L'EXPEDITION GHAZWA DE CONQUETE DE LA MECQUE
Il s'agit là selon Ibn Ishâk, de la plus grande victoire par laquelle Allah renforça Sa religion, Son messager, Ses soldats et Son parti fiable, arracha des mains des infidèles et des associateurs Sa ville et Son temple dont il a fait une droiture pour les mondes. Il s'agissait là de la victoire annoncée par les gens célestes, victoire dont l'écho retentissait jusqu'aux cieux, par laquelle, les gens en foule entrèrent dans la religion d'Allah, et grâce à laquelle la surface de la terre fut inondée de lumière.
Cause de la Ghazwa
Nous avons vu à propos de la bataille d'Al-Houdaybiyya qu'une des clauses du pacte de réconciliation stipulait que quiconque voulait se ranger du côté de. Mohammad pouvait le faire et que quiconque voulait se ranger du côté des Koraïchites pouvait le faire. La même clause prévoyait aussi que toute tribu qui avait choisi son camp était condamnée à y rester et que l'agression contre l'une quelconque des tribus serait considérée comme agression contre le camp d'appartenance de la tribu en question.
En application d’une telle clause, les Khouzâaites se rangèrent du côté du Messager d'Allah (SAW) alors que Banou Bakr choisirent le camp de Koraich. En conséquence de cela, chacune des deux tribus était préservée du mal de l’autre. A noter que ces deux tribus étaient hostiles l'une à l'autre à l'époque antéislamique. Après l’avènement de l'Islam, la conclusion dudit pacte et la préservation de chacun des deux camps du mal de l'autre, Banou Bakr, profitant de la situation, voulurent assouvir une vieille soif de vengeance contre Khouzâaa. Alors, sorti à la tête d'un groupe d’hommes faisant partie de Bani Bakr, et cela, au mois de Chaabân de l'an -8 de l'Hégire, Nawfal ibn Mouâawiya Ad-Dayli alla, la nuit, attaquer Khouzâaa qui résidaient alors à un point d'eau appelé Al-Watîr. Nawfal et ses hommes réussirent à tuer quelques-uns de Bani Khouzâaa au cours de violents affrontements, aidés en cela par les Koraïchites dont certains éléments participèrent aux combats sous le voile de la nuit.
Acculés, les Khouzâaites le furent jusqu'au Haram et là, Banou Bakr dirent : “ Nawfal ! nous entrons dans le Haram ! Ton Dieu ! Ton Dieu !». Celui-ci, à cet égard proféra une parole grave exprimée en ces termes : “ Banou Bakr ! Il n'y a pas de Dieu aujourd'hui ! Assouvissez votre vengeance. Je jure que vous volez souvent, dans le Haram. Alors, n'y exercerez-vous pas votre vengeance” ?
Dès leur entrée à la Mecque, les Khouzâaites se réfugièrent chez Badil ibn Waraka Al- Khouzâai et chez un de leurs esclaves affranchis appelé Râfia. Amr ibn Sâlim Al- Khouzâai se dépêcha d'aller informer le Messager d'Allah (SAW) qu’il trouva à la Mosquée de Médine, assis parmi les gens. Alors il lui dit :
Seigneur, je prie Mohammad au nom de l'alliance qui a toujours existé entre Bani Khouzâaa et Bani Hâchim, alliance grâce à laquelle ils sont la postérité et nous autres la descendance (la mère de Abd Manâf se réclamait de Khouzâaa) et sur la base de laquelle nous nous sommes convertis à l'Islam, sans en violer la moindre clause !
Mohammad ! Apporte-nous ton secours agissant ! Appelle en renforts les serviteurs d'Allah y compris Son messager car l'ennemi nous assiège. Les Koraïchites ont violé leur parole, ainsi que le pacte de réconciliation. Ils m'avaient mis sans surveillance, pensant que je n'appellerais personne, après nous avoir attaqués dans la nuit avec un effectif plus réduit et plus vil, nous tuant comme des mouches ».
Sur ce, le Messager d'Allah (SAW) dit : “ On t’a secouru, Amr ibn Sâlim ». Ensuite, lui montra un nuage dans le ciel et dit : “ Ce nuage marque le début de la victoire de Bani Kaab ». Par la suite, Badil ibn Waraka Al- Khouzâai, accompagné d'un groupe de Khouzâaa, vint à Médine informer le Prophète (SAW) de l’identité des martyrs ainsi que de l'aide que les Qoraïchites eurent à apporter contre eux à leurs alliés Bani Bakr, avant de retourner à la Mecque.
Abou Sofyân se rend à Médine pour renouveler le pacte de réconciliation
Il ne faisait pas de doute que le comportement de Koraïchites et de leurs alliés était une trahison pure et simple, une violation flagrante du pacte de réconciliation, trahison et violation que rien ne justifiait. Aussi, prenant aussitôt conscience de leur trahison et des conséquences redoutables pouvant découler de celle-ci, les Koraïchites se dépêchèrent-ils de tenir un conseil consultatif à l'issue duquel ils prirent la décision d'envoyer leur général et représentant Aba Sofyân renouveler le pacte de réconciliation.
Antérieurement à cela, le Messager d'Allah (SAW) avait informé ses compagnons de ce que les Koraïchites allaient faire au regard de leur trahison. A cet égard, il leur avait dit : “ On dirait qu'Abou Sofyân va venir consolider, le pacte et en prolonger la durée ».
Conformément aux dispositions arrêtées par Koraich, Abou Sofyân se mit en route. Il rencontra Badil ibn Warakah à Osfân, au moment où celui-ci s'en retournait à la Mecque et lui dit : “D'où viens-tu, Badil” ? soupçonnant qu'il venait de chez le Prophète (SAW).
Celui-ci lui répondit : “ J'étais avec Khouzâaa sur cette côte et à l'intérieur de cette vallée ».
Abou Sofyân reprit : “ Ne viens-tu pas de chez Mohammad” ?
“ Non”, répondit l'homme.
Lorsque Badil eut pris la direction de la Mecque, Abou Sofyân dit : “S'il vient de Médine les crottins de sa monture doivent renfermer du fourrage avec des noix ».
Sur ce, il fit agenouiller sa monture, prit quelques-uns des crottins, les fendit et se rendit compte qu'il avait des noix.
Alors il dit : “ Je jure par Allah que Badil vient de chez Mohammad ».
Abou Sofyân arriva à Médine et se présenta à sa fille (Notre Mère) Oumm Habiba (RA). Ensuite, il voulut s'asseoir sur le canapé du Messager d'Allah (SAW) mais sa fille le plia.
Au vu de cela il dit : “ Qui de moi et de ce canapé préfères-tu, ma fille ». Notre Mère Oumm Habiba RA répondit : “ Mais ce canapé est celui du Messager d'Allah (SAW) or, tu es un associateur, donc impur ».
Abou Sofyân reprit : “ Par Allah ! un mal t'a affectée en mon absence ».
Sur ces mots, il sortit et alla parler au Messager d’Allah (SAW). Celui-ci ne lui répondant rien, il alla voir Abou Bakr, lui demandant, après lui avoir parlé, de communiquer ses propos au Messager d'Allah (SAW). Mais ce dernier dit : “ Je ne le ferai pas ». Ce étant, Abou Sofyân alla s'adresser à Omar ibn Al-Khattâb qui, pour sa part ; dit :
“ Est-ce moi qui vais vous servir d'interprète auprès du Messager d’Allah (SAW). Par Allah ! même si je ne trouvais que les atomes, je les utiliserais pour vous combattre”. L'associateur alla ensuite voir Ali ibn Abi Tâlib, auprès de qui il y avait Fatima et aussi son garçon Hassan en train de ramper.
Il lui dit : “ Ali ! Tu m'es le plus proche de tous. Or, je suis venu avec un besoin. Ne trahis donc pas mon espoir, en ce qui te concerne. Sois mon interprète auprès de Mohammad ».
Ali lui répondit : “ Malheur à toi, Aba Sofyân ! Le Messager d'Allah (SAW) a décidé une chose au sujet de laquelle nous ne saurions lui parler. Sur ces mots, il se tourna vers Fatima et dit :
“ Peux-tu ordonner à ton fils-ci d'accorder son patronage aux gens et d'être le maître des arabes jusqu'à la fin des temps” ? Celle-ci répondit : “ Par Allah ! mon fils n'est pas en mesure de protéger les gens ».
Personne ne peut accorder son patronage au Messager d'Allah (SAW).
Alors, le monde s'obscurcit aux yeux d'Abi Sofyân qui, anxieux, inquiet, désespéré et las, dit à Ali ibn Abi Tâlib : “ Abal- Hasan ! Je constate que les choses sont plutôt dures à mon égard. Alors conseille-moi”, Ali lui dit : “ Par Allah ! Je ne sais rien qui puisse t'être utile. Cependant tu es le maître de Bani Kinâna. Alors, lève-toi et accorde ton patronage aux gens, ensuite, regagne ton terroir ».
L'associateur reprit : “ Penses-tu que cela me servira à quelque chose” ?
Ali dit : “ Non, par Allah ! Je ne le pense pas. Toutefois, je ne trouve que cela en ce qui te concerne ». Sur ces mots, Abou Sofyân se dressa dans la mosquée et dit : “ Hommes ! j’accorde mon patronage aux gens ». Ensuite, enfourchant son chameau, il s'en alla.
Arrivé chez les Koraïchites, ceux-ci dirent :
« Qu'as-tu fait ». Il répondit : “ J'ai été allé voir Mohammad à qui j'ai parlé mais, par Allah ! Il ne m'a répondu mot. J'ai ensuite été voir Ibn Abi Kouhâfa (Abou Bakr) chez qui je n'ai trouvé aucun bien. J’ai alors été allé voir Omar ibn Al-Khattâb que j'ai trouvé plus hostile. Enfin, j'ai été allé voir Ali qui, le plus souple de tous, m'a suggéré une chose que j'ai faite mais, par Allah, je ne sais pas si cela, finalement, me servira à quelque chose ».
Les Koraïchites dirent : “ Que t'a-t-il ordonné de faire” ? Il répondit : “ Il m'a ordonné d'accorder ma protection aux gens et j'ai obéi ». Les gens reprirent :
“Mohammad a-t-il autorisé cela” ? “ Non”, répondit-il. Ils dirent :
“ Malheur à toi ! L'homme s'est joué de toi ». Abou Sofyân dit :
“ Non, Par Allah je n'ai trouvé que cela ».
Préparation de la Ghazwa et tentative de discrétion
Il découle du rapport d'Al-Boukhâri que le Messager d'Allah (SAW) avait ordonné à Aicha, trois jours avant que ne lui parvînt la nouvelle au sujet de la violation du pacte, de préparer son attirail en secret. Alors, entrant chez sa fille, Abou Bakr dit : “Ma fille, qu'est-ce que c'est, cet attirail ». Aicha répondit : “ Par Allah, je n'en sais rien ». Abou Bakr reprit : “ Ce n'est pas le moment de faire la guerre à Banil-Asfar. Où va donc le Messager d'Allah” ? La fille répondit : “ Par ALLÂH, il ne m'a rien dit ». Le lendemain matin, Amr ibn Sâlim Al- Khouzâai se présenta en compagnie de 40 cavaliers s'exprimant par des vers conçus en Rajaz : “ Seigneur ! je prie Mohammad”.
Alors, les gens furent au fait de la violation du pacte. Après Amr vint Badil et ensuite Abou Sofyân ce qui davantage confirma l'événement. Le Messager d'Allah (SAW) donna l'ordre de se préparer, faisant connaître son intention de se rendre à la Mecque.
A cet égard il dit : “ Seigneur ! Que les nouvelles de mon départ ne parviennent point aux Koraïchites, de manière à ce que je puisse les surprendre dans leur pays ». Pour accroître la discrétion et le black-out, le Messager d'Allah (SAW) envoya une Sariyya de dix-huit hommes dirigés par Katâda ibn Ribai.
Orientée vers Batn Idm entre Thi-Khachab et Al-Marwa. -à trois Bourds (une distance) de Médine. Cette Sariyya, partit le premier du mois de Ramadan de l'An 8 de l'Hégire, était destinée à faire croire que le Prophète (SAW) allait prendre cette direction et, par ce biais, à flouer les espions. La Sariyya continua sa route jusqu'au lieu indiqué.
Apprenant par la suite que Messager d'Allah (SAW) se dirigeait vers la Mecque, elle alla le rejoindre. Hâtib ibn Abi Baltaaa adressa une lettre aux Koraïchites, les informant du déplacement du Prophète (SAW). Il remit la lettre à une femme qu'il promit de désintéresser si elle parvenait à remettre la lettre aux Koraïchites.
Celle-ci mit la lettre dans ses tresses et ensuite se mit en route. Informé par Allah de l'acte de Hâtib, le Messager d'Allah (SAW) envoya Ali, Al-Miqdâd, Az-Zoubair ibn Al-Awwâm et Abou Marthad Al-Ghanawi en leur donnant l'instruction exprimée en ces termes : “ Allez jusqu'à Rawdat Khâkh. Vous y trouverez une femme porteuse d'une lettre destinée aux Koraïchites ». Les quatre compagnons se mirent en route à grands galops de chevaux et finirent par trouver la femme à l'endroit indiqué. Alors, ils la firent descendre et lui dirent : “ As-tu une lettre avec toi” ? Celle-ci répondit : “ Je n’ai pas de lettre avec moi ». Alors ils visitèrent ses bagages mais n'y trouvèrent pas de lettre. Sur ce, Ali lui dit : “ Je jure par Allah que le Messager d'Allah (SAW) ne ment pas et que nous, non plus, ne mentons pas. Par Allah ! il faut que tu sortes la lettre où que tu sois dépouillée ». Voyant que Sidna Ali (KAW) était sérieux, la femme lui dit : “ Laisse-moi”, et il la laissa. Alors elle dénoua ses tresses et en sortit la lettre qu'elle leur remit aussitôt. Les quatre compagnons s'en retournèrent avec la lettre qu'ils remirent au Messager d'Allah (SAW). La lettre commençait par : “De Hâtib ibn Abi Baltaaa à Koraich ». L'expéditeur y livrait l'information au sujet du déplacement vers la Mecque du Messager d'Allah (SAW).
Le Messager d’Allah (SAW) appela Hâtib et lui dit : “ Qu'est-ce que c'est ça, Hâtib”. L’homme répondit : “ Ne me brusque pas, Messager d'Allah ! Moi, je crois en Allah et en Son messager, je n'ai ni apostasié, ni changé. Toutefois, je ne suis que rattaché à Koraich et non quelqu'un du même sang qu'eux. J'ai chez eux une famille, un clan et des enfants. Mes proches parents ne sont pas sous leur protection, contrairement à ceux des gens qui te tiennent compagnie. Aussi ai-je voulu, étant donné que je n'ai pas de lien de sang avec eux, leur rendre un service grâce auquel ils accepteront de protéger mes proches parents ». Sur ces mots, Omar ibn Al-Khattâb dit : « Messager d'Allah ! laisse-moi le décapiter car il a trahi Allah et Son messager. C'est un hypocrite ».
Il lui dit : “ Il a déjà participé à la bataille de Badr, Qui te dit Omar qu'Allah n'a pas, peut-être informé les gens de Badr leur disant : Faites ce que vous voulez je vous ai déjà pardonné ».
Les larmes aux yeux, Sidna 'Omar RA dit : “ Allah et Son Messager savent mieux que quiconque ce qu'il faut faire exactement ».
Ainsi, Allah maîtrisa les espions, aucune information ne fut transmise aux Koraïchites au sujet de la préparation des musulmans à la marche et au combat.
L’armée musulmane bouge en direction de la Mecque
Le dixième jour du mois béni du Ramadan de l'an 8 de l'Hégire, le Messager d'Allah (SAW) quitta Médine et se dirigea vers la Mecque, à la tête de 10000 de ses compagnons (RA). Il se fit remplacer à Médine par Abi Rahm Al-Ghifârî. Arrivé à Al-Jouhfa ou au-dessus de ce lieu, il croisa son oncle Al-Abbâs ibn Abdil- Mouttalib qui, devenu musulman émigrait avec sa famille.
Ensuite, à Al-Abwâ, il croisa son cousin Abou Sofyân ibn Al- Hârith et le fils de sa tante Abdoullah ibn Abi Omayya et alors leur tourna le dos, en raison des comportements pervers et satiriques qu'ils avaient à son égard. (Notre Mère) Oumm Salama lui dit : “ Que ton cousin et le fils de ta tante ne soient pas avec toi les plus malheureux de tous ». Ali dit à Abi Sofyân ibn Al-Hârith :
“ Aborde le Messager d'Allah (SAW) en lui faisant face et dis-lui ce que les frères de Yousouf avaient dit à celui-ci.
« “ Par Allah ! dirent-ils, Allah t’a élu parmi nous. Nous avons été bien coupables” » (12 :91) » ;
Car il ne supporte pas que quelqu’un tienne un langage plus beau que le sien ». Le Messager d’Allah (SAW) dit :
“ Yousouf leur dit alors :
« Soyez sans craintes. Vous n’aurez plus à encourir des reproches de ma part. Qu’Allah vous pardonne. Sa miséricorde n’a pas d’égale” ». (12 :92).
Sur ce, Abou Sofyân lui récita quelques vers en ces termes :
“ Je jure que lorsque je porte un drapeau, pour que les cavaliers d’Al-Lât triomphent de ceux de Mohammad, je suis comme quelqu’un de désemparé voyageant dans les ténèbres de la nuit. Voilà ma situation au moment où un guide différent de moi-même me mène sur le chemin de la droiture. Ainsi, Allah me montre celui que j’ai traqué en tout lieu ».
Le Messager d’Allah (SAW) se tapa alors la poitrine et dit : “ Oui ! tu m’as traqué en tout lieu ».
L’armée musulmane campe à Marr Ad-Dhahrân
Alors qu'ils avaient jeûné, le Messager d'Allah (SAW) et ses compagnons continuèrent leur marche jusqu'à Al-Kadîd, un point d'eau situé entre Osfân et Kadîd, où, alors, ils rompirent leur jeune, puis poursuivirent leur chemin pour aller camper à Marr Ad-Dhahrân (Wâdî Fâtima).
A la tombée de la nuit, Le Messager d'Allah (SAW) demanda à l'armée d'allumer des feux et dix mille feux furent allumé. Sidna Omar ibn Al-Khattab RA assura la garde du Prophète (SAW).
Abou Sofyân devant le Messager d'Allah SAW
Après que les musulmans fussent descendus à Marr Ad- Dhahrân, Al-Abbâs, monté sur la mule blanche du Noble Messager d'Allah (SAW), sortit dans l'espoir de trouver du bois sec ou quelqu'un pour aller informer les Koraïchites et les amener à venir demander la protection du Messager d’Allah (SAW) avant que celui-ci ne fît son entrée à la Mecque. Allah avait détourné les nouvelles des Koraïchites qui, eux, vivaient sous la crainte et dans l’expectative. Abou Sofyân, Hakîm ibn Hizâm et Badil ibn Waraka, sortis à la recherche d'informations n’avaient pu rien obtenir.
Al-Abbâs dit : “ Par Allah ! me dis-je, je vais faire une tournée avec la mule du Messager d’Allah (SAW). A ce moment précis j'entendis Abou Sofyân et Badil ibn Waraka s'en retourner en causant. Abou Sofyân disait : “ Je n'ai jamais, de nuit, vu autant de feux et un tel campement”. Badil dit : “ Il s'agit de Khouzâaa ; ils sont sur le pied de guerre ».
Abou Sofyân reprit : Khouzâaa, d'un nombre plus réduit ne saurait allumer tous ces feux et posséder un tel campement ». Ayant reconnu la voix d'Abi Sofyân, je dis : “ Aba Handhala” ? Lui aussi, reconnut ma voix et dit : “ Abal-Fadl” ? “ Oui”, répondis-je. Il reprit : “Ma foi ! qu'as-tu” ?
Je répondis : “ Voici le Messager d’Allah (SAW) parmi les gens. Par Allah ! Il va demain vers Koraich".
Il dit : “ Que faire alors” ? Je répondis : “S'il triomphe de toi, il te tranchera la gorge. Monte avec moi sur cette mule, je vais t'emmener jusqu'à lui et je demanderai pour toi sa protection ».
Il monta derrière moi et ses deux compagnons s’en retournèrent à la Mecque. Toutes les fois, qu'avec lui, je passais près d'un feu, les gens s'interrogeaient disant : “ Qui est-ce” ? Ensuite, me voyant sur la mule du Messager d'Allah (SAW), ils disaient : “ L'oncle du Messager d'Allah (SAW) sur la mule de son neveu ». Passant près de Omar ibn Al-Khattab, celui-ci me dit : “ Qui est-ce” ? Puis, se dressant, vint me rejoindre. Dès qu'il vit Abou Sofyân ! sur la croupe de la mule, il s'écria : “ Abou Sofyân, l'ennemi d’Allah. Louange à Allah qui t'a soumis sans contrat ni pacte ». Cela dit, il courut vers le Noble Messager d'Allah (SAW). Faisant alors galoper la mule, je parvins à le devancer. Alors, je descendis de la mule et me présentai au Prophète (SAW) suivi en cela par Omar qui, dès son arrivée, dit : “ Messager d’Allah ! Voici Abou Sofyân. Laisse-moi le décapiter ». Alors, je dis : “ Messager d'Allah ! Je lui ai déjà accordé mon patronage” [...]
Voyant ensuite que Omar devenait plus grave, je dis : “ Doucement Omar ! Par Allah s'il s'agissait de quelqu'un de Bani Adiyy ibn Kaab, tu ne tiendrais pas de tels propos ». Omar dit : “ Doucement, Abbâs ! Par Allah. Ta conversion à l'Islam m’aurait été préférable à celle d'Al-Khattab, si toutefois celui-ci s'était converti car, au moins je sais que ta conversion aurait été préférable à celle d'Al- Khattab pour le Messager d'Allah (SAW)’’.
A ce niveau, le Prophète (SAW) dit : “ Abbâs, emmène-le là où sont tes bagages et demain, ramène-le ». Sur ces mots, je m'en allai. Le lendemain, de bonne heure, je retournai avec Abi Sofyân voire le Messager d'Allah (SAW) qui, en revoyant l'homme, s'exprima en ces termes : “ Pauvre de toi, Abou Sofyân ! N'est-il pas temps que tu saches qu'il n'y a de divinité qu'Allah" ? Abou Sofyân répondit : “Ma foi, j'ai été amené à penser que s'il y avait d'autres divinités qu'Allah, cela m'aurait déjà servi à quelque chose”.
Le Prophète (SAW) reprit :
“ Pauvre de toi, Abou Sofyân ! N'est-il pas temps que tu saches que je suis le Messager d'Allah” ? L'homme répondit : “ Quant à cela, j'en doute encore un peu ». Alors je lui dis : “ Malheur à toi ! Embrasse l'Islam. Atteste qu'il n’y a de divinité qu'Allah et que Mohammad est le Messager d'Allah avant qu'on ne te tranche la gorge ». Sur ce, Abou Sofyân embrassa l'Islam et fit la profession de foi, après quoi je dis : “ Messager d’Allah ! Abou Sofyân est un homme qui aime les honneurs. Alors, réserve-lui quelque chose ».
Le Prophète SAW répondit : “ Oui. Quiconque se réfugie chez Abi Sofyân sera en sécurité. Quiconque reste chez soi, sera en sécurité et quiconque se réfugie dans la Sainte Mosquée sera en sécurité ».
L’armée musulmane quitte Marr Ad-Dhahrân et se dirige vers la Mecque
Le matin du mardi 17 du mois de Ramadan de l'an 8 de l'Hégire, le Messager d’Allah (SAW) quitta Marr Ad-Dhahrân. Pour se rendre à la Mecque. Il donna à Al-Abbâs l'ordre de retenir Abi Sofyân à l'étranglement de la vallée, à la partie saillante de la montagne, de manière à lui permettre de voir défiler les soldats d'Allah.
Sidna Al-Abbâs RA fît exactement ce qu'on lui avait demandé de faire. Alors les tribus passèrent brandissant leurs étendards :
Toutes les fois qu'une tribu passait près de lui, Abou Sofyân disait : “ Abbâs, qu'elle tribu est-ce, celle-ci” ? Al-Abbâs répondait par exemple : “ Soulaym” et l'homme de dire : “ Qu’ai-je à faire avec Soulaym ” ? Une autre tribu passa, et Abou Sofyân dit : “ Qui sont- ils” ? Al-Abbâs répondit : “ Mouzaina ». Abou Sofyân reprit : “ Qu’ai-je à faire avec Mouzaina” ? Le scénario resta le même jusqu'au passage de toutes les tribus. Enfin passa près de lui, le Messager d'Allah (SAW) en compagnie de son bataillon d'élite composé des Mouhâjirîn et des Ansâr. Au vu de cela, Abou Sofyân dit :
“ Ceux-ci sont imbattables !». Ensuite, il ajouta : “ par ALLÂH ô Abal-Fadl ! A présent le pouvoir de ton neveu est considérable ». Al-Abbâs dit : “ Aba Sofyân ! Il s'agit de la Prophétie ». “ Oui, en effet”, reprit Abou Sofyân. Le drapeau des Ansâr était entre les mains de Saad ibn Obâda.
Passant devant Abi Sofyân, celui-ci lui dit : “ Aujourd'hui c'est le jour des échauffourées... Aujourd'hui, Allah humiliera Koraich.
Un peu plus tard, le Saint Prophète (SAW) passa près d’Abou Sofyân qui lui dit : “ Messager d'Allah ! N'as-tu pas entendu ce qu'a dit Sa'd” ? “Qu’a-t-il dit” ? demanda le Prophète (SAW). Il reprit : “ Il a dit ceci et cela ». Alors Othmân et Abdour-Rahmân ibn Awf dirent : “ Messager d'Allah ! Nous redoutons qu'il ait à attaquer Koraich ». Le Messager d'Allah (SAW) dit : “ Au contraire aujourd'hui est un jour où ALLÂH (SWT) honorera la Kaaba. C'est un jour où la Kaaba sera revêtue’’. ‘‘Aujourd'hui est un jour où Allah honore Koraich ».
Ibn Athîr rapporte que le Prophète SAW ordonna à SIDNA 'Alî KAW de le rattraper et de prendre le drapeau, en lui disant : « Rattrape-le, et récupère le drapeau, et sois celui qui y entrera avec’’
Certains rapportent que le Prophète SAW envoya arracher le drapeau des mains de Sidna Sa'd RA, drapeau qu'il remit à Kays, le fils de celui-ci. Il veilla à ce que le drapeau ne sortît pas de la famille de Sa'd. Certains rapportent cependant que le drapeau a été remis à Az- Zubair.
Les Koraïchites sont pris de court par la progression de l'Armée musulmane
Dès que le Messager d'Allah (SAW) se fut éloigné, Al-Abbâs dit à Abi Sofyân : « Sauve-toi vers ton peuple ». Celui-ci se précipita et, arrivé à la Mecque, cria du plus fort de sa voix, s'exprimant en ces termes : “ Koraich ! Voici Mohammad. Il vous apporte du nouveau. Quiconque se réfugié chez Abi Sofyân sera en sécurité ». Alors sa femme Hind bint Otba se dressa puis, saisissant ses moustaches, lui dit : “ Tuez ces abominables qui nous vilipendent ».
Abou Sofyân dit : “ Ne vous laissez pas abuser car il vous apporte du nouveau. Ainsi, quiconque se réfugie chez Abi Sofyân sera en sécurité ».
Les gens dirent : “ Qu’Allah te combatte ! A quoi nous sert ta maison” ?
Abou Sofyân répondit : “ Quiconque reste chez lui sera en sécurité. Quiconque se réfugie dans la mosquée sera en sécurité ».
Sur ces mots, les gens se dispersèrent, les uns se réfugiant sous leurs toits et les autres dans la mosquée.
Lâchant leurs faibles à l’extérieur, ils dirent : “ Nous exposons ceux-ci. S'ils s'en tirent bien, nous serons avec eux et si on les tue, nous nous rendrons ».
Les stupides et les plaisantins de Koraich se rallièrent à Ikrima ibn Abi Jahl, à Safwân ibn Omayya et à Souhayl ibn Amr, à Al-Khandama pour former un groupe dans le but de combattre les musulmans.
Il y avait parmi eux quelqu'un de Bani Bakr à savoir Hammâs ibn Kays. Celui-ci en préparant ses armes s'entendit dire par sa femme : A quelle fin apprêtes-tu ce que je vois-là” ?
Il répondit : “C'est pour Mohammad et ses compagnons ».
La femme reprit : “ Par Allah ! rien ne résistera à Mohammad et à ses compagnons”.
L'homme dit : “ Par Allah ! J'espère te trouver un domestique parmi eux ».
A cela il ajouta : “ S'ils arrivent aujourd'hui, je me sens bien en forme. Ceci est une arme à double tranchant, prompte à sortir de son fourreau. Cet homme était de ceux qui s'étaient réunis à Al- Khandama à l’est de la Mecque.
L'armée musulmane à Thi-Touwa
Quant au Messager d'Allah (SAW), il progressa jusqu'à Thi-Touwa. En constatant la victoire dont Allah l'honorait, il posa la tête sur la scelle de sa noble monture, en signe d'humilité, les cheveux de sa barbe frôlant le milieu de celle-ci. A cet endroit, il (SAW) répartit son armée.
Khalid ibn Al-Walid se positionna à l'aile droite où l'on retrouvait Aslam, Soulaym, Ghifar, Mouzaina, Jouhaina et d'autres tribus arabes. Il donna à Khalid l'ordre d'accéder à la Mecque par le bas et dit : “Si quelqu'un de Koraich s'oppose à vous, affrontez-le, pour venir nous rejoindre à As-Safà ». Az-Zoubar ibn Al-Awwâm se positionnait à l’aile gauche. Il détenait le drapeau du Messager d'Allah (SAW). Celui-ci donna l'ordre d'accéder à la Mecque par le haut, par Koudâ, de planter son drapeau à Al-Houjoun et de ne pas quitter cet endroit avant son arrivée.
Abou Obayda, conduisait les fantassins et les combattants dénués d’équipements de protection comme les cuirasses et les boucliers. Le Messager d'Allah (SAW) lui donna l'ordre de passer par l'intérieur de la vallée pour le rejoindre à la Mecque.
L’armée musulmane entre à la Mecque
Chacun des bataillons de l’armée musulmane emprunta le chemin qui lui avait été indiqué. S'agissant de Khâlid et de ses compagnons, ils mirent hors d'état de nuire tous les associateurs rencontrés. Deux des compagnons furent tués : Karz ibn Jâbir Al- Fihri et Khanis ibn Khâlid ibn Rabîaa.
Ceux-ci avaient quitté les rangs de l'armée pour emprunter un autre chemin. Pour ce qui est des stupides de Koraich, Khâlid et ses compagnons les croisèrent à Al-Khandama et eurent à se battre avec eux. Dix des associateurs furent tués et les autres prirent la fuite. Prit aussi la tangente Hammâs ibn Kays que l'on voyait affûter ses armes pour combattre les musulmans. Dès qu'il fut rentré chez lui, il dit à sa femme : “ Ferme la porte derrière moi ».
Celle-ci lui répondit : “ Que sont devenus les propos que tu tenais” ?
Hammâs dit : “ Si tu avais eu à assister à la bataille d'Al-Khandama et vu s'enfuir Safwân et Ikrima ; alors que nous affrontions les épées des musulmans sectionnant bras et crânes, ne laissant entendre qu'un murmure, tu ne nous aurais fait le moindre reproche ».
Khâlid, traversant la Mecque, alla rejoindre le Messager d'Allah (SAW) à As-Safâ.
Quant à Az-Zoubair, il progressa pour aller planter son drapeau à Al- Houjoun, (à la mosquée de la victoire), où il lui trouva une coupole et ensuite resta sur les lieux, jusqu'à l'arrivée du Messager d'Allah (SAW).
L’entrée du Messager d’Allah (SAW) dans la Mecque
Le Messager d’Allah (SAW) avant d’entrée à la Mecque avait ordonné à ses compagnons de ne pas user des armes que dans des cas d’extrême urgence. Il (SAW) avait dit : « Ne combattez que s’ils vous combattent ».
A Dhû Tawa, l’armée musulmane avait fini la mobilisation de ses rangs et n’attendait que le dernier ordre du Saint Prophète (SAW) pour entamer la libération définitive de la Ville Sainte.
En ces moments importants où l’histoire s’arrête pour enregistrer le moindre détail, le Messager d’Allah (SAW) avait fait ses ablutions, avait demandé qu’on lui rapproche sa chamelle Al-Qaswâ puis s’était couvert le corps d’armes avant d’enfourcher sa monture entre deux rangées de combattants bien disposés, pendant qu’un peu plus loin les chevaux allaient et venaient.
Ibn Hicham rapporte bien cette scène magnifique de l’armée du Prophète (SAW) par la bouche d’un témoin installé sur le haut de la montagne.
Ce témoin Abu Qoubayss, (père de Seydina Abu Bakr (RA)) qui avait perdit la vue selon sa petite fille qui lui avait servi de guide, avait assisté au spectacle grandiose :
- Ma petite fille, que vois-tu ?
- Je vois une masse noire compacte
- Ce sont les chevaux ?
- Devant cela, je vois aussi un homme qui va et vient
- C’est l’organisateur des rangs.
- Par Allah, la masse vient de marcher.
- Par Allah, on vient de faire signe aux chevaux... vite ! vite ! ramène-moi à la maison….
En ces instants décisifs donc, la balance de l’histoire avait rétabli son équilibre par la concrétisation de la promesse d’Allah (SWT) pour ses adorateurs endurants et croyants : « oui, Allah s’est montré véridique envers son Envoyé, en sa vision de vérité. Puisses – tu entrer dans l’oratoire consacré, si Allah veut, en toute sécurité, les cheveux rasé ou écourtés sur votre tête, sans avoir à craindre. Il sait ce que vous ne savez pas. Et d’ici – là il a décrété pour vous un succès prochain » (48 :27)
Les pendules du temps s’étaient arrêtées le lundi des dix derniers jours du mois de Ramadan de l’an 8 pour laisser enter le Messager d’Allah (SAW) « L’homme recherché par Quraich et dont la tête bénie était mise à prix pour avoir magnifié Allah le Très Haut, le Hachémite Musulman (SAW) qui avait tellement enduré avant de s’exiler à Médine parmi les Ansâr »
En entrant dans la ville Sainte, les musulmans avaient trouvé les rues et ruelles vides. Les mecquois étaient presque tous restés chez eux, en application du couvre-feu convenu entre le Prophète (SAW) et Abû Sofian.
Au moment où les quatre brigades s’étaient mises en marche de Dhû- jawâ, le Prophète (SAW) s’était aussi mis en mouvement avec sa brigade composé de 2 000 combattants dont son état-major constitué des seigneurs Ansâr et Mouhâjirînes. A ses côtés, il y avait aussi Al-Aqra ibn Ḥâbîs et Ouyayna ibn Hisn Al-Fizâry (RA) en tant que seigneurs des deux tribus arabes, Tamîm et Ghatafan, bien qu’aucune d’elles ne prit part à la libération de la ville Sainte (mis à part les 10 Tamimites.)
Le prophète (SAW) avait entamé la marche du côté Nord-Ouest de la Mecque.
A Al-Hajûn où il fut devancé par As Zoubayr ibn al-Awwâm, il s’était arrêté et avait pris une pause sous une tente aménagée avant son arrivé à l’endroit dit.
En arrivant à al-Hajûn, certain de ses compagnons lui avaient suggéré de s’installer dans son ancienne maison mais le Noble Prophète (SAW) avait refusé car sa maison avait été vendue bien avant par Aqîl ibn Abû Tâlib. Et quand ils lui proposèrent de prendre une autre maison mecquoise, il refusa aussi en leur répondant : « je n’entre pas dans les maisons des gens ».
Le Prophète (SAW) était resté ainsi à al-Hajûn durant son séjour à la Mecque sans qu’il n’ait forcé une seule maison.
Après s’être reposé et après que les musulmans (RA) eurent pacifié toute la ville, Il (SAW) prit sa chamelle et se dirigea vers l’oratoire au milieu des takbir.
A peine le Prophète d’Allah (SAW) eut – il vu la Ka’ba qu’Il (SAW) lança le takbir (Allahou Akbar !), suivi des takbir des musulmans, lesquels avaient continué avec ferveur jusqu’au moment où le Messager d’Allah (SAW) leur avait fait signe d’arrêter.
Sur le chemin vers la Ka’ba, le Prophète d’Allah (SAW) se courbait la tête sur sa chamelle si bien qu’Il (SAW) faillit à plusieurs reprises toucher la selle en signe de reconnaissance à Allah (SWT), récitant la sourate la victoire (sourate 68, Al Fath) rassurait même les habitants de la Mecque par des gestes significatifs.
Lorsqu’Il (SAW) était rentré et alors qu’un mecquois avait hésité à lui parler par crainte du cortège de cavaliers et de fantassins, Il (SAW) l’avait appelé et lui avait dit : « N’ait pas peur. Je ne suis plutôt que l’enfant d’une femme de Quraich qui mange de la viande séchée »
Le Tawâf du Prophète (SAW) autour de la maison d’Allah
Lorsque le Messager d’Allah (SAW) était entré avec son armée sur le territoire de la Mosquée Sacrée, Il (SAW) avait immédiatement commencé le Tawaf autour de la Ka’ba, et comme il y avait beaucoup de monde, il ne pouvait du haut de sa chamelle que toucher le coin où se trouvait la pierre noire à chaque fois qu’il faisait un tour.
Après cela, il avait prié deux Raka’a puis s’était dirigé vers la source de Zamzam où il avait bu et fait ses ablutions.
Lors de l’accomplissement du tawâf, le Noble Messager (SAW) fut sauvé par Allah d’un attentat qu’un homme des Banû Bakr ibn Kinâna avait décidé de perpétrer.
A ce propos Ibn Kathir rapport : « Fuzâla ibn Umayr avait décidé de tuer le Prophète d’Allah (SAW) alors que celui-ci faisait le Tawâf autour de la maison sacrée. Au moment où il s’était rapproché, le Messager d’Allah (SAW) l’avait surpris par une question subite :
- Fuzâla ?
- L’autre de répondre oui, Messager d’Allah, je suis Fuzâla
- Tu parlais de quoi à ta propre personne ?
- Oh rien… j’étais en train de magnifier Dieu…
- Demande pardon à Allah, lui avait -il dit non sans avoir souri auparavant. Puis le Prophète (SAW) avait posé sa Main bénie sur la poitrine de Fuzâla si bien que celui-ci s’apaisa.
Ce qui laissa Fuzâla répéter plus tard : » par Allah, Sa main bénie s’est à peine détachée de ma poitrine qu’Il (SAW) est devenu pour moi La plus Aimée des Créatures d’Allah »
La destruction des statues, des idoles et la fin de l’entité païenne
Après que Messager d’Allah (SAW) eut réglé le compte à l’existence politique de Quraich par l’investissement militaire de la Mecque, Il (SAW) mit définitivement fin à l’idolâtrie par la démolition de toutes les idoles, à ce propos :
Tournant le dos à la Ka’bah, le Prophète (SAW) s'avança vers les idoles, au nombre de trois cent soixante, qui étaient disposées en un vaste cercle autour de la Maison sacrée. Chevauchant entre celles-ci et la Maison, il répétait le verset révélé :
« Dis : la vérité est venue et l'erreur a disparu car l'erreur est destinée à disparaître ». (17 :81)
Et aussi :
« La vérité (l'Islam) est venue et le faux ne peut rien commencer ni renouveler ». (34 :49).
Tout en pointant son bâton vers chacune des idoles, l'une après l'autre. Chaque fois que son bâton se tendait vers l’une d’elles, l'idole tombait la face en avant.
Lorsqu’il eut fait un tour complet, le Prophète (SAW) descendit de sa monture et alla prier à la Station d'Abraham qui, à cette époque, était contiguë à la Ka’bah.
Il se rendit ensuite au puits de Zamzam où ’Abbâs (RA) lui donna à boire, et il (SAW) confirma ainsi à jamais le droit traditionnel des fils de Hâshîm à donner à boire aux pèlerins.
Cependant, lorsque Seydina AIî (RA) lui apporta la clé de la Ka'bah et que ’Abbâs (RA) lui demanda d’accorder également à sa famille le droit d’en être les gardiens, Il (SAW) répondit : « Je ne vous donne que ce que vous avez perdu, non ce qui serait une perte pour d'autres. »
Il (SAW) fit alors mander l’homme des ’Abd ad-Dâr, ’Uthmân ibn Talhah, qui était naguère venu le trouver à Médine avec Khâlid et ’Amr et, lui tendant la clé, il confirma le droit perpétuel de son clan à la garde du Sanctuaire.
’Uthmân prit la clé avec respect et alla ouvrir la porte de la Maison sacrée, suivi par le Prophète (SAW). Usâmah (RA) et Sidna Bilâl (RA) venaient immédiatement à leur suite et, leur ayant fait signe d'entrer, le Prophète (SAW) dit à ’Uthmân de refermer la porte derrière eux.
Le Prophète (SAW) se dirigea vers le mur faisant face à la porte. A trois coudées de ce mur, il s'arrêta, laissant deux colonnes à sa droite, une colonne à sa gauche et trois colonnes derrière lui. A l’époque, le temple reposait sur six colonnes. Là, il pria, fit une tournée dans le temple prononçant la formule du Takbir “ Allâhou Akbar ' et celle du Tawhid“ Lâ ilâha illa-Llâh”
A part l’icône représentant la Vierge Marie et l’Enfant Jésus (as), et la peinture d’un vieillard que l’on disait être Abraham (as), les murs à l’intérieur de la Ka’bah étaient couverts de représentations des déités païennes. Plaçant sa main sur l’icône en signe de protection, le Prophète (SAW) dit à ’Uthmân (RA) de veiller à ce que toutes les autres peintures, à l’exception de celle d’Abraham (as), soient effacées. II demeura quelque temps à l’intérieur puis, reprenant la clé à ’Uthmân (RA), Il (SAW) ouvrit la porte.
Debout sur le seuil, tenant la clé dans sa main, il déclara : « Louange à Dieu qui a rempli Sa promesse, a aidé Son serviteur et a mis en déroute les clans, Lui seul. »
Les Mecquois qui s’étaient réfugiés dans la Mosquée avaient peu à peu été rejoints par un grand nombre de ceux qui s’étaient d'abord enfermés dans leurs maisons, et ils étaient assis par groupes, çà et là, non loin de la Ka’bah.
Le Prophète (SAW) s'agrippant aux deux appuis de la porte et surplombant toute la foule, dit : “ Il n'y a de divinité qu'Allah, Lui Seul, en dehors de tout associé. Vraie a été Sa promesse car il a secouru Son serviteur et, Seul, a mis en déroute les coalisés. N’est-ce pas que toute action, tout bien ou tout sang dépend de moi à l'exception de la garde du temple et du ravitaillement en eau des pèlerins ? N'est-ce pas que quelqu'un tué par erreur (cravache, bâton) est presque comme quelqu'un tué avec préméditation. Il faut à cet égard un sévère prix du sang ; 100 chameaux dont 40 chamelles en état de gestation.
Koraich ! Allah (SWT) vous a débarrassé de l'orgueil et du culte des ancêtres de l'époque de Jâhiliyya. Les hommes viennent d'Adam (as) et Adam vient de la poussière ». Cela dit, il récita le verset ci-après :
« Ô Hommes ! Nous vous avons créés d'un mâle et d'une femelle et nous avons fait de vous des nations et des tribus pour que vous vous entreconnaissiez. Le plus noble d'entre vous auprès d’Allah est le plus pieux. Allah est certes Omniscient et Grand Connaisseur ». (49 :13).
Le Prophète (SAW) s’adressa à eux :
- « Qu’avez-vous à dire, et que pensez-vous ? »
Ils répondirent :
- « Nous disons et pensons que tout est bien : un noble et généreux frère, fils d’un noble et généreux frère ! C’est à toi qu’il appartient d’ordonner. »
Le Prophète (SAW) leur adressa alors les mêmes paroles de pardon que celles que Joseph (as) avait prononcées lorsque, selon ce que rapporte le Coran, ses frères étaient venus le trouver en Égypte :
« En vérité, je vous dirai ce qu’a dit mon frère Joseph : Il ne vous sera fait ce jour ni blâme ni reproche. Dieu vous pardonne, et II est le plus Miséricordieux des miséricordieux. »
Le prophète (SAW) reprit :
“ Je vais vous dire ce que Yousouf (as) avaient dit à ses frères :
« Pas de récrimination contre vous aujourd'hui » (12 :92).
Allez-vous-en, vous êtes libres ».
Seydina Bilâl (RA) fait l’Azan et le Messager d’Allah (SAW) fait la prière de remerciement
A l'heure de la prière, le Messager d'Allah (SAW) ordonna à Sidna Bilâl (RA) d’appeler à la prière du haut de la Kaaba à un moment où Abou Sofyân ibn Harb, Itâb ibn Ousayd et Al-Hârith ibn Hichâm étaient assis dans la cour de la Kaaba.
- Itâb dit : “ Allah a fait à Ousayd l'honneur de ne pas entendre cet appel qui l’aurait sûrement vexé ».
- Al-Hârith dit : “ Quant à moi, par Allah ! si j'avais su que c'était la vérité, je l'aurais suivi ».
- Abou Sofyân dit : “ Moi, par Allah ! Je ne dis rien. Si je parle, ces gravillons renseigneront à mon sujet ».
Sur ces entrefaites le Messager d'Allah (SAW) sortit et leur dit : “ Je sais ce que vous avez dit”. Là-dessus, il leur rapporta tous leurs propos.
Alors, Al-Hârith et Itâb dirent : “ Nous attestons que tu es le Messager d'Allah (SAW). Par Allah ! personne n'était au courant du contenu de nos propos ».
Ce jour-là, le Messager d'Allah (SAW) entra chez Oumm Hâni la fille d'Abi Tâlib où il se leva puis accompli huit génuflexions (Rakaa) au moment du Douhâ (milieu de la matinée). On pense que ce n'était qu'une prière au sujet de la victoire obtenue et non une prière du Douhâ comme certains le pensent.
Le groupe de personne condamnés à mort par le Noble Prophète (SAW)
En interdisant d’utiliser les armes, le Prophète (SAW) avait demandé par contre de les employer à l’encontre de dix personnes, même au cas où elles s’accrochaient au rideau de la Ka’ba et ce pour les crimes qu’elles avaient commis c’étaient :
- Ikrima ibn Abi Jahl
- AbdAllah ibn Khatal
- Muqays ibn Sabâda
- Abdallah ibn Sa’d ibn Abû Sarh
- Habbar ibn al- Aswad
- Al-Huwayrith ibn Nuqayth
- Hind bint Utba Rabî’a
- Sâra, l’auxiliaire des Banû Hâchim
- Farnata esclave de AbdAllah ibn Khatal
- Arnaba esclave de AbdAllah ibn Khatal
Par Miséricorde, le Messager d’Allah (SAW) avait plus tard accordé son pardon.
S’agissant d’Ibn Abi Sarh, Othmân (RA) l'amena chez le Prophète (SAW) puis, intercédant en sa faveur, put le sauva, de l’exécution. Le Prophète (SAW) agréa sa conversion après l'avoir refusée. L'homme s'était déjà converti à l'Islam et avait même émigré à Médine. Par la suite il apostasia et retourna à la Mecque.
Ikrima ibn Abi Jahl lui, s'enfuit vers le Yémen. Ensuite sa femme obtint pour lui la protection du Messager d'Allah (SAW). Gracié, l'homme revint puis, embrassa l'Islam qu'il professa sincèrement.
Ibn Khatal en ce qui le concerne, s'était accroché aux voiles de la Kaaba. Quelqu’un, l'apercevant, vînt en informer le prophète (SAW) qui dit : “ tue-le”. L'ordre fut aussitôt exécuté.
Mikyas ibn Sabâba fut tué par Noumaila ibn Abdillâh. Mikyas s'était antérieurement à cela converti à l'Islam. Toutefois, ayant un jour tué l'un des Ansâr par agression, il finit par apostasier et rejoindre les associateurs.
Al-Hârith, pour sa part avait été le plus méchant envers le Prophète (SAW) à l'époque où celui-ci résidait à la Mecque. La sentence de sa mort fut exécutée par Seydina Ali (RA).
S'agissant de Habbâr ibn Al-Aswad, celui qui avait croisé Zaynab, la fille du Messager d'Allah (à un moment où celle-ci émigrait vers Médine) et l'avait fait tomber sur les rochers au point de la faire avorter, il prit la fuite le jour même de la conquête de la Mecque. Il devait ensuite embrasser l'Islam
A propos des deux esclaves chanteuses, l'une fut tuée alors que l'autre épargnée au terme d'une intercession, se convertit à l'Islam.
De même on intercéda en faveur de Sârah qui elle aussi embrassa l'Islam.
Selon ibn Hajar, Abou Maachar a mentionné parmi ceux dont le sang fut versé Al-Hârith ibn Talâril Al-Khouzâai qui fut tué par Sidna Ali (KAW).
Al-Hâkim a également mentionné parmi ceux dont le sang fut versé Kaab ibn Zouhair dont l’histoire est célèbre, Aslam, Madh, Wahchî ibn Harb, Hind Bint Otba, la femme d’Abi Sofyân qui s’était déjà convertie à l'Islam, Amab, l'esclave affranchie d’Ibn Khatal et Oumm Saad tuée selon Ibn Ishâk, ce qui fait une liste de
8 hommes et de 6 femmes. On suppose qu'Arnab et Oumm Saad étaient les deux esclaves chanteuses car on diverge à propos de leur nom ou en considération de leur appellation par Konya.
Par ailleurs, la mort d’un mécréant du nom de Houdhayl qui fut tué par vengeance suscita la colère du Messager d’Allah (SAW) (qu'ALLAH (SWT) nous Préserve !) qui rassembla toute son armée :
Sitôt informé de la mort de l’homme, le Prophète (SAW) s’est levé et a prononcé un discours dans lequel il a désapprouvé ce qui s’était passé. Ce discours, il l’a prononcé après la prière de Duhr du deuxième jour du Fath Il (SAW) dit : « Ô gens ! la Mecque est sacralisée par Allah (SWT) depuis qu’Il a créé les cieux et la terre, depuis qu’Il a créé le Soleil et la lune et qu’Il a posé ces deux montagnes. Elle est donc sacrée jusqu’au Jour de la Résurrection. Il n’est permis au croyant en Allah et au jour Dernier d’y verser du sang et de couper un arbre…. Avant moi, elle n’a pas perdu son caractère d’inviolabilité. De même, elle ne le perdra pas après moi. Mais si elle m’a été rendue licite, ce n’est que pour une heure d’une journée. Elle a déjà recouvré son caractère d’inviolabilité d’hier. Que le présent d’entre vous en informe l’absent. Et si quelqu’un dit : (Mais le Messager y a tué dites : c’est Allah qui l’a rendue licite pour son Messager (SAW) et qui l’a rendue licite pour vous. »
« Ô Khuzâa, arrêtez vos mains de tuer ! par Allah, tuer aura abondé au cas où cela aura une utilité. Vous venez de tuer cet homme, par Allah, je vais verser le prix de son sang… celui qui sera tué après mon intervention ci, ses proches auront le choix de réclamer son sang, s’ils le veulent, ou accepter le prix de son sang, s’ils le veulent. »
Conversion à l'Islam des habitants de la Mecque
Peu Après, les Mecquois avaient défilé devant As-Safâ sans être du tout contraints pour prêter allégeance au Prophète d’Allah (SAW) et lui annoncer leur islam.
Les premiers dans cette cérémonie, furent les hommes suivis peu après par les femmes.
C’étaient Seydina Omar ibn Khattâb (RA) qui prenait l’allégeance pour le Prophète (SAW) alors sur le rocher d’As Safâ.
Parmi les femmes, il y avait les plus célèbres : Um Hâchim bint al-Hârith ibn Hâchim, la femme de Ikrima ibn abû Djahl – Utba, la femme de Abu Sufyân – A-baghûm bint Al-Mutathil, la femme de Safwân ibn Umayya – Fatima bint Al- Walîd ibn al Mughîra et Hind bint Munbih ibn al Hajâj, la mère de Abdallah ibn Amrû ibn al as.
La cérémonie des femmes s’était déroulée à Al Abtah en présence de la Fille du Prophète (SAW) Dame Fatima Az Zahra (RA) et des femmes de Banû Abd – Al – Muttalib.
D’autre part, avec l’investissement de la ville par les musulmans, certains seigneurs de Quraich s’étaient cachés, et d’autres avaient pris la fuite de peur des représailles.
Tous furent rassurés ou épargnés plus tard après l’intervention d’un proche parent musulman ou d’un ami musulman.
En voici quelques exemples :
Hind, la femme d’Abû Sufyân. Elle arriva voilée, craignant que le Prophète (SAW) n’ordonnât de la mettre à mort en raison justement de ce qu'elle avait fait à Hamza (RA) avant qu'elle ait embrassé l’Islam, et elle dit : « O Envoyé de Dieu (SAW), louange à Celui qui a fait triompher la religion que je choisis pour moi-même. » Puis elle se découvrit le visage « Hind, la fille de ’Utbah. - Sois la bienvenue ! » lui dit le Prophète (SAW). De retour chez elle, Hind se mit à briser ses idoles, disant :
“C'est à cause de toi que nous avons été victimes de l’égarement ».
Parmi celles qui vinrent à Safà il y eut aussi Umm Hakîm, l’épouse de ’Ikrimah. Dès qu’elle fut entrée en Islam, elle demanda au Prophète (SAW) d’accorder l’immunité à son mari. Le Prophète y consentit, bien que ’Ikrimah fût encore en état de guerre avec lui. Umm Hakîm parvint à découvrir l’endroit où il se trouvait, et elle partit dans le dessein de le ramener à La Mecque.
Le Prophète (SAW) promenait son regard sur ceux qui s’étaient rassemblés devant lui et, s’adressant à son oncle, il lui dit : « O ’Abbâs, où sont les deux fils de ton frère, ’Utbah et Mu’attib ? Je ne les vois pas. » Il s’agissait des deux fils d’Abû Lahab qui vivaient encore. ’Utbah était celui qui avait répudié Dame Ruqayyah (RA) sous la pression de son père, et il semblait que l’un et l’autre avaient peur de se montrer. « Amène-les-moi ! » dit le Prophète (SAW). ’Abbâs (RA) alla donc chercher ses neveux, qui entrèrent en Islam et firent serment d’allégeance. Le Prophète (SAW) les prit alors chacun par une main et, ainsi encadré, Il (SAW) les mena jusqu’au vénérable emplacement spécialement consacré aux supplications que l’on nomme al-Multazam et qui correspond à la partie du mur de la Ka’bah comprise entre la Pierre noire et la porte du Sanctuaire. Là, il fit une longue prière, et, voyant la joie qui irradiait son visage, ’Abbâs (RA) lui en fit la remarque. Le Prophète (SAW) lui dit : « J’ai demandé à mon Seigneur de me donner ces deux fils de mon oncle, et II me les a donnés. »
Quant à Safwân, son cousin ’Umayr (RA) obtint pour lui un répit de deux mois ; après quoi il partit à sa recherche et le trouva à Shu’aybah, qui était alors le port de La Mecque, où il attendait de s’embarquer sur un navire.
Safwân restait méfiant et refusa catégoriquement de modifier ses projets. ’Umayr retourna alors auprès du Prophète (SAW) qui, cette fois, lui remit son turban d’étoffe yéménite à rayures pour qu’il le donne à son cousin en gage de sa sécurité.
Safwân fut alors convaincu et il décida de revenir à La Mecque pour y rechercher lui-même de nouvelles garanties.
- « O Muhammad, déclara-t-il, ’Umayr me dit que si j’accepte une certaine chose » -il voulait parler de son entrée en Islam - « c’est bel et bon, mais que dans le cas contraire, tu m’as accordé un répit de deux mois.
- Reste donc ici ! lui dit le Prophète (SAW).
- Pas avant que tu ne me donnes une réponse claire, insista Safwân.
- Tu auras donc quatre mois de répit », reprit le Prophète (SAW) ;
Et Safwân accepta de rester à La Mecque.
Ikrimah fut le dernier à se présenter devant le Prophète (SAW) après la victoire de La Mecque, mais c’est cependant lui qui entra en Islam le premier... Il avait décidé de s’embarquer de la côte de Tihâma pour l’Abyssinie et, alors qu’il allait monter à bord, le patron du navire lui dit : « Mets-toi en règle avec Dieu ! - Que dois-je dire ? demanda Ikrimah. - Dis : il n’y a de dieu que Dieu ! » répondit l’homme, en expliquant que par crainte de faire naufrage il n’accepterait aucun passager qui n’ait prononcé ce témoignage.
Les quatre mots lâ ilâha illâ Llâh entrèrent alors dans l’âme de Ikrimah qui, dès cet instant, sut qu’il aurait pu les prononcer avec sincérité. Pourtant, il renonça à s’embarquer puisque son seul motif de le faire avait précisément été d’éviter de prononcer ces mots et d’échapper au message de Muhammad (SAW) qui se résumait dans la formule lâ ilâha illâ Llâh.
S’il pouvait accepter ce message à bord d’un bateau, il pouvait aussi bien l’accepter sur terre. « Notre Dieu sur la mer est notre Dieu sur la terre », se dit-il en lui-même. C’est alors que son épouse le rejoignit et lui dit que le Prophète (SAW) avait garanti sa sécurité à La Mecque, en sorte qu’ils s’en retournèrent sur-le-champ.
Le Prophète (SAW) savait que Ikrimah arrivait et il dit à ses compagnons : « Ikrimah, fils d’Abû Jahl, vient à vous en croyant. N’insultez donc pas son père, car insulter les morts blesse les vivants sans atteindre les morts. » A son arrivée à La Mecque, Ikrimah alla immédiatement trouver le Prophète (SAW), qui le salua avec un visage rayonnant et lui dit dès qu’il fut formellement entré en Islam : « Tu ne me demanderas aujourd’hui aucune chose sans que je te l’accorde ». - Je te demande, lui dit Ikrimah, de prier Dieu qu’il me pardonne toute l’inimitié que j’ai déployée contre toi », et le Prophète pria comme il lui était demandé, ’Ikrimah parla ensuite de l’argent qu’il avait dépensé, des batailles qu’il avait menées pour empêcher les hommes de suivre la vérité, et il affirma que dorénavant il dépenserait le double et combattrait avec une force redoublée dans le sentier de Dieu. Et il tint promesse.
Crainte des Ansâr du séjour définitif à la Mecque du Messager d'Allah (SAW)
Après qu’Allah eût permis à Son Messager (SAW) de conquérir la Mecque, sa ville natale, les Ansâr se dirent entre eux, alors que le Prophète (SAW), les mains tendues vers le ciel, invoquait son Seigneur au-dessus d’As-Safa :
- “ Pensez-vous que le Messager d'Allah (SAW) quittera la Mecque’ ?
- A la fin de son invocation, il (SAW) dit : “ Que dites-vous” ?
- Ils dirent : “ Rien, Messager d'Allah (SAW) «.
- Le Prophète (SAW) continua cependant de les interroger jusqu'au moment où ceux-ci acceptèrent de l'informer.
- Ensuite il (SAW) leur dit : “ A Dieu ne plaise ! Je vivrai parmi vous et mourrai parmi vous ».

