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SIRA 6 – [Partie 03/19] LES EXPÉDITION DU SAINT PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)

« AHAD ! AHAD ! ».

Intermédiaire · 43 min de lecture · 6 octobre 2023

Ancien article · non reluArticle repris tel quel de l’ancien site Solisalim (publié le 6 octobre 2023). Il n’a pas encore été relu par le comité savant.

 

a)   LA GRANDE BATAILLE DE BADR, PREMIERE BATAILLE CRUCIALE DE L’ISLAM

La cause de la bataille

Nous avons déjà vu, en rappelant l’expédition d’Al-Achîra, qu’une caravane appartenant à Koraich avait échappé au Prophète (SAW) dans son voyage la menant de la Mecque à la Syrie. A l’approche du retour de cette caravane, de la Syrie à la Mecque, le Messager d’Allah (SAW) envoya Talha ibn Abdillâh et Saad ibn Zayd vers le nord s’enquérir de ses nouvelles. Les deux hommes arrivèrent à Hawrâ où ils restèrent jusqu’au passage d’Abi Sofyân avec la caravane avant de regagner Médine en vitesse informer le Prophète (SAW). Certains disent que celui-ci fut informé alors qu’il était en route vers Badr.

La caravane transportait d’énormes richesses appartenant aux gens de la Mecque. Elle comportait 1000 chameaux, chargés de biens dont la valeur s’estimait à 50.000 dinars au moins. Seuls 40 hommes environ l’escortaient. En conséquence, c’était là pour les musulmans la grande occasion de porter aux gens de la Mecque un dur coup économique. A cette fin, le Messager d’Allah (S) s’adressant aux musulmans déclara : « Voici la caravane de Koraich transportant leurs biens. Allez vers elle ! Allah vous aidera peut-être à la capturer ». N’obligeant personne à aller attaquer cette caravane, il laissa à chacun le soin de décider, conformément à son désir. En effet, il ne s’attendait pas à devoir, violemment, se heurter à Badr, à l’armée de la Mecque, au lieu de la caravane. Ceci expliquait que bon nombre de ses compagnons fussent restés à Médine, pensant que l’expédition ne dépasserait pas par son ampleur les Sariyyas précédentes. Compte tenu de tout cela, le Prophète (S) ne reprocha à aucun de ses compagnons de n’avoir pas participé à l’expédition

L’effectif de l’armée des musulmans et la répartition des commandements

Le Messager d’Allah (SAW), au moment où il était prêt à sortir de Médine, avait avec lui 300 hommes et quelques : 313, 314 ou 317 hommes comprenant 82, 83 ou 86 Mouhâjirîn, 61 de la tribu Al-Aws et 170 de celle d’Al-Khazrai. La sortie ne donna lieu ni à une grande manifestation ni à des préparatifs grandioses. Les expéditionnaires ne disposaient que d’un ou deux chevaux : un pour Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et un pour Miqdâd ibn Al-Aswad Al-Kindi. Ils avaient 70 chameaux dont chacun était affecté à 2 ou 3 d’entre eux. Le Messager d’Allah (SAW) Ali et Marthad ibn Abî Marthad Al-Ghanawi se partageaient le même chameau. En cette expédition, le Prophète (SAW) délégua à Médine, pour le remplacer dans la direction des prières, ibn Oumm Maktoum (RA). Au niveau de Rawâha, Il (SAW) chargea aussi Aba Loubâba ibn Abdil-Mounthir (RA) de regagner Médine pour affaire. Il (SAW) remit l’étendard de la direction générale à Moussab ibn Omayr Al-Kourashi Al-Abdari (RA), un étendard de couleur blanche et partagea son armée en deux escadrons :

1. L’escadrons des Mouhâjirîn dont le drapeau fut confié à Ali ibn Abi Tâlib (RA), drapeau appelé Ikâb.

2. L’escadron des Ansâr dont il confia le drapeau à Saad ibn Mouadh (RA). (Les deux drapeaux étaient de couleur noire).

Le Prophète (SAW) confia la gestion de la droite à Az-Zoubair ibn Al- Awwâm (RA) et celui de gauche à Miqdâd ibn Amr (RA), les deux seuls cavaliers de l’armée, l’arrière-garde à Kays ibn Abi Saasa’a (RA). Le commandement général lui revenait en sa qualité de chef suprême de l’armée.

L’armée des musulmans se dirige vers Badr

Pour arriver à Badr, Le Messager d’Allah (SAW) marcha avec cette armée non entraînée et peu prête Parti de Médine,

Ils passaient par Le col dans la Montagne près de Médine ensuite par la vallée d’al-qiq- Dhû al- Halifa, à 6 miles de Médine puis dans la vallée d’Ulât et Jaïch, puis la vallée du Turbane ensuite Malal, un endroit à deux nuits de marche pour une caravane puis par Ghamîs Al Hamâm, une autre vallée et aussi à l’endroit appelé As-Sayâla et par le défilé d’ar-Rawhâ.

Quittant le puits d’er-Rawhâ, ils s’écartèrent à gauche de la route menant vers la Mecque puis bifurquèrent à droite, à côté d’An-Nâziyya et poursuivirent dans la vallée de Wahquân- puis la vallée de Es-Safrâ et la vallée d’Afrân d’où le Noble Prophète (SAW) fut informé des mouvements de l’armée de Quraych vers Badr. Ils poursuivirent dans les cols d’El Asâfer ; ed-Daba, une contrée et enfin El Hunân, une dune de sable imposante comme une montagne, et de là, les musulmans s’arrêtèrent et se cachèrent derrière, tout près de Badr espionner la caravane.

L’annonce de la nouvelle à la Mecque

S’agissant de la caravane, son responsable, Abou Sofyân avait pris toutes ses précautions. Il savait que la route menant à la Mecque était jalonnée d’embûches. A cet égard, il s’enquérait des nouvelles, interrogeait les voyageurs qu’il rencontrait. On ne tarda pas à lui dire que le Noble Prophète Mohammad (SAW) avait mobilisé ses compagnons pour attaquer la caravane, à lui révéler le danger. Sur ce, il engagea Damdam ibn Amr Al-Ghifârî qu’il envoya à la Mecque appeler les Koraïchites au secours, à venir en masse défendre leur caravane contre le Noble Prophète Mohammad (SAW) et ses compagnons. Damdam s’en alla aussi rapidement qu’il le pouvait. A son arrivée à la Mecque, il se coupa le nez, retourna sa scelle, déchira sa chemise, puis, debout sur son chameau, cria du fond de la vallée : « Ô Koraich ! au secours ! au secours ! Vos biens qui étaient avec Abi Sofyân ont été saisis par Mohammad et ses compagnons et je ne pense pas que vous arriverez à les récupérer. Au secours ! Au secours ! ».

Les Mecquois se préparent à la Ghazwa

Ameutés par Damdam, les gens aussitôt, bandèrent leurs muscles disant : “Mohammad et ses compagnons pensent-ils donc que les choses se passeront comme avec la caravane d’ibn Al-Hadrami ? Que non ! Par Allah, les choses se passeront autrement !”. Au sujet de l’expédition, un homme sur deux était soit partant soit représenté par quelqu’un d’autres : tout le monde la trouvait nécessaire. Il ne manquait, des notables qu’Abou Lahab qui, du reste, s’était fait remplacer par un homme qui lui devait une dette. Les Koraïchites mobilisèrent les tribus aux alentours de la Mecque. Toutes les tribus Koraïchites furent dans le coup à l’exception de Banî ‘Adi tous réfractaires à l’expédition.

L’effectif de l’armée de la Mecque

L’effectif de cette armée était, au départ d’environ 1 300 hommes ayant à leur disposition 100 chevaux, 600 cuirasses et d’innombrables chameaux. Le commandant en chef d'une telle armée était Abou Jahl ibn Hichâm. Les responsables chargés de l’approvisionnement étaient au nombre de neuf, choisis parmi les notables de Koraich. Ceux-ci tuaient neuf ou dix chameaux par jour.

Le problème des tribus appartenant à Banî Bakr

Une fois que l’armée fut prête au départ, les Koraïchites, se rappelant les animosités et la guerre qui les avaient opposés à Banî Bakr, craignirent que ceux-ci ne les attaquassent par derrière, au point de les mettre entre deux fronts. Un tel problème les tourmentait. Sur ces entrefaites, Iblis leur apparut sous la forme de Sorâqa ibn Mâlik ibn Jaacham Al-Madlaji, le seigneur de Banî Kinâna, et leur dit : « En tant que votre voisin, je ne laisserai pas Banî Kinâna vous attaquer par derrière ».

L’armée de la Mecque se met en route

Les Koraïchites sortirent alors de leurs demeures, comme Allah le dit : « Arrogants, hypocrites, s’écartant de la voie d’Allah ». Comme le note aussi le Messager d’Allah (SAW), ils arrivèrent avec leur excitation et leurs épées, défiant Allah et Son messager : « Ils partirent ainsi, fermement résolus à ne rien donner bien qu’ils en eussent les moyens », De même, ils étaient furieux, fougueux, décidés à étrangler le Prophète (SAW) et ses compagnons (RA) qui avaient osé s’attaquer à leur caravane. Ils se déplacèrent avec une rapidité extrême vers le nord, en direction de Badr, traversèrent la vallée Osfân Kadid et Al-Jouhfa. Là, ils reçurent un nouveau message d’Abi Sofyân, message exprimé en ces termes : « Vous n’êtes sortis que pour sauver votre caravane, vos hommes et vos biens, or Allah les a sauvés ; donc, repartez ! ».

L’échappée de la caravane

On rapporte qu’Abou Sofyân suivait la route principale sans cesser d’être prudent et sur ses gardes, multipliant ses actes de reconnaissance des lieux. Arrivé au puits de Bakr, il se mit à marcher en tête de sa caravane au point de tomber sur Majdî ibn Amr qu’il interrogea au sujet de l’armée de Médine. Celui-ci lui répondit : « Je n’ai vu personne du suspect. Toutefois, j’ai aperçu deux hommes montés qui, ayant ensuite fait s’agenouiller leur chameau du côté de cette colline, ont puisé de l’eau dans un récipient avant de repartir ». Sur ces mots, Abou Sofyân se dépêcha d’aller à l’endroit où les hommes avaient fait halte. A son arrivée il ramassa quelques-uns des crottins de leur chameau et les écrasant, y trouva des noyaux. Alors il dit : « Par Allah, il s’agit là du fourrage de Yathrib ! » Puis retourna rapidement auprès de sa caravane à laquelle il fit changer de direction, l’orientant vers la côte-ouest, quittant la route principale passant par Badr du côté gauche. Ce faisant, il réussit à éviter à sa caravane de tomber entre les mains de l’armée de Médine. Après cela il envoya son message à l’armée de la Mecque, message que celle-ci reçut à Al-Jouhfa.

L’armée de la Mecque songe à battre en retraite. Des dissidences s’y font jour

Dès qu’elle eut reçu ce message, l’armée de la Mecque songea à battre en retraite. Cependant, Abou Jahl, le tyran de Koraich, se dressa et, dans son orgueil et son arrogance, dit : « Par Allah ! Nous ne battrons en retraite qu’après être arrivés à Badr où nous séjournerons pendant trois jours faisant des sacrifices, nous gavant de nourriture, buvant du vin, écoutant la voix des chanteuses, faisant apprendre aux arabes la nouvelle de notre marche et de notre regroupement, pour qu’ils nous redoutent, à jamais ». Cependant, malgré tout le développement d’Abi Jahl, Al-Akhnas ibn Souraik préconisa le contraire. Les gens ne lui obéissant pas en tant qu’allié des Koraïchites et l’un des chefs de l’armée, il se retira avec Banî Zahra dont aucun ne participa à la bataille de Badr. Banou Zahra ; environ au nombre de 300, devaient ensuite se féliciter de la décision prise par leur chef Al-Akhnas ibn Souraik qui ne, cessait de connaître de leur part, obéissance et estime. Banou Hâchim aussi voulurent battre en retraite mais Abou Jahl fit pression sur eux et leur dit : « Votre faction ne nous quittera pas avant notre retour ». Ainsi, l’armée de la Mecque continua sa marche avec un effectif de mille hommes après la défection de Banî Zahra. Se dirigeant vers Badr, elle poursuivit son chemin et vint camper non loin de là, derrière une colline située à la limite extrême de la vallée de Badr.

La situation critique de l’armée des musulmans

Les agents de surveillance avaient déjà apporté au Messager d’Allah (SAW) qui, toujours en route, en était à la vallée de Dhafrân, des informations au sujet de la caravane et de l’armée. Celui-ci, après réflexion sur les informations disponibles, sut de manière bien certaine, qu’il n’y avait pas moyen d’éviter l’affrontement sanglant et qu’il fallait avec courage, bravoure, audace et témérité accepter le combat. Il ne fait aucun doute que s’il laissait l’armée de la Mecque semer le désordre dans la zone, ce serait permettre aux Koraïchites de consolider leur position militaire et d’étendre leur pouvoir politique mais aussi l’occasion d’affaiblir et de démoraliser les musulmans. Mieux, l’Islam, peut-être, ne serait plus, après cela, qu’un corps sans âme. Tous ceux fâchés contre l’Islam ou qui lui gardaient rancune dans la zone en viendraient à rivaliser de perversité et d’audace à son égard. Ensuite, qui est ce qui garantissait aux musulmans que l’armée de la Mecque ne continuerait pas sa marche jusqu’à Médine, de manière à y porter le front et s’attaquer aux musulmans à domicile ? Non ! Tout recul de la part de l’armée de Médine entraînerait le pire effet sur les musulmans et leur réputation.

Le conseil consultatif

Compte tenu de ce grave et inopiné développement, le Messager d’Allah (SAW) tint un conseil militaire consultatif au sommet, conseil au cours duquel il fit allusion à la situation qui prévalait et échangea d’opinions avec toute son armée et ses généraux. Alors, certains musulmans commencèrent à trembler, le cœur palpitant de frayeur, à l’idée de devoir participer à la lutte sanglante : c’était ceux dont Allah dit :

« De même, c’est au nom de la vérité que ton Seigneur t’a fait sortir de ta demeure, malgré la répulsion d’une partie des musulmans. Ils discutent avec toi au sujet de la vérité après que celle-ci fut clairement apparue, comme si on les poussait vers la mort et qu’ils la voyaient » (8 :5,6).

Du côté des généraux de l’armée, Abou Bakr As-Siddik (RA), Omar ibn Al-Khattab (RA) se levèrent, prirent la parole et préconisèrent l’affrontement.

Leur faisant suite, Al-Miqdâd ibn Amr (RA) se leva et dit : « O Messager d’Allah (SAW) ! Fais ce qu’Allah te demande de faire, nous serons avec toi. Par Allah, nous ne te dirons point ce que les fils d’Israël avaient dit à Moussâ (AS) : « Va toi et ton Seigneur, battez-vous ; nous, nous restons ici ». Plutôt nous disons : « Va toi et ton Seigneur combattez ! Nous combattrons avec vous. Je jure sur celui Qui t’a envoyé en te munissant de la vérité, que si tu nous menais vers le coin le plus reculé de la terre, nous combattrions à tes côtés, au point de te permettre de l’atteindre ». Le Messager d’Allah (SAW) approuva sa position et ensuite le bénit. Ces trois généraux faisaient partie des Mouhâjirîn, du reste minoritaire dans l’armée. Le Messager d’Allah (SAW) souhaitait connaître également l’avis des généraux Ansâr, dans la mesure où ceux-ci représentaient la majeure partie de l’armée, et que toute la bataille reposerait sur eux, mais aussi eu égard au fait que le document d’Al-Akaba ne leur faisait pas obligation de combattre hors de chez eux. Aussi, le Prophète (SAW), après audition des trois généraux Mouhâjirîn s’exprima-1-il en ces termes : « dites-moi ce qu’il faut faire, hommes ! », Propos visant les Ansâr.

Alors, Saad ibn Mouadh (RA), général et porte-drapeau des Ansâr comprit l’allusion et dit : « Par Allah ! On dirait que tu t’adresses à nous Messager d’Allah ! (SAW) » Celui-ci (SAW) dit : « en effet » Saad reprit : « Nous avons cru en toi, t’avons considéré comme véridique et avons attesté que ce que tu apportes est la vérité. De surcroît, nous t’avons donné notre engagement à obéir à tous tes ordres. Donc, vas-y, Messager d’Allah ! Fais ce que tu veux ! Je jure sur celui Qui t’a envoyé en te munissant de la vérité que si tu traversais avec nous cette mer, nous te suivrions. Aucun d’entre nous ne serait en reste. Cela ne nous dit rien d’être confrontés à l’ennemi demain. Nous savons bien supporter la guerre et rester nous-mêmes dans le combat. Peut-être, Allah te montrera de notre côté un spectacle qui te plaira. Emmène-nous combattre avec la bénédiction d’Allah ! »

Un autre rapport établit que Saad ibn Mouadh (RA) dit au Messager d’Allah (SAW) : « Peut-être crains-tu que les Ansâr ne se disent avoir le droit de refuser de te secourir ailleurs que chez eux, mais, parlant au nom de tous les Ansâr et répondant à leur place, je te dis de lever le camp et d’aller où tu veux ! Fais la paix avec qui tu veux ! Défis qui tu veux ! Prends de nos biens ce que tu veux pour nous en laisser ce que tu veux. Ce que tu nous as pris nous est plus cher que ce qui nous reste. Tes ordres sont au-dessus des nôtres. Par Allah si tu marchais en direction du coin le plus reculé de la terre nous te suivrions. Par Allah, si tu voulais traverser avec nous cette mer, nous te suivrions ».

Le Messager d’Allah (SAW) se réjouit de l’intervention de Saad (RA) et dit : « Marchez en vous réjouissant de la bonne nouvelle : Allah le Très Haut m’a promis l’un des deux groupes. Par Allah ! C’est comme si, à présent, je regardais ces gens combattre.

Le Messager d’Allah (SAW) effectue des opérations de reconnaissance

A ce dernier campement, le Prophète (SAW) effectua lui-même les opérations de reconnaissance en compagnie d’Abu Bakr As- Siddik (RA), son compagnon dans la grotte. Alors qu’ils circulaient autour du campement des Mecquois un vieillard arabe, leur apparut, vieux que le Prophète (SAW) interrogea sur les Koraïchites, Mohammad et ses compagnons, et aussi sur les deux armées, pour en ajouter à la discrétion. Toutefois, le vieillard dit : « Je ne vous informerai pas avant que vous ne m’informiez à votre sujet ». Le Messager d’Allah (SAW) lui dit : « Si tu nous informes, nous t’informerons ». Le vieillard reprit : « Donnant, donnant ? » Le Prophète dit : « oui ». Alors le vieillard dit : « On m’a appris que Mohammad et ses compagnons sont sortis tel jour et si l’information est juste, Mohammad est aujourd’hui à tel endroit (position de l’armée de Médine). On m’a également appris les Koraïchites sont sortis tel jour et, si l’information est juste, ils sont aujourd’hui à tel endroit (position de l’armée de la Mecque) ». Lorsqu’il eut fini d’informer, le vieillard demanda : « D’où venez-vous ? » Et le prophète (SAW) de répondre : « Nous venons d’une eau » avant de s’éloigner de lui. Le vieillard resta bouche bée disant : « Que signifie « d’une eau » ? Est-ce l’eau de l’Irak ? »

Obtention de l’essentiel des informations sur l’armée de la Mecque

Ce jour-là, au soir, le Messager d’Allah (SAW) dépêcha, à nouveau, ses agents de de surveillance, s’enquérir des nouvelles de l’ennemi. Cette mission fut menée par trois des généraux Ansâr. Ali ibn Abi Tâlib (RA), Az-Zoubair ibn Al-Awwâm (RA) et Saad ibn Abi Wakkâs (RA), accompagnés d’un groupe de compagnons, se rendirent au puits de Badr où ils trouvèrent deux garçons en train de puiser de l’eau pour l’armée de la Mecque. Alors ils les capturèrent et les apportèrent au Prophète (S) qu’ils trouvèrent en train de prier. Aussi les gens les interrogèrent-ils pour les entendre dire : « Nous sommes les serveurs d’eau des Koraïchites. On nous avait envoyés puiser de l’eau ». Les gens furent dégoûtés et, espérant que les deux garçons travaillaient pour Abi Sofyân - (désir permanent de s’emparer de la caravane), les bastonnèrent sévèrement au point de les contraindre à dire : « Nous travaillons pour Abi Sofyân ». Sur ces mots on arrêta le supplice. Dès la fin de sa prière, le Prophète (SAW) s’adressa en ces termes aux gens, comme pour leur faire des reproches : « S’ils disent la vérité vous les frappez et s’ils mentent vous les laissez, or, Par Allah, ils ont dit la vérité car, ils appartiennent aux Koraïchites ». Sur ce, il dit aux deux garçons : « Informez-moi au sujet des Koraïchites » Ils dirent : « Ils sont derrière cette colline-là, à l’autre bout ». Le Prophète reprit : « Quel est leur effectif ? » Ils répondirent : « Ils sont nombreux » le Prophète (SAW) dit : « Quel est leur nombre exact ? » Ils répondirent : « Nous ne savons pas » Le Prophète dit : « Combien de chameaux tuent-ils par jour ? » Ils répondirent : « Tantôt neuf, tantôt dix ». Le Messager d’Allah (SAW) en conclut alors que l’effectif de l’armée de la Mecque s’estimait entre 900 et 1000 hommes. Ensuite, il réinterrogea les deux garçons en ces termes : « Quels notables de Koraich s’y trouvent ? » Ils répondirent : « Otba et Chayba, les deux enfants de Rabîaa, Aboul-Boukhtouri ibn Hichâm, Hakim ibn Khouzâm, Nawfal ibn Khouwaylid, AL-Hârith ibn Amir, Touaayma ibn Adi, An-Nadr ibn Al-Hârith, Zomaa ibn Al- Aswad, Abou Jahl ibn Hichâm, Omayya ibn Khalaf et d’autres. Le Messager d’Allah (SAW) vint alors dire aux gens : « Voici que la Mecque vous jette des portions de son foie ! »

La tombée de la pluie

Au cours de cette nuit, Allah le Tout Puissant fit descendre une seule pluie qui fut, à l’endroit des associateurs, une grande averse les empêchant d’avancer et, du côté des musulmans, une rosée par laquelle il les purifia, chassa d’eux les souillures de Satan, tassa la terre, consolida le sol, raffermit les pieds, aplanit les lieux et unit les cœurs.

L’armée des musulmans devance celle de la Mecque et occupe tous les points stratégiques

Le Messager d’Allah (SAW) se déplaça avec son armée pour devancer les associateurs aux eaux de Badr et les empêcher de s’en emparer. De nuit, il campa à l’endroit le plus proche de ces eaux. A ce point, AI-Houbâb ibn Al-Mounthir se dressa et en tant qu’expert militaire, dit : « Ô Messager d’Allah (SAW) ! Penses-tu que cet endroit est celui qu’Allah te désigne exactement de sorte que nous ne saurions ni avancer, ni reculer ? Ou est-ce ton propre avis, ton plan de guerre, ton stratagème ? » Le Prophète (SAW) répondit : « C’est plutôt mon avis, mon plan de guerre, mon stratagème ». Alors, Al-Houbâb reprit : « Ô Messager d’Allah (SAW) ! Cet endroit n’est pas stratégique. Dis aux gens de se lever et ensemble nous nous rapprocherons des eaux plus que ne l’ont fait les Koraïchites et là, nous camperons, puis, après avoir dévasté tout ce qu’il y a derrière, nous construirons un bassin que nous remplirons d’eau, avant de combattre les associateurs.

Ainsi, nous boirons et eux ne boiront pas ». Le Messager d’Allah (SAW) lui dit : « Exactement, tu viens d’apporter la solution ! » Sur ces mots, il demanda à l’armée de se lever et de se rapprocher des eaux plus que ne l’avaient fait les ennemis. Au milieu de la nuit, les soldats construisirent le bassin et ensuite dévastèrent toutes les autres eaux.

Le poste de commandement

Après que les musulmans eussent campé tout près des eaux, Saad ibn Mouadh (RA) fit au Messager d’Allah (SAW) la proposition consistant à amener les musulmans à lui bâtir un poste de commandement pour parer à toutes les éventualités et en prévision de toute déroute. A cet égard il dit : « Ô Prophète d’Allah (SAW) ! N’allons-nous pas te construire un appentis, où tu resteras ? Nous te préparerons une monture puis affronterons tes ennemis. Ainsi, si Allah nous appuie et nous donne la victoire, notre objectif est atteint. Si nous évoluons dans l’autre sens, tu enfourches ta monture et rejoindras nos hommes, derrière toi. Ô Prophète d’Allah (SAW) ! Nous te ferons entourer des gens qui t’aiment autant que nous, sinon plus. S’ils te savent en danger ils se rapprocheront de toi pour te protéger grâce à Allah. Ils te diront ce qu’il faut faire et combattront pour te sauver ».

Sur ces mots, le Messager d’Allah (SAW) le loua et pria pour lui, après quoi, les musulmans construisirent l’apprentis sur une haute colline située au nord-est du champ de bataille et le surplombant. De même on sélectionna une équipe constituée de jeunes Ansâr et dirigée par Saad ibn Mouadh (RA) pour garder le Messager d’Allah (SAW) équipé positionnée aux alentours de son poste de commandement.

Le Prophète (SAW) avait déjà organisé son armée comme suit :

Pour Sa’d Ibn Mou’âd RA : l’étendard Blanc des Anssârs Aws

Pour Hobâb Ibn Al Mounzir RA : étendard Blanc des Anssârs Khazraj

Pour Zoubayr Ibn ‘Awwâm RA : la direction de la droite

Pour Miqdâd ibn ‘Amr RA : la direction de la gauche

Pour Sayyidna ‘Ali Ibn Abî Tâlib KAW1 : l’étendard noir de l’armée, celui des Mduhajirin

Avec ceci, Le Prophète (SAW) avait également établi un « slogan » que chaque groupe doit répéter durant le combat :

Le slogan des Mduhajirin : « Ô Banî ‘Abderrahmane ! ».

Le slogan des Khazraj : « Ô Banî ‘Abdoul Allâh ! ».

Le slogan des Aws : « Ô Banî ‘AbîdAllah ! ».

Quant au slogan du Prophète (SAW) : « AHAD ! AHAD ! ».

Et Il (SAW) avait ordonné de choisir un élément distinctif, afin d’être connaissables les uns envers les autres lors de la mêlée. Il dit (SAW) : « Les anges se sont distingués. Distinguez-vous donc ! », Et ils ont mis alors de la laine sur leurs casques et leurs armures. Cela dit, Sayyidna Hamza et Sayyidna ‘Alî RA et KAW avaient pris aussi une plume d’autruche comme signe, et Az-Zoubayr

Ibn al ‘Awwâm RA avait mis sur sa tête un turban jaune. Et Abou Doujâna

RA avait pris pour signe un turban rouge.

Mobilisation et veillée d’armes de l’armée

Le Messager d’Allah (SAW) mobilisa ensuite son armée et, se dirigeant vers le champ de bataille, se mettait à pointer son doigt en disant : « Voici la position de tel, demain s’il plaît à Allah et voici la position de tel autre demain, s’il plaît à Allah. Une fois arrivé, il (SAW) passa la nuit à prier sur un tronc d’arbre trouvé sur place. Ses compagnons eux, passèrent la nuit dans la sérénité, le repos et l’espoir de triompher, de voir, de leurs propres yeux, les signes favorables du secours de leur Seigneur, le lendemain matin

 

« Et quand il vous enveloppe de sommeil comme d’une sécurité de sa part, et du ciel il fit descendre de l’eau sur vous afin de vous en purifier, d’écarter de vous la souillure du diable, de renforcer les cœurs et d’en raffermir vos pas » (8 :11).

Cette nuit-là était celle du vendredi 17 du mois de Ramadan de l’an 2 de l’Hégire. A noter que le départ du Noble Prophète (SAW) de Médine eut lieu le 8 ou le 12 du même mois. Quant aux Koraïchites, ils passèrent la nuit dans leur campement situé à l’autre extrémité.

Au matin, ils réunirent leurs bataillons et dévalèrent la colline en direction de la vallée de Badr. Un groupe d’entre eux s’approcha du bassin du Messager d’Allah (SAW) ; mais celui-ci dit : « Laissez-les ». Ce jour-là, tous ceux qui s’étaient désaltérés au bassin avaient été tués exception faite de Hakim ibn Khouzâm (RA). Lui, on ne le tua pas. Il devait ensuite, embrasser l’Islam et être très dévoué. Ayant ainsi échappé à la mort, il en était venu, en jurant, à parler en ces termes : « Par Allah qui m’a sauvé la vie lors de la bataille de Badr ! ». Une fois en position, les Koraïchites envoyèrent Amir ibn Wahb Al-Joumahi prendre connaissance de l’effectif de l’armée de Médine. Alors, celui-ci, à cheval, fit le tour du campement des musulmans et revint leur dire : « Ils sont au nombre de 300 environ. Cependant, attendez ! Je vais voir s’il y’en a qui se cachent ». Sur ce, il s’avança loin dans la vallée mais ne vit rien. Alors, il s’en retourna et dit : « Je n’ai rien trouvé, mais, Koraich, j’ai vu le destin chargé de malheur, les arroseurs de Yathrib transporter avec eux une mort latente : des gens imprenables et inéluctables aux épées fatales.

Par Allah ! Je ne pense pas que vous soyez en mesure d’en tuer un seul. A quoi bon vivre après qu’ils vous auront tout battus ? Etudiez bien la situation ». Sur ces mots, une autre opposition se fit jour contre Abou Jahl pour sa part déterminé à se battre, l’invitant à retourner avec l’armée à la Mecque de manière à éviter la bataille. Hakim ibn Khouzâm s’avança alors dans la foule puis, allant jusqu’à Otba ibn Rabîaa, dit : « Ô Abal-Walid ! Tu es le doyen et le seigneur des Koraïchites qui tous obéissent à tes ordres. Veux-tu faire un bien dont on se souviendra jusqu’ à la fin des temps ? » Celui-ci dit : “ Quoi Hakim” ? Il reprit : « Tu retournes avec les gens de façon à t’occuper de l’affaire de ton allié Amr ibn Al-Hadrami, tué à la Sariyya de Nakhla ». Otba dit : « C’est fait tu t’en es porté garant. En fait, c’est mon allié je dois en payer le prix du sang et réparer le préjudice subi par ses biens ». Ensuite, Otba dit à Hakim ibn Khouzâm : « Va voir ibn Al-Handhaliyya (Abou Jahl) dont Al-Handhaliyya était la mère) ! Je crains qu’il ne soit d’accord avec les gens ». Cela dit, il se dressa et tint un discours en ces termes : « O Koraich ! Par Allah, vous ne gagnerez rien à vous mesurer à Mohammad (SAW) et à ses compagnons. Par Allah, si vous le faites, vous installerez la haine entre les gens et l’on verra quelqu’un tuer son propre oncle paternel, son propre oncle maternel ou un homme de son propre clan. Retournez donc à la Mecque et laissez Mohammad (SAW) avec les autres arabes. Si ceux-ci le tuent votre objectif est atteint, car c’est cela que vous voulez, sinon, vous constaterez qu’ils n’ont pas pu faire de lui ce que vous vouliez ». Hakim ibn Khouzâm alla voir Abou Jahl - qu’il trouva en train de mettre au point sa cuirasse - et lui dit : « Ô Abal-Hakam ! Otba m’a envoyé auprès de toi et m’a chargé de te dire ceci et cela ». Celui-ci lui dit : « Par Allah, il a eu la trouille dès qu’il a aperçu Mohammad (SAW) et ses compagnons ! Que non ! Je jure que nous ne nous retirerons qu’après qu’Allah nous aura départagés de Mohammad (SAW) ! Quant à Otba, il ne pense pas à ce qu’il dit, il a plutôt constaté que Mohammad (SAW) et ses compagnons vont servir de pâture aux bêtes et que son fils est parmi eux (Abou Houdhayfa ibn Otba qui avait depuis longtemps embrassé l’Islam et ensuite émigré à Médine). Voilà pourquoi il vous remplit de crainte et vous dissuade ».

Abou Jahl accéléra le processus par crainte que l’opposition ne l’emportât. Suite à la discussion, il fit alors appeler ‘Amir ibn Al-Hadrami (le frère de Amr ibn Al-Hadrami qui avait été tué à la Sariyya de Abdillâh ibn Jahch) et lui dit : « voici ton allié (à savoir Otba). Il veut ramener les gens alors que je tenais à te venger sous tes yeux. Donc, lève-toi, revendique ton droit au sujet du meurtre de ton frère ! » Amir se leva, découvrit son derrière en s’écriant : « Ils ont tué mon frère, ils ont tué mon frère ! » Les gens alors, s’enflammèrent et se rendirent compte de leur mauvaise appréciation des choses. Ceux à quoi Otba les conviait échoua. Ainsi, l’imprudence l’emprunta sur la sagesse et l’opposition fut nulle et non avenue.

Les deux armées s’aperçoivent l’une l’autre

A l’apparition des Koraïchites, les deux armées face à face, s’apercevaient mutuellement. Alors, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Seigneur ! Voici les Koraïchites qui s’approchent avec leur mythomane et leur orgueil, eux qui te défient et traitent de menteur Ton messager (SAW). Envoie-nous le secours que tu m’as promis. Seigneur ! Mets-les en déroute ! ». Il poursuivit -apercevant parmi les associateurs Otba ibn Rabîaa monté sur un chameau tâché de rouge - « s’il y a un seul de ces gens qui soit capable de bien, c’est le propriétaire du chameau rouge. Celui-là, quiconque le suit trouve le bon chemin ». Sur ces mots, le Messager d’Allah (SAW) redressa les rangs des musulmans et, alors qu’il (SAW) les redressait, une chose étrange se produisit. En effet, il (SAW) tenait à la main une flèche au moyen de laquelle il indiquait le sens des alignements, mais Sawâd ibn Ghazya en sortant des rangs, se la fit planter au ventre. Alors le Prophète (SAW) lui dit : « redresse-toi, Sawâd (RA) ! » Celui-ci dit : « Ô Messager d’Allah (SAW), tu m’as fait mal, tu m’as blessé » découvrant son ventre. Le Prophète (SAW) lui dit : « Redresse-toi » mais Sawâd (RA) l’embrassa et lui donna un baiser au ventre. Le Messager d’Allah (SAW), surpris, lui dit : « qu’est-ce qui te porte à faire ceci, Sawâd (RA) ? » Celui-ci répondit : « O Messager d’Allah (SAW), tu vois bien que je vais mourir. Alors, j’ai voulu, en guise d’adieu, que ma peau touche la tienne ». Le Prophète (SAW) pria pour lui et le bénit. Après avoir redressé les rangs, le Messager d’Allah (SAW) ordonna à son armée de ne commencer à se battre que sur son ordre. Ensuite, il (SAW) donna à ses hommes des directives particulières relatives aux arts martiaux disant : « S’ils se dirigent vers vous en masse, utilisez vos flèches et à égard, veillez à les économiser. Ne dégainez vos épées que lorsqu’ils vous auront enveloppés ». Cela dit, Il (SAW) regagna son poste de commandement, en compagnie d’Abi Bakr (RA) notamment, sous la protection de Saad ibn Mouadh (RA) ainsi que du détachement de garde, en faction à l’entrée du poste.

Du côté des associateurs, Abou Jahl ce jour-là, implora l’arbitrage d’Allah disant : « Seigneur ! Il a rompu nos liens de parenté et nous a apporté ce que nous ne savons pas. Mets-le alors en déroute ! Seigneur ! Accorde ton secours aujourd’hui, à celui d’entre nous que tu aimes le plus et qui te satisfait le plus ».

A cet égard, Allah révéla :

« Vous cherchez, impies, une sentence d’Allah. Le Seigneur s’est prononcé. Cessez toute hostilité : ce sera meilleur pour vous. Si vous reprenez la lutte, nous la reprendrons. Votre troupe, si nombreuse soit-elle, ne vous sera d’aucun secours. Allah est du parti des croyants » (8 :19).

Le début des affrontements

Le premier à engager la lutte armée fut Al-Aswad ibn Abdil- Aswad Al-Makhzoumî, quelqu’un de méchant et de mauvais caractère. Celui-ci sortit du rang des associateurs en disant : « Je jure sur Allah que je boirai à leur bassin, sinon je le détruirai ou mourrai en chemin ». Aussitôt qu’il fut sorti, Hamza ibn Abdil- Mouttalib (RA) alla à sa rencontre et, le frappa de son sabre, lui trancha la jambe au milieu avant même qu’il n’atteignît le bassin. Celui-ci tomba sur le dos, le sang giclant de son pied, en direction de ses compagnons. Il se traîna ensuite jusqu’au bassin et voulut y plonger sa main droite mais Hamza lui asséna un autre coup qui l’y plongea pour de bon.

La bataille

La mort d’Al-Aswad, le premier du genre à Badr, déclencha la bataille car, peu après, trois des meilleurs cavaliers de l’armée des Koraïchites appartenant à une même famille s’avancèrent, à savoir Otba, son frère Chayba (les deux fils de Rabîaa et Al-Walid ibn Otba. Lorsqu’ils se furent détachés des rangs sollicitant le combat, trois jeunes médinois allèrent à leur rencontre : Awf, Mouadh (les deux fils d’Al-Hârith et de Afrâ) et Abdillâh ibn Rawâha. Alors les trois associateurs leur dirent : « qui êtes-vous ? » Ils répondirent : « Un groupe appartenant aux Ansâr ». Les trois associateurs reprirent : « Nous voulons nos semblables en fait de noblesse. Nous n’avons donc pas besoin de vous. Nous cherchons plutôt nos cousins ». Cela dit, leur crieur appela : « O Mohammad (SAW) envoie-nous nos égaux parmi notre peuple ! » Alors, le Prophète (SAW) dit : « Oubayda ibn Hârith (RA) debout ! Hamza (RA), debout ! Ali (RA), debout ! »

Lorsqu’ ils se furent levés et approchés des associateurs, ceux - ci les interrogèrent : « Qui êtes-vous ? » Ils déclinèrent leur identité. Les associateurs reprirent : « vous êtes de nobles émules ». Alors, Oubayda (RA), le plus âgé d’entre eux se mesura avec Otba ibn Rabîaa. Hamza (RA) se mesura avec Chayba et Ali (RA) avec Al- Walid. Hamza (RA) et Ali (RA) ne tardèrent pas à tuer leur ennemi.

S’agissant de Oubayda et de son adversaire, le combat était indécis : chacun portait des coups à l’autre. Par la suite, Ali (RA) et Hamza (RA) décochèrent des flèches sur Otba, le tuèrent puis emportèrent Oubayda qui lui, souffrait d’une déchirure au pied. Jusqu’ à sa mort à As-Safrâ 4 ou 5 jours après la bataille de Badr, alors que les musulmans s’en retournaient à Médine, celui-ci perdit la parole. Ali avait l’habitude de jurer que le verset suivant avait été révélé dans ce sens.

« Voici deux clans adverses qui se disputaient au sujet de leur Seigneur » (22 :19).

L’attaque généralisée

La fin de ces corps à corps était un mauvais commencement pour les associateurs qui, ayant perdu d’emblée trois de leurs meilleurs cavaliers et dirigeants, se déchaînèrent et comme un seul homme, se mirent à décocher leurs flèches en direction des musulmans. Ceux-ci, après s’être montrés sincères à l’égard de leur Seigneur qu’ils supplièrent, implorant Son secours et Sa protection, continuaient de recevoir, campés sur leurs postes, en position défensive, les attaques successives que leur livraient les associateurs à qui ils infligèrent d’énormes pertes à grands cris de“ Ahad, Ahad” (Unique, Unique).

Le Messager d’Allah (SAW) supplie son Seigneur

Quant au Prophète (SAW), Il (SAW) ne cessait, depuis qu’Il (SAW) avait regagné son poste de commandement après avoir redressé les rangs, de supplier son Seigneur, Lui demandant de lui envoyer ce qu’il lui avait promis comme secours. Il (SAW) disait : « Seigneur, réalise ta promesse à mon égard ! Seigneur, je t’en prie. Que ta promesse se réalise ! » Il ne cessa de répéter cela jusqu’au moment où la guerre, d’une violence inouïe, atteignit, son paroxysme. A ce niveau il (SAW) continua :

 « Seigneur ! Si cette troupe périt aujourd’hui, il n’y aura plus personne pour T’adorer. Seigneur ! S’il Te plaît, nul ne T’adorera plus jamais ».

Il (SAW) implora tellement que son manteau lui tomba des épaules pour ensuite être réajusté par Abu Bakr (RA) qui, alors, lui dit : « Ça suffit Messager d’Allah (SAW) ! Tu as assez insisté auprès de ton Seigneur ! »

Dans la suite, Allah révéla à ses anges :

« Je suis avec vous, affermissez donc les croyants. Je vais jeter l’effroi dans les cœurs des mécréants » (8 :12).

Il révéla à Son Messager (SAW) :

« Je vais vous aider d’un millier d’anges déferlant les uns à la suite des autres » (8 :9) :

C’est-à-dire déferlant vers vous ou déferlant progressivement : né venant pas tous à la fois.

La descente des anges

Pour une fois, le Messager d’Allah (SAW) somnola, puis, levant la tête dit : « Réjouis-toi, Aba Bakr ! (RA) Voici Jibril au milieu de la poussière ! »

Dans un autre rapport fait par Muhammad ibn Ishâk, le Prophète (SAW) dit « Réjouis-toi, Aba Bakr (RA), Allah t’apporte son secours ! Voici Jibril tenant les rênes de son cheval, au milieu de la poussière ».

Ensuite, sortant de son appentis, le Messager d’Allah (SAW) mit rapidement sa cuirasse et dit

« Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils fuiront » (54 :45).

Cela dit, Il (SAW) prit une poignée de gravier, fit face aux Koraïchites et dit : « Que vos visages soient mutilés » Il (SAW) leur jeta le gravier qui, n’épargnant aucun d’eux, pénétra dans leurs yeux, leurs narines et leurs bouches. Dans ce sens Allah révéla :

« Ce n’est pas toi qui lançais ; mais, c’est Allah qui lançait » (8 :17).

La contre-attaque

A ce niveau, le Prophète (SAW) donna enfin à son armée l’ordre de contre-attaquer disant : « chargez ! » Il (SAW) les exhorta à la lutte en ces termes : « Par celui dont l’âme de Mohammad est entre les mains ! Allah fera accéder au paradis quiconque d’entre vous aura combattu, aujourd’hui, dans la patience et l’endurance, chargeant et sans s’enfuir, jusqu’au moment où on le tue ». A cet égard, il (SAW) dit aussi, incitant ses hommes au combat : « Debout ! Obtenez un paradis aussi large que les cieux et la terre ! » Alors, Al-Omayr ibn Al-Hamân (RA) fit de sa bouche : « bakh-bakh ». Le Messager d’Allah (SAW) lui dit : « Qu’est-ce qui te porte à faire « bah-bah » » Il (RA) répondit : « Rien, par Allah ! O Messager d’Allah (SAW) je souhaite seulement être au nombre de ses occupants. Alors le Prophète (SAW) lui dit : « Tu fais partie de ceux-là » Sur ces mots, Al-Amir (RA) sortit des dattes de sa corne, se mit à en manger puis dit : « ce serait pour moi une longue vie que de trouver le temps de manger mes dattes-ci ». Il (RA) jeta ensuite les dattes qui lui restaient et se mit à combattre jusqu’au moment où on le tua. Awf ibn Al-Hârith (RA), le fils de Afrâ, interrogea aussi le prophète (SAW) en ces termes : « Qu’est-ce qui dans le serviteur, peut faire rire son Seigneur ? » Le Messager d’Allah (SAW) lui répondit : « le fait de plonger et de se saisir de l’ennemi en état de nudité ». Sur ces mots, Awf (RA) ôta l’armure qu’il portait et, après l’avoir jetée au loin, prit son épée et se mit à combattre jusqu’au moment où on le tua. Au moment où le Messager d’Allah (SAW) ordonnait la contre-attaque, l’ennemi avait perdu son zèle et ses attaques s’étaient relâchées. La sage stratégie adoptée avait beaucoup contribué à consolider et à raffermir la position des musulmans. Ceux-ci dont la force de frappe résidait dans les jeunes, avaient, dès leur réception de l’ordre de charger, lancé une attaque meurtrière dans laquelle ils fouillaient les rangs de l’ennemi et tranchaient des gorges. Ils devinrent encore plus unis et déterminés à combattre lorsqu’ils virent le Messager d’Allah (SAW) sauter dans son armure et dire de manière franche et résolue : « Leur rassemblement sera bientôt mis en déroute et ils fuiront ».

Ainsi, les musulmans combattaient avec une violence inouïe, aidés en cela par les anges. A cet égard Ikrima (RA), selon un rapport de ibn Saad dit : « Ce jour-là, on voyait des têtes et des mains tomber sans savoir qui les coupait. Poursuivant un associateur détalant devant lui il arrivait au musulman d’entendre des coups de cravache au-dessus de sa tête. Il (RA) entendait aussi le cavalier dire : « Avance ! ». Regardant l’associateur il le voyait s’allonger à terre, le nez mutilé, le visage déchiré à grands coups de cravache. Al-Ansârî (RA) vint rapporter la scène au Messager d’Allah (SAW) qui dit : « C’est vrai, cela fait partie des trois renforts du ciel ». Abu Dâwôud Al-Mâzini (RA) dit : « Je poursuivais un des associateurs pour le tuer lorsque, tout à coup, je vis tomber sa tête avant même que mon épée ne parvînt à le toucher. Je sus alors que quelqu’un d’autre l’avait tué. A un certain moment, un des combattants parmi les Ansâr se présenta avec Al-Abbâs ibn Abdil-Mouttalib comme prisonnier et ce dernier dit : « Par Allah ! Cet homme ne m’a pas constitué prisonnier. Celui qui m’a constitué prisonnier, est un homme au front dégarni, au visage des plus beaux monté sur un cheval noir et blanc. Je ne le revois pas dans la foule ». Le combattant Ansarite précisa : « Je l’ai constitué prisonnier, Ô Messager d’Allah (SAW) ! » Celui-ci dit : « Tais-toi ! Allah l’a soutenu en le mettant en rapport avec un ange généreux ».

Iblis se retire du champ de bataille

Comme nous l’avons déjà vu, Iblis, ayant pris la forme de Sorâqa ibn Mâlik ibn Jaacham Al-Madlaji, avait intégré les associateurs qu’il suivait dans tous les sens.

Toutefois, il battit en retraite, prenant ses jambes à son cou, lorsqu’il se fut rendu compte du châtiment que les anges infligeaient aux associateurs. Alors, Al-Hârith ibn Hichâm s’accrocha à lui de toutes ses forces, le prenant pour Sorâqa, mais son allié le repoussa d’un coup de poing à la poitrine qui le propulsa loin de lui, avant de partir en trombe. Les associateurs lui dirent : « Où vas-tu Sorâqa ? N’avais-tu pas dit que tu étais notre voisin ? Ne nous quitte pas ! » Il dit : « Je vois des choses que vous ne voyez pas. Moi, je crains Allah car, terrible est son châtiment ». Sur ces mots, il s’enfuit au point d’aller se jeter en mer.

L’écrasante défaite des mécréants

Les signes d’échec et de désordre se multiplièrent dans les rangs adverses, car les associateurs n’arrêtaient de s’écrouler et de s’effondre face, à la violence des attaques lancées par les musulmans. La bataille touchait à sa fin. Les associateurs commençaient à se sauver en catastrophe suivis par les musulmans qui leur montaient au dos, les constituaient prisonniers ou les tuaient jusqu’à ce que prît forme la déroute.

Abou Jahl

Quant au grand tyran Abou Jahl, il essaya de résister lorsqu’il eut constaté la débandade au niveau des siens. Il se mit à encourager son armée, lui disant sur un air de méchanceté et d’obstination : « Que la défection de Sorâqa ne vous pousse point à la déroute car celui-ci est de mèche avec Mohammad (SAW) ! Ne soyez pas horrifiés par la mort de Otba, de Chayba et d’Al- Walid ! On les a tout simplement brusqués. Je jure par Al-Lât et Al-Ouzzâ que nous ne quitterons pas sans les ligoter. Je ne vous demande pas de les tuer par un, mais prenez-les en masse pour que nous leur fassions connaître les conséquences de leurs actes. Tout d’un coup, cependant, la réalité d’une telle arrogance lui apparut car, les rangs des associateurs ne tardèrent pas à se disloquer face aux attaques des musulmans. Certes, il avait encore avec lui un groupe d’associateurs l’entourant d’une haie d’épées et d’une forêt de lances ; toutefois, l’ouragan de l’attaque des musulmans dispersa une telle haie et anéantit une telle forêt.

Alors, le tyran apparut. Les musulmans le virent voltiger sur le dos de son cheval l’opposant à deux jeunes médinois.

La mort d’Abou Jahl

Abdour-Rahmân ibn Awf (RA) dit : « Le jour de Badr, j’étais au nombre des combattants. A un moment, faisant volte-face, je me retrouvai, soudain, entre deux jeunes, l’un à ma droite, l’autre à ma gauche, comme s’ils allaient m’agresser.

L’un d’entre eux à l’insu de l’autre me dit alors en secret :

« Oncle, montre-moi Abou Jahl ! »

Je lui dis : « Neveu, que lui veux-tu ? » Il (RA) répondit :

« On m’a informé qu’il insultait le Messager d’Allah (SAW). Je jure sur celui qui détient mon âme qu’une fois que je le trouve, je ne le quitterai pas avant qu’il ne me tue ou que je ne le tue ».

Alors que je m’émerveillais de tels propos, l’autre jeune homme me fit signe et me dit la même chose. Sur ces mots, je ne tarderai pas à braquer mes regards sur Abou Jahl que je voyais tournoyer entre les gens, pour ensuite dire aux deux jeunes :

« Ne voyez-vous pas ? Voici l’homme que vous cherchez ! »

Ils le chargèrent aussitôt avec leurs épées et le transpercèrent jusqu’à sa mort pour ensuite s’approcher du Messager d’Allah (SAW) qui, alors, leur demanda :

 « Lequel de vous l’a tué ? »

 Chacun des deux jeunes se mit à dire : « c’est moi qui l’ai tué ».

Le Prophète (SAW) leur dit : « avez-vous essuyé vos épées ? » Ils répondirent : « Non ! »

Le Messager d’Allah (SAW) promena son regard sur les deux épées et dit : « vous l’avez tué tous les deux ».

Le Prophète (SAW) décida par la suite que la dépouille irait à Mouâd ibn Amr ibn Al-Jamouh (l’autre s’étant fait tuer au cours de la même bataille, à savoir Mouâd ibn Afrâ).

Le premier, selon ce que nous en rapporte ibn Ishâq dit : « Alors qu’Abou Jahl était dans un fourré où le gardaient les associateurs munis d’épées et de lances, j’entendis ses gens dire : « Aboul-Hakam, on ne lui restera pas dévoué ». Lorsque j’eus entendu cela, je me proposai de l’avoir et dès que j’en eus la possibilité, le changeai brusquement. Je lui donnai un coup d’épée qui lui trancha la moitié de la jambe que je vis alors voler en l’air. En retombant, le morceau par Allah, me rappelait un noyau au moment où il tombe du casse-noix. Son fils Ikrima (RA) me donna un coup d’épée à l’épaule et me trancha le bras de telle sorte que celui-ci restait suspendu à mon flanc, retenu par un morceau de peau. Je ne pouvais plus combattre avec lui, d’autant plus que j’avais combattu toute la journée. Je décidai de ramener le bras derrière moi. Ensuite, comme il me faisait mal, j’y posai mon pied et m’étirai au point de le voir se détacher. Peu après, Mouâd ibn Afrâ rencontra Aba Jahl ! Qui avait perdu tout son zèle et lui donna un coup d’épée le clouant pour de bon et le laissant moribond. Par la suite il combattit jusqu’ au moment où il fut tué.

Après la bataille, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Qui est-ce qui va voir ce qu’on a fait à Abi Jahl ? Les gens, alors, se dispersèrent pour aller à sa recherche. Lorsque Abdoullah ibn Massoud (RA) le retrouvait, l’associateur en était à l’agonie. Alors il lui posa le pied au cou et se saisit de sa barbe pour lui trancher la tête en l’interrogeant en ces termes : « Alors Allah t’a humilié, n’est-ce-pas, ennemi d’Allah » ? L’associateur répondit : « En quoi m’a-t-il humilié ? S’agit-il d’autre chose que de me tuer en martyr ? de me faire tuer par un laboureur ? ». Sur ces mots il dit : « Informe-moi ! A qui revient le pouvoir aujourd’hui ? » Ibn Massoud (RA) lui répondit : « A Allah et à son Messager (SAW) ».

L’associateur dit ensuite à son bourreau qui, déjà lui posait le pied au cou : « Tu as fait une ascension bien difficile, petit gardien de moutons ! » En fait, Ibn Massoud (RA) faisait partie des gardiens de moutons de la Mecque. Après cette conversation, ibn Massoud (RA) lui trancha la tête qu’il apporta au Messager d’Allah (SAW) en lui disant : « Ô Messager d’Allah (SAW) ! Voici la tête de l’ennemi d’Allah, Abou Jahl ! ».

Celui-ci dit : « Allah est Celui en dehors de qui il n’y a nulle divinité (répétant cela trois fois) Allah est très grand ! Louange à Allah qui a accompli Sa promesse, secouru Son serviteur vaincu, seul les groupes qui ont détalé sous nos yeux ». Lorsque nous lui eûmes montré la tête il dit : « Voici le Pharaon de cette Oumma ! ».

[À suivre…]

Sources

Non indiquées : article de l’ancien site, pas encore relu.

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