La Oumra d’Al-Houdaybiyya (au mois de Thil-Kaada de l’an 6 de l’Hégire)
Cause de la Oumra d’Al-Houdaybiyya
Etant donné que la situation avait beaucoup évolué dans la Péninsule Arabe en faveur des musulmans, les signes avant-coureurs préfigurant la grande conquête et le succès de l’appel à l’Islam apparaissaient peu à peu.
On commençait à reconnaître aux musulmans le droit de pratiquer leur culte à l’intérieur de la sainte mosquée après que les associateurs les en eussent écartés pendant 6 ans. De Médine, le Messager d’Allah (SAW) fit un songe où il (SAW) avait accédé à la Sainte Mosquée avec ses Compagnons (RA), pris la clé de la Kaaba, et fait la circumambulation et la Oumra. Il (SAW) vit aussi dans le même songe, certains de ses Noble Compagnons (RA) se raser la tête, d’autres raccourcir leurs cheveux.
Il (SAW) informa ses compagnons de ce qu’il avait vu. Ceux-ci furent contents et pensèrent, l’année même, pouvoir accéder à la Mecque. Le Prophète (SAW) leur fit part de son intention d’aller faire la Oumra et tous se préparèrent au voyage.
La mobilisation des musulmans
Les arabes et les populations rurales de la vicinité se mobilisèrent pour accompagner le Messager d’Allah (SAW). Toutefois, bon nombre de bédouins traînèrent les pieds. Le Prophète (ü) se prépara et ensuite enfourcha sa chamelle Al- Kaswâ. Il se fit remplacer à Médine par Ibn Oumm Maktoum ou Noumaila Al-Laythi. Il se mit en route le lundi premier jour du mois de Thil-Kaada de l’an 6 de l’hégire, accompagné de sa femme Oumm Salama et de 1400 hommes, (d’aucuns disent 1500). Il n’avait pas ses armes de guerre. Les seules armes qu’il avait, étaient de courts sabres utilisés par les voyageurs.
Les musulmans se dirigent vers la Mecque
Ainsi les musulmans partirent pour la Mecque. Arrivé à Thil-Houlaifa, le Prophète (SAW) prépara ses sacrifices et se mit en état consécration (Ihrâm) de manière à rassurer les Koraïchites :" î qu’il n’était pas venu faire la guerre. Il envoya un espion faisant partie de Khouzâaa en le chargeant de le renseigner sur le comportement des Koraïchites. Un peu avant Osfân, celui-ci le rejoignit et lui dit : « Lorsque je quittais, les gens de Kaab ibn Lou-ay avaient déjà mobilisé les Ahâbich : Banou Al-Hârith ibn Abd Manât ibn kinâna, Banou Al-Moustalak, Banou Al-Hayâ Ibn Saad ibn Amr et Banou Al-Hawn ibn Khouzayma.
Tous ceux-ci se sont mobilisés pour te combattre et t’empêcher de parvenir à la Kaaba ». Consultant alors ses compagnons, le Prophète (SAW) dit : « Ne pensez-vous pas que nous devons capturer les enfants et les femmes de ceux qui leur prêtent secours ? Ou bien voulez-vous que nous nous dirigions vers la Kaaba, prêts à combattre quiconque cherche à nous en détourner » ? Abou Bakr (RA) dit : « Allah et Son messager savent mieux que quiconque ce qu’il en est exactement. Nous ne sommes venus que pour effectuer la Oumra. Nous ne sommes pas là pour combattre qui que ce soit. Cependant nous combattrons quiconque s’interpose entre la Kaaba et nous ». Sur ces mots, le Prophète (SAW) dit : « Allons-y ! Allons-y ! »
Tentative des Koraïchites de détourner les musulmans de la Kaaba
Lorsqu’ils eurent appris que le Prophète (SAW) était en route pour la Mecque, les Koraïchites tinrent un conseil consultatif au cours duquel ils décidèrent de mettre en œuvre tous les moyens pour empêcher les musulmans d’accéder à la Mecque.
Après que le Messager d’Allah (SAW) se fût détourné des Ahâbich, quelqu’un de Banî Kaab vint l’informer que les Koraïchites étaient descendus à Thi-Touwâ et que 200 cavaliers sous la conduite de Khâlid ibn Al-Walid étaient basés à Korâa Al- Ghamim, sur la grande route menant à la Mecque. Khalid, essayant de barrer la route aux musulmans, mena ses cavaliers jusqu’au point de leur faire face. Les voyant accomplir la prière du Dhouhr, en faisant des génuflexions et des prosternations, il dit : « Ils sont pris en dépourvu. Si nous les chargions, nous en tuerions un certain nombre ».
Cela dit, il décida d’attaquer les musulmans, alors que ceux-ci étaient en pleine prière mais Allah ayant révélé les lois de la prière en temps de peur, l’occasion fut ratée.
Changement de route et tentative d’éviter la lutte sanglante
Le Messager d’Allah (SAW) prit un chemin difficile serpentant entre les passes. Il bifurqua vers la droite et passa par Al-Hamch.
Ensuite, empruntant la route vers Thaniyat Al-Mirâr, il descendit vers Al-Houdaybiyya, au bas de la Mecque, laissant à sa gauche la route principale menant au Haram en passant par At-Tanaim.
Voyant par la suite que l’armée musulmane avait emprunté une trajectoire différente de la sienne, Khâlid se dépêcha d’aller avertir les Koraïchites.
Quant au Prophète (SAW), il continua sa marche jusqu’à Thaniyat Al-Mirâr où s’agenouilla sa monture. Alors les gens dirent : « Al-Kaswâ s’obstine. Elle refuse de partir ». Le Prophète SAW dit : « Elle ne s’obstine pas, ce n’est pas de son caractère de s’obstiner mais ce qui avait retenu l’éléphant la retient ».
A cela il ajouta : « Je jure par celui Qui détient mon âme que jamais ils ne me demanderont un plan destiné à la vénération des choses sacrées pour Allah sans que je ne leur en donne ». Sur ces mots, il chassa sa monture qui bondit avec lui. Par la suite, il alla descendre à l’autre bout d’Al-Houdaybiyya, près d’un bassin presque sans eau que les gens ne tardèrent pas à quitter pour venir se plaindre de la soif auprès de lui. Alors, tirant une flèche de son carquois, il la fit mettre dans le bassin qui, par Allah, ne cessa de les ravitailler en eau jusqu’au moment de leur départ.
Badil s’interpose entre le Messager d’Allah (SAW) et les Koraïchites.
Après que le Messager d’Allah (SAW) eût retrouvé son calme, Badil ibn Warakah Al-Khouzâai se présenta à lui accompagné d’un groupe de gens faisant partie des Khouzâaa, une tribu de Touhama dont le Prophète (SAW) appréciait le bon conseil. Badil dit : « J’ai laissé Kaab ibn Lou-ay et ses hommes en campement près des eaux d’Al-Houdaybiyya en compagnie de leurs femmes et de leurs enfants. Ils veulent combattre et te détourner de la Kaaba ».
Le Messager d’Allah (SAW) dit : « Nous, nous ne venons combattre personne. Nous venons faire la Oumra. Les Koraïchites ont été épuisés par la guerre qui leur a causé de lourdes pertes. S’ils veulent, je renonce à les combattre pourvu qu’ils cessent d’intervenir dans mes relations avec les gens. S’ils veulent, ils peuvent venir rejoindre - les gens dans la religion qu’ils professent. S’ils refusent tout cela et ne veulent que se battre, je jure par celui Qui détient mon âme que je les combattrai jusqu’au point d’y laisser ma vie ou de voir Allah sauver sa religion ».
Sur ce, Badil dit : « Je leur communiquerai tes propos » avant d’aller voir les Koraïchites auxquels il parla en ces termes : « Je viens de quitter l’homme que vous connaissez (le Saint Prophète (SAW), je l’ai entendu dire des choses que je suis prêt à vous rapporter si toutefois vous le souhaitez ». Cependant leurs stupides dirent : « Nous n’avons point besoin que tu nous rapportes quelque chose de sa part ». Alors, ceux plutôt pondérés dirent : « Raconte ce que tu as entendu ». Ainsi, Badil dit ce qu’il avait entendu. Par la suite les Koraïchites envoyèrent Mikraz ibn Hafs auprès du Messager d’Allah (SAW) qui, voyant venir l’émissaire, dit : « Voici un traître ».
A son arrivée, l’homme se présenta, entendit la même chose que Badil et ses compagnons pour ensuite s’en retourner informer les Koraïchites.
Les émissaires des Koraïchites
Par la suite quelqu’un de Banî Kinâna appelé Al-Houlais ibn ‘Ajkama dit : « laissez-moi aller le voir ». Les gens lui dirent : « Vas-y ! » Lorsqu’il fut à deux doigts des musulmans, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Voici un tel ! Il fait partie d’une tribu qui magnifie les sacrifices. Qu’il voie donc les moutons à sacrifier.
Les gens exposèrent les sacrifices puis, faisant face à Al-Houlais se mirent à scander la formule de la Talbiya. Au vu de cela, celui-ci dit : « Gloire à Allah le Transcendant. Il ne convient pas de détourner ceux-ci de la Kaaba ». De retour chez ses compagnons il dit : « J’ai vu les sacrifices qu’ils veulent faire. Je ne pense pas qu’on doive les détourner de la Kaaba ». Cela dit, il échangea avec les Koraïchites des propos qui finirent par le mettre en colère. Ensuite, Orwa ibn Massoud At-Thakafi dit : « Cet homme vous a proposé un plan raisonnable. Alors acceptez ! Laissez-moi aller le voir ». « Vas-y », lui dirent les gens. Orwa se présenta au Prophète (SAW) qui lui répéta la même chose que ce qu’il avait dit à Badil. Alors il lui dit :
« Mohammad SAW, qu’est-ce que cela te ferait, si j’exterminais tes gens ? N’as-tu jamais appris que quelqu’un parmi les arabes a détruit les siens antérieurement ? Quant à l’autre alternative, j’y vois toute une vermine fuir en t’appelant au secours. Là, Abou Bakr (RA) lui rétorqua par des mots.
« Qui est-ce celui-là ? », demanda Orwa.
Les gens lui répondirent : « Aba Bakr (RA) ». Il reprit : « Je jure par celui Qui détient mon âme que n’eût été ce que je te dois, je te répondrais ». Il se mit ensuite à parler au Prophète (SAW), le tenant par la barbe au fur et à mesure qu’il parlait.
Se tenant près du Prophète (SAW) Al-Moughira ibn Chouaba muni de son épée et de sa cuirasse, frappait Orwa à la main avec le fourreau de son épée, toutes les fois que celui-ci voulait se saisir de la barbe du Messager d’Allah (SAW).
Ce faisant il lui disait : « Ote ta main de la barbe du Messager d’Allah (SAW) » - Orwa leva la tête et dit : « Qui est-ce celui- là ». Les gens répondirent : « Al-Moughira ibn Chouaba ». Il reprit : « Le traître ! Ne nous avais-tu pas trahis ?
En effet, à l’époque antéislamique, Al-Moughira avait accompagné des gens qu’il avait fini par tuer pour s’emparer de leurs biens. Ensuite il embrassa l’Islam
Al-Moughira était le neveu de Orwa. Ce dernier, après observation des relations établies entre le Prophète (SAW) et ses compagnons (RA) retourna dire aux Koraïchites : « J’ai rendu visite aux rois, à César, à Kisrâ et au Négus mais aucun d’eux, que je sache, n’est vénéré par son peuple autant que l’est Mohammad SAW de la part de ses compagnons.
Par Allah, ceux-ci recueillent même ses crachats et s’en frottent le visage et la peau. Mohammad SAW leur donne-t-il un ordre ? Voilà qu’ils se pressent d’obéir. Finit-il de faire ses ablutions ? C’est alors une lutte serrée pour s’emparer du reste de l’eau. En lui parlant ils baissent la voix. Jamais ils ne le fixent du regard, de par le respect qu’ils lui doivent. Enfin, Mohammad SAW vous a soumis un plan raisonnable, acceptez donc ce plan ».
C’est lui qui a écarté leurs mains de vous
Ayant constaté un désir de réconciliation de la part de leurs dirigeants, les jeunes Koraïchites, irréfléchis et belliqueux, pensèrent à monter un plan destiné à empêcher la réconciliation.
Ils décidèrent de profiter de la nuit pour s’infiltrer dans le camp des musulmans et y commettre des actes de nature à allumer la guerre. Effectivement ils tentèrent de mettre en œuvre un tel plan car, 70 ou 80 d’entre eux attendirent la nuit pour descendre de la montagne d’At-Tanaim, essayant de s’infiltrer dans le camp des musulmans. Toutefois, ils furent tous arrêtés par Mohammad ibn Maslama le commandant en chef de la garde.
Ensuite, de par son désir de réconciliation le Messager d’Allah (SAW) les libéra et les gracia. A cet égard, Allah dit :
« C’est lui qui, dans la vallée de la Mecque, a écarté leurs mains, de vous, de même qu’il a écarté vos mains d’eux après vous avoir fait triompher sur eux » (48 :24).
Othmân ibn Affân ambassadeur auprès des Koraïchites
Le Messager d’Allah (SAW) voulut envoyer auprès des Koraïchites un ambassadeur dont la mission serait de rendre explicites l’attitude qui était la sienne et l’objectif de son voyage.
Le Prophète (SAW) envoya ‘Sidna Othmân ibn Affân dont le clan était à la Mecque. A cet égard, il lui dit : « Informe-les que nous ne sommes pas venus pour nous battre. Annonce-leur la grande victoire. Informe-les aussi qu’Allah le Tout Puissant fera triompher sa Religion à la Mecque de manière à ce que personne n’y soit obligé de cacher sa Foi ».
Othmân se mit en route. Arrivé à Baldah, il rencontra les Koraïchites qui lui dirent : « Où vas-tu » ? Il répondit : « Le Messager d’Allah (SAW) m’a chargé de dire ceci et cela ». Ils reprirent : « Nous avons entendu ton propos. Passe ton chemin ».
Ensuite Abban ibn Saaid ibn Al-As se lava, scella son cheval et y fit monter Othmân qu’il prit en croupe et protégea jusqu’à la Mecque. Là, celui-ci, remit la lettre aux dirigeants des Koraïchites qui, après l’avoir écouté, lui offrirent la possibilité de faire le tour de la Kaaba. Toutefois il déclina l’offre, refusant d’effectuer la circumambulation avant le Prophète (SAW).
Rumeurs au sujet du meurtre de Othmân et satisfaisante prestation de serment de fidélité
Les Koraïchites retinrent Othmân parmi eux. Ce faisant, ils voulaient peut-être se consulter sur la situation en vigueur, accorder leurs violons et ensuite donner à Othmân leur réponse à la lettre, mais, comme la rétention se prolongeait, les musulmans, finalement firent courir la rumeur que Othmân (RA) avait été tué. Mis au courant de ces rumeurs, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Nous ne quitterons pas avant de combattre ces gens ».
Cela dit, il appela ses compagnons à une prestation de serment de fidélité. Ceux-ci allèrent vers lui et lui firent le serment de ne jamais prendre la fuite. Un groupe lui fit le serment de transiter pour sa cause. Le premier à lui faire serment de fidélité fut Abou Sinân Al-Asadi. Salama ibn Al-Akwaa lui fit trois fois le serment de transiter pour sa cause : au début, au milieu et à la fin des prestations. Le Prophète le retint de sa propre main et lui dit :
« Celle-ci est d’Othmân ».
Au terme de la prestation de serment de fidélité, Othmân se présenta et fit à son tour le serment. Un seul homme faisant partie des hypocrites et appelé Jadd ibn Kays fut réfractaire à la prestation d’un tel serment de fidélité. Le Messager d’Allah (SAW) reçut ce serment sous un arbre, alors que Omar lui tenait la main et que Maakal ibn Yasâr lui, tenait une branche d’arbre au-dessus de lui. Telle est la satisfaisante prestation de serment de fidélité au sujet de laquelle Allah dit :
« Allah était satisfait des croyants lorsqu’ils te juraient fidélité sous l’arbre ». (48 :18).
Conclusion et esprit du pacte de réconciliation
Parfaitement au courant du caractère critique de la situation, les Koraïchites, sans rien attendre, envoyèrent Souhayl ibn Amr conclure le pacte de réconciliation.
A cet égard, ils lui dirent :
« La réconciliation ne sera possible que si Mohammad SAW et ses hommes, pour ce qui concerne cette année-ci, retournent sur leurs pas, sans accéder à la Mecque et cela, pour que les arabes ne puissent jamais dire qu’ils y sont entrés malgré nous ». Ainsi,
Souhayl ibn Amr se rendit chez le Prophète (SAW). Le voyant venir, celui-ci dit : « On vous facilite l’affaire. Ces gens veulent la réconciliation puisqu’ils envoient cet homme ».
Souhayl se présenta ensuite et parla longuement, après quoi les clauses du pacte furent conçues ainsi qu’il suit :
1. Le Messager d’Allah (SAW) devra repartir chez lui car il n’accédera pas à la Mecque au cours de la présente armée. Toutefois, l’année prochaine, il aura le droit d’y entrer en compagnie des autres musulmans, munis d’armes légères pour un séjour de trois nuits au cours duquel les Koraïchites ne leur feront aucune forme de difficulté.
2. Les deux parties observeront un armistice de 10 ans au cours duquel les gens vivront en sécurité et en toute liberté.
3. Quiconque veut se ranger du côté de Mohammad SAW peut le faire sans entraves. Quiconque veut se ranger du côté des Koraïchites peut aussi le faire, sans entraves. Toute tribu qui adhère à l’une ou à l’autre des deux groupes sera désormais considérée comme partie intégrante de celle-ci. Tout acte d’agression contre l’une quelconque des tribus sera considéré comme commis contre la faction d’appartenance de la tribu agressée.
4. Quiconque passe du côté de Mohammad SAW sans l’autorisation de ses parents (c’est-à-dire fugitif) devra être rendu à ceux-ci. Quiconque passe du côté des Koraïchites, fuyant Mohammad SAW se verra accorder le droit d’asile au lieu d’être rendu à celui-ci.
Après la conception de telles clauses, le Messager d’Allah (SAW) invita Ali à rédiger le document. A cet égard ; il lui en dicta le commencement en ces termes : « Au nom d’Allah le Clément, le Miséricordieux ».
Toutefois Souhayl dit : « Pour ce qui est de « Clément » par Allah je n’y entends rien. Que veut-il dire ? Ecris plutôt : « En ton nom, Seigneur ».
Le Prophète (SAW) ordonna à Ali d’écrire cela et ensuite lui dicta : « Voici les clauses du pacte de réconciliation conclu par Mohammad, Le Messager d’Allah SAW ».
Encore une fois, Souhayl dit : « Si nous avions su que tu étais le Messager d’Allah nous ne t’aurions pas détourné de la Kaaba et non plus nous ne t’aurions pas combattu. Plutôt, écris « Mohammad ibn Abdillâh »
A ce niveau, le Prophète (SAW) dit : « Je suis le Messager d’Allah, même si vous ne me croyez pas ».
Sur ces mots, il ordonna à Ali d’effacer : « Messager d’Allah et d’écrire « Mohammad ibn Abdillâh », mais celui-ci refusa. Alors de sa propre main, il effaça : « Messager d’Allah ».
Ensuite le document fut rédigé jusqu’au bout. Après la conclusion du pacte de réconciliation, les Khouzâaites qui étaient les alliés des Hachémites depuis l’époque de Abdil- Mouttalib, comme nous l’avons vu au cours des Sira furent du côté du Prophète (SAW). Il s’agissait là en conséquence d’une consolidation de l’ancienne alliance. Banou Bakr pour leur part, furent du côté des Koraïchites.
L’extradition d’Abi Jandal
Alors qu’on rédigeait le document, Abou Jandal ibn Souhayl, soudain, se représenta, trébuchant dans ses entraves. Venant du bas de la Mecque, il se jeta parmi les musulmans.
Alors Souhayl dit : « Voilà pour commercer quelqu’un que tu dois nous rendre conformément au pacte de réconciliation ».
Le Prophète (SAW) dit : « Nous n’avons pas encore fini de rédiger le document ».
Souhayl reprit : « Par Allah ! si je ne le ramène pas, aucun compromis ne reste possible ».
Le Prophète (SAW) dit : « Permets-moi de le garder ».
« Ce n’est- pas à moi de te le permettre », répondit Souhayl.
Le Messager d’Allah (SAW) dit : « Si, fais cela ».
« Ce n’est pas à moi de le faire », reprit Souhayl, qui aussitôt, frappa Aba Jandal au visage, le prit au collet et le traîna pour le ramener chez les associateurs.
Abou Jandal lui, se mit à crier du plus fort de sa A voix disant : “ O vous autres musulmans ! Va-t-on me ramener chez les associateurs qui me mettront au supplice à cause de ma religion”.
Le Prophète (SAW) lui dit : « Du courage ! Sois endurant ! Allah t’ouvrira ainsi qu’à tous les faibles se trouvant dans ton cas une issue de consolation. Nous avons déjà conclu un pacte de réconciliation avec les Koraïchites, pacte par lequel nous nous sommes engagés les uns devant les autres, or il ne saurait être question de les trahir ». Alors, Sidna Omar ibn Al- Khattab (RA) sauta de sa place et alla rejoindre Abou Jandal qu’il accompagna ensuite dans sa marche en lui adressant quelques paroles. Par ailleurs, il rapprocha de lui l’épée qu’il portait, pensant que l’homme allait s’en saisir et s’attaquer à son père, toutefois celui-ci laissa passer l’occasion et par la suite fut rendu aux Koraïchites.
Sacrifice et rasage pour les besoins de la Oumra
Suite à la rédaction du document, le Messager d’Allah (SAW) demanda aux compagnons de sacrifier. Mais, personne ne put se lever bien qu’il eût donné l’ordre trois fois.
Au vu de cela, il (SAW) se leva, et alla chez Notre Mère Oumm Salama RA à qui il relata ce que les gens avaient fait. Celle-ci lui dit : « Messager d’Allah ! Désires-tu qu’ils se lèvent ? Alors sors et ne parle à personne avant d’avoir fait ton sacrifice et rasé ta tête ».
Cela dit, le Prophète (SAW) se leva puis sortit sans parler à personne. Les gens se levèrent et sacrifièrent. Ensuite, ils se mirent à se raser les uns les autres au point que certains en fussent arrivés à blesser d’autres.
Ils avaient sacrifié les moutons par sept et les vaches par sept. Il pria trois fois pour les rasés, demandant en leur faveur le pardon d’Allah, et une fois pour ceux qui avaient diminué leurs cheveux. Au cours de ce voyage, Allah révéla la nécessité de compenser le mal fait aux rasés par le jeune, l’aumône ou le sacrifice, cas de Kaab ibn Oujra).
Refus de rendre les femmes émigrées
Il y eut par la suite le cas des femmes croyantes réclamées par leurs parents restés associateurs en vertu du pacte de réconciliation conclu à Al-Houdaybiyya.
Toutefois, le Messager d’Allah (SAW) refusa d’agréer une telle demande, faisant valoir dans ce sens que la formulation de la clause du pacte relative à l’extradition disait exactement : « Toutefois, tout homme qui te rejoint après nous avoir quitté, nous sera rendu, même s’il professe ta religion ». Les femmes n’étaient donc pas directement concernées. A ce propos, Allah révéla :
Ô vous qui avez cru ! Quand les croyantes viennent à vous en émigrées, éprouvez-les ; Allah connaît mieux leur foi ;
Si vous constatez qu'elles sont croyantes, ne les renvoyez pas aux mécréants. Elles ne sont pas licites [en tant qu'épouses] pour eux, et eux non plus ne sont pas licites [en tant qu'époux] pour elles. Et rendez-leur ce qu'ils ont dépensé (comme dot). Il ne vous sera fait aucun grief en vous mariant avec elles quand vous leur aurez donné leur dot. Et ne gardez pas de liens conjugaux avec les mécréantes. (60 :10).
Le Messager d’Allah (SAW) éprouvait les croyantes grâce au verset ci-après :
« Ô Prophète ! Quand les croyantes viennent te prêter serment d'allégeance, [et en jurent] qu'elles n'associeront rien à Allah, qu'elles ne voleront pas, qu'elles ne se livreront pas à l'adultère, qu'elles ne tueront pas leurs propres enfants, qu'elles ne commettront aucune infamie ni avec leurs mains ni avec leurs pieds et qu'elles ne désobéiront pas en ce qui est convenable, alors reçois leur serment d'allégeance, et implore d'Allah le pardon pour elles. Allah est certes, Pardonneur et Très Miséricordieux (60 :12).
Il (SAW) disait à toute femme qui remplissait ces conditions : « J’ai reçu ton serment de fidélité », et par la suite, il ne la rendait pas aux associateurs. En vertu de cette loi, les musulmans divorcèrent leurs femmes non-croyantes. On rapporte qu’à l’occasion Sidna Omar divorça deux femmes non-croyantes dont l’une fut par la suite épousée par Mouâawiya et l’autre par Safwân ibn Omayya.
Conséquences du pacte de réconciliation
Tel fut l’armistice signé à Al-Houdaybiyya. En y approfondissant la réflexion, on se rend compte que ce fut une grande victoire pour les musulmans.
En effet, les Koraïchites ne voulaient guerre reconnaître les musulmans. Au contraire ils visaient à les exterminer et s’attendaient d’un jour à l’autre à les voir en extinction, essayant de toutes leurs forces d’empêcher la diffusion de l’appel à l’Islam en leur qualité de leaders temporels et religieux de la Péninsule Arabe. Le simple fait d’accepter le pacte de réconciliation était une forme de reconnaissance de la force des musulmans, reconnaissance aussi de l’incapacité des Koraïchites à résister. Il s’y ajoute que la troisième clause montre que les Koraïchites ne pensaient plus à leur pouvoir temporel et à leur leadership religieux.
C’est leur propre survie qui les préoccupait. Quant aux autres tribus de la Péninsule Arabe l’effectivité de leur entrée dans la religion (l’Islam) ne dérangeait plus les Koraïchites qui du reste ne tenaient plus à intervenir dans ce cadre. N’était-ce pas là un échec lamentable de la part des associateurs et une victoire éclatante du côté des musulmans ? Les guerres sanglantes ayant opposé les musulmans à leurs ennemis, ne visaient pas du côté musulman - à atteindre des objectifs de confiscation de biens, d’extermination et de conversion coercitive des ennemis à l’Islam.
Au contraire de tout cela, l’objectif poursuivi par les musulmans à travers ces guerres était de faire obtenir aux gens la liberté absolue de croyance et de culte : « Quiconque le veut, peut croire et quiconque le veut peut mécroire ». (La caverne :29).
Aucune force étrangère ne devait supprimer une telle liberté. L’objectif poursuivi fut atteint sous toutes ses formes d’une manière que les guerres n’avaient pas permis de trouver. Grâce à une telle liberté de croyance et de culte les musulmans réalisèrent un très grand succès au regard de l’appel à l’Islam. En effet, alors que l’effectif des musulmans ne dépassait pas 3000 avant le pacte de réconciliation, celui de l’armée musulmane lui, en était à 10000 lors de la conquête de la Mecque.
S’agissant de la deuxième clause (armistice de 10 ans) elle se voulait le deuxième aspect de cette Victoire éclatante. En fait les musulmans n’avaient pas pris l’initiative de commencer la guerre. L’initiative venait plutôt du côté des Koraïchites, tout comme le montre le Très Haut :
« Ce sont eux qui vous ont attaqués les premiers ». (9 :13).
Pour ce qui est des musulmans, leurs patrouilles militaires ne visaient qu’à faire perdre aux Koraïchites leur arrogance et leur obstruction de la voie d’Allah, de manière à pouvoir instaurer l’égalité et permettre à chacune des deux parties opposées d’agir à sa guise. Ainsi l’acceptation de l’armistice pour une période de dix ans figurait une restriction de l’arrogance et de l’obstruction, tout autant qu’un indice d’échec, de faiblesse et d’effondrement pour ceux qui avaient commencé la guerre
S’agissant de la première clause (les musulmans n’accéderont pas à la Mecque au cours de la présente année), elle est la fin de l’interdiction de la Sainte Mosquée par les Koraïchites en même temps que l’expression de l’échec de ceux-ci. Les associateurs ne pouvaient s’en glorifier que dans la mesure où ils avaient réussi à interdire aux musulmans la sainte mosquée pour l’année en considération.
Trois des clauses restaient donc favorables aux musulmans alors qu’une seule avantageait la démarche des Koraïchites à savoir la clause quatre (le fugitif musulman devra être rendu). Toutefois il s’agissait là d’une clause sans importance où il n’y avait rien de nature à nuire aux musulmans.
En effet, comme on le sait, le musulman aussi longtemps qu’il reste musulman, n’a pas besoin de fuir Dieu, son Messager et l’Islam. Il ne les fuit qu’après avoir répudié sa religion. Or, dans ce cas, n’ayant plus besoin des musulmans, il vaudrait mieux qu’il se détache de la société musulmane. C’est à cela que réfère cette parole du Prophète (SAW) : « Celui qui nous quitte pour les rejoindre aura été écarté par Allah ». En ce qui concerne les Mecquois qui se convertissaient à l’Islam et qui ne trouvaient pas le moyen de rejoindre Médine, disons toutefois que la terre d’Allah est assez vaste : l’Abyssinie, n’a-t-elle pas été assez grande pour accueillir les musulmans à un moment où les Médinois ne savaient encore rien de l’Islam.
C’est à cette réalité que fait allusion le Messager d’Allah (SAW) quand il dit :
« Celui qui les quitte et nous rejoint verra Allah lui réserver échappatoire et consolation ». Ces clauses, même si les Koraïchites se glorifiaient de leur mise en application, ne faisaient, en réalité que traduire la forte mesure de leur cas d’inquiétude, d’épouvante et de faiblesse, de leur crainte de voir disparaître leur ordre paganique. On eût dit qu’ils avaient pressenti qu’un tel ordre était au bord de l’abîme et, alors faisaient tout pour faire appliquer lesdites clauses.
L’acceptation par le Messager d’Allah (SAW) de ne pas réclamer le retour des musulmans le quittant pour passer du côté des Koraïchites montrait tout simplement que celui-ci faisait confiance à la solidité et à la force de l’ordre de l’islam et qu’il n’avait rien à craindre de la réalité d’une telle clause.
Tristesse des musulmans et discussion de Omar avec le Prophète (SAW)
Les musulmans s’en sentaient tellement blessés que le chagrin et la tristesse affectaient leur réflexion sur les conséquences relatives au pacte de réconciliation.
Le plus attristé de ceux-ci était, peut-être, Omar ibn Al-Khattab. Celui-ci se présenta au Messager d’Allah (SAW) et lui dit : “ Messager d’Allah SAW ! Ne détenons-nous pas la vérité et eux le mensonge”. “ Si”, lui répondit-il. Il reprit : “ Nos morts ne sont-ils pas au paradis et les leurs à l’enfer” ? “ Si”, lui répondit le Prophète (SAW). Alors, Omar dit : “ Pourquoi donc nous déshonore-t-on dans notre religion. Pourquoi repartons-nous avant qu’Allah ne tranche le différend qui nous oppose” ? Le Messager d’Allah (SAW) dit : « Fils d’Al-Khattab ! Je suis le Messager d’Allah que je ne désobéirai point car mon secours est de Lui et jamais Il ne m’égarera ». Sidna Omar RA dit : “ Ne nous avais-tu pas dit que nous accéderions à la Mecque et ferions la circumambulation de la Kaaba” ? Le Prophète (SAW) répondit : “ Si ! Mais t’ai-je jamais dit que nous y accéderions cette année-ci” ? “ Non”, répondit Omar.
Alors le Messager d’Allah SAW lui dit : “ Tu y accéderas et feras la circumambulation de la Kaaba”. Sur ces mots, Sidna Omar, alla voir Sidna Abou Bakr qui, lui faisant les mêmes réponses que le Messager d’Allah (SAW), ajouta : “ Attache-toi à ses pas jusqu’à la mort. Je jure sur Allah qu’il détient la vérité”.
Ensuite Allah révéla : “ En vérité Nous t'avons accordé une victoires éclatante”. Alors, le Messager d'Allah| (SAW) fit appeler. Omar et lui lit le verset, après quoi celui-ci dit : “ Messager d’Allah ! Est-ce vrai que lui t’a accordé une victoire éclatante ?” ? “ Oui”, lui répondit-il. Sur ce, il s’en retourna le cœur rempli de joie. Par la suite il regretta son comportement et à cet égard, devait dire : “ Dans ce cadre, je fis un certain nombre de bonnes œuvres. Je me mettais à faire l’aumône, à jeûner, à prier et à affranchir des esclaves, pour ce que j’avais fait ce jour-là, effrayé par les propos que j’avais été conduit à tenir. Je continuai ces pratiques jusqu’au point d’espérer avoir obtenu le pardon.’’
Dénouement de la crise des faibles
De retour à Médine, quelqu’un des musulmans qu’on torturait à la Mecque à savoir Abou Bachir RA de la tribu de Banî Thakif, alliée de celle des Koraïchites, échappa aux associateurs.
Pour en obtenir l’extradition, ceux-ci, rappelant au Prophète (SAW) le pacte de réconciliation, envoyèrent deux hommes à Médine.
Respectueux du pacte conclu, le Prophète (SAW) remit à ceux-ci l’évadé qui fut aussitôt emmené. Arrivés à Thil-Houlaifa, les deux hommes et leur prisonnier descendirent et ensuite se mirent à manger des dattes. Alors, Abou Bachir s’adressa à l’un d’eux en ces termes : « Par Allah ! un tel ! Je trouve que l’épée que tu portes est bonne ». Celui-ci dégaina l’épée et dit : « C’est vrai ! Par Allah, elle est bonne. Elle m’a tant de fois rendu service ». Alors Abou Bachir lui dit : « Montre là moi, je veux la voir ». L’homme lui remit l’épée qu’il utilisa pour le tuer. L’autre prenant la fuite revint aussitôt à Médine et entra dans la mosquée en courant.
Dès qu’il le vit venir, le Prophète (SAW) dit : « Cet homme est en état de panique ». Ensuite celui-ci arriva et dit : « Il a tué mon compagnon et il va me tuer ». Sur ces entrefaites, Abou Bachir, se présenta et dit : « Prophète d’Allah ! je jure sur Allah que ta responsabilité n’est plus engagée. Tu m’as remis entre leurs mains, mais Allah m’a ensuite libéré ».
Alors, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Quel malheur ! celui-ci serait capable de rallumer la guerre s’il trouvait d’autres ».
Dès qu’il eut entendu cela, Abou Bachir sut aussitôt qu’on allait encore une fois le rendre aux associateurs. Aussi s’éloignât- il dans une marche le menant au bord de la mer. Il fut rejoint à ce point par Abi Jandal ibn Souhayl qui lui aussi avait pu échapper aux associateurs.
Par la suite tout musulman qui échappait aux Koraïchites venait rejoindre Aba Bachir RA au bord de la mer, ainsi de suite jusqu’au moment où les évadés formèrent un groupe qui sans cesse interceptait les caravanes des Koraïchites se rendant en Syrie, tuant les éléments des escortes et disparaissant avec les biens.
Les Koraïchites envoyèrent auprès du Prophète (SAW) lui annoncer que désormais quiconque le rejoignait cessait d’être réclamé. Sur ce, le Messager d’Allah (SAW) ordonna au groupe de rejoindre Médine.
Au début de l’an 7 de l’hégire à savoir après le pacte de réconciliation, Amr ibn Al-As, Khalid ibn Al-Walid et Othman ibn Talha se convertirent à l’Islam. Lorsqu’ils se furent présentés au Messager d’Allah (SAW), il leur dit : « La Mecque à présent, vous jette ses portions de foie ».

