Le tout premier accrochage de la bataille d’Ouhoud
Les deux armées s’approchèrent l’une de l’autre et la bataille allait commencer. Le premier à déclencher la lutte armée fut le porte-drapeau des associateurs Talha ibn Abi Talha Al-Abdari.
Celui-ci faisait partie des cavaliers Koraïchites les plus courageux. Les musulmans le surnommaient“ Kabch Al-Katîba” (le bélier du bataillon). Sorti des rangs des Koraïchites, Talha, monté sur un chameau, s’avança à la recherche d’un combat. Alors les gens s’en méfièrent vu son courage extrême. Toutefois Az-Zoubair (RA) s’avança vers lui et, au lieu de lui laisser le temps de réagir, bondit sur lui comme un lion, au point de le rejoindre sur le chameau, puis, plongeant avec lui, le jeta à terre et aussitôt l’égorgea avec son épée.
Ayant observé tout le déroulement de cette lutte merveilleuse, le Messager d’Allah (SAW), suivi en cela par les musulmans dit : « Allâhou Akbar\ Allâhou Akbar\ ». Il (SAW) fit l’éloge de Az-Zoubair (RA) et dit en ce qui le concerne : « Chaque Prophète a un partisan et le mien est Az-Zoubair ! »
Focalisation de la bataille autour du drapeau et extermination des porte-drapeaux
A la suite d’un tel duel, la bataille commença. La violence des affrontements était partout sur le champ de bataille et la lutte se focalisa autour du drapeau des associateurs. Banou Abdid-Dâr s’emparèrent de celui-ci après le meurtre de leur chef Talha ibn Abi Talha aussitôt remplacé par son frère Abou Chayba Othmân ibn Abi Talha qui, pour sa part, se jeta dans la bataille en disant : « Le vrai devoir du porte-drapeau est de remonter la pente ou de périr ». Alors, Hamza ibn Abdil-Mouttalib (RA) le chargea et lui asséna, au creux de l’omoplate, un coup qui lui amputa l’épaule et le bras, le disséqua jusqu’au nombril, laissant voir son poumon. Porta ensuite le drapeau Abou Saad ibn Abi Talha que Asim ibn Thâbit ibn Abil-Aklah tua aussitôt d’un coup de flèche. Le frère d’Abi Saad, Kilâb ibn Talha ibn Abi Talha fut ensuite le porte-drapeau ; mais Az-Zoubair ibn Al-Awwâm bondit sur lui, le combattit et le tua. Le drapeau passa ensuite entre les mains de son frère Al-Jallâs ibn Talha ibn Abi Talha à qui Talha ibn Obaydillah donna un coup de poignard et le tua.
A ce sujet, d’aucuns disent au contraire, que c’est Asim ibn Thâbit ibn Abil-Aklah qui le tua d’un coup de flèche.
Ces six tués appartenaient à une seule et même famille, celle d’Abi Talha Abdillâh ibn Othmân ibn Abdid-Dar, ils furent tous tués autour du drapeau des associateurs. Ceux de Banî Abdid- Dar ayant ensuite porté ce drapeau furent : Arta-ah ibn Shourahbîl (tué par Ali ibn Abi Tâlib selon certains, par Hamza ibn Abdil-Mouttalib, selon d’autres) Chouraih ibn Kâridh (tué par Kazmân, un hypocrite qui combattait aux côtés des musulmans non point par conviction mais par souci de protection). Abou Zayd Amr ibn Abd Manâf Al-Abdari (tué aussi par Kazmân) et Le fils de Chourahbîl ibn Hâchim Al- Abdari (également tué par Kazmân). Ces six faisaient partie de Abdid-Dâr, les porteurs attitrés du drapeau des associateurs. Ils furent tués jusqu’au dernier. Après une telle extermination, il n’y avait plus personne pour porter le drapeau. Alors, un jeune Abyssin parmi les Koraïchites appelé Sawâb, s’en saisit et se mit à combattre au point qu’on lui amputât le bras. Ce étant, il se coucha sur le drapeau, mettant sa poitrine et son cou là-dessus, de manière à ne le perdre qu’après qu’on l’eût tué lui-même. A cet égard il disait : « Seigneur ! Suis-je excusé ? ». Après qu’on eût tué ce jeune homme (Sawâb), le drapeau tomba à terre et, alors y resta car il ne restait plus personne pour le porter.
La bataille sur les autres fronts
Alors que la bataille se focalisait autour du drapeau des associateurs, de rudes combats se déroulaient ailleurs sur le champ de bataille. Mus par la foi, les musulmans comparables à un ouragan déchaîné se ruaient sur l’ennemi, à grands cris de « Amit-Amit », tel était en effet leur slogan à la bataille d ’ Ouhoud.
Abou Doujâna qui portait un bandeau rouge à la tête, se saisit de l’épée du Messager d’Allah (SAW) et, décidé à s’en servir de manière efficace, disparut dans la foule. Jamais il ne rencontrait un associateur sans le tuer. Les rangs d’ennemis s’écroulaient sur son passage. Az-Zoubair ibn Al -Awwâm dit : « Je ressentis de la gêne lorsque le Messager d’Allah (SAW), refusant de me donner l’épée, la remit à Abi Doujâna. Je me dis alors en moi même : « Je suis le fils de Safiya sa tante paternelle et un descendant de Koraich. De plus, je lui ai demandé cette épée bien avant Abou Doujâna à qui, pourtant, il l’a remise. Par Allah ! Je vais observer ce que celui-ci peut bien faire ». Suivant des yeux Abou Doujâna, je le vis alors sortir un bandeau rouge qu’il se passa autour de la tête. Les Ansâr s’écrièrent : « Abou Doujâna a sorti le bandeau de la mort ». Aussitôt l’homme sortit et on pouvait l’entendre' dire : « Je suis l’homme avec qui le contrat a été passé, alors que nous étions en bas, sous les palmiers, contrat de ne jamais combattre à l’arrière-garde, de se battre avec à la main, l’épée d’Allah et de son Messager (SAW) ». Ainsi, Abou Doujâna ne rencontrait aucun ennemi sans le tuer.
Toutefois, il y avait parmi les associateurs un homme qui ne laissait aucune chance à ses adversaires. Comme les deux combattants s’approchaient l’un de l’autre, je demandai à Allah de les opposer et, mon vœu fut exaucé. Ils échangèrent alors des coups. L’associateur envoya un coup qu’Abou Doujâna s’empressa de parer avec son bouclier pour ensuite s’agripper à son épée et lui asséner un violent coup qui le tua ». Ensuite Abou Doujâna, s’avança et se mit à massacrer au point d’aboutir à la dirigeante des femmes Koraïchites, sans savoir que c’était une femme. A cet égard, il dit : “ Je vis quelqu’un égratigner les gens de la manière la plus dure ; mais lorsque je brandis sur lui mon épée, il se mit à hurler. M’apercevant alors que c’était une femme, je m’abstins de la frapper, par honneur à l’égard de l’épée du Messager d’Allah (SAW). Cette femme était Hind bint Otba. A ce sujet Az-Zoubair ibn Al-Awwâm dit : « J’ai vu Aba Doujâna brandir l’épée au-dessus de la tête de Hind bint Otba et ensuite baisser l’épée. Alors, j’ai dit : « Allah et Son messager savent mieux que quiconque justifier l’événement ».
Pour ce qui est de Hamza ibn Abdil-Mouttalib (RA), il combattait aussi farouchement qu’un lion déchaîné. Au cœur de l’armée des associateurs, il se jetait dans une aventure à nulle autre pareille. Les héros le fuyaient aussi promptement que des feuilles sous l’emprise de l’ouragan. Outre sa contribution à l’extermination des porte-drapeaux des associateurs, il massacra un bon nombre des autres héros de l’ennemi au point de faire partie des plus grands combattants non pas en se battant à l’instar des héros, à savoir face à face sur le champ de bataille, mais en agissant de la manière dont on assassine les éminents, dans l’épaisseur des ténèbres.
La mort du lion d’Allah Hamza ibn Abdil-Mouttalib (RA)
Wahchî ibn Harb, le meurtrier de Hamza dit : « J’étais un jeune homme appartenant à Joubair ibn Mout’im dont l’oncle paternel Touaima ibn Adî, avait été tué à la bataille de Badr. Ainsi, lorsque les Koraïchites furent à Ouhoud, Joubair me dit : « Si tu tues Hamza, l’oncle de Mohammad pour venger le mien, je t’affranchis ». Sur ce, je sortis avec les gens. Comme Abyssin, je maniais la lance de la même manière qu’on savait le faire en Abyssinie. Jamais je n’avais encore raté ma cible. Dans la mêlée, je me mis à chercher Hamza avec soin et enfin l’aperçus au milieu de la foule avec sa stature de chameau, abattant ses ennemis de manière irrésistible. Alors, par Allah, je me mis aux aguets derrière un arbre ou une pierre pour le laisser s’approcher, mais Sabbâ’ ibn Abdil-Ouzza l’affronta avant moi.
Il (RA) lui asséna un coup d’une violence extrême. Alors, je secouai ma lance et après avoir bien visé, la lui jetai avec force. Celle-ci lui entra par l’abdomen, pour ressortir entre ses pieds. Hamza tituba vers moi, puis s’écroula. Je le laissai agoniser pour ensuite, à sa mort, retirer ma lance et regagner mon camp. Je n’avais rien d’autre à faire car il me suffisait de tuer Hamza pour être affranchi et effectivement je le fus à mon retour à la Mecque ».
Malgré cette perte cruelle affectant les musulmans à travers le meurtre de Hamza, le lion d’Allah et de Son messager, les musulmans restaient maîtres de toute la situation. Ce jour-là, Abou Bakr, Omar ibn Al-Khattâb. Ali ibn Abi Tâlib, Az- Zubair ibn Al-Awwâm, Moussab ibn Omayr, Talha ibn Obaidullah, Abdoullah ibn Jahch, Saad ibn Mouadh, Saad ibn Obâda, Saad ibn Ar-Rabia, Anas ibn An-Nadr et bien d’autres ont mené une bataille faisant reculer les associateurs.
L’histoire de Handhala ibn Abi Amir
Ce jour-là, Apres la prière, deux hommes attendirent le Prophète (SAW) pour lui parler, chacun ayant un conseil urgent à lui demander. L’un d’eux était Hanzalah, fils d’Abu ’Amir, l’homme qui se prétendait l’authentique continuateur d’Abraham et qui se trouvait alors, d’ailleurs à l’insu de son fils, dans le camp ennemi au-dessous du mont Uhud, Il se trouva que ce jour-là Hanzalah devait épouser sa cousine Jamilah, fille d’Ibn ’Ubayy, la date du mariage ayant été fixée depuis quelques semaines déjà. Hanzalah répugnait à retarder le mariage, mais il ne voulait cependant pas manquer de participer au combat. Le Prophète (SAW) lui dit de célébrer son mariage et de passer la nuit à Médine. Le combat ne commencerait pas avant le lever du soleil, et Hanzalah n’aurait pas de mal à s’enquérir du chemin pris par 1’armee et à la rejoindre sur le champ de bataille à l’aube du matin suivant.
Handhala venait de se marier et sa femme avait rejoint son domicile conjugal.
(Cette nuit-là, à Médine, Hanzalah et Jamilah consommèrent leur mariage. Au cœur de la nuit, dans son sommeil, Jamilah fit un rêve dans lequel elle voyait son mari qui se tenait à l’orée du Ciel ; une porte s’ouvrit devant lui, il la franchit et elle se referma derrière lui.
Lorsqu’elle s’éveilla, elle pensa : « C’est le martyre. » Ils firent leur ablution, accomplirent en commun la prière de l’aube, après quoi Hanzalah voulut dire adieu à son épouse. Comme elle s’accrochait à lui et ne voulait pas le laisser partir, il la connut à nouveau. Puis, s’arrachant à son étreinte et sans même prendre le temps de renouveler son ablution, il revêtit sa cotte de mailles, saisit ses armes et quitta la maison en toute hâte, faisant son chemin vers la Jihâd. Lorsqu’au champ de bataille, il fit face aux ennemis, on le vit sillonner les rangs, au point de rencontrer le général des associateurs, Abou Sofyân Sakhr ibn Harb qu’il allait supprimer n’eût été la décision d’Allah de faire de lui un martyr. En effet, il empoigna Abou Sofyân, le souleva et le maîtrisa mais s’apercevant de cela, Saddâd ibn Al-Aswad accourut et le tua d’un coup d’épée.
Rôle des archers dans la bataille
Le Prophète (SAW) savait déjà que Qouraïch avait une compagnie très importante de cavaliers pouvant à elle seule peser de tout son poids sur l’issu de la bataille si ses éléments arrivaient à contourner son armée. C’est pour cette raison qu’Il (SAW) insistait fortement la consigne « Repoussez les cavaliers avec vos flèches ! Ne les laissez pas nous attaquer par derrière. » et pour leur faire comprendre qu’ils avaient une lourde responsabilité directement liée à l’issue du combat, Il (SAW) conclut ses avertissements par l’expression « Ô mon Dieu, je te porte témoin devant eux »
Le peloton des archers que le Messager d’Allah (SAW) avait positionné sur une montagne avaient reçu carte blanche pour orienter les combats au profit de l’armée musulmane. La cavalerie de la Mecque, sous la conduite de Khâlid ibn Al-Walid assisté d’Abi Amir le crapuleux avait attaqué par trois fois pour anéantir l’aile gauche de l’armée musulmane, trouver le moyen de charger par derrière, de semer le trouble et la panique dans leurs rangs et de leur infliger une défaite écrasante. Toutefois ces archers les arrosèrent tellement de flèches que toutes leurs trois attaques aboutirent à un échec.
La déroute des associateurs
Voilà l’atmosphère qui régnait sur le champ de bataille. L’armée musulmane, malgré sa petitesse, contrôlait toute la situation, tant et si bien que la détermination de l’élite des associateurs finit par s’affaiblir, leurs rangs commençant à se disperser à droite, à gauche, en avant et en arrière. On eût dit que 3000 associateurs faisaient face à 30000 musulmans au lieu de quelques centaines. En tout état de cause ces musulmans occupaient le plus haut niveau de courage et de certitude. Les Koraïchites déployèrent tous les efforts dont ils étaient capables en vue de repousser les attaques des musulmans mais toutes leurs tentatives aboutirent à un échec. Leur rythme se cassa et ils perdirent aussi bien leur ardeur que leur hargne. Mieux, aucun d’eux n’eut l’audace de s’approcher du drapeau traînant par terre à la suite du meurtre de Sawâd, pour le porter et s’offrir comme le point focal des combats. En conséquence de cela, ils commencèrent à battre en retraite, prenant leurs jambes à leurs cous, oubliant leurs perspectives de vengeance et de restauration de la puissance, de la gloire et de la respectabilité de leur armée.
Ibn Ishâk dit : « Ensuite Allah envoya son secours aux musulmans, réalisant de la sorte, la promesse qu’il leur avait faite. Ceux-ci harcelèrent les associateurs à coups d’épées au point de les balayer du camp ; l’effectivité de la défaite était dès lors indubitable. Abdoullah ibn Az-Zoubair, rapportant des propos qu’il tenait de son père dit : « Par Allah, je pouvais observer les jambes de Hind (la fille de Otba) et celles de ses compagnes, à un moment où celles-ci, retroussant leurs vêtements, s’enfuyaient sans qu’aucun mal ne leur fût fait etc.… ».
Le hadith rapporté par Al-Barâ ibn Azib et sélectionné par Al-Boukhâri dans sa collection de Hadiths authentiques, mentionne : « Et lorsque nous les eûmes rencontrés, ils prirent la fuite. Je vis même les femmes s’agripper au sommet de la montagne, découvrant leurs jambes et laissant voir leurs bracelets de cheville ». Les associateurs détalaient suivis par les musulmans qui leur arrachaient le butin.
L’erreur monumentale des archers
Alors que la petite armée musulmane enregistrait, encore une fois, une victoire écrasante non moins belle que celle déjà acquise à la bataille de Badr une erreur monumentale imputable à la majorité du peloton des archers, fut commise et de la sorte conduisit au total revirement de la situation, et partant, à des pertes cruelles dans les rangs des musulmans. Cette erreur qui faillit même faire assassiner le Prophète (SAW) porta beaucoup atteinte à la réputation et au respect dont jouissaient les musulmans après leur victoire à Badr.
Nous avons déjà eu à exposer les instructions très précises que le Messager d’Allah (SAW) avait données à l’ensemble de ces archers, demandant à ceux-ci de rester à leur poste quelle que soit l’issue de la bataille. Toutefois, malgré de telles instructions, les archers à force d’observer les musulmans arracher le butin à l’ennemi finirent par céder à la tentation des biens terrestres et à se dire les uns aux autres : « Le butin ! Le butin ! Vos amis ont gagné ! Qu’est-ce que vous attendez ? ». Quant à leur commandant en chef, Abdoullah ibn Joubair, il se mettait à leur rappeler les instructions du Prophète (SAW) en disant : « « Ô serviteurs d’Allah ! Restez fermes. Ô gens ! Restez fermes. Et rappelez-vous de la parole du Messager d’Allâh ! » Avez-vous oublié ce que le Messager d’Allah (SAW) vous a dit ? ».
Toutefois la majorité de ses subalternes ne l’écoutait pas. Plutôt, celle-ci s’occupait à dire : « Par Allah ! Allons rejoindre les gens pour prendre notre part du butin ». Dans la suite, 40 de ces archers ou plus désertèrent leurs postes sur la montagne pour aller rejoindre les autres et prendre part au rassemblement du butin. De la sorte, le flanc des musulmans était désormais dégarni. Il n’y avait plus qu’Ibn Joubair et neuf de ses compagnons au plus. Ceux-ci restaient attachés à leurs postes, déterminés à y être jusqu’au moment où leur viendrait l’autorisation de quitter ou au contraire l’extermination.
Khâlid ibn Al-Walîd monte un plan visant à l’encerclement de l’armée musulmane
Khâlid ibn Al-Walîd saisit une telle belle occasion et, faisant un rapide tête à queue, prit l’armée musulmane par derrière. Ce faisant, il ne tarda pas à exterminer Abdallah ibn Joubair et ses compagnons, avant de fondre sur les musulmans par derrière.
Les cavaliers poussèrent un cri informant les associateurs en fuite que la situation avait changé. Alors ceux-ci rebroussèrent chemin et se jetèrent sur les musulmans. Une de leurs femmes, Omrah bint Alkama Al-Harithia se dépêcha de relever le drapeau des associateurs tombé à. terre. Ceux-ci entourèrent l’étendard et se mirent à s’appeler les uns les autres. Ensuite faisant bloc contre les musulmans, ils se déterminèrent à se battre, encerclant les musulmans par-devant et par derrière, occupant les deux moitiés du champ de bataille.
Attitude héroïque du Messager d’Allah (SAW) à l’égard de l’encerclement
Le Prophète (SAW) était pendant ce temps au sein d’un petit groupe composé de neuf de ses compagnons et situé à l’arrière-garde des musulmans. Il était en train d’observer les musulmans combattre et poursuivre les associateurs, lorsqu’il fut totalement pris au dépourvu par les cavaliers de Khâlid.
Alors deux solutions s’offrirent à lui :
•Se dépêcher d’échapper en compagnie de ses neufs compagnons vers un endroit en sécurité, laissant son armée encerclée par l’ennemi évoluer vers son destin.
•Prendre des risques et alors, appeler ses compagnons à se regrouper autour de lui pour constituer un front solide en compagnie duquel il ferait son chemin vers son armée encerclée sur les plateaux d’Ohod. C’est alors que se manifestèrent le génie et le courage à nuls autres pareils du prophète (SAW).
En effet, élevant la voix, il appela ses compagnons ! « Serviteurs d’Allah ! » sachant pertinemment que les associateurs l’entendraient bien avant les musulmans. Néanmoins, il les interpela et les appela en s’exposant aux risques que faisait courir la délicatesse du moment. Effectivement les associateurs, l’ayant reconnu, l’abordèrent avant même qu’il ne fût rejoint par les musulmans.
La dispersion des musulmans au vu de la situation
Quant aux musulmans, certains d’entre eux perdirent la raison dès qu’ils se virent encercler. Ne pensant plus qu’à eux-mêmes, quittèrent le champ de bataille, ne cherchant pas à comprendre ce qu’il y avait par derrière. Il y en avait parmi eux qui fuyaient vers Médine et finirent pas l’atteindre alors que d’autres se réfugiaient sur les sommets des montagnes. Certains revenaient se mêler aux associateurs à tel point que les deux troupes restèrent indistinctes l’une de l’autre.
Alors régna la confusion et des musulmans s’entre-tuèrent. Selon un hadith ayant été rapporté par Al-Boukhâri, Notre Mère Aicha (RA) dit : « A la bataille d’Ohod, les associateurs furent mis en déroute de manière évidente, mais Iblis s’écria : “ Eh ! Serviteurs d’Allah ! Faites attention par derrière ». Alors ceux qui étaient devant revinrent se heurter à ceux qui étaient derrière. Houdhayfa ouvrit les yeux et brusquement son regard se posa sur son père Al-Yaman. Il dit Eh ! Serviteurs d’Allah ! Mon père ! mon père.
Cependant celui-ci fut coincé à mort. Houdhayfa dit alors : « Qu’Allah vous pardonne ». A ce propos, Orwa dit : « Par Allah ! jusqu’à sa mort, Houdhayfa avait la propension au bien ».
Il y eut un grand désarroi dans les rangs de ces gens chez qui l’anarchie était générale et dont la plupart, égarés, ne savaient où donner de tête. Sur ces entrefaites, ils entendirent quelqu’un s’écrier : « On a tué Mohammad (SAW) ! » et ceci en leur faisant perdre ce qui leur restait comme raison, baissa leur moral ou faillit baisser le moral de bon nombre d’entre d’eux. Certains, arrêtant de combattre, jetèrent leurs armes pour se rendre. D’autres pensèrent à prendre contact avec Abdillâh ibn Oubay, le chef des Hypocrites, pour se faire obtenir de la clémence auprès d’Abi Sofyân. Passant près de ceux-ci qui baissaient les bras, Anas ibn An-Nadir dit : « Qu’attendez-vous ? » Ils répondirent : « On a tué le Messager d’Allah (SAW). Anas reprit : « A quoi bon vivre après lui : Debout ! Allez mourir pour la même cause ». A cela il ajouta : « Seigneur ! je m’excuse auprès de Toi de ce qu’ont fait ces musulmans et dégage ma responsabilité de ce qu’ont fait ces associateurs ». Cela dit, il avança et, rencontra Saad ibn Mouadh, qui lui dit : « Où vas-tu, Aba Omar ? ». Il lui répondit : « Au souffle du paradis, Saad. Je le ressens en moi-même ». Sur ces mots, il s’en alla et combattit l’ennemi jusqu’ au moment où on le tua. Au terme de la bataille personne ne sut qui il était jusqu’au moment où sa sœur le reconnut par ses bouts de doigts. Son corps comportait plus de 80 blessures faites à coups de lances, de sabres ou de flèches. Interpellant sa tribu, Thâbit ibn Ad-Dahdah dit : « Ô Ansâr Si toutefois Mohammad (SAW) a été tué, sachez qu’Allah, lui, est Vivant et ne saurait mourir. Battez – vous pour défendre votre religion, car Allah vous donnera la victoire et vous portera secours ». Sur ce, un groupe d’Ansâr se joignit à lui et, le suivant, alla combattre les cavaliers de Khalid. Il se mit ensuite à se battre jusqu’au moment où celui -ci le tua d’un coup de lance. Ses compagnons aussi furent tués. Passant près d ’ un musulman médinois baigné de sang, l’un des Mouhâjirîn lui dit : « Ô un tel ! Sais-tu que Mohammad a été tué ? ». Le Médinois lui répondit : « S’il est vrai que Mohammad, est tué, il l’est aussi qu’il a communiqué son message. Alors, à présent, combattez pour votre religion ». Grâce à un tel esprit de sacrifice et à un tel encouragement, les soldats musulmans retrouvèrent leur moral, leur droiture et leurs esprits. De la sorte ils renoncèrent à l’idée de reddition et de prise de contact avec Ibn Obai puis, reprenant leurs armes, attaquèrent les associateurs, essayant de se frayer un chemin vers le poste de commandement. Ils venaient d’apprendre que la nouvelle du meurtre du Prophète (SAW) était fausse et forgée de toutes pièces ; ceci les enhardit et les rendit tellement forts qu’ils purent échapper à l’encerclement, pour arriver à se regrouper dans un endroit difficile d’accès après une rude bataille et un combat acharné.
Il y avait là un troisième groupe s’occupant uniquement du Messager d’Allah (SAW) et qui avait accouru vers lui au début de l’encerclement. Les plus remarquables de ce groupe étaient Abou Bakr As-Siddik (RA), Omar ibn Al-Khattâb (RA), Ali ibn Abi Tâlib (RA) et d’autres (RA)- Ceux-ci étaient à l’avant-garde des combattants et aussi à celle des défenseurs, face au danger qui menaçait le Prophète (SAW).
Violence des combats autour du Messager d’Allah (SAW)
Pendant que ces groupes, en train d’être encerclés, étaient entre le marteau et l’enclume des associateurs les combats faisaient rage autour du Messager d’Allah (SAW), seuls neuf hommes, au total, étaient avec le Prophète (SAW). Lorsque celui-ci eut appelé les musulmans, disant : « Venez à moi ! Je suis le Messager d’Allah », les associateurs, reconnaissant sa voix, foncèrent sur lui pour l’attaquer mobilisant toute leur force avant qu’aucun soldat de son armée ne pût revenir le rejoindre. Il y eut entre les associateurs et ces neuf compagnons du Prophète (SAW) un combat sans merci au cours duquel se manifestèrent des formes rarissimes d’amour, de dévouement, de courage et bravoure du côté des musulmans.
Rapportant des propos d’Anas ibn Malik, Mouslim mentionne que le Messager d’Allah (SAW) s’était isolé le jour d’Ohod, dans un groupe comportant sept Ansâr et deux Mouhâjirîn Koraïchites. Ainsi, accablé par les associateurs, il (SAW) dit : « Qui est-ce qui va les repousser loin de nous et avoir le paradis ou être mon compagnon au paradis ? ». Un des Ansâr s’avança et combattit jusqu’au moment où on le tua. Ensuite, les associateurs, continuant de l’accabler, il répéta : « Qui est-ce qui va les repousser loin de nous et avoir le paradis ou être notre compagnon au paradis ? ». Un autre élément parmi les Ansâr s’avança à son tour et se mit à se battre jusqu’au moment où on le tua. Le même scénario se répéta jusqu’au meurtre des sept Ansâr. Alors, le Messager d’Allah (SAW) dit à ses deux compagnons Koraïchites : « Nous n’avons pas été justes envers nos camarades ». Le dernier de ces sept fut Omara ibn Yazid ibn As-Sakan qui combattit, jusqu’au moment où l’en empêchèrent ses blessures.
Le moment le plus critique de la vie du Messager d’Allah (SAW)
Après la chute d’ibn As-Sakan, le Messager d’Allah (SAW) n’était plus qu’avec les deux Koraïchites. Dans les deux recueils de Hadiths authentiques (As-Sahihân) des propos de Othmân sont rapportés en ces termes : « A un certain moment, il ne restait avec le Messager d’Allah (SAW) que Obaydoullah (RA) et Saad (RA) (ibn Abi Wakkâs) ». C’était le moment le plus critique de la vie du Prophète (SAW). C’était aussi une belle occasion pour les associateurs qui, du reste ne tardèrent point à en profiter, axant la bataille sur le Prophète (SAW) et motivant à sa suppression.
Ainsi, Otba ibn Abi Wakkâs, jetant une pierre au Messager d’Allah (SAW), lui cassa la dent Bénie située entre l’incisive et la canine de droite de sa mâchoire inférieure et le blessa à la lèvre bénie inférieure. Ensuite, Abdoullah ibn Chihâb Az-Zouhri le blessa au front après quoi, un cavalier acharné du nom de Abdillâh ibn Kami’a l’aborda et lui donna un violent coup à l’épaule, coup dont il devait se plaindre pendant plus d’un mois, mais qui n’avait pas pu déchirer les deux cuirasses qu’il portait. Ce même cavalier lui porta un coup au visage aussi, avec la même violence qu’au premier coup, au point d’enfoncer dans sa joue deux des crochets de son casque en fer ; après cela il lui dit : « Prends ceci ! c’est moi Ibn Kami’a ! ». Essuyant le sang de son visage, le Messager d’Allah (SAW) lui dit : « Qu’Allah t’avilisse ! ».
Un hadith authentique mentionne que le Messager d’Allah (SAW), la dent bénie cassée et la tête bénie blessée, se mit à essuyer le sang en disant : « Comment peuvent prospérer des gens qui blessent leur Prophète SAW au visage et lui cassent la dent bénie alors qu’il ne fait que les appeler à Allah ? ». A cet égard, Allah le Tout Puissant révéla :
« Il n’est pas en ton pouvoir de décider de leur sort, Allah Seul pourra à Son Gré les absoudre ou les châtier, en prix de leur iniquité » (3 :128).
Le rapport fait par At-Tabarânî mentionne que le Prophète (SAW) dit « Allah ! Pardonne à mon peuple car il ne sait pas ce qu’il fait ».
Dans le recueil de hadiths authentiques de Mouslim, on note : « Seigneur ! Pardonne à mon peuple car il ne sait pas ce qu’il fait ! ». L’ouvrage “ Ach-Chifâ” du juge ‘Iyad mentionne : « Seigneur ! Guide mon peuple car il ne sait pas ce qu’il fait »
Il ne faisait aucun doute que les associateurs visaient à mettre fin à la vie du Messager d’Allah (SAW) mais les deux Koraïchites (Saad ibn Abi Wakkâs et Talha ibn Obaydillah montrèrent une bravoure rarissime et se mirent à combattre avec un courage sans pareil, de manière à empêcher, n’étant pourtant que deux archers, les associateurs d’atteindre leur but.
Se réclamant tous les deux des archers arabes les plus chevronnés, ils combattirent tant et si bien que le groupe des associateurs fut éloigné du Prophète (SAW). Quant à Saad ibn Abi Wakkâs, le Messager d’Allah (SAW) fit sortir des flèches de son carquois et lui dit : « Tire ! par mon père et ma mère ». A ce niveau ce qui atteste de la compétence de Saad est que le Prophète (SAW) n’avait jamais, pour un autre, fait mention de ses parents. S’agissant de Talha ibn Obaydillah, An-Nasa ’i nous en parle, rapportant de Jabir, l’histoire du rassemblement des associateurs autour du Messager d’Allah (SAW) alors que celui-ci n’était qu’avec un groupe d’Ansâr. Jabir dit : « Les associateurs atteignirent le Messager d’Allah (SAW) qui dit : « Qui va les repousser ? ».
- « Moi » dit alors Talha (RA) ».
Ensuite il mentionne les Ansâr (RA) qui furent tués l’un après l’autre, tout comme en atteste l’histoire rapportée par Muslim.
Après le meurtre de tous les Ansâr (RA), Talha (RA) s’avança et se battit comme il était onze hommes jusqu’au moment où un coup à la main lui amputa les doigts. Alors il dit : « Hassi » mais le Prophète (SAW) lui dit : « Si tu avais dit Bismillah (au nom d’Allah) les anges t’auraient élevé aux yeux des gens ». Dans Al-Iklil (la couronne) d’Al-Hakim, il est mentionné que Talha (RA), à la bataille d’Ohod, blessa 35 ou 39 associateurs avant de se voir couper les doigts ; l’index et le médium.
Un hadith qu’Al-Boukhari (RA) a rapporté de Kays ibn Abi Hâzim note : « Au jour d’Ohod, j’ai vu Talha (RA) qui, la main inerte, gardait le Messager d’Allah (SAW) ».
At-Tirmidhî et Ibn Maja ont pour leur part rapporté que le prophète (SAW), ce jour-là, dit au sujet de Talha (RA) : « Quiconque veut voir un martyr marcher sur terre, n’a qu’à observer Talha ibn Obaydillah ».
Abou Dawoud At-Tayâlisi a aussi rapporté des propos de Aicha exprimés en ces termes : « Toutes les fois qu’il se rappelait la bataille d’Ohod, Abou Bakr (RA) disant : Toute cette bataille fut à l’honneur de Talha (RA) ». En fait au sujet dudit héros Abou Bakr (RA) dit : « O Talha ibn Obaydillah ! le paradis t’est acquis et élevée y sera ta place ! ».
En ce moment délicat et cette situation critique, Allah par la voie de son mystère, fit descendre son secours. Dans les deux recueils de Hadiths authentiques des propos rapportés de Saad, s’expriment en ces termes : « Au jour d’Ohod j’ai vu le Messager d’Allah (SAW) avec deux hommes, combattant pour assurer sa défense. Ces hommes qui, vêtus de blanc, livraient une bataille acharnée, c’était la première fois que je les voyais et depuis, je ne les revois pas ». Un des rapports de cet événement mentionne que les deux hommes étaient Jibril et Mîkâ’îl.
Début du ralliement des compagnons autour du Messager d’Allah (SAW)
Tout cela se passa en des moments extrêmement brefs et à une vitesse fulgurante. Les éléments d’élite sélectionnés parmi les compagnons du prophète (SAW) et qui, à l’avant-garde, se battaient en première ligne, eurent à peine le temps d’observer l’évolution de la situation, ou d’entendre l’appel que leur lançait le Messager d’Allah (SAW) pour, au plus vite, rejoindre celui-ci et empêcher que l’irréparable ne fût commis sur sa personne. A leur arrivée cependant, le prophète (SAW) avait déjà reçu sa part de blessures et six des Ansâr avaient été tués, le septième rendu incapable par les blessures qu’il avait reçues. Saad et Talha, eux, livraient une bataille sans merci. Dès qu’ils l’eurent rejoint, ils constituèrent de leurs corps et de leurs armes un mur de protection et amplifièrent la violence des coups qu’ils portaient à l’ennemi pour en repousser les attaques. Le premier de ceux-là à venir rejoindre le Prophète (SAW) fut son second dans la grotte ; Abou Bakr As-Siddik (RA). Dans son recueil de Hadiths authentique, Ibn Ḥibbân cite Aicha en ces termes : « Abou Bakr As-Siddik dit : « A la bataille d’Ohod, tout le monde s’écarta du Prophète (SAW) et j’ai été le premier à aller le rejoindre. Alors, voyant devant moi quelqu’un qui combattait pour assurer sa protection je lui dis : Sois Talha ! Par mon père et ma mère, sois Talha ! puisque j’ai raté ce que j’ai raté. Je me dis ensuite en moi-même : Qu’il me vienne quelqu’un de cher appartenant à ma tribu ! cela dit, je ne tardai pas à être rejoint par Abi Obayda ibn Al-Jarrâh (RA) qui, tel un oiseau volait vers moi. Dès qu’il fut arrivé il me poussa vers le Prophète (SAW) en face de qui gisait Talha et qui fit allusion à celui-ci en ces termes. Prenez votre frère. Il a été méritant. Le Messager d’Allah (SAW) venait de recevoir au visage un coup si violent que deux des crochets de son casque en fer lui étaient entrés dans la joue. Aussi m’approchai-je de lui pour les enlever. A ce niveau, Abou Obayda dit : Je t’en prie, Abou Bakr, laisse-moi faire ! Il saisit l’un des crochets avec ses dents et, de peur de faire mal au Messager d’Allah (SAW), le tira petit à petit au point de la retirer. Toutefois il se cassa l’une des deux dents de devant de sa mâchoire supérieure. Je me levai alors pour retirer l’autre crochet, mais encore une fois Abou Obayda me dit : Je t’en prie Abou Bakr, laisse-moi faire ! Il se mit ensuite à la retirer, au point de l’enlever mais se cassa l’autre dent de devant de sa mâchoire supérieure. Le Messager d’Allah (SAW) dit : Prenez votre frère, il a été méritant. Nous allâmes vers Talha pour le traiter : celui-ci avait reçu une dizaine de blessures ». (Ceci montre aussi dans quelle mesure Talha s’était fait distinguer par sa bravoure).
Au cours des moments critiques, un groupe constitué de braves musulmans, s’était réuni autour du Prophète (SAW) un tel groupe comprenait Abou Doujâna, Moussab ibn Omayr, Ali ibn Abi Tâlib, Sahl ibn Hanif, malik ibn Sinan, le père d’Abi Saîd Al-Khoudri, Oumm Omara Nasiba bint Kaab la Maziniya, Katada ibn An -Nouaman, Omar ibn Al-Khattab. Hâṭib ibn Abi Baltaaa, Sahl ibn Hanif et Abou Talha.
Accentuation de la pression exercée par les associateurs
Les associateurs devenaient plus nombreux à chaque instant, leurs assauts s’intensifièrent et leur force de pression s’accentua contre les musulmans. Le Messager d’Allah (SAW) tomba même dans l’un des trous creusés comme guet-apens par Abi Amir le crapuleux et s’érafla le genou. Ali (RA) le prit par la main. Talha ibn Obaydillah (RA) l’embrassa et le souleva. Nafia ibn Joubair dit avoir entendu un des Mouhâjirîn dire ceci : « J’ai été à la bataille d’Ohod. Ce jour-là, j’ai vu le Messager d’Allah (SAW) au milieu de flèches pleuvant de tous côtés sans pour autant le toucher. J’ai aussi entendu Abdallah ibn Chihâb Az-Zouhri dire : « Montrez-moi Mohammad (SAW) ; ou je le tue, ou il me tue. Alors qu’il le cherchait, le Prophète (SAW) était seul et à ses côtés. Par la suite, Safwâne le blâma à ce sujet, mais il lui dit : Par Allah ! je ne l’ai pas vu. Je jure sur Allah qu’il nous est interdit Abdallah ibn Chihâb Az-Zouhri dit aussi : « nous partîmes, au nombre de quatre chacun de nous avait pris l’engagement de le tuer mais en vain ».
Exemples d’exploits
Les musulmans réalisèrent des exploits rarissimes et des sacrifices auxquels l’histoire n’avait jamais connu de pareils. Abou Talha (RA) s’offrait en mur de protection devant le Messager d’Allah (SAW), exposant sa poitrine pour le protéger des flèches de l’ennemi.
Anas dit : « Au jour d’Ohod, les gens s’enfuirent loin du Prophète (SAW) alors qu’Abou Talha, lui, le couvrait et le défendait au moyen d’un bouclier de cuir. Archer au tir puissant, celui-ci brisa, ce jour-là, deux ou trois arcs. Quelqu’un passait souvent avec un carquois rempli de flèches qu’il déclarait tenir prêtes pour lui. Lorsque Talha décochait une flèche et que le Prophète (SAW) se mettait à regarder d’en haut, promenant son regard sur les gens, il s’empressait de lui dire : « Ne regarde pas ! une de leurs flèches risque de t’atteindre. Laisse-les me viser, moi, mais pas toi ».
Anas dit aussi, dans un rapport : « Dans la protection qu’il assurait au Messager d’Allah (SAW), Abou Talha n’avait qu’un seul bouclier, mais il savait tirer à l’arc. Toutes les fois qu’il tirait, le Prophète (SAW) se mettait à regarder d’en haut pour voir à quel endroit allait atterrir la flèche ».
Quant à Abou Doujâna (RA), il se tenait debout face au prophète (SAW) et, offrant son dos comme bouclier, recevait les flèches sans bouger. Hâṭib ibn Abi Baltaa (RA) poursuivit Otba ibn Abi Wakkâs (à savoir celui qui avait cassé la dent bénie du Prophète (SAW) et lui donna un coup d’épée lui tranchant la tête. Par la suite, il s’empara de son cheval et de son épée. Or, Saad ibn Abi Wakkâs (RA) brûlait du désir de tuer son frère (à savoir Otba ibn Abi Wakkâs). Toutefois, il n’y parvint pas car c’est Hâṭib (RA) qui devait le tua.
Sahl ibn Hanif (RA), lui, faisait partie des meilleurs archers. Faisant acte de reconnaissance du Messager d’Allah (SAW) il accepta de mourir pour la défense de sa cause, puis joua un rôle efficace contre les associateurs. Le Messager d’Allah (SAW) lui-même pratiquait le tir d’arc. A ce sujet Katâda ibn An-Nou’man (RA), dit que le Messager d’Allah (SAW) un jour tira de son arc un coup de nature à en casser les deux bouts et qu’alors il prit l’arc et le garda avec lui. Ce jour-là, le même Katâda (RA) reçut un coup qui lui creva l’un des yeux au point de le sortir de son orbite pour le laisser pendre sur sa joue ;
Mais le Messager d’Allah (SAW) prit l’œil de sa main bénie et le remit à sa place. L’œil remis s’avéra être meilleur que l’autre épargné.
Abdour-Rahman ibn Awf (RA) combattit au point de se faire blesser à la bouche et à se faire briser les dents de devant. A l’occasion, il reçut 20 blessures ou plus dont certaines, l’ayant atteint au pied, l’emmenèrent à claudiquer. Malik ibn Sinan (RA), le père d’Abi Saîd Al -Khoudri ôta le sang envahissant la joue du Messager d’Allah (SAW) en le suçant. Alors, celui – ci (SAW) lui dit : « Crache-le ! » Il répondit : « Par Allah ! je ne le cracherai jamais ! ». Cela dit : Il retourna combattre et le Prophète (SAW) de dire : « Quiconque veut voir quelqu’un des gens du paradis n’a qu’à regarder cet homme ». Malik ibn Sinan (RA) fut ensuite tué en martyr.
Oumm Amara (RA) aussi participa à la bataille. A cet égard, elle intercepta Ibn Kami’a dans un groupe de musulmans, et celui –ci lui envoya un violent coup à l’épaule, coup lui laissant une blessure interne. A son tour, elle lui donna plusieurs coups d’épée mais, Ibn Kami’a n’eut point à en souffrir parce qu’il portait deux cuirasses. Elle ne cessa de se battre au point de recevoir douze blessures de la part de celui-ci. Et, à propos de sa bravoure et de son courage le Prophète (SAW) avait dit : « A Uhud, quand je me tournais à droite, je la trouvais et quand je me tournais à gauche, je la trouvais à combattre près de moi ».
Moussab Ibn Omayr (RA) se battit avec une très grande férocité, protégeant le Prophète (SAW) contre les attaques d’Ibn Kami’a et de ses compagnons. Le porte-drapeau, c’était lui. Se voyant, d’un coup d’épée, couper la main droite, il prit le drapeau par la main gauche et résista aux infidèles jusqu’au moment où ceux-ci lui tranchèrent aussi sa main gauche. Après cela, il se coucha, maintenant le drapeau sous sa poitrine et son cou jusqu’au moment où Il (RA) fut tué par Ibn Kami’a qui, du reste, le croyait être le Messager d’Allah (SAW), de par sa ressemblance avec celui-ci. De retour chez les associateurs, Ibn Kami’a s’écria : « Mohammad (SAW) a été tué ! »
Effet des rumeurs du meurtre du Prophète (SAW) sur le déroulement des combats.
Quelques minutes après le cri, lancée par Ibn Kami’a, la nouvelle au sujet du meurtre du Prophète (SAW) se répandit chez les associateurs comme chez les musulmans. Ce fut le moment précis où faiblit la détermination de bon nombre des compagnons encerclés par l’ennemi ; ceux qui n’étaient pas avec le Messager d’Allah (SAW). Ces compagnons, non seulement perdirent le moral, mais aussi se laissèrent aller au désarroi. Partout régnaient l’émoi, le désordre et l’anarchie. A noter toutefois qu’un tel cri contribua à réduire les attaques lancées par les associateurs qui en vinrent à penser avoir atteint leur objectif. Beaucoup d’entre eux s’occupèrent à mutiler les tués du côté des musulmans.
Le Messager d’Allah (SAW) continue la lutte et sauve la situation
Lorsque Moussab (RA) fut tué, le Messager d’Allah (SAW) confia le drapeau à Ali ibn Abi Tâlib (RA) qui se battit comme un lion. Les autres compagnons qui se trouvaient dans les parages firent des exploits rarissimes, comme offenseurs et défenseurs. Dans ces conditions, le Messager d’Allah (SAW) put se frayer un passage vers son armée encerclée qu’il rejoignit peu après. Il fut alors reconnu par Kaab ibn Malik (RA) (le premier à le reconnaître). Celui-ci du plus fort de sa voix appela : « Ô Musulmans ! Réjouissez-vous. Voici le Messager d’Allah (SAW) ».
Le Saint Prophète (SAW) lui fit signe de se taire, de manière à empêcher les associateurs de le localiser. Cependant un tel cri parvint aux musulmans qui rappliquèrent aussitôt vers le Messager d’Allah (SAW) autour duquel, devait ensuite se rallier à peu près trois cents de ses compagnons.
Au terme du ralliement, le Messager d’Allah (SAW) enclencha un retrait organisé en direction de la passe, se frayant un chemin entre les associateurs qui, alors, durcirent leurs attaques pour s’opposer au retrait ; toutefois ils échouèrent devant le courage et la bravoure des lions de l’Islam. Othman ibn Abdillâh ibn Al-Moughira, de la cavalerie des associateurs, s’avança vers le Messager d 'Allah (SAW) disant : « Ou tu me tues, ou je te tue ». Le Prophète (SAW) décida de l’affronter mais le cheval de l’ennemi trébucha et entra dans un trou. Alors, Al-Hârith ibn As-Samma (RA) affronta l’associateur et lui donna à la jambe un coup propre à le mettre hors d’état de nuire. Après s’être acharné contre lui, il s’empara de son arme et alla rejoindre le Messager d’Allah (SAW). Abdoullah ibn Jâbir, un autre élément de la cavalerie de la Mecque, aborda Al-Hârith ibn As- Samma (RA) et, lui donnant un coup à l’épaule, le blessa à tel point que celui-ci fut finalement transporté par les musulmans ; mais Abou Doujâna, le héros aventurier au bandeau rouge fondit sur lui et, d’un coup d’épée, lui le tua.
Au cours de cette rude bataille il arrivait aux musulmans de somnoler en vertu d’une sécurité leur venant d’Allah, Abou Talha (RA) dit : « J’étais parmi ceux qui, à la bataille d’Ohod, furent enveloppés de sommeil. A plusieurs reprises, l’épée me tomba de la main. J’eus maintes fois à la ramasser ».
Grâce à une telle bravoure, le détachement en question, en retrait organisé, atteignit la passe dans la montagne et fraya pour le reste de l’armée un passage vers le point de sécurité où il devait venir le rejoindre. De la sorte, le génie de Khalid échoua devant celui du Messager d’Allah (SAW).
Le meurtre d’Oubay ibn Khalaf
Ibn Ishâk dit : « Après avoir abouti à la passe, le Messager d’Allah (SAW), fut rejoint par Oubay in Khalaf qui se mit à dire :
- « Où est Mohammad ? où il me tue ou je le tue ! ».
- Les gens, alors, dirent : « O Messager d’Allah (SAW) ! faut-il que quelqu’un parmi nous l’aborde ? »
- Celui-ci dit : « Non, laissez-le ».
Lorsque l’associateur se fut approché, le Messager d’Allah (SAW) se saisit de la lance d’Al-Hârith ibn As-Samma (RA). Après avoir saisi cette lance, il se secoua de telle sorte que les gens, fugitifs, s’éparpillèrent à l’instar des poils d’un chameau qui s’ébroue. Faisant ensuite face à l’ennemi, il visa un espace de sa clavicule, entre la cuirasse et le casque en fer, puis le transperça à ce niveau, au point Koraïchites, Oubay ibn Khalaf qui avait reçu une petite égratignure au cou et dont le sang ne coulait même pas, dit :
« Par Allah ! Mohammad m’a tué ».
Les Koraïchites lui dirent :
« Par Allah ! tu as perdu la raison ! Par Allah ! rien ne t’arrive ».
Il reprit : « Il m’avait dit à la Mecque : « C’est moi qui te tuerai ». Par
Allah ! Il m’aurait alors tué en jetant de sa salive sur moi ! ».
L’ennemi d’Allah devait mourir à Sarf, alors que les Koraïchites repartaient à la Mecque. Les propos rapportés de Orwa par Abil-Aswad (RA) tout comme ceux que Saîd ibn Al-Mousayyib (RA) a rapportés de son père précisent qu’il mugissait comme un taureau disant : « Je jure sur celui qui détient mon âme que si ce qui m’arrive arrivait aux habitants de Thil-Majâz, ils mourraient tous ».
Sidna Talha (RA)
Au cours de son retrait vers la montagne, le Messager d’Allah (SAW) aborda un rocher qu’il se mit à gravir sans toutefois y parvenir, vu son âge avancé et les deux cuirasses qu’il portait mais aussi compte tenu de la grave blessure qu’il avait. Alors, assis au-dessous de lui, Sidna Talha ibn Obaydillah (RA), le souleva tant et si bien qu’il finit par y monter en disant : « L’accès au paradis est chose acquise à Talha (RA) ».
La dernière offensive des associateurs
Les associateurs avaient essayé à plusieurs reprises d’atteindre la positions des Musulmans bien retranchés sur les hauteurs de Uhud. Mais toutes leurs tentatives furent repoussées par la réaction ferme des Compagnons (RA) du Saint Prophète (SAW) à tel point qu’ils perdent espoir dans la réalisation de leur objectif.
La dernière attaque de Quraich pour frapper les musulmans avait été menée par un détachement de cavalier dirigé par Abû Sufyân et Khalid ibn Al Walîd. Mais ces derniers avaient été repoussés énergiquement par un groupe de Musulmans Ansarites sous la responsabilité de Umar ibn al Khattâb (RA).
Ibn Ishâk (RA) dit :
« Alors que le Messager d’Allah (SAW) était à la passe, un peloton de Koraïchites escalada la montagne sous la conduite d’Abi Sofyân et de Khalid ibn Al-Walid. Alors il dit : « Seigneur ! il ne convient pas qu’ils soient au-dessus de nous ». A l’occasion, Omar ibn Al – Khattab (RA) flanqué d’un groupe constitué de Mouhâjirîn combattit de telle sorte que le peloton d’associateurs descendit de la montagne.
Dans Magazil-Amawi, on note que lorsque les associateurs eurent escaladé la montagne, le Messager d’Allah (SAW) dit à Saad (RA) : « Repousse-les ». Alors Saad (RA) dit : « Comment les repousser seul ? » (Répétant cela trois fois). Saad tira une flèche de son carquois et, la décochant à l’un des associateurs, le tua.
L’intéressé rapporta ensuite cette histoire en ces termes : « Je repris la flèche et en tua un deuxième et, ensuite, la repris encore pour en tuer un troisième, ainsi de suite jusqu’ au point de les faire descendre de la montagne. Alors je me dis « ça, c’est une flèche bénie » avant de la remettre dans mon carquois ». Jusqu’à la fin de ses jours, Saad (RA) conserva cette même flèche qui passa, par la suite entre les mains de ses enfants.
Après la mort de ces trois Qoraïchites et la réaction énergétique du groupe de Umar ibn al Khattâb (RA), Quraich désespéra et se convainquit que les Musulmans étaient désormais à l’abri de toute autre mauvaise surprise, surtout que ces derniers avaient réorganisé leurs rangs autour de leur commandant en chef Muhammad (SAW).
A cela, s’ajoute la fatigue de l’armée mecquoise et les éprouvants coups du début de la bataille qui avaient semé la peur et la panique dans le cœur des hommes.
Disposition des héros musulmans à combattre jusqu’à la fin
En ce moment ultime eurent lieu deux batailles montrant à quel point les musulmans étaient prêts à se battre et à sacrifier leur vie dans la voie d’Allah.
• Kaab ibn Malik dit : « J’étais au nombre des musulmans présents à Ouhoud. Lorsque j’aperçus les associateurs mutiler et profaner les martyrs des musulmans, je me levai puis traversai. Soudain quelqu’un parmi les associateurs, cuirassé, dépassa les musulmans en disant : « Les voici réunis comme des moutons égorgés ». Un musulman cuirassé se mit tout à coup à l’attendre. Alors, me déplaçant, je vins jusque derrière celui-ci et me mis, de visu, à évaluer et à comparer le musulman et l’infidèle. Je trouvai alors que ce dernier était le meilleur compte tenu de son équipement et de son allure. J’attendis ensuite la rencontre. Dès le début de celle-ci, le musulman asséna à l’infidèle un violent coup l’atteignant aux hanches et le partageant en deux. Découvrant ensuite son visage, il s’exprima en ces termes : « Qu’en penses-tu Kaab ? C’est moi Abou Doujâna ! ».
•Des femmes de croyants vinrent au champ de bataille à la fin des combats. A cet égard, Anas dit : « J’ai vu Aicha la fille d’Abi Bakr (RA) et Oumm Salim (RA). Elles avaient retroussé leurs vêtements jusqu’au niveau des chevilles dont j’apercevais les bracelets et avaient chargé leurs montures d’outres qu’elles vinrent vider dans la bouche des gens, pour ensuite aller les remplir et revenir en vider le contenu dans la bouche des gens ». Omar (RA) dit : « Oumm (RA) Soûlait, une des femmes des Ansâr, nous apportait les outres lors de la bataille d’Ohod ».
Au nombre des femmes se trouvait Oumm Ayman : celle-ci, en voyant les musulmans sur le point d’accéder à Médine, commença à soulever le sable, le leur jetant au visage. Elle dit à l’un d’entre eux : « Voici la quenouille, prends-la et remets-moi ton épée ». Par la suite, elle se dépêcha de se rendre sur le champ de bataille où son travail consista à désaltérer les blessés. A l’occasion, Ḥibbân ibn Al-Araka lui donna un coup de flèche par lequel elle tomba à terre et par la suite se découvrit. Vexé par la scène, le Messager d’Allah (SAW) remit à Saad ibn Abi Wakkâs ra) une flèche sans pointe de fer et lui dit : « Tire-la-lui ! » Saad (RA) décocha la flèche qui atteignit le haut de la poitrine de Ḥibbân.
Celui-ci s’allongea à terre et, du coup, se découvrit. Observant la scène, le Prophète (SAW) ria à en faire apparaître ses molaires, puis dit : « Saad (RA) souhaitait venger Oumm Ayman (RA) et Allah à exaucé son vœu ».
Après l’aboutissement du Messager d’Allah (SAW) à la passe
Après que le Messager d’Allah (SAW) se fût installé sur sa base située à la passe, Sidna Ali ibn Abi Tâlib KAW, muni d’une carapace de tortue, alla chercher de l’eau à Al-Mihras (dont d’aucuns disent être un rocher excavé de grande surface et d’autres un point d’eau localisé à Ouhoud), eau destinée au Prophète (SAW). Trouvant alors que l’eau avait une odeur, il s’abstint d’en boire et se contenta de laver le sang sur le visage du Prophète (SAW). Tout en versant l’eau sur sa tête, il disait : « Qu’Allah ait une colère furieuse contre ceux qui ont ensanglanté le visage de leur prophète ». Sahl dit : « Par Allah ! Je connais celui qui lavait la blessure du Messager d’Allah (SAW), celui qui versait l’eau et de quelle façon la blessure a été traitée. C’est sa fille Fatima qui la lavait alors qu’Ali ibn Abi Tâlib déversait l’eau. Voyant ensuite que l’eau ne faisant qu’accroître le sang, Fatima prit un morceau de natte de joncs tressés qu’elle brûla puis colla à la blessure de manière à arrêter le sang ». Par la suite, Mohammad ibn Maslama apporta de l’eau potable dont but le Prophète (SAW) qui, après quoi, le bénit. Ce jour-là, le Messager d’Allah (SAW) effectua la prière du Dhouhr tout en restant assis. Les musulmans derrière lui, effectuèrent la prière dans la même position.
Sadicité d’Abi Sofyân et sa conversation avec Omar (RA) au terme de la bataille
Lorsque les associateurs étaient sur le point de partir, Abou Sofyân, du haut de la montagne, appela et dit : « Mohammad (SAW) est-il parmi vous ? » On ne lui fit aucune réponse. Toutefois, il continua : « Ibn Abi Kouhâfa (RA) est-il parmi-vous ? On ne lui fit aucune réponse. Il poursuit : « Omar ibn Al-Khattab (RA) est-il parmi vous ? » Toujours pas de réponse. Le Prophète (SAW) avait interdit aux musulmans de répondre. L’infidèle n’interrogea qu’au sujet de ces trois parce qu’il savait, comme les siens qu’ils faisaient la force de l’Islam. En effet, il dit : « S’agissant de ces trois ils vous suffisent ». Sur ces mots, Omar ne pouvant s’empêcher de lui répondre, dit : « Ô ennemi d’Allah, ceux que tu viens de citer sont tous vivants. Allah a laissé subsister ce qui te déplaît ».
Abou Sofyân reprit : « Il y a eu en vous une profanation que je n’ai pas ordonnée mais qui ne me déplaît pas ». Ensuite il poursuivit : « Houbal est le plus sublime ! ».
Le Prophète (SAW) dit : « Ne lui répondez-vous pas ? ». Les musulmans dirent : « Qu’allons - nous dire ? » Le Prophète (SAW) reprit : « Dites-lui qu’Allah est le plus Sublime et le plus Illustre ».
Abou Sofyân continua : « Nous avons Al-Ouzzâ et vous, vous n’avez pas de Ouzzâ ». Le Messager d’Allah (SAW) dit : « Ne lui répondez-vous pas ? ». Les musulmans dirent : « Qu’allons- nous dire ? » Il (SAW) reprit : « Dites-lui : « Allah est notre Seigneur et vous, vous n’avez pas de Seigneur ».
L’associateur précisa ensuite : « J’ai été comblé parce que ce qui s’est passé efface Badr ; la guerre est une compétition ».
Omar répliqua : « Ce n’est pas pareil ; nos tués sont au paradis et les vôtres à l’enfer ».
Par la suite Abou Sofyân dit : « Viens ici Omar ! ».
Le Messager d’Allah (SAW) dit à Omar : « Vas-y ! observe son cas ! ».
Celui-ci alla rejoindre Abou Sofyân qui s’adressa à lui en ces termes : « Je t’en prie Omar, dis-moi ! Avons-nous tué Mohammad (SAW) ? »
Omar répondit : « Ma foi, non ! Il est en train de t’écouter ».
L’associateur reprit : « Tu m’es plus véridique et plus aimable qu’Abi Kami’a.
Rendez- vous à Badr
Avant de descendre définitivement du haut de la colline, Abu Sufyân donna rendez – vous aux musulmans pour l’année suivante et au même endroit Ibn Ishâk (RA) dit : « S’éloignant avec ses soldats, Abou Sofyân s’écria : « Je vous donne rendez-vous à Badr l’année prochaine ».
Le Messager d’Allah (SAW) répondant par l’affirmation dit alors à un de ses compagnons : « Dis : Oui, nous avons pris rendez-vous ».
Après cela, Abû Sufyân descendit du haut de la colline et se retira avec son armée vers la Mecque. Et ce fut ainsi que prit fin l’épisode sanglante et effroyable bataille de Uhud. Bataille d’ailleurs décidée par Allah afin de mettre à l’épreuve la foi des musulmans. A ce propos Allah dit dans le Saint Coran
« Dieu ne saurait laisser les infidèles dans l’état où sont, sans distinguer entre les mauvais et les bons. Il ne saurait, non plus, vous divulguer ses secrets. En vérité, il choisit ses Prophètes comme il veut. Croyez en Dieu et ses Prophètes. Si vous croyez et si vous craignez, Il vous donnera une récompense magnifique » (Al Imrân : 179)
Vérification de la situation des associateurs
Le mouvement des Associateurs ne s’est pas fait sans qu’il ne soit suivi avec une grande attention par les Musulmans. A cet effet :
Le Messager d’Allah (SAW) envoya Ali ibn Abi Tâlib en lui disant : « Suis les traces de ces gens, observe ce qu’ils font et rends-toi compte de leurs objectifs ! S’ils laissent les chevaux et enfourchent les chameaux, ils se dirigent vers la Mecque, mais s’ils enfourchent les chevaux et se mettent à conduire les chameaux, alors, ils vont vers Médine. Je jure par Celui qui détient mon âme que s’ils vont vers Médine, je les y rejoindrai et combattrai ». Ali suivit leurs traces pour se rendre compte de ce qu’ils faisaient et les vit laisser les chevaux et enfourcher les chameaux pour donc se rendre à la Mecque.
Inspection des tués et des blessés
Après le départ des Koraïchites, les musulmans eurent le temps d’inspecter les tués et les blessés. A cet égard, Zayd ibn Th â bit dit : « Le Messager d’Allah (SAW) m’envoya, lors de la bataille d’Ohod, chercher Saad ibn Ar-Rabia, en me disant : « Si tu le vois, transmets-lui mon salut et dit lui que le Messager d’Allah (SAW) te demande comment tu te portes ». Je me mis alors à circuler entre les tués et lorsque je le retrouvai, il était à l’agonie et avait reçu 70 blessures à la suite de coups de lances, d’épée et de flèches. Je lui dis : « Saad ! Le Messager d’Allah (SAW) te souhaite le salut et demande de tes nouvelles ». Il (RA) dit : « Que le salut soit aussi sur lui ! Dis-lui que je sens l’odeur du paradis et dis à mes contribules les Ansâr qu’ils n’auraient aucune excuse auprès d’Allah si, sous leur surveillance, il arrivait quelque chose au Prophète (SAW) ». Sur ces mots, il (RA) mourut. On trouva parmi les blessés Al-Oussayrim (Omar ibn Thâbit) à l’état d’agonie ; quelqu’un à qui on avait déjà proposé l’Islam sans succès. Le voyant giser, les gens dirent : « Voici Al-Oussayrim ! Qu’est-ce qui l’amène ici ? Nous nous étions détournés de lui puisqu’il refusait cette religion ». Cela, dit ils, l’interrogèrent en ces termes : « Qu’est-ce qui t’amène à Ouhoud ? l’éminence de ta tribu ou la croyance à l’Islam » ? Il répondit : « C’est plutôt la croyance à l’Islam, j’ai cru en Allah et en Son messager et ensuite combattu du côté du Prophète (SAW) au point d’être atteint par ce que vous voyez ». Sur ces mots, il mourut. Les gens, par la suite, évoquèrent son cas auprès du Messager d’Allah (SAW) qui dit : « Il fait partie des gens du paradis ». A cet égard, Abou Hourayra (RA) note : « Al-Oussayrim n’avait, jamais effectué de prière ».
Parmi les blessés, on retrouva aussi Kazmân qui, s’étant battu comme un héros, avait, à lui seul tué sept ou huit associateurs. : Retrouvé impotent, cloué par sa blessure, celui-ci fut transporté chez Banî Dhafar où les musulmans le réjouirent en lui apportant la bonne nouvelle. Il dit : « Je n’ai combattu que pour le mérite de ma tribu. N’eut été cela, je n’aurais pas combattu ». Lorsque la douleur que lui apportaient ses blessures eut atteint son paroxysme, il se sacrifia en s’ouvrant la gorge. Le Messager d’Allah (SAW) disait toutes les fois qu’on lui rappelait Kazmân : « Il est au nombre des gens de l’enfer ».
Tel fut le sort de ceux qui combattirent dans la voie du patriotisme, dans une voie autre que celle faisant triompher la parole d’Allah, même s’ils avaient combattu sous la bannière de l’Islam, mieux dans l’armée du Prophète (SAW) et de ses compagnons (RA).
A l’opposé de tout cela, il y avait parmi les tués un juif appartenant à Banî Thaalaba. De son vivant, celui-ci avait dit à ses contribules : « Juifs ! Par Allah ! Vous savez que vous avez le devoir de secourir Mohammad ». Ils dirent : « Aujourd’hui, " c’est le Sabt (le samedi) ». Il reprit : « Vous n’avez pas de Sabt ». Sur ce, il prit son épée et son armure et leur dit : « Si je suis tué, ma fortune revient à Mohammad qui en fera ce qu’il veut ». Ensuite, il alla combattre jusqu’à la mort. A son sujet le Messager d’Allah (SAW) dit : « Moukhayrîq (RA) est le meilleur des juifs ».
Regroupement et inhumation des martyrs
Surplombant les martyrs, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Je suis le témoin de ceux-ci. Il n’y a point de blessé dans la voie d’Allah qui ne sera au jour de la résurrection, ressuscité par Allah, la blessure ravivée, le teint la couleur de sang et le parfum, de musc”.
Certains parmi les compagnons avaient déjà transporté leurs martyrs à Médine, mais le Prophète (SAW) leur donna l’ordre de les ramener et de les ensevelir sur les lieux. Il donna l’ordre de ne pas leur faire de toilettage, de les enterrer tels qu’ils étaient à savoir avec leurs vêtements, après les avoir débarrassé de leurs armes et de leurs armures. Ainsi, on les faisait descendre dans les tombes par deux ou par trois, à raison d’un linceul pour deux. A chaque inhumation, le Prophète (SAW) disait : « Lequel de ceux-ci maîtrisait le plus le Coran » et faisait précéder dans la tombe, l’homme qu’on parvenait à lui désigner. A l’occasion, il dit : « Je serai le témoin de ceux-ci, au jour de la résurrection ».
Abdoullah ibn Amr ibn Haram et Amr ibn Al-Jamouh partagèrent la même tombe, vu l’amitié qui les liait. On chercha le cercueil de Handhala (SAW) que l’on trouva quelque part, au-dessus du sol, en train de sécréter de l’eau. Le Messager d’Allah (SAW) en expliquant le fait à ses compagnons, les informa que les anges étaient en train de le toiletter, ajoutant à cela : « Interrogez les siens sur son cas ». On interrogea alors sa femme qui apporta la nouvelle. Du coup, Handhala (SAW) fut surnommé « l’homme toiletté par les anges ».
La tante paternelle Safiyya (RA) du Messager d’Allah (SAW) se présenta et voulut voir son frère Hamza, mais le Messager d’Allah (SAW) donna à Az-Zoubair, le fils de celle-ci, l’ordre de l’écarter de la scène. Alors Safiyya (RA) dit : « Et pourquoi pas ? J’ai appris qu’on a profané le cadavre de mon frère pour sa foi en Allah. Cela ne nous a pas plu, mais, à coup sûr, s’il plaît à Allah, je serai patiente et résignée ». Ainsi, elle s’approcha de son frère et, après l’avoir observé, pria pour lui, prononça la formule de l’istarjâ’ (Nous somme à Allah et à Lui nous retournons) « et demanda pour lui le pardon d’Allah ; après quoi le Messager d’Allah (SAW) donna l’ordre d’enterrer Hamza (RA) dans la même tombe que Abdillâh ibn Jahch (RA) qui était son neveu du côté maternel et aussi son frère de lait. Ibn Massoud dit : « Nous n’avions jamais vu le Messager d’Allah (SAW) pleurer aussi amèrement qu’il le fit à l’inhumation de Hamza ibn Abdil-Mouttalib (RA). Il l’orienta vers la Kaaba, assista à son enterrement, se lamenta et finit par sangloter.
Le spectacle des martyrs était d’une horreur inouïe. Selon Khabbâb (RA), le linceul qu’on avait trouvé pour Moussab ibn Omayr (RA) n’était qu’un drap assez court qui, en lui couvrant la tête laissait alors voir ses pieds et en lui couvrant les pieds laissant sa tête découverte. On devait finalement étendre ce linceul sur sa tête et ensuite sur ses pieds, mettre de l’herbe sèche. Abdour-Rahman ibn Awf (RA) dit : « On avait tué Moussab ibn Omayr (RA) qui était meilleur que moi. Pour l’enterrer, on l’enveloppa dans un linceul qui, en lui recouvrant la tête, laissait découvrir ses pieds et, en lui recouvrant les pieds, laissait découvrir sa tête ». Des propos similaires ont aussi été rapportés de Khabbâb qui cependant ajoute : « Alors le Prophète (SAW) nous dit : « Couvrez-en sa tête et mettez sur ses pieds de l’herbe sèche ».
Le Messager d’Allah (SAW) loue son Seigneur le Tout Puissant et l’invoque
Selon ce qu’a rapporté l’imam Ahmad, le Messager d’Allah (SAW) dit, lors de la bataille d’Ohod, en voyant reculer les associateurs dit : « Mettez-vous en ordre ! Je vais louer mon Seigneur le Tout Puissant ». Aussitôt les gens s’alignèrent derrière lui et alors, il dit :
“ Seigneur ! Toute la louange Te revient :
« Seigneur ! Nul ne saurait restreindre ce que Tu étends, ni étendre ce que Tu restreins. Nul ne saurait guider celui que Tu égares, ni égarer celui que Tu guides. Nul ne saurait donner à celui que Tu prives, ni priver celui à qui Tu donnes. Nul ne saurait rapprocher ce que Tu éloignes, ni éloigner ce que Tu rapproches. »
« Seigneur ! Etends sur nous de Tes bénédictions, de Ta clémence, de Tes faveurs et des moyens de subsistance que Tu procures” »
« Seigneur ! Je Te demande le bien-être permanent, bienêtre qui ne cesse ni ne se transforme. Seigneur ! Je Te demande assistance au jour de l’étourderie et sécurité à celui de la peur. Seigneur ! Je cherche refuge auprès de Toi contre le mal de ce que Tu nous as donné et celui de ce dont Tu nous as privé »
« Seigneur ! Fais-nous chérir la foi et ornes-en nos cœurs. Fais-nous détester l’impiété, la fornication et la désobéissance. Compte-nous au nombre des droits. »
« Seigneur ! Fais-nous mourir en musulmans et ressuscite-nous en musulmans. Fais-nous rejoindre les vertueux et non point les ignobles et ceux séduits par Satan. »
« Seigneur ! Combats les infidèles qui démentent Tes messagers et détourne de Ta voie. Rends-les abjects ! Châtie-les »
« Seigneur ! Combats les infidèles qui s’en prennent à Ton livre ».
Retour à Médine : Exemples d’affection et de dévouement
Après avoir inhumé les martyrs, loué, et imploré Allah, le Messager d’Allah (SAW) prit la route du retour vers Médine où les femmes croyantes et sincères, comme le firent d’ailleurs les croyants au cours de la bataille, lui apportèrent de belles illustrations d’affection et de dévouement.
Il (SAW) annonça à Hamna bint Jahch (RA) sortie à sa rencontre la transition de son frère Sidna Abdillâh ibn Jahch (RA) mais celle-ci garda son calme, et sollicita à Allah le pardon du défunt.
Il (SAW) lui annonça ensuite la transition de son oncle maternel Sidna Hamza ibn Abdil-Mouttalib mais celle-ci, toujours calme, demanda à Allah de pardonner au défunt.
Enfin, il (SAW) lui annonça la transition de son époux Sidna Moussab ibn Omayr et là, Hamna pleura. Le Messager d’Allah (SAW) dit : “ Le mari, chez sa femme, occupe une place exceptionnelle’’. Dans une version le Saint Prophète SAW demanda : « pourquoi dis-tu à propos de Moussab ce que tu n’as pas dit à propos des autres ? » elle (RA) dit : « j’ai compris que ses enfants seront des orphelins dorénavant »
Ensuite, il (SAW) croisa une femme faisant partie de Banî Dinar, une femme dont on avait tué le mari, le frère et le père à Ouhoud. Lorsqu’on lui eut annoncé la nouvelle, cette femme dit : « Qu’est-il arrivé au Messager d’Allah (SAW) ? ». Les gens répondirent : « Rien IL (SAW) va bien Ô mère de tel ! Grâce à Allah, il est comme tu voudrais qu’il soit ».
Elle reprit : « Montrez-le-moi. Je veux le voir ! ». On le lui montra aussitôt. La femme s’adressa alors au Prophète (SAW) et lui dit : « Comme tu es sain et sauf, tout autre malheur n’est que détail ».
La mère de Saad ibn Mouâd, apercevant le Prophète (SAW) vint vers lui en courant, alors que Saad, lui tenait en main la bride de son cheval. La voyant venir, celui-ci dit : « Messager d’Allah (SAW) ! Ma mère ! ». S’arrêtant pour l’attendre le Prophète (SAW) dit alors : « Qu’elle soit la bienvenue ! » puis, lorsque la femme se fut rapprochée, lui annonça la mort de son fils. Amr ibn Mouad (RA) ; mais celle-ci dit : « Puisque je te vois sain et sauf, l’effet de ce malheur est fort peu important ».
Après cela, le Messager d’Allah (SAW) pria pour la famille des martyrs de la bataille d’Ohod puis dit : « Ô Mère de Saad ! Réjouis-toi ! Que les familles soient certaines que leurs martyrs se tiennent actuellement compagnie au paradis et qu’il sera fait intercession en leur faveur ». Sur ces mots, la mère de Saad dit : « Nous sommes satisfaits, Ô Messager d’Allah (SAW) ! Qui donc va continuer à les pleurer après cela » ? Elle ajouta : « Ô Messager d’Allah ! Bénis ceux qu’ils ont laissé derrière ».
Alors, le Prophète (SAW) dit : « Seigneur ! Chasse la tristesse de leurs cœurs, dompte leur malheur ! Comble de faveurs ceux qu’ils ont laissés derrière ».
Au soir du samedi 7 du mois de Chawwal (an 3 de l’hégire), le Messager d’Allah (SAW) parvint à Médine. Arrivé chez lui, il remit son épée à Sa fille Dame Fatima (RA) et lui dit : « Lave le sang qui s’y trouve ! Ma fille. Par Allah ! Elle a joué son rôle lors de la bataille ». Sidna Ali ibn Tâlib (RA) lui aussi remit son épée à Dame Fatima (RA) en lui disant : « Celle-ci aussi, lave le sang qui s’y trouve ! Par Allah !
Elle a joué son rôle lors de la bataille ».
Les tués du part et d’autre
Dans la majorité des rapports, les auteurs s'accordent à dire qu’il y avait 70 tués du côté des musulmans : 65 parmi les Ansâr (41 Khazrajites et 24 Awsites), un juif et 4 seulement parmi les Mouhâjirîn.
S’agissant des tués du côté des associateurs, Ibn Ishâk a mentionné qu’ils sont au nombre de 22 : toutefois, les statistiques, exactes obtenues, après l’étude approfondie de tous les détails de la bataille tels que mentionnés à la fois par les expéditionnaires et les biographes et faisant état des tués du côté des associateurs, aux différentes phases de la guerre, donnent le chiffre 37 au lieu de 22. (Allah sait mieux que quiconque ce qu’il en est exactement).
Etat d’urgence à Médine
Les musulmans passèrent la nuit à Médine (la nuit du dimanche 8 au mois de Chawwal, an 3 de l’hégire) après être revenus de la bataille d’Ohod. Toutefois, en état d’alerte, nonobstant leur fatigue, ils passèrent la nuit à surveiller les chemins de montagne et les entrées de la ville et à garder leur commandant en chef, le Messager d’Allah (SAW), remplis qu’ils étaient de suspicions et de doutes.
L’expédition Ghazwa des Hamra Al-Assad
Il ne fait aucun doute que l’expédition de Hamra Al-Assad n’est pas une expédition indépendante de la bataille d’Ohod dont elle est, à la vérité, la phase ultime.
Le Messager d’Allah (SAW) passa la nuit à réfléchir sur la situation. Il (SAW) craignait que les associateurs, en se rendant compte qu’ils n’avaient guère tiré profit de leur victoire sur le champ de bataille, n’eussent à regretter amèrement, et à revenir sur leurs pas et, alors, une deuxième fois attaquer Médine. Sur cette base il finit par prendre la résolution de se lancer à la poursuite de l’armée de la Mecque.
A cet égard, l’avis des expéditionnaires est que le Prophète (SAW) appela les gens à la nécessité de poursuivre l’ennemi, et cela, le lendemain de la bataille d’Ohod au matin, c’est à dire quinze heures après la bataille soit le dimanche 8 du mois de Chawwal, an 3 de l’hégire.
A l’occasion, il dit : « Ne partiront avec nous que ceux qui se sont battus à Ouhoud ». Alors, Abdoullah ibn Oubay (RA) lui dit : « Je serai avec toi » et il répondit : « Non ! ». Les musulmans approuvèrent son option malgré les douleurs que leur causaient leurs blessures et leurs craintes accrues. Ils dirent : « Nous obéirons à tous tes ordres ». Il est à noter que le crieur avait tenu dans son appel à préciser ceci : « Aucun ne serait de l’expédition à part ceux qui avaient fait la bataille de Uhud »
Jâbir ibn Abdillâh (RA) lui demanda la permission en ces termes : « Ô Messager d’Allah (SAW) ! Je n’aimerais pas que tu partes sans que je ne sois à tes côtés. Je ne laisse derrière que mon père occupé à veiller sur ses filles. Accorde-moi alors la permission de venir avec toi ». La permission lui fut alors accordée. Ensuite, le Messager d’Allah (SAW) et les musulmans se mirent en route.
Leur marche les mena à Hamra Al-Assad situé, environ, à quinze kilomètres de Médine, lieu dans lequel ils campèrent. Là, Maabad ibn Abi Maabad Al-Khouzâi, se présenta au Messager d’Allah (SAW) et embrassa l’Islam. D’aucuns disent que celui-ci resta associateur, mais ce qui est sûr, c’est qu’il était conseillé du Messager d’Allah (SAW) compte tenu de l’alliance entre Banî Khouzâaa et Banî Hâchim. Il dit : « Ô Mohammad (SAW) ! Par Allah, ce qui est arrivé à tes compagnons (RA) nous est pénible. Nous aimerions qu’Allah te préserve ». Sur ce, le Prophète (SAW) lui donna l’ordre de participer à la poursuite d’Abi Sofyân, mais l’homme le laissa tomber.
La crainte que nourrissait le Messager d’Allah (SAW) au sujet d’une éventuelle résolution des associateurs à revenir à Médine s’avérait être justifiée.
En effet, descendus à Ar-Rawha à environ 66 kilomètres de Médine, ceux-ci se mirent à se blâmer les uns les autres, se disant les uns aux autres : « Vous n’avez rien fait. Vous avez détruit leur force et leur zèle pour ensuite les laisser partir ; or il reste parmi eux des têtes capables de regrouper des gens contre vous. Alors, Retournez ! Allons les exterminer ». Il semble qu’un tel avis superficiel ait été donné ! par des gens ayant mal apprécié la force et le moral des deux armées.
Pour cette raison, Safwâne ibn Omayya, un dirigeant et un responsable s’y opposa et dit : « Ô Koraich ! Ne faites pas cela ? Je crains qu’on ne réunisse contre vous ceux qui n’ont pas été à Ouhoud. Rentrez car de la sorte, la puissance est la vôtre, sinon, les choses se retourneront contre vous ». Cependant, ce point de vue fut battu en brèche devant celui de l’écrasante majorité ; puis, unanime, l’armée décida de se rendre à Médine.
Avant le signal du départ. Abou Sofyân fut rejoint par Maabad ibn Abi Maabad Al-Khouzâi dont il ignorait la conversion à l’Islam. Alors il lui dit : « Qu’y a-t-il derrière toi, Maabad ? »
Celui-ci qui venait de subir une violente guerre psychologique, dit : « Mohammad (SAW) ! Il est sorti avec ses compagnons à votre recherche, avec une troupe dont je n’ai jamais vu de semblable, une troupe extrêmement impatiente de vous rencontrer. Il traîne avec lui tous ceux qui n’étaient pas présents à Ouhoud et tous regrettent amèrement d’avoir perdu la bataille. Leur aptitude à vous étrangler ne m’est à rien comparable ».
Abou Sofyân dit : « Malheur à toi ! Qu’es-tu en train de dire ? » Maabad répondit : « Par Allah, ce que je veux c’est que tu ailles observer le peloton de tête de l’armée, juste derrière ces collines ». Abou Sofyân dit : « Par Allah, Nous sommes tous d’accord pour les attaquer et les exterminer ». Maabad dit : « Ne le faites pas ? Je vous le déconseille ». Cela dit l’armée de la Mecque se découragea, frappée de craintes et de panique. Elle ne retrouva sa quiétude qu’en poursuivant son retrait devant la ramener à la Mecque. Néanmoins, Abou Sofyân mena une guerre de nerfs, une guerre psychologique contre l’armée des musulmans pour éventuellement dissuader celle-ci de continuer sa poursuite
Croisant un groupe de cavaliers de la tribu d’Abil-Kays se rendant à Médine il dit : « Voulez-vous, de ma part, communiquer un message à Mohammad (SAW) ? Je vous donne rendez-vous à Okadh pour offrir des raisins secs à vos montures, si vous venez à la Mecque ». Ceux-ci dirent : « Oui ». Alors, Abou Sofyân reprit : « Communiquez à Mohammad (SAW) que nous nous sommes réunis pour l’attaquer de manière à l’exterminer ainsi que ses compagnons ».
Les cavaliers rencontrèrent le Messager d’Allah (SAW) et ses compagnons à Hamra Al-Assad et leur communiquèrent les propos d’Abi Sofyân. A cet égard ils leur dirent : « les Mecquois se sont réunis pour vous attaquer ; alors méfiez-vous d’eux ».
Cette parole, toutefois, accrut la foi des musulmans, comme le montre le Coran :
« .. . Allah Seul nous protège. Il n’est pas de meilleur appui. Ils s’en revinrent comblés des bienfaits du Seigneur et de sa Grâce, n’ayant éprouvé aucun mal. Ils n’avaient en vue que l’agrément du Seigneur. Allah détient une grâce incommensurable ». (3 :173,174).
Le Messager d’Allah (SAW) séjourna à Hamra Ai-Asad, après son retour d’Ohod, le lundi 9, le mardi 10 et le mercredi 11 du mois de Chawwal (An 3 de l’hégire) avant de retourner à Médine.
Juste avant son retour il mit la main sur Abou Azza Al-Joumahi celui des esclaves de Badr qu’il avait gracié en raison de sa pauvreté et de son abondante progéniture à condition de le voir s’abstenir de le dénigrer et de monter les gens contre lui.
Toutefois, l’associateur lui fit faux bond et le trahit, continuant de mettre en œuvre sa poésie pour monter les gens contre lui et les autres musulmans, au point même d’être au nombre de ceux qui le combattaient à Ouhoud. Ayant été pris par le Messager d’Allah (SAW) il dit : « O Mohammad (SAW) ! Accorde-moi la grâce, épargne-moi à cause de mes enfants. Je m’engage devant toi à ne point récidiver ». Le Prophète (SAW) lui dit : « Tu ne verras plus tes partenaires de la Mecque pour dire : « J’ai deux fois trompé Mohammad (SAW). Le croyant ne se fait pas piquer, par deux fois dans un même trou ». Sur ces mots, il (SAW) donna à Az-Zoubair ou à Asim ibn Thâbit l’ordre de le décapiter.
De même, il (SAW) condamna à mort un des espions de la Mecque, à savoir Mou’âwiya ibn Al- Moughira ibn Abil-As, le grand père d’Abdil-Malik ibn Marwan du côté maternel. En effet, celui-ci, lorsque les associateurs se furent retirés d’Ohod, vint voir son cousin Sidna Othmân ibn Affân (RA) qui demanda en sa faveur la protection du Messager d’Allah (SAW). Celui-ci lui garantit la sécurité mais lui dit que s’il le prenait après 3 nuits, il le tuerait. Lorsque l’armée musulmane fut sortie de Médine Mou’âwiya resta pendant plus de 3 nuits dans la ville en train d’espionner pour le compte des Koraïchites. Aussitôt que l’armée fut de retour, l’associateur prit la fuite ; mais le Messager d’Allah (SAW) lança à ses trousses Zayd ibn Haritha et Ammar bin Yâsir qui le rattrapèrent et le tuèrent.
Voilà en définitive la bataille d’Ohod dans ses étapes. Les chercheurs ont longtemps essayé de répondre à la question de savoir si oui ou, non les musulmans avaient été mis en déroute. A cet égard, ce qui est sûr c’est que la supériorité militaire dans la deuxième phase de la guerre était du côté des associateurs qui, en fait, dominaient sur le champ de bataille, que les pertes en vies humaines étaient plus nombreuses et accablantes du côté des musulmans, qu’une partie de ceux-ci avait vraiment été mise en déroute et que les combats se déroulèrent en faveur de l’armée de la Mecque. Néanmoins certaines choses nous empêchent de parler de victoire et de triomphe car il ne fait aucun doute que l’armée de la Mecque ne réussit pas à occuper la base des musulmans et qu’une proportion importante de l’armée de Médine n’eut point à prendre la fuite, quoiqu’il y eût une atmosphère de panique et d’anarchie. Au contraire de tels hommes combattirent courageusement au point de se regrouper autour du poste de commandement sans en arriver à être poursuivis par l’armée de la Mecque, sans qu’aucun des soldats de l’armée de Médine n’aient été capturé par les forces ennemies. Il y a aussi que les associateurs n’obtinrent guère de butin du côté des musulmans, qu’ils ne prirent aucunement l’initiative de la troisième phase quoique l’armée des musulmans continuât d’être à sa base et qu’ils ne restèrent ni un jour ni deux jours, ni trois jours sur le champ de bataille, comme on le faisait à l’époque, après avoir remporté la victoire, se hâtant plutôt de quitter avant même le départ des musulmans, n’osant pas accéder à Médine pour capturer et piller, alors que cette ville, peu distante de leur base, restait ouverte et déserte.
Tout cela nous confirme que le cas des Koraïchites ne dépasse pas le simple fait de trouver une occasion d’infliger des pertes sévères et cruelles aux musulmans tout en échouant dans la réalisation de l’objectif d’exterminer les soldats musulmans, après les avoir encerclés ; il arrive assez souvent que des pertes de cette importance soient infligées à des conquérants. En conséquence, pour répondre à la question de savoir s’il s’agit là d’une victoire, la réponse est « non ». Mieux, l’empressement d’Abi Sofyân à se retirer et à battre en retraite montre qu’il craignait que son armée ne fût en déroute s’il y avait une troisième phase dans la bataille. Cela devient plus évident si l’on prend en considération l’attitude d’Abi Sofyân à l’égard de l’expédition de Hamra Al-Assad. En définitive, l’expédition d’Ohod fut une guerre sans vainqueur au cours de laquelle, chacune des deux armées avait sa part de réussite et de perte. Chacune d’elle se retira des combats sans fuir le champ de bataille, ni quitter sa base dans la perspective d’aller occuper celle de l’ennemi et c’est cela le sens même d’une guerre sans vainqueur. C’est à cela que réfère le verset :
« Gardez-vous de faiblir dans la poursuite de vos ennemis ! Si vous souffrez, ils souffrent autant que vous. Mais vous attendez, du Seigneur ce qu’eux-mêmes se sauraient espérer ! » (4 :104).
En fait ce verset établit une similitude entre les deux camps en matière de souffrance, ce qui prouve que les deux situations étaient analogues et que chacune des deux armées s’en retourna invaincue.
Allusions du Coran à la bataille d’Ohod
Le Coran met en lumière les péripéties les plus importantes de la bataille d’Ohod et cela phase après phase, énonçant les raisons explicatives des pertes cruelles enregistrées, mettant en relief les faiblesses qui alors ne cessaient d’exister chez les gens de la foi par rapport à leur devoir dans une situation aussi décisive, par rapport également aux nobles et sublimes objectifs assignés à la communauté musulmane qui se distingue de toute autre dans la mesure où elle est la meilleure communauté des humains.
De même, le Coran parle de l’attitude et de l’humiliation des hypocrites révélant à cet égard, l’hostilité de ceux-ci envers Allah et Son messager, tout en éliminant les doutes et les suspicions encombrant les musulmans à la foi chancelante, doutes et suspicions alimentés par les hypocrites et leurs frères les juifs, les faiseurs d’intrigues et de complots. Il fait aussi allusion aux principes et aux buts louables découlant de cette bataille. Au total, 60 versets de la sourate “ la famille d’Imran” concernent la bataille d’Ohod dont ils commencent avant tout par mentionner la première phase. « Souviens-toi bien de cette matinée où tu quittas les tiens pour aller placer les fidèles aux postes de combat ». Ces versets se terminent par un commentaire exhaustif fait à propos des résultats et principes de la bataille « Allah ne saurait laisser les Croyants en l’état incertain où vous étiez sans distinguer les bons des pervers. Il ne saurait, non plus, vous dévoiler d’emblée l’inconnaissable.
A cet effet, Allah élit qui II veut parmi ses prophètes.
« Croyez en Allah et en Ses messagers, et si vous croyez en Allah et le craignez, vous serez immensément bien rétribués ». (3 :179).

