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SIRA 6 – [Partie 04/19] LES EXPÉDITION DU SAINT PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)

« Dieu vous avait promis que vous triompheriez de l’une des deux troupes. Vous auriez préféré avoir à combattre celle qui était désarmée. Mais Dieu voulut faire triompher la vérité dans tout son…

Intermédiaire · 27 min de lecture · 6 octobre 2023

Ancien article · non reluArticle repris tel quel de l’ancien site Solisalim (publié le 6 octobre 2023). Il n’a pas encore été relu par le comité savant.

Quelques manifestations de beautés de la foi au cours de la bataille de BADR

Nous en avons déjà vu deux exemples avec Omayr ibn Al- Hamam (RA) et Awf ibn Hârith ibn Afrâ (RA). En fait, la bataille a conduit à de très beaux spectacles attestant d’une force de conviction et de détermination. Au cours de cette bataille, des pères et des fils aux principes opposés se sont expliqués par l’épée. De même des dominés ont eu à affronter leurs dominateurs et de manière à apaiser leur colère.

1. Selon Ibn Ishâk, rapportant les propos d’Ibn Abbâs, le Prophète (SAW) dit à ses compagnons : « Je sais que certains hommes appartenant à Banî Hâchim ou d’autres, sont venus à Badr malgré eux. Ceux-là n’ont pas besoin d’être combattus. Ainsi, si vous rencontrez quelqu’un de Banî Hâchim, ne le tuez pas. Si vous rencontrez Aboul-Boukhtouri ibn Hichâm, ne le tuez pas. Si vous rencontrez Al-Abbâs ibn Abdil- Mouttalib, ne le tuez pas car il est venu contre son gré ». Alors, Abou-Houdhayfa ibn Otba dit : « Allons-nous tuer nos pères, nos fils, nos frères et les membres de notre clan sans tuer Al-Abbâs ? Par Allah ! Je le réduirai au silence avec cette épée ». Lorsqu’il eut entendu cela, le Prophète (SAW) dit à Omar ibn Al-Khattab (RA) : « Aba Hafs ! Doit-on donner un coup d’épée au visage de l’oncle paternel du Messager d’Allah (SAW) ? » Celui-ci répondit : « O Messager d’Allah (SAW) ! Laisse-moi ! Je lui trancherai le cou à l’épée si je le rencontre car par Allah, c’est un hypocrite. Abou-Houdhayfa (RA) disait : « La parole que j’ai prononcé ce jour-là me travaille et mon péché à cet égard ne saurait être expié que par le martyr » ainsi fût-il tué en martyr lors de la bataille de Yamâma.

2. Le Prophète (SAW) interdisait de tuer Aboul-Boukhtouri car celui-ci était le moins hostile envers lui, au temps où il était à la Mecque. Il ne lui faisait aucun mal et non plus ne le soumettait à aucune chose répréhensible. D’ailleurs il était de ceux qui avaient contribué à la rupture du boycott de Banî Hichâm et des Banil-Mouttalib. En dépit de tout cela, Aboul- Boukhtouri fut tué. En effet, à un moment, Al-Moujathir ibn Zîyâd Al-Balawi l’ayant rencontré au cours de la bataille en compagnie d’un de ses camarades aux côtés duquel il combattait, lui dit : « Abu-Boukhtouri, toi, le Messager d’Allah (SAW) nous a défendus de te tuer ! ». Il demanda : « avec mon camarade » ? Al-Moujathir reprit : « Non ! Par Allah, ton camarade doit mourir ! » Il dit : « Donc, par Allah ! Nous mourrons tous les deux ». Un combat s’engagea et Al- Moujathir fut obligé de le tuer.

3. Abdour-Rahmân ibn Awf (RA) et Omayya ibn Khalaf (RA) avaient été des amis à la Mecque, à l’époque antéislamique. Le jour de Badr, Abdour-Rahmân, en compagnie de son fils, rencontra celui de Omayya. Alors, ils lui tinrent la main. Abdour- Rahmân portaient des armures qu’il avait usurpées. Lorsque Omayya le vit il lui dit : « veux-tu me capturer ? Je suis meilleur que ces armures que tu portes. Je n’ai jamais vu un tel jour. N’avez-vous pas besoins de lait ? (Entendre par là : au cas où l’on me capture je donnerai comme rançon une chamelle capable de produire beaucoup de lait). Alors Abdour-Rahmân rejeta les armures prit le père et le fils par la main pour les emmener. A ce sujet il rapporte : « Alors que j’étais entre lui et son fils, Omayya me dit : « quel est cet homme parmi vous ayant la plume d’autruche à la poitrine ? » Je lui répondis : « Celui-là c’est Hamza ibn Abdil-Mouttalib ». Il reprit : « C’est celui-là qui nous a minés ! » Je me mettrai ensuite à les conduire lorsque Bilal (RA) apercevant Omayya, celui qui le torturait, dit : « Voici le chef des mécréants, Omayya ibn Khalaf ! Ou il me tue, ou je le tue ! » Je dis : « Bilâl, celui-ci est mon prisonnier ». Il répéta : « Ou il me tue, ou je le tue ». Sur ces mots, il cria du plus fort de sa voix, disant : « Ô partisans d’Allah ! Voici le chef des mécréants, Omayya ibn Khalaf ! Ou il me tue, ou je le tue ». Les gens, alors, nous cernèrent de manière à nous donner l’impression d’être dans une sorte de carcan. Aussi le repoussai-je. Un homme, sans crier gare, trancha d’un coup d’épée la jambe du fils d’Omayya ? Celui-ci, alors, poussa un cri tel que je n’en avais encore jamais entendu. Je lui dis : « Sauve-toi. Je ne peux te protéger, Par Allah, je ne te suis d’aucune utilité ». Les gens se jetèrent sur lui et le déchiquetèrent avec leurs épées ». De son vivant Abdour-Rahmân disait : « Pauvre Bilâl, qu’Allah l’agrée dans Sa clémence : il m’a fait perdre mes armatures et mon prisonnier ».

Al-Boukhari rapporte dans son recueil de hadiths authentiques, que Abdour-Rahmân ibn Awf dit à Omayya : « Couche toi » et lorsque celui-ci se fut couché, plongea sur lui pour le couvrir. Les gens néanmoins, le transpercèrent par leurs épées qu’ils lui enfoncèrent par le bas et de la sorte le tuèrent. Une des épées blessa au pied Abdour-Rahmân ibn Awf (RA)

4. Omar ibn Al-Khattâb (RA) tua, ce jour-là, son propre oncle maternel : Al-As ibn Hichâm ibn Al-Moughira.

5. Abou Bakr As-Siddik (RA) appela son fils Abdour-Rahmân qui était alors avec les associateurs, et lui dit : « Où sont mes biens, scélérat ? » Celui-ci répondit : « Il n’en reste qu’une arme et un pur-sang, un inflexible prêt à tuer les vieillards égarés ! »

6. Alors que les gens continuaient la capture des associateurs et que Saad ibn Mouâd, l’épée en bandoulière, faisait sa faction devant la porte de l’appentis, le Messager d’Allah (SAW) constata, de l’intérieur de cet appentis, que le visage de son garde de corps exprimait de la répulsion pour ce que les gens continuaient de faire. Aussi dit-il à Saad (RA) : « Par Allah ! On dirait que tu détestes ce que font les gens ». Celui-ci répondit : « En effet, Par Allah il s’agit de la première bataille commanditée par le Très Haut à l’encontre des associateurs. A cet égard je préfère qu’on les massacre tous au lieu de les maintenir ».

7. Ce jour-là Okâcha ibn Mouhassan Al-Asdi (RA) vit son épée se casser. Alors, il (RA) se présenta au Messager d’Allah (SAW) qui lui donna un moignon pointu et lui dit : « Bats-toi avec ceci, Okâcha ! ». Il brandit le moignon dès qu’il l’eut reçu du Prophète (SAW). L’objet devint entre ses mains, une épée en bonne et due forme : longue, sèche et dotée d’une lame blanche. C’est avec cela qu’il combattit jusqu’à la victoire, des musulmans. Une telle épée était appelée « Al-Awn » (le secours). Elle ne cessa ensuite d’être avec lui, au vu et au su de tous, jusqu’au jour où il fut tué au cours d’une guerre contre les apostats.

8. A la fin de la bataille, Moussab ibn Omayr Al-Abdari (RA) rencontra son frère Aba Aziz ibn Omayr qui avait participé à la guerre contre les musulmans. Celui-ci était accompagné d’un musulman médinois lui tenant la main. Alors Moussab (RA) dit au musulman médinois : « Retiens-le avec tes deux mains car sa mère est riche ; elle viendra peut-être te verser une rançon ». Abou Aziz dit à son frère : « Est-ce cela l’expression de la parenté à mon égard » ? Moussab (RA) lui répondit : « Lui (le musulman médinois) est mon frère et toi, non ».

9. Lorsque fut donné l’ordre de jeter les cadavres des associateurs dans le fossé et qu’on eut traîné celui de Otba ibn Rabîaa vers ce fossé, le Messager d’Allah (SAW), observant le visage du fils du défunt, Abou Houdhayfa, y lit l’amertume et le dépit. Il (SAW) dit alors à celui-ci : « Aba Houdhayfa ! peut-être es-tu quelque peu affecté par le sort de ton père » ? Il répondit : « Non, par Allah ! Messager d’Allah ! le sort de mon père ne me dit rien, mais je créditais mon père d’intelligence, de perspicacité et de mérites, pensant que cela le conduirait à l’Islam. Aussi, face au spectacle de sa mort, me suis-je vite rendu compte qu’il est mort dans l’impiété, nonobstant ce que j’attendais de lui. Voilà ce qui m’attriste ». Le Messager d’Allah (SAW) fit des invocations en sa faveur et ensuite, le consola.

Les Martyrs parmi les croyants, et les tués parmi les mécréants

La bataille aboutit à une défaite écrasante infligée aux associateurs et à une victoire sans conteste au projet des musulmans. Cette bataille fit 14 martyrs du côté des musulmans : 6 mecquois et 8 médinois. Quant aux associateurs, ils avaient subi de grosses pertes. Les musulmans tuèrent 70 (dont 20 leurs dirigeants, leurs généraux et leurs héros et en capturèrent 70. A la fin de la guerre, le Messager d’Allah (SAW) s’approcha des tués et dit : « Piètre clan que le vôtre à l’égard de votre prophète ! Vous m’avez traité de menteur et les gens m’ont cru ; vous m’avez abandonné et les gens m’ont secouru ; vous m’avez fait sortir et les gens m’ont donné asile ». Ensuite, il (SAW) donna l’ordre de les jeter dans l’un des précipices de Badr. Selon Abou Talha, le Messager d’Allah (SAW) donna l’ordre de jeter 24 héros du côté des Koraïchites dans les creux de Badr.

De surcroît, il passait trois nuits sur le champ de bataille après avoir triomphé d’un peuple. A sa troisième nuit, à Badr, il ordonna qu’on lui préparât sa monture et, après quoi, s’en alla, suivis de ses compagnons, au point de se retrouver à Saffat-ar- Rikâ où il se mit à appeler les morts par leurs noms et par ceux de leurs pères : « O tel fils de tel ! O tel fils de tel ! Réjouissez-vous d’avoir obéi à Allah et à Son messager » Nous, nous avons vu se réaliser ce que, notre Seigneur vous avait promis ! Avez-vous vu se réaliser ce que votre Seigneur vous avait promis ? » Omar (RA) lui dit : « Ô Messager d’Allah (SAW) ! Comment peux-tu parler avec des corps sans âme ? » Il (SAW) répondit : « Je jure sur celui qui détient l’âme de Mohammad que vous n’êtes pas plus en mesure d’entendre ce que je dis ». Dans un autre rapport la réponse est : « Vous n’entendez pas mieux qu’ils le font, seulement ils ne répondent pas ».

La Mecque reçoit la nouvelle de la déroute

Les associateurs s’enfuirent de Badr dans le désordre et, se dispersant dans les vallées et sur les montagnes, mirent le cap sur la Mecque sans trop savoir comment y accéder sous l’emprise de la honte.

La Mecque reçu plus tard dans la consternation de la nouvelle de la défaite de son armé.

C’était un coup très dur car l’idée d’une éventuelle défaite n’avait même pas effleuré leur imagination.

Au début, quand la mauvaise nouvelle leur était tombée sur la tête, personne n’avait cru surtout le premier informateur, Al-Haysumân ibn Ayâs al Khuzâ-y à tel point qu’il a été accusé de folie.

Selon Ibn Ishâk, le premier à rapporter la nouvelle de la défaite des Koraïchites fut Al-Haysumân ibn Abdillâh Al-Khouzâi que les gens interrogèrent en ces termes : « Qu’as-tu laissé derrière ? » Il répondit : « On a tué Otba ibn Rabîaa, Chayba ibn Rabîaa, Abal-Hakam ibn Hichâm, Omayya ibn Khalaf et d’autres ». Lorsqu’il commença à énumérer les notables des Koraïchites tués à Badr, Safwân ibn Omayya qui était assis dans la pièce dit : « Par Allah ! pour s’assurer que ce type n’est pas fou, interrogez-le à mon sujet ». Aussitôt les gens demandèrent à Haysumân : « Et qu’a fait Safwân ibn Omayya ? » Il répondit : « Le voici assis dans la salle ! Je jure que j’ai vu tuer son père et son frère ».

Voilà de quelle façon les mecquois reçurent la nouvelle de la cuisante défaite infligée aux Koraïchites à la bataille de Badr.

Ce fut Abû Sufyân ibn al Hârith, revenant du champ de bataille, qui confirma la cuisante défaite ainsi que la déroute honteuse des troupes Quraychites. Abû Lahab en fut très affecté qu’il pesta sa colère sur Abou Râfia l’esclave affranchi par le Noble Prophète (SAW).

Abou Râfia (RA), l’esclave affranchi du Messager d’Allah (SAW) dit : « J’étais un garçon appartenant à Al-Abbâs (RA). L’Islam était entré chez nous, Al-Abbâs (RA) s’y reconvertit ainsi qu’Oumm Al-Fadl (RA) et moi-même. A l’époque Al-Abbâs (RA) dissimulait sa conversion.

Abou Lahab n’avait pas été à Badr ; toutefois, à la tombée de la nouvelle de la défaite des Koraïchites, Allah le musela et le couvrit de honte. Nous, nous en étions devenus forts et prestigieux. J’étais quelqu’un de faible fabriquant des flèches que je sculptais dans la tente du Zamzam où, assis, en compagnie d’Oumm Al-Fadl, je poursuivais mon travail, réjoui tout autant qu’elle par la nouvelle en question, lorsqu’Abou Lahab arriva, traînant les pieds d’amertume et s’assit à l’extrémité de la tente, le dos opposé au mien. Alors qu’il restait assis, le gens soudain, dirent : « Voici Abou Sofyân ibn Al- Hârith ibn Abdil-Mouttallib qui arrive ». Abou Lahab dit à celui-ci : « Viens ici. Ma foi, tu apportes des nouvelles » ! Abou Sofyân s’assit près de lui tandis que les gens le surplombaient. Abu Lahab lui dit : « Neveu, informe-moi ! De quelle façon se sont comportés les gens » ? Il répondit : « L’affaire est simple, lorsque nous avons rencontré ces gens, nous nous sommes laissés faire ; ils nous tuaient comme ils le voulaient et nous capturaient comme ils le voulaient mais ce n’est pas tout. Nous avons aussi rencontré des hommes blancs, montés sur des chevaux blancs et noirs, entre les deux et la terre. Par Allah, ces hommes ne laissaient rien subsister. Rien ne leur résistait ». Je levai l’extrémité de la tente avec ma main et ensuite dis : “ Par Allah ! Il s’agit là des anges. Abou Lahab leva sa main et me frappa violemment au visage. Je le chargeai mais il me souleva et me jeta à terre ; après quoi, il se coucha sur moi et se mit à me frapper : j’étais quelqu’un de faible. Oumm Al-Fadl alla vers un des piliers de la tente, s’en saisit et lui cassa la tête en disant : « Je lui ai ravi sa mine de chef. Il a plutôt l’air d’un vil esclave ». Je jure que neuf nuits après, Allah lui colla un abcès (qu’à l’époque les Arabes considéraient comme mortel). C’est cet abcès qui le tua. Ses enfants le fuyaient. Pendant trois jours nul ne voulait s’approcher de lui personne n’essayait de l’enterrer. Finalement, par peur de commettre un sacrilège à force de le laisser s’exposer on creusa un trou, l’y poussa à l’aide d’un bâton puis de loin, lui lança des pierres au point de l’en couvrir complètement.

La catastrophe confirmé, Quraych décréta le deuil ; chaque maison touchée avait organisé ses lamentations funèbres (une coutume abolie plus tard par l’islam) mais peu après, les notable Quraych interdirent de faire des lamentations funèbres sur les morts pour empêcher les musulmans de se réjouir de leurs malheurs. Une des choses curieuses à cet égard fut le cas d’Al- Aswad ibn Al-Mouttalib, un aveugle dont trois des fils avaient été tués à Badr. Celui -ci voulait pleurer ses fils mais ne pouvait violer l’interdit. Une nuit, ayant perçu la voix d’une femme qui se lamentait, il envoya son garçon en lui disant : « Va voir si l’on a autorisé les lamentations, si les Koraïchites pleurent leurs tués je pourrai peut-être pleurer Aba Hakima (son fils), je brûle d’impatience ». L’enfant revint lui dire : « Ce n’est qu’une femme qui pleure pour un chameau qu’elle a perdu ». Alors, Al-Aswad, ne pouvant plus se maîtriser, dit :

« Pleure -t -elle d’avoir perdu un chameau au point d’en perdre le sommeil ? Elle ne pleure pas son fils aîné tué. A Badr s’arrête la coutume des anciens. Sont restés à Badr Banî Hasts, Makhzoum et le groupe d’Abil -Walid. Moi si je dois pleurer je pleurerai Akil et Hârith le lion des lions. Je pleurerai tous les martyrs sans toutefois les nommer tous. Quant à Abi Hakima, il reste sans égal. Règnent après eux des gens qui, n’eût été la bataille de Badr, n’auraient jamais pu régner ».

 

Les divergences au sujet du butin

Au terme de la bataille, le Messager d’Allah (SAW) resta à Badr trois jours durant mais, avant son départ, des divergences se firent jour au sein de l’armée à propos du butin. L’affaire s’aggravant, le Prophète (SAW) demanda à tout le monde de rendre ce qu’il avait pris. Peu après, Allah dicta, par révélation, la solution du problème.

Selon ce qu’on rapporte de lui, Obâda ibn As-Sâmit (RA) dit : « Nous nous rendîmes à Badr avec le Messager d’Allah (SAW) Nous combattîmes les Koraïchites et les mîmes en déroute. Ensuite, alors qu’un groupe se jetait sur les traces de l’ennemi qu’il traquait et tuait, un deuxième rassemblait le butin et un troisième qui n’avait pas directement combattu, entourait le Prophète (SAW) dont il assurait la protection. A la tombée de la nuit, les gens se mirent à polémiquer. Ceux qui avaient rassemblé le butin dirent : « Nous avons réuni le butin. Donc, nous ne le partagerons avec personne ». Ceux qui étaient sur les traces de l’ennemi dirent : « Vous n’êtes pas plus méritants que nous. C’est parce que nous avons pourchassé et mis en déroute l’ennemi qu’il existe ce butin ». Ceux qui assuraient la protection du Messager d’Allah (SAW) dirent : « Nous nous sommes occupés du Prophète (SAW) dans le but de le soustraire à toute attaque éventuelle ».

A cet égard Allah (SWT) révéla

 

« On t’interroge sur le butin, Réponds : « le butin revient à Allah et à son prophète. Craignez Allah ! Que toujours la concorde règne parmi vous. Obéissez à Allah et à Son Messager : ainsi l’exige votre qualité de croyants » (8 :1).

 

 

L’armée du Prophète se dirige vers Médine

A la fin de son séjour de trois jours à Badr, le Messager d’Allah (SAW) se dirigea vers Médine en compagnie de son armée, emportant avec lui les associateurs faits prisonniers ainsi que le butin laissé derrière par les Koraïchites et auquel Il (SAW) avait délégué Abdallah ibn Kaab (RA). Lorsqu’il (SAW) eut franchi le détroit d’As- Safrâ, il (SAW) descendit sur une colline entre Al-Madîk et An- Nâziyya. C’est là qu’il partagea le butin entre les musulmans, dans l’équité après en avoir pris le cinquième. A son arrivée à As-Safrâ, il (SAW) donna l’ordre de tuer An-Nadr ibn Al-Hârith qui était le porte-drapeau des associateurs le jour de Badr. C’était aussi l’un des plus grands malfaiteurs des Koraïchites, l’un des plus hostiles à l’Islam et des plus nuisibles au Messager d’Allah (SAW). La sentence fut mise à exécution par Ali ibn Abi Tâlib qui lui coupa la tête.

A Irk Adh-Dhabva. Il (SAW) donna l’ordre de tuer Okba ibn Abi Mouait dont nous avons déjà vu les actes d’agression à l’égard du Messager d’Allah (SAW). C’est lui qui avait jeté des boyaux sur la tête du Messager d’Allah (SAW) alors que celui-ci faisait sa prière. C’est lui qui avait empoigné le manteau du Messager d’Allah (SAW) et qui allait le tuer n’eût été l’intervention d’Abi Bakr (RA). Lorsque le Prophète (SAW) eut donné l’ordre de le tuer, le pauvre dit : « Qui s’occupera des enfants, Mohammad (SAW) ? » Il (SAW) répondit : « L’enfer ». Okba fut tué par Asim ibn Thâbit Al- Ansâri (RA).

D’aucuns disent cependant que c’est Ali ibn Abi Tâlib (RA) qui le tua. L’exécution de ces deux tyrans était une nécessité imposée par la guerre. En effet, ceux-ci n’étaient pas des prisonniers comme les autres. Ils étaient aussi des criminels de guerre, au sens actuel du terme.

La nouvelle de la victoire parvint à Médine

Après la victoire, le Messager d’Allah (SAW) envoya deux émissaires à Médine pour y annoncer la nouvelle. Il (SAW) envoya Abdallah ibn Rawâha (RA) disséminer la nouvelle dans la partie supérieure de la ville et Zayd ibn Hâritha (RA) dans la partie inférieure. Les juifs et les hypocrites fomentaient des troubles à Médine en diffusant de fausses nouvelles, allant même jusqu’à dire que le Prophète (SAW) avait été tué. Apercevant Zayd ibn Haritha (RA) monté sur Al-Kaswâ (la chamelle du Messager d’Allah (SAW), l’un des hypocrites dit : « On a tué Mohammad ! Voici sa chamelle. Nous la reconnaissons ; et, voici Zayd en déroute, paniqué, ne sachant quoi dire sous le poids de la terreur ». A leur arrivée, les deux émissaires furent encerclés par les musulmans.

La joie et la gaieté gagnèrent toute la ville bientôt secouée par des cris de « Lâ ilâha illa Allah » (il n’y a de divinité qu’Allah) et de « Allâhou Akbar » (Allah est très grand).

Les responsables des musulmans restés à Médine se rendirent à la route de Badr pour réserver au Prophète (SAW) un accueil triomphal.

Osâma ibn Zayd (RA) dit : « La nouvelle nous parvint à un moment où nous venions d’enterrer Dame Roukayya (RA), la fille du Messager d’Allah (SAW) qui était avec Othmân ibn Affân (RA). Le Prophète (SAW) nous avait laissés auprès d’elle, Othmân et moi ».

Les vagues de félicitations

A son arrivée à Ar-Rawbâ, le Messager d’Allah (SAW) rencontra les responsables musulmans venus le féliciter et l’accueillir, après avoir été mis au courant de la nouvelle de la victoire par les deux émissaires. Ce jour-là, Salama ibn Salâma (RA) dit aux gens : « Vous nous félicitez pourquoi ? Par Allah ! Nous n’avons rencontré que des vieillards complètement chauves ». Le Prophète (SAW) sourit et dit : « Cousin, ceux-là sont les notabilités ». Ossaid ibn Houdair (RA) dit : « Messager d’Allah (SAW) ! Louange à Allah qui t’a fait triompher et survivre ! Je jure, Messager d’Allah qu’en m’absentant de Badr, je ne pensais pas que tu allais rencontrer des ennemis. Je pensais plutôt qu’il ne s’agissait que de capturer une caravane. Si je savais que c’était des ennemis que tu allais rencontrer, je ne me serais point absenté ».

Le Prophète (SAW) lui répondit : « Je te crois » et ensuite, victorieusement, fit son entrée à Médine, désormais redouté par l’ensemble de ses ennemis résidant dans la ville et aux alentours de celle-ci. Bon nombre de médinois embrassèrent alors l’Islam, y compris Abdoullah ibn Oubay (RA) et ses compagnons dont la conversion fut de pure forme. Les prisonniers arrivèrent à Médine un jour après. Le Prophète (SAW) les repartit entre ses compagnons à qui il recommanda de les traiter avec égards. En application d’une telle recommandation, ceux-ci, tout en se nourrissant de dattes offraient du pain à leurs prisonniers.

La question des prisonniers

A son arrivée à Médine, le Messager d’Allah (SAW) consulta ses compagnons sur la question des prisonniers. Alors Abou Bakr (RA) dit : Ô Messager d’Allah ! Ceux-ci sont des cousins, des contribules et des frères. Mon avis, c’est qu’on leur demande une rançon. Les rançons que nous aurons obtenues nous permettront ensuite de constituer une force contre les infidèles. Allah peut les guider sur la bonne voie et alors, ils nous seront un appui ».

Le Prophète (SAW) se tourna vers Omar (RA) et lui dit : “ Quel est ton avis, fils d’ Al-Khattâb » Celui-ci répondit : « Par Allah ! je ne suis pas du même avis qu’Abi Bakr ! plutôt , mon avis c’ est que tu me livres un tel (un parent à Omar (RA)) pour que je lui coupe la gorge, que tu livres Akil ibn Abi Tâlib à Ali qui lui tranchera la gorge et que tu permettes à Hamza (RA) de couper la gorge à son frère tel, de manière à ce que les ennemis d’Allah sachent que nous n’ avons aucune indulgence à l’égard des associateurs dont ces prisonniers sont les héros, les dirigeants et les généraux ».

Le Messager d’Allah (SAW) privilégia la proposition d’Abi Bakr (RA) et rançon fut demandée aux prisonniers. Rapportant lui-même cette histoire, Omar dit : « Le lendemain, j’allai voir le Prophète (SAW) et Abi Bakr (RA), que je trouvai tous en train de pleurer. Alors je dis : « Ô Messager d’Allah (SAW) ! Dis-moi ce qui vous fait pleurer, toi et ton compagnon Ainsi, si je trouve que je dois pleurer, je pleurerai, sinon je "ferai semblant de pleurer ». Le Prophète (SAW) dit : “ Au lieu d’exiger des rançons à ceux-ci (les prisonniers) on vient de me montrer qu’il fallait plutôt les châtier ; Allah avait en effet révélé :

« Tant qu’il n’a pas réduit complètement les infidèles, il ne sied pas à un Prophète de faire des prisonniers. Vous vous attachez trop, ce faisant, aux biens éphémères d’ici-bas quand Allah vous propose la vie éternelle. Allah est tout puissant et sage. N’eût été une prescription déjà décrétée par Allah, vous seriez expié par un immense tourment, ces rançons que vous avez reçues ». (8 :67,68).

La prescription déjà décrétée par Allah correspond à la parole :

« Une fois la guerre terminée, vous pourrez les libérer gracieusement ou les échanger contre rançon ». (47 :4).

Une telle prescription prévoyait la demande de rançons et c’est pour cette raison qu’ils échappèrent au châtiment. Ils furent toutefois blâmés d’avoir fait des prisonniers avant d’avoir totalement maîtrisé les ennemis. A cet égard d’aucuns disent, au contraire, que c’est bien après que le verset fut révélé et que la prescription antérieurement décrétée par Allah concerne la reconnaissance des butins comme licites à l’endroit de cette Oumâma, le pardon et la clémence pour les gens de Badr. Puisqu’on s’était fondé sur l’avis d’Abi Bakr (RA), rançons furent reçues des prisonniers. Il fallait pour se racheter 1000, 3000 ou 4000 dirhams.

A l’époque les gens de la Mecque savaient écrire, contrairement à ceux de Médine. Aussi, les Mecquois incapables de payer leur rançon devaient-ils, en compensation, instruire chacun dix jeunes médinois. Le Messager d’Allah (SAW) gracia plusieurs prisonniers qui furent libérés sans verser de rançon. De ceux-ci on notait : Al-Mouttalib ibn Hantab, Sayfi ibn Abi Rifâaa et Abou Azza Al-Joumahi qui sera tué par un prisonnier à Ouhoud, comme nous allons le voir. Il accorda la grâce à son gendre Abil-As à condition que celui-ci acceptât de quitter Zaynab. Cette dernière, pour payer sa rançon, avait envoyé de l’argent accompagné d’un collier qu’elle détenait chez notre Mère Khadija (RA) collier que lui avait offert Aboul-As. En voyant le collier, le Messager d’Allah (SAW) éprouva énormément de pitié pour Zaynab (RA) et demanda à ses compagnons la permission de libérer Abil-As ; et la permission lui fut accordée. Il fixa à ce dernier la condition préalable de quitter Zaynab (RA). La condition fut remplie et celle-ci put émigrer.

Le Messager d’Allah (SAW) envoya Zayd ibn Haritha et un homme parmi les Ansâr en leur disant : « Soyez aux aguets ! A son passage accompagnez-la ». Les deux émissaires s’en allèrent et devaient un peu plus tard revenir avec elle.

Il y avait parmi les prisonniers Souhayl ibn Amr qui, un très grand orateur, dit : « Ô Messager d’Allah, libéré Souhayl ibn Amr ! Permets-lui de retrouver la parole ! Sa verve ne sera jamais plus contre toi en quelque endroit que ce soit ». Toutefois, le Messager d’Allah (SAW) refusa sa requête, se prémunissant contre de tels cas et contre le châtiment au jour de la résurrection. Saad ibn An-No’mân était allé faire la Oumra (le petit pèlerinage). Alors, Abou Sofyân, dont le fils Amr ibn Abi Sofyân était au nombre des prisonniers, le retint comme prisonnier. Au vu de cette situation on lui envoya son fils après quoi il accepta de rendre à Saad sa liberté.

Le Coran fait allusion à la bataille de Badr

A propos de cette bataille, Allah révéla la sourate « le butin ». :

« Dieu vous avait promis que vous triompheriez de l’une des deux troupes. Vous auriez préféré avoir à combattre celle qui était désarmée. Mais Dieu voulut faire triompher la vérité dans tout son éclat et briser à jamais la résistance des infidèles » le butin :7

Cette sourate est, pour ainsi dire, un commentaire fait par Allah au sujet de la bataille, commentaire très différent de celui que les rois et les généraux font habituellement après avoir remporté la victoire. Tout d’abord, Allah y attire l’attention des musulmans sur les failles et les exagérations dont ils étaient en partie responsables de manière à purifier leurs âmes et parfaire leur moralité. Ensuite il fait l’éloge de ce qu’une telle victoire comportait comme soutien, assistance et secours d’Allah, à l’insu des musulmans. Il rappela cela aux musulmans de façon à les amener à ne pas s’illusionner sur leur courage et leur bravoure, ce qui les porterait vers la vanité et l’orgueil. Mieux, il leur rappela cela, pour les amener à s’en remettre à Allah, à lui obéir et à obéir à Son Messager (SAW). De surcroît, il leur précisa les nobles buts et objectifs que poursuivait le Prophète (SAW) au cours de cette bataille redoutable et sanglante, portant à leur connaissance les objectifs moraux à la base des conquêtes et des batailles, Allah, dans la sourate, s’adresse aussi aux associateurs, aux hypocrites, aux juifs et aux prisonniers de guerre, leur consacrant, à cet égard, un sermon éloquent de nature à les amener à se soumettre à la vérité et à l’accepter en tant que telle. Il s’adressa ensuite aux musulmans, au sujet du butin, établissant à leur intention les principes et les normes devant régir une telle question. En matière de guerre et de paix, il leur fournit la législation dont ils avaient le plus besoin, à cette étape de l’appel à l’Islam, de manière à différencier leurs guerres de celles des gens de l’époque antéislamique, à assurer leur supériorité morale et éthique et à montrer au monde que l’Islam n’était pas une simple disposition théorique mais une religion instruisant ses adeptes dans la pratique, conformément aux bases et aux principes qu’elle définissait et mettait en œuvre. Enfin, dans cette sourate, Allah définit certaines des lois de la nation musulmane, lois faisant la différence entre les musulmans vivant à l’intérieur et les autres populations installées à l’extérieur de l’état.

A l’an 2 de l’Hégire, Allah imposa l’obligation d’observer le jeune du mois de Ramadan ainsi que celle de s’acquitter de Zakat Al-Fitr (aumône légale extraite en fin de carême). De même il définit les quantités à extraire dans l’autre forme de Zakât. L’imposition de Zakât Al-Fitr et la précision des quantités à extraire au regard de l’autre forme de Zakât étaient destinées à ôter un certain nombre des fardeaux pesant sur une multitude de Mouhâjirîn ou réfugiés sans ressources ni revenus. L’un des plus beaux cadres de réalisation de ces charités s’illustre par le fait que la toute première cérémonie religieuse fêtée par les musulmans fut celle du mois de Chawwâl de l’an 2 de l’Hégire, après la grande victoire qu’ils venaient d’obtenir à la bataille de Badr. Quelle belle fête que celle-ci amenée par Allah après avoir couronné ses serviteurs musulmans de victoire et de gloire ! Quelle fut belle la prière effectuée par ceux-ci, après être sortis de leurs maisons scandant à haute voix les formules Lâ ilâha illa Allâh (il n’y a de divinité qu’Allah), Alâhou Akbar (Allah est Très Grand) et Alhamdou li-Llâh (Louange à Allah) le cœur rempli du désir d’obtenir la clémence et la satisfaction d’Allah qui venait de leur accorder ses bienfaits en leur assurant la victoire.

C’est tout cela que le Très Haut leur rappela en ces termes :

« Souvenez-vous du temps où vous étiez peu nombreux sur terre, dénués de tout moyen, et redoutant à tout moment d’être exterminés. Allah vous donna alors un refuge ; il vous prêta son appui et pourvut au mieux à vos besoins. Souvenez-vous et soyez-en reconnaissants ! » (8 :26).

Sources

Non indiquées : article de l’ancien site, pas encore relu.

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