safwân, du côté de Badr mais ne réussit pas à rattraper Karz et ses acolytes. Aussi s’en retourna-t-il sans guerre. Cette Ghazwa porte le nom de première Ghazwa de Badr. Pour cette expédition, Il (SAW) se fit remplacer à Médine par Zayd ibn Hâritha (RA). Le drapeau était blanc, porté par Ali ibn Abi Tâlib (RA).
g) L’EXPEDITION Ghazwa de Thil-Achîra.
Elle eut lieu aux mois Joumâdal-Oulâ et Joumâdal-Akhira de l ’ an 2 de l’Hégire soit en Novembre et Décembre 623 A.D. Le Messager d’Allah (SAW) sortit, à la tête de 150 hommes selon certains, 200 selon d’autres ; toutefois, nul n’en a contesté la sortie. Les musulmans sortirent avec trente chameaux qu’ils enfourchaient à tour de rôle, pour intercepter une caravane des Koraich se rendant en Syrie. Ils avaient appris que celle-ci avaient quitté la Mecque munie de l’avoir des Koraïchites. Cependant, à leur arrivée à Thil -Achîra, cette caravane était déjà passée des jours auparavant. Il s’agissait là de la caravane qu’ils allaient revenir intercepter à son retour de la Syrie et dont l’interception allait provoquer la grande bataille de Badr. Selon ibn Ishâq (RA), le prophète (SAW) sortit à la fin de Joumâdal-Oula â et s’en retourna au début de Joumâdal- Akhira. C’est peut -être à la raison pour laquelle les biographes ne s’entendent pas sur le mois au cours duquel eut lieu cette Ghazwa. Au cours de celle-ci, le Messager d’Allah (SAW), signa un traité de paix avec Banî Madlaj dont les alliés étaient Banou Damorah. Il (SAW) s’était fait remplacer à Médine par Abi Salma ibn Abdil-Asad Al –Makhzoumî (RA). Le drapeau était blanc, porté par Hamza ibn Abdil-Mouttalib (RA).
h) L’EXPEDITION Sariyya de Nakhla.
Elle eut lieu au mois de Rajab de l’an 2 de l’Hégire, soit en Janvier 624 A.D. Le Messager d’Allah (SAW) y envoya Abdallah ibn Jahsh Al-Asadi qu’il fit accompagner de douze hommes choisis parmi les Mouhâjirîn à raison d’un chameau pour deux. Il (SAW) lui avait remis une lettre qu’il ne lui ordonnait de lire que deux jours après son départ. Ainsi, Abdoullah (RA) s’en alla et, après deux jours de marche, lit la lettre dont la teneur était la suivante : « Après avoir lu cette lettre, continue ton chemin et va descendre à Nakhla entre la Mecque et Tâif. Là, tu observeras la caravane des Koraïchites pour ensuite nous en informer ». Au terme de la lecture Abdoullah (RA) dit : « Entendu, je le ferai ». Il (RA) informa ses compagnons de la mission en leur précisant : « Je ne cherche pas à vous contraindre ; que ceux d’entre vous qui désirent être des martyrs se lèvent et que ceux qui détestent mourir rebroussent chemin quant à moi, je me lève ». Tout le monde se leva aussitôt pour effectuer la mission. Toutefois, en cours de route, Saad ibn Abi Wakkâs et Otba ibn Ghazwân (RA) égarèrent le chameau qu’ils enfourchaient et s’attardèrent pour le chercher. Abdoullah ibn Jahsh (RA) lui, continua sa marche au point de descendre à Nakhla. Une caravane de Koraïchites passa, transportant des raisins secs, des peaux et des marchandises de commerce. S’y trouvaient Amr ibn Al- Hadrami, Othmân et Nawfal (les deux fils de Abdillâh ibn Al- Moughira), et Al-Hakam ibn Kayssân, l’esclave affranchi de Banil-Moughira. Les musulmans se concertèrent et dirent : « Nous sommes au dernier jour de Rajab, le mois sacré. En les combattant, nous violons le mois sacré or, si nous les laissons cette nuit, ils entreront au Haram ». Cela dit, ils s’entendirent sur la rencontre - aussitôt, l’un d’entre eux décocha une flèche sur Amr ibn Al-Hadrami et le tua. Othmân et Al-Hakam furent pris comme prisonniers. Nawfal s’échappa. Ils regagnèrent ensuite Médine avec la caravane et les prisonniers, après avoir isolé le cinquième des biens, une première dans l’Islam. C’était aussi la première fois qu’on tuait quelqu’un et capturait deux prisonniers dans l’Islam. Le Messager d’Allah (SAW) désapprouva ce qu’ils firent et dit : « Je ne vous ai pas ordonné de vous battre au cours du mois sacré ». Il mit un terme à la main mise sur la caravane et les prisonniers. Les associateurs profitèrent de l’occasion pour accuser les musulmans de se permettre les interdits imposés par Allah. A ce sujet, les commentaires allèrent bon train jusqu’au moment où Allah trancha le débat par révélation, précisant que l’attitude des associateurs était plus grave et plus repréhensible que ce qu’avaient commis les musulmans :
« D’aucuns t’interrogeront sur le mois sacré pour savoir s’il est permis d’y combattre. Réponds : « Combattre en ce mois est assurément un sacrilège. Mais, c’en est un plus grave encore, devant Allah, d’éloigner les hommes de la voie d’Allah d’être impie envers Allah et Sa demeure sacrée et d’en chasser ignominieusement les occupants. Persécuter les croyants est plus grave que le fait de combattre les infidèles ». (2 :217)
Cette révélation déclara que les propos mensongers inventés par les associateurs pour semer le doute dans l’esprit des combattants musulmans étaient nuls et non avenus car les choses sacrées ont toutes été violées par le fait de combattre l’Islam et de persécuter les musulmans. Ceux-ci ne résidaient-ils pas dans la ville sacrée lorsqu’on décidait de les dépouiller de leurs biens et de tuer leur prophète ? Qu’est-ce qui, brusquement, avait rendu aux choses leur sacralité après qu’on les eût violées avec turpitude et vilénie ? Assurément, la campagne de publicité des associateurs ne se fondait que sur l’effronterie et l’indécence.
Après cela, le Messager d’Allah (SAW) libéra les deux prisonniers et paya le prix du sang de l’homme tué à ses ayants-cause.
Telles furent les Sariyyas et les Ghazwa avant Badr. Il n’y eut en aucune d’elles pillage de biens ou tuerie, sauf après ce que les associateurs avaient commis sous la conduite de Karz ibn Jâbir Al-Fihri. A cet égard, ceux-ci avaient ouvert les hostilités, malgré leurs agissements antérieurs. Après être tombés sur la Sariyya de Abdillâh ibn Jahsh (RA), les associateurs eurent peur, confrontés, au danger réel, à ce qu’ils craignaient de rencontrer. Ils surent que Médine était sur le qui-vive et à ce propos surveillait tous leurs mouvements commerciaux et que les musulmans étaient capables de couvrir plus de 500 kms pour aller tuer leurs hommes et en constituer prisonniers, saisir leurs biens et rentrer sains, saufs et chargés de butin. Ces associateurs sentirent donc que leur commerce vers la Syrie était en danger permanent. Toutefois, au lieu de revenir de leur égarement et de prendre le chemin de la bonté et de l’humilité, comme le firent Jouhayna et Banou Damora, ils devinrent plus rancuniers et envahis de colère. Leurs grands chefs et leurs braves s’en tinrent avec détermination aux menaces qu’ils avaient faites d’exterminer les musulmans sur leur propre terrain et il s’agit là de la maladresse qui les amena à Badr.
Quant aux musulmans, Allah à leur égard, avait rendu obligatoire le combat, après la bataille menée par la Sariyya de Abdillâh ibn Jahsh (RA), et cela, au mois de Chaabân de l’an 2 de l’Hégire. A ce sujet, le Très-Haut révéla des versets explicites exprimés en ces termes :
« Combattez dans le chemin d’Allah ceux qui vous combattent, et, ne transgressez pas. Certes, Allah n’aime pas les transgresseurs. Et tuez-les, où que vous les rencontriez ; et chassez-les d’où ils vous ont chassés : la sédition est pire que le meurtre. Abstenez-vous de les combattre aux abords de la mosquée sacrée, sauf à y être contraints par vos ennemis. S’ils vous livrent combat, il vous est permis de les tuer. Ce sera le juste lot des infidèles. S’ils arrêtent de vous combattre, Allah pourra les absoudre et leur faire miséricorde. Combattez-les sans arrêt jusqu’à ce que soit conjurée la persécution des croyants et que le culte d’Allah soit fermement assis. S’ils arrêtent le combat, il n’y aura point de représailles de votre part, hormis contre les injustes avérés ». (2 :190-193)
Ensuite, Allah ne tarda pas à révéler des versets d’un autre genre, versets dans lesquels il apprenait aux musulmans comment se battre, les exhortant au combat dont d’ailleurs, il leur précisait certains des principes.
« Lorsque vous affrontez en combat les impies, portez-leur des coups mortels au point d’anéantir leurs forces. Les captifs seront alors solidement enchaînés. Une fois la guerre terminée, vous pourrez les libérer gracieusement ou les échanger contre rançon. Allah en décide ainsi. S’il le voulait, il se vengerait, lui-même contre eux, mais il tient à vous éprouver, vous opposant les uns aux autres. Ceux qui seront tués sur le chemin d’Allah, ceux-là ne verront pas périr leurs œuvres. Allah les guidera, rendra meilleur leur sort ! il leur donnera accès au paradis qu’il leur a décrit. Croyants ! si vous soutenez la cause d’Allah, il vous soutiendra et raffermira vos pas » (47 :4-7).
Ensuite, Allah blâma ceux-qui, ayant appris la nouvelle au sujet de l’ordre de se battre, commencèrent à trembler, le cœur palpitant de frayeur :
« Les croyants appellent de leurs vœux un chapitre prescrivant la lutte armée. Mais qu’une révélation explicite soit faite dans ce sens : “ on verra ceux à la foi chancelante, lancer vers toi des regards éplorés, ceux d’un homme qui défaillirait devant la mort, le mieux pour eux”. (47 :20).
L’acceptation de la lutte armée, l’engagement des gens à cet égard, ainsi que l’appel aux préparatifs de guerre, telles étaient les exigences de l’heure. N’importe quel général placé dans une situation similaire aurait, après analyse de la gravité des circonstances, ordonné à ses soldats de se préparer à toutes les éventualités, à plus forte raison le Seigneur exalté qui sait tout. Les circonstances en appelaient à des échauffourées sanglantes entre la vérité et le mensonge. La bataille qui eut lieu lors de la Sariyya de Abdillâh ibn Jahsh (RA) était un coup dur porté au zèle et à l’impétuosité des associateurs, un coup qui les traumatisait et qui faisait l’impression de les rouler sur des braises. Les versets au sujet de l’ordre de se battre impliquaient, par leur contenu, l’imminence de la lutte sanglante. Ils impliquaient aussi qu’en cette lutte les musulmans seraient secourus et que la victoire leur reviendrait. Regarde ! Comment Allah ordonne aux musulmans d’expulser les associateurs de là d’où ceux-ci les avaient expulsés, comment il leur enseigne les modalités par lesquelles l’armée triomphante traite les prisonniers et continue ses massacres jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de guerre. Tout ceci est une allusion à la victoire finale des musulmans ; toutefois, le Très Haut voilà une telle issue pour amener chaque musulman à consacrer tout son zèle à la défense de la voie d’Allah.
Ces jours-là, au mois de Chaabân de l’an 2 de l’Hégire, soit en Février 624 A.D., Allah le Très Haut ordonna le transfert de la Kibla (axe d’orientation des prières) de Jérusalem à la Sainte Mosquée à la Mecque. En conséquence de ce fait, les faibles d’esprit et les hypocrites juifs qui s’étaient infiltrés dans les rangs des musulmans pour y semer la zizanie, se démarquèrent de ceux-ci et redevinrent ce qu’ils étaient. Parce biais, les rangs des musulmans se purifièrent de bon nombre de traîtres et de lâches. Le transfert de la Kibla était-il une agréable allusion à l’avènement d’un nouveau rôle qui ne prendrait fin qu’après l’occupation par les musulmans de cette Kibla ? N’est-il pas étonnant qu’un peuple laisse sa Kibla entre les mains de ses ennemis ? Si tel était le cas, ce peuple serait tôt ou tard appelé à la libérer, s’il se fondre sur la vérité. Avec ces ordres et ces indications, les musulmans devinrent plus actifs, plus passionnés de Jihâd dans la voie d’Allah, plus impatients de se mesurer à l’ennemi au cours d’une bataille décisive.

