L’expédition Ghazwa contre banîl-Moustalak (ou Ghazwat Al-Mouraysîa)
(Au cours du mois de Chaabân de l’an 5 ou 6 de l’hégire) Cette expédition, quoique restreinte d’un point de vue militaire, fut le théâtre d’événement à l’origine d’un certain nombre de perturbations et de troubles dans la société musulmane.
Du même coup elle aboutit au déshonneur des hypocrites et aussi à des législations d’appoint donnant à la société musulmane une image particulière de noblesse, de dignité et de pureté spirituelle. Nous allons tout d’abord faire le récit de la Ghazwa avant de faire état des dits événements.
La Ghazwa eut lieu dans le courant du mois de Chaabân de l’an 5 de l’hégire si l’on en croit la majorité des biographes (. Ahl As-Siyar), dans le courant du mois de Chaabân de l’an 6 de l’hégire (selon Ibn Ishâk). Pour la cause, le Prophète (SAW) un jour, fut informé que le chef de Banil-Moustalak Al-Hârith ibn Abi Dirâr, avait mobilisé sa tribu et ses alliés parmi les arabes pour s’attaquer au Messager d’Allah| (SAW).
Par réaction à la nouvelle il envoya Bourayda ibn Al-Hasîb enquêter à ce sujet. Celui-ci se rendit chez les ennemis, rencontra Al-Hârith ibn Abi Dirâr à qui il eut à parler avant de revenir informer le Messager d’Allah| (SAW) des résultats de l’enquête. Ayant reçu confirmation de la nouvelle, celui-ci mobilisa ses compagnons et aussitôt se mit en route, le 2 du mois de Chaabân. Un certain nombre d’hypocrites n’ayant jamais participé aux expéditions antérieures étaient au nombre des partants. Le Messager d’Allah (SAW) se fit remplacer à Médine par Zayd ibn Hâritha (RA). Toutefois certains disent que le remplaçant fut Abou Dharr alors que d’autres avancent. Le nom de Noumaila ibn Abdillâh Al-Laythi (RA).
Al-Hârith ibn Abi Dirâr avait recruté un espion chargé de lui apporter les nouvelles de l’armée des musulmans. Ceux-ci, cependant, capturèrent l’espion et le tuèrent. Mis au courant de la marche du Messager d’Allah (SAW) et du meurtre de l’espion, Al-Hârith ibn Abi Dirâr et ses compagnons eurent terriblement peur. Leurs partenaires arabes les quittèrent. Peu après, le Prophète (SAW) parvint à Al-Mouraysi’ un point d’eau appartenant à la tribu et situé du côté de Kadîd, vers la côte. Dès leur arrivée, les musulmans s’apprêtèrent à combattre, mis en ordre par le Messager d’Allah Le drapeau des Mouhâjirînes fut confié à Abi Bakr As-Siddik (RA) et celui des Ansâr, à Saad ibn Obâda (RA).
Les deux armées échangèrent des tirs de flèches pendant une heure.
Ensuite le Prophète (SAW) donna l’ordre de charger comme un seul homme, ce qui eut pour conséquence, la victoire des musulmans et la mise en déroute des associateurs dont plusieurs furent tués.
Le Prophète (SAW) constitua prisonniers les enfants, et les femmes et put ramasser du butin. Il n’y eut qu’un seul tué du côté des musulmans celui-ci fut tué par quelqu’un des Ansar qui le prenait pour un ennemi, si l’on se réfère à la version des expéditionnaires et des biographes. A cet égard, Ibn Ishâk dit :
« Ce n’est que de la pure conjecture, car il n’y eut point de combats entre les deux armées. Tout ce qu’il y a c’est que les musulmans ont attaqué l’ennemi, au point d’eau, constituant prisonniers les enfants et les femmes et mettant la main sur les biens, comme le note si bien le hadîth authentique. « Le Messager d’Allah (SAW) attaqua Banil-Moustalak qu’il trouva perplexes ! (Il cita ensuite le hadîth) ».
II y avait au nombre des prisonniers Notre Mère Jouwayriya (RA), la fille d’Al-Hârith, le chef de la tribu. Celle-ci tomba dans le lot de Thâbit ibn Kays qui lui fixa le montant de la rançon exigée pour sa mise en liberté. Alors le Messager d’Allah (SAW) paya pour elle la rançon et ensuite l’épousa. En raison de ce mariage, les musulmans affranchirent cent personnes ayant embrassé l’Islam parmi Banil-Moustalak, disant à cet égard : « Ce sont les beaux frères du Messager d’Allah (SAW) » Quant aux événements qui se sont produits au cours de cette Ghazwa, les facteurs principaux en étaient le chef des hypocrites (Abdoullah Ibn Oubay) et ses compagnons dont nous allons tout d’abord exposer les agissements au sein de la société musulmane.
Rôle des hypocrites avant la Ghazwa de Banil-Moustalak
Nous avons plusieurs fois mentionné que Abdoullah ibn Oubay nourrissait une haine viscérale contre l’Islam et les musulmans, surtout contre le Messager d’Allah (SAW). En effet, Al-Aws et Al-Khazraj ayant tous reconnu l’autorité de celui-ci après leur conversion à l’Islam s’étaient détournés d’Ibn Djoubayr qui en vint à estimer que le Prophète (SAW) avait usurpé son pouvoir. L’associateur fit connaître sa haine dès le début de l’hégire avant sa soi-disant conversion à l’Islam. Un jour, avant cette soi-disant conversion, le Messager d’Allah (SAW) monté sur un âne pour aller visiter Saad ibn Obada, passa près d’un groupe de gens parmi lesquels se trouvait Abdoullah ibn Oubay. Alors ce dernier, se voilant le nez lui dit : « Ne nous couvre pas de poussière ». Aussitôt le Messager d’Allah (SAW) récita le Coran pour le groupe, mais l’associateur ajouta : « Reste chez toi ! Ne nous obnubile point ».
Voilà quels étaient les comportements d’Ibn Oubay avant sa soi-disant conversion à l’Islam. Après une telle conversion faite après la bataille de Badr, l’homme était toujours un ennemi d’Allah, du Messager d’Allah et des croyants. Il ne pensait qu’à disperser la société musulmane et à affaiblir l’autorité de l’Islam.
A cette fin, ses alliés étaient les ennemis des musulmans. Intervenu dans l’affaire de Banî Kaynoukâa comme nous l’avons déjà dit, il devait aussi, à Ouhoud, commettre un acte de trahison, chercher à diviser les musulmans et à introduire dans leurs rangs le désarroi et la confusion, comme nous l’avons déjà vu.
L’une des subtilités de la ruse et de la duplicité de cet hypocrite à l’égard des musulmans, après sa soi-disant conversion à l’Islam, était de se lever pour dire, lors des prières du vendredi, au moment même où le Messager d’Allah (SAW) s’asseyait pour prononcer son sermon : « L’homme devant vous est le Messager d’Allah (SAW). C’est par lui qu’Allah vous honore et vous renforce. Apportez-lui aussi bien votre secours que votre assistance. Ecoutez-le et obéissez-lui ». Sur ces mots, il s’asseyait. Alors le Prophète (SAW) se levait pour faire entendre son sermon. Le cynisme de cet hypocrite le porta aussi, à l’occasion de la première prière du vendredi, après la bataille d’Ohod, à se lever, pour tenir les mêmes propos qu’auparavant, nonobstant ce qu’il avait commis comme perversion et comme trahison. Alors, le tirant par les vêtements, les musulmans lui dirent : « Assieds-toi ennemi d’Allah ! Tu n’es point apte à cela, après tout le mal que tu as fait ». Cela dit, l’hypocrite sortit, traversa les rangs des fidèles en disant : « Tout se passe comme si j’ai dit quelque chose de grave ». Quelqu’un faisant partie des Ansar le croisa à la porte de la mosquée et lui dit : « Malheur à toi ! Retourne demander pardon au Messager d’Allah (SAW) » - Il fit remarquer : « Par Allah ! Je ne désire pas qu’il me pardonne ».
Abdoullah ibn Oubay était en contact avec Banî An-Nadir avec qui il complotait contre les musulmans, allant même jusqu’à leur dire : « Si vous êtes expulsés nous vous suivrons et si vous êtes combattus, nous serons à vos côtés ». De même, lui et ses compagnons avaient commis, lors de la bataille contre les coalisés, ce qu’Allah nous rapporte dans la sourate des coalisés, comme actes destinés à semer le trouble et la discorde, à jeter de la peur et de la crainte dans les cœurs des musulmans :
« Les hypocrites et ceux de faible conviction murmuraient : ce n’était donc que chimères ce qu’Allah et Son Messager (SAW) nous avaient promis » à « ils s’imaginent toujours que les coalisés n’ont pas levé le siège. Mais, même si l’ennemi reparaissait maintenant, ces faux croyants aimeraient plutôt, alors, se trouver dans le désert, parmi les nomades, quitte à demander de vos nouvelles. Fussent-ils d’ailleurs parmi vous, ils n’auraient que fort peu combattu ». (33 :20).
Toutefois, tous les ennemis de l’Islam (juifs, hypocrites et associateurs), savaient pertinemment que la victoire de l’Islam n’était due, ni à une supériorité au plan matériel, ni à une multitude d’armes et de combattants. La cause en était plutôt les valeurs morales et les idéaux dont jouissait la société musulmane et aussi l’attachement à l’Islam de tous ceux qui le professaient.
Les ennemis savaient donc que la source de ce grand rayonnement était le Messager d’Allah (SAW) qui, de manière inimitable s’identifiait à de telles valeurs.
Ils savaient aussi, après 5 années de guerres, que la suppression de l’Islam et des musulmans s’avérait impossible, du point de vue militaire. Aussi, décidèrent-ils de se lancer dans une vaste campagne contre la morale et les traditions de l’islam, de tenir pour première cible d’une telle campagne mensongère la personnalité du Messager d’Allah (SAW). Etant donné que –les hypocrites constituaient la cinquième colonne dans les rangs des musulmans et qu’ils étaient originaires de Médine, il leur était possible de prendre contact avec ces musulmans et, à chaque instant, de heurter leurs sentiments. La campagne était orchestrée par ces hypocrites à la tête desquels se trouvait Abdoullah Ibn Oubay.
Une telle stratégie de leur part apparut au grand jour lorsque le Messager d’Allah (SAW) épousa la mère des croyants Zaynab Bint Jahch (RA) après que l’eût divorcée Zayd ibn Hâritha. A l’époque, les arabes, considérant le fils adoptif, comme propre fils, tenaient pour inceste le mariage de tout homme avec l’ex-femme de son fils.
Aussi, après le mariage du Prophète (SAW) avec Zaynab, les hypocrites trouvèrent-ils, selon leurs prétentions, deux failles leur permettant de provoquer des troubles, des dissensions et des désordres contre le Prophète (SAW) :
Première faille : La femme qu’il venait d’épouser (Zaynab) en était une cinquième, or le Coran n’autorise pas à dépasser quatre femmes. Comment un tel mariage pouvait-il donc être valable ?
Deuxième faille : Zaynab était la femme de son fils Zayd, puisque celui-ci avait été adopté par lui, en conséquence de quoi le mariage figurait un péché grave, selon la tradition des arabes.
Tout cela les porta à intensifier la campagne, apportant dans ce cadre, différents contes et légendes. Ils disaient : « Mohammad a vu Zaynab et, soudain, ravi par sa beauté, tomba amoureux d’elle, la portant dans son cœur. Son fils Zayd s’en rendant compte, quitta la femme pour lui ». Ils répandirent tellement ces différentes assertions mensongères que les livres de Tafsîr et de hadîth en ont jusqu’ ici gardé les traces. Ces campagnes de dénigrement exercèrent un grand effet sur les musulmans de faible conviction tant et si bien que le Coran descendit sous la forme de versets évidents et propres à guérir les cœurs.
Ce qui montre l’envergure de la campagne de dénigrements est qu’Allah ouvre la sourate des coalisés en ces termes :
« Prophète ! Sois pieux envers Allah ! N’obéis ni aux mécréants ni aux hypocrites ! Allah est Omniscient et Sage ». (33 :1).
Voilà en bref, des indications de ce que firent les hypocrites avant l’expédition Ghazwa contre Banîl-Moustalak et que le Prophète (SAW) supporta avec patience, souplesse et bonté. La plupart des musulmans se prémunirent contre de tels agissements ou les supportèrent avec patience car, ils avaient tant de fois subi l’affront des hypocrites, comme nous le précise le Coran.
« Ne voient-ils pas que chaque année ils se trouvent soumis à une telle ou deux épreuves, sans qu’ils songent pour autant à se convertir et à méditer la leçon ? » (9 :126).
Rôle des hypocrites dans l’expédition Ghazwa contre les Banîl-Moustalak
En participant à l’expédition Ghazwa contre Banîl-Moustalak, les hypocrites illustrèrent la parole du Très-Haut exprimés en ces termes :
« S’ils étaient d’ailleurs partis avec vous, ils n’auraient fait qu’accroître vos embarras et susciter le désordre dans vos rangs ». (9 :47).
Compétissant pour le mal, les hypocrites provoquèrent de violentes perturbations dans les rangs des musulmans et aussi une abominable campagne de dénigrement contre le Prophète (SAW)‘
Nous allons sur ce point apporter quelques illustrations.
1. Propos des hypocrites : « Si nous retournons à Médine les plus puissants en expulseront les plus faibles ».
Au terme de l’expédition, le Messager d’Allah (SAW) séjourna à Al-Mouraysi et à un moment du séjour, les serveurs allèrent chercher de l’eau. Omar ibn Al-Khattab avait un serviteur du nom de Jahjâh Al-Ghifârî. Celui-ci, au point d’eau, se battit avec Sinân ibn Wabr Al-Jouhanî et appela les Mouhâjirîn à son secours. Al-Jouhanî, de son côté, appela les Anssârs à son secours.
Alors, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Allez-vous vous quereller comme à l’époque de l’ignorantisme (Jâhiliyya) en ma présence ? Cessez cette querelle. Elle est pourrie ».
Mis au courant de cela, Abdoullah ibn Oubay Ibn Saloul, entouré d’un groupe de gens faisant partie de sa tribu et comprenant Zayd ibn Arkam, un jeune garçon, dit : « Et pourtant ils se sont querellés avec nous, nous ont repoussés au point d’être plus nombreux que nous dans notre propre pays. Mais, par Allah si nous retournons à Médine, les plus puissants en expulseront les plus faibles ». Cela dit, il se tourna vers son entourage disant :
« Voilà ce que vous-mêmes, vous avez fait. Vous les avez laissés s’implanter dans votre pays et partager vos biens. Mais, par Allah si vous leurs coupiez les vivres, ils s’en iraient ailleurs ».
Zayd ibn Arkam alla rapporter de tels propos à son oncle paternel qui, à son tour, alla en informer le Messager d’Allah (SAW) en présence de qui il y avait Omar ibn Al-Khattab. A cet égard, Omar dit : « Donne à Abbâd ibn Bichr l’ordre de le tuer ».
Le Prophète (SAW) dit : « Que faire, Omar lorsque les gens diront que Mohammad tue ses compagnons ? Non ! Annonce plutôt le départ ». Et cela à une heure où le Messager d’Allah (SAW) n’avait pas l’habitude de voyager. Toutefois les gens levèrent le camp.
Après son départ, le Prophète (SAW) rencontra Ossaid ibn Houdair qui, après l’avoir salué, lui dit : « Tu voyages de bonne heure n’est-ce pas ? ». Il lui répondit : « N’es-tu pas au courant de ce qu’a dit votre homme ? (Abdoullah ibn Oubay) ? “ Qu’a-t-il dit ?” s’enquit Ousayd. Il reprit : « Il prétend que s’il retourne à Médine, les plus puissants en expulseront les plus faibles ». Alors Ousayd dit : « C’est toi, le Messager d’Allah (SAW) qui l’en expulseras si tu le veux. Par Allah ! c’est lui le faible et c’est toi le puissant »
Ensuite il ajouta : “Ô Messager d’Allah (SAW) ! Aie pitié de lui ! Toi, c’est Allah qui nous t’envoie. Lui, il se comporte de la sorte avec ses hommes parce qu’il pense que tu lui as ravi son pouvoir ».
Ensuite, en compagnie de ses hommes, le Prophète (SAW) se mit à marcher jusqu’au lendemain vers midi. Alors il fit halte et les gens, une fois à terre se mirent à dormir : son objectif en cela était de les détourner de toute discussion. Quant à Ibn Oubay, il se présenta au Messager d’Allah (SAW) dès l’instant où il sut que Zayd ibn Arkam RA avait informé le Prophète SAW des propos qu’il avait tenus.
Se mettant alors à jurer sur Allah, il dit : « Je ne lui ai rien dit. Je ne lui ai pas parlé ». Ceux présents parmi les Ansar dirent : « Messager d’Allah (SAW) ! Il se peut que le garçon ait été induit en erreur et qu’il ait mal compris ce que l’homme lui disait ». Cela dit, le Prophète (SAW) tint Ibn Oubay pour sincère.
Rapportant plus tard l’événement Zayd dit : « Rempli d’un chagrin que je n’avais jamais eu auparavant, je restai chez moi. Ensuite Allah révéla de
« Lorsque les hypocrites viennent te voir » à « ce sont eux qui ont donné cette consigne aux Médinois : Que l’on coupe les vivres aux émigrés de l’entourage du prophète, on les fera ainsi disperser » et « les plus puissants en expulseront les plus faibles », (les hypocrites :1-8).
Sur ce le Messager d’Allah (SAW) fit appeler Zayd et, après lui avoir lu les versets lui dit :
« Allah a confirmé la véracité de tes paroles ». Le fils de l’hypocrite, Abdoullah ibn Abdillâh ibn Oubay était quelqu’un de vertueux, faisant partie des meilleurs compagnons.
Désavouant alors son père il alla l’attendre à l’entrée de Médine, son sabre tiré au clair. A l’arrivée de celui-ci, il lui parla en ces termes : « Par Allah ! Tu ne passeras que si le Messager d’Allah (SAW) t’y autorise car c’est le puissant et toi, tu es le faible ». Le Prophète (SAW) ayant ensuite autorisé l’hypocrite à entrer, le fils céda le passage. Abdoullah ibn Abdillâh ibn Oubay avait déjà dit au Messager d’Allah (SAW) : « Si tu veux le tuer, donne-moi l’ordre de le faire. Par Allah ! Je t’apporterai, ici, sa tête ! »
2. Le propos mensonger
Au cours de cette expédition eut lieu l’histoire de la propagation du mensonge (SAW) relatif à Aicha, qui à la suite d’un tirage au sort, avait été amenée à accompagner le Messager d’Allah (SAW) lors de l’expédition, car celui-ci avait l’habitude, toutes les fois qu’il sortait, de désigner par tirage au sort celle de ses femmes devant l’accompagner. En revenant d’une telle expédition, les musulmans en arrivèrent à camper quelque part, ce qui permit à Aicha d’aller régler un besoin. Ayant perdu un collier que sa sœur lui avait prêté, elle retourna le chercher à l’endroit où elle l’avait perdu. Au moment du départ, les gens qui se chargeaient de porter son palanquin transportèrent celui-ci tout en la croyant à l’intérieur : ils ne firent pas attention à la légèreté du palanquin que, du reste, pouvait porter un ou deux d’entre eux. Aicha s’en retourna et put retrouver le collier dans l’un des campements, où, ensuite, elle resta, seule, dans l’espoir que les gens constateraient son absence et viendraient la chercher. Toutefois, Allah aux mystères insondables lui qui dirige, à sa guise les affaires du haut de son trône, la poussa à un sommeil dont elle ne se réveilla qu’au bruit de la voix de Safwân ibn Al-Mouaattall !
Celui-ci dit : « Certes nous appartenons à Allah à qui nous retournerons ! Qu’est-ce que je vois ? la femme du Messager d’Allah (SAW) ? ». Safwân avait été écarté de l’armée dans la mesure où il dormait trop. Dès qu’il vit Aicha (RA), il la reconnut parce qu’il, la voyait souvent avant la révélation au sujet de l’obligation du port du voile. Alors il prononça la formule d’Istirjâ’ « innâ lillâhi wa innâ ilayhi râjioune » (Certes, nous appartenons à Allah à Qui nous retournerons) et fit s’agenouiller sa monture près d’elle pour lui permettre de monter. Pas une seule fois il ne lui parla. Aicha (RA) n’entendit de lui que la formule d’Istirjâ’. Par la suite, Safwân la mena jusqu’à l’armée qui, elle, avait campé vers midi. Au vu de cela, les commentaires allèrent bon train. Alors Abdoullah ibn Oubay, le vicieux ennemi d’Allah trouva de quoi faire parler son hypocrisie et sa jalousie. - Il se mit à fomenter et à diffuser un mensonge le rapprochant de ses compagnons. Parvenus à Médine les fomentateurs du mensonge s’étendirent sur le sujet.
Le Messager d’Allah (SAW) fut d’abord silencieux, mais ensuite se décida à consulter ses compagnons sur l’absence de Aicha du fait que la révélation s’était longtemps arrêtée. Alors, Ali, de manière indirecte, lui suggéra de la quitter pour épouser une autre femme. Osâma et d’autres lui demandèrent de la garder, et de ne pas faire attention aux propos des ennemis. Après cela, le Messager d’Allah (SAW) monté sur le Mimbar (tribune) demanda à Allah de le préserver de Abdillâh ibn Oubay.
Sur ce, Ousayd ibn Houdair, le chef d’Al-Aws fit connaître son désir de tuer l’hypocrite, mais Saad ibn Obâda, le chef d’Al-Khazraj, tribu dont se réclamait Ibn Oubay, s’opposa à cela, au nom de la solidarité tribale. Les deux chefs échangèrent des propos de nature à échauffer les deux tribus. A ce niveau, le Prophète (SAW) les calma et parvint à les réduire au silence.
Quant à Aicha, elle fut malade pendant un mois après son retour. Elle ne savait absolument rien du mensonge qu’on propageait à son égard. Toutefois, elle constatait que le Prophète (SAW) n’avait plus envers elle la tendresse qu’elle lui connaissait dans ses moments de souffrance. Lorsqu’elle eut récupéré ses forces, elle sortit, une nuit, en compagnie d’Oumm Mousattah pour aller à la selle. Alors, celle-ci buttant sur sa robe, se mit à maudire son fils. Aicha, désapprouvant cela de sa part, lui rapporta toute l’histoire. A son retour, Aicha obtint du Messager d’Allah (SAW) la permission de faire venir ses parents pour tirer la question au clair.
Elle perdit son sommeil pendant une journée et deux nuits au cours desquelles on eût dit que ses pleurs allaient l’emporter. Sur ces entrefaites arriva le Prophète (SAW) qui, après avoir récité la formule de profession de foi dit : « A présent, Aicha, on m’a dit ceci et cela à ton sujet. Si tu es innocente, sache qu’Allah le prouvera. Par contre, si tu as commis un péché, demande pardon à Allah, et repens-toi devant lui car, Il accepte le repentir de tout serviteur qui, après avoir commis un péché, s’en repent devant lui ». Sur ces mots, Aicha sécha ses larmes et demanda à chacun de ses deux parents de répondre.
Ensuite, constatant que ceux-ci ne savaient quoi répondre, elle s’exprima en ces termes : « Par Allah ! Je sais que vous avez appris ce mensonge et que vous y avez cru. Or, à ce sujet, si je vous dis que je suis innocente et Allah sait que je le suis, vous ne me croirez pas. Par contre, en reconnaissant devant vous avoir fait une chose qu’en vérité je n’ai point faite - et Allah le sait bien, vous me croirez à coup sûr. Ceci étant, je ne puis par Allah vous répondre que par la parole de mon père Yousouf.
« Mais je m’y résigne dignement. Allah m’aidera à supporter vos assertions ». (Yousouf : 18).
Sur ces mots, elle alla se coucher. Ensuite, au moment opportun la révélation descendit. Alors, soulagé et riant, le Prophète (SAW) vint, pour la première fois, s’adresser, à Aicha en ces termes : “ Aicha ! Allah t’a blanchie » Alors, la mère dit à sa fille : « Debout ! va le rejoindre », mais celle-ci, fière de son innocence et confiante de l’amour du Prophète (SAW) à son égard, dit : « Par Allah ! je ne vais pas le rejoindre. C’est plutôt Allah que je loue ». En effet, Allah avait révélé au sujet de la parole mensongère :
« Certains d’entre vous, agissant de connivence, ont propagé un mensonge », (la lumière :11 voir aussi les versets 12-21).
Trois des fomentateurs du mensonge furent condamnés à la flagellation, à raison de 80 coups chacun, à savoir, Mousattah ibn Athâtha, Hassân ibn Thâbit et Hamna bint Jahch. S’agissant du pervers Abdillâh ibn Oubay qui était pourtant le fomentateur principal du mensonge et le plus orgueilleux de tous, il ne reçut nulle punition, soit parce que la punition est une mesure de réduction de la peine des intéressés (or Allah lui avait promis le grand châtiment au jour de la résurrection), soit compte tenu du compromis grâce auquel ou s’était abstenu de le tuer.
Ainsi, après un mois, le nuage du doute, du soupçon, de l’inquiétude et de l’agitation fut balayé du ciel de Médine. Le chef des hypocrites, Abdoullah ibn Oubay fut couvert d’une telle honte qu’il ne pouvait plus relever la tête. A cet égard, Ibn Ishâk dit : « Après cela, ses propres compagnons le blâmaient et le violentaient toutes les - fois qu’il en venait à fomenter un mensonge.
Le Messager d’Allah (SAW) dit à Omar : « Vois-tu, à présent, Omar ? Si je l’avais tué le jour où tu me poussais à le tuer, des gens se seraient soulevés Mais aujourd’hui si je donnais Tordre de le tuer, ceux-ci le tueraient ». Omar dit : « Je sais, par Allah ! que l’affaire du Messager d’Allah (SAW) est beaucoup plus bénie que la mienne ».
La Sariyya de Abdir-Rahman ibn Awf à Doumatil- Jandal résidence de Banî Kalb :
Elle eut lieu au mois de Chaabân de l’an 6 de l’hégire. A l’occasion, le Messager d’Allah (SAW) fit s’asseoir devant lui Abdir-Rahman ibn Awf qu’il enturbanna de sa propre main. Il lui fit ensuite d’importantes recommandations relatives aux arts martiaux et lui dit : « S’ils t’obéissent, épouse la fille de leur roi ». Abdour-Rahman passa trois jours à Doumatil-Jandal, appelant à l’Islam. La tribu ayant embrassé l’Islam, il épousa Tamador bint Al-Asbagh (à savoir la mère d’Abi Salama) dont le père était le chef et le roi de Banî Kalb.
La Sariyya de Ali ibn Abi Tâlib à Fadk chez Banî Saad ibn Bakr :
Elle eut lieu au mois de Chaabân de l’an 6 de l’hégire parce que le Messager d’Allah (SAW) avait appris qu’il y avait à Fadk un groupe sur le point de traiter avec les juifs. Alors il dépêcha au dit endroit Ali ibn Abi Tâlib accompagné d’un détachement de 200 hommes. Marchant la nuit et se cachant le jour, celui-ci finit par capturer un de leurs espions qui, ensuite, reconnut que ceux-ci avaient envoyé à Khaybar proposer aux juifs leur assistance contre les dattes de la localité. L’espion indiqua le lieu du rassemblement de Banî Saad que Ali attaqua aussitôt, leur prenant 500 chameaux et 2000 moutons. Alors, Banou Saad dont le chef était Wabr ibn Alim s’enfuirent pour la circonstance.
La Sariyya d’Abi Bakr As-Siddik ou de Zayd ibn Haritha en direction de Wadi AI-Koura :
Elle eut lieu au mois de Ramadan de l’an 6 de l’hégire. En effet la tribu des Fizara voulait assassiner le Messager d’Allah (SAW). Alors, celui-ci envoya Aba Bakr As-Siddik. A ce sujet, Salama ibn Al-Akwaa dit : « Je sortis avec Abi Bakr (RA). Après que nous eûmes accompli la prière du Soubh, il nous donna l’ordre d’attaquer. Alors nous allâmes jusqu’au point d’eau. Abou Bakr (RA) tua un certain nombre d’ennemis. Moi, je vis un groupe constitué de femmes et d’enfants. De peur que ce groupe ne me devançât à la montagne, je me dépêchai de le rejoindre, interjetant une flèche entre lui et la montagne. Au vu de la flèche, femmes et enfants s’arrêtèrent.
Dans le groupe se trouvait une femme du nom d’Oumm Karfa.
Celle-ci, vêtue d’un vêtement de cuir, était accompagnée de sa fille, l’une des plus belles filles arabes. Je conduisis le groupe auprès d’Abi Bakr (RA) qui, alors, me fit don de la fille, toutefois je ne trouvai point de vêtement pour celle-ci ».
Ensuite, le Messager d’Allah (SAW) lui demanda la fille d’Oumm Karfa qu’elle envoya à la Mecque pour obtenir la libération de prisonniers musulmans, enfermés en ce lieu.
Oumm Karfa était une femme - démon qui, essayant d’assassiner le Messager d’Allah (SAW) avait, à cette fin, équipé 30 cavaliers se réclamant de sa famille. Elle eut cependant la rétribution qu’elle méritait et ses 30 cavaliers furent tués.
La Sariyya de Karz ibn Jâbir Al-Fihri en direction d’Al-Arniyin :
Elle eut lieu au mois de Chawwal de l’an 6 de l’hégire. En effet, des gens faisant partie de Akl et de Orayna, s’étaient pour la forme, convertis à l’Islam. Implantés à Médine après leur soi-disant conversion, ils se dirent par la suite ennuyés de devoir y vivre.
Alors, le Messager d’Allah (SAW) les envoya aux pâturages avec un troupeau de chameaux, leur demandant d’en jouir. Le lendemain de leur arrivée aux pâturages, ceux-ci tuèrent le berger du Prophète (SAW) et s’enfuirent avec les chameaux et retournèrent à leur impiété. Le Messager d’Allah (SAW) jeta à leurs trousses Karz Al-Fihri accompagné de 20 de ses compagnons et ensuite fit une invocation contre eux en ces termes : « Seigneur ! Aveugle-les ! qu’ils ne sachent où aller ! Que leur chemin soit plus étroit qu’un manche de couteau ». Alors, Allah les aveugla au point qu’ils ne sussent où aller.
L’histoire de ces gens a aussi été relatée dans un hadith authentique rapporté par Anas.
Outre cette Sariyya, les biographes ont mentionné celle de Amr ibn Omayya Ad-Damori et de Salama ibn Abi Salama, Sariyya qui eut lieu au mois de Chawwal de l’an 6 de l’hégire.
Amr se rendit à la Mecque pour assassiner Abi Sofyân parce que celui-ci avait envoyé des bédouins assassiner le Prophète (SAW). Cependant les deux émissaires ne réussirent pas leur mission. A cet égard on note que ‘Amr tua trois hommes en chemin. On rapporte aussi que Amr, dans ce voyage, prit la dépouille mortelle de Khoubaib.
Telles sont les expéditions qui eurent lieu après la bataille contre les coalisés et Banî Kouraidha. Aucune d’elle n’aboutit à. une guerre sanglante. Plutôt, elles prirent la forme de légères confrontations, de patrouilles de reconnaissance et de missions punitives dirigées contre les bédouins et les autres ennemis jusque-là restés insoumis.
A la lumière de ces circonstances, on peut bien se rendre compte que les réalités quotidiennes avaient commencé à évoluer depuis la bataille contre les coalisés et que les ennemis de l’Islam perdaient de plus en plus leur moral ainsi que leur espoir de casser la force de l’Islam et de l’appel à l’Islam.
Une telle évolution cependant, devint plus évidente avec la réconciliation d’Al-Houdaybiyya car, l’armistice signé dans ce cadre, n’était rien d’autre que la reconnaissance de la force de l’Islam et aussi l’acceptation de la pérennisation de celle-ci à travers la péninsule arabe.

