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SIRA 6 – [Partie 17/19] LES EXPÉDITION DU SAINT PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)

« Dieu vous a aidés dans bien des batailles et le jour de Hunayn, alors que vous vous vantiez de vos effectifs, que ceux-ci ne vous servaient de rien et que la terre, malgré son ampleur, s'était…

Intermédiaire · 28 min de lecture · 6 octobre 2023

Ancien article · non reluArticle repris tel quel de l’ancien site Solisalim (publié le 6 octobre 2023). Il n’a pas encore été relu par le comité savant.

LES EXPEDITIONS SARAYA APRES LA CONQUETE DE LA MECQUE

Le Messager d'Allah (SAW) passa 19 jours à la Mecque, rappelant l'Islam, orientant les gens vers la droiture et la crainte d'Allah (SWT). On rapporte qu’il (SAW) raccourcissait la prière à deux unités car il (SAW) n’avait pas l’intention d’y rester 3 jours. Au cours de cette période, il confia à SIDNA Abou Oussayd Al Khouzâ’î (RA) la mission de renouveler les pierres du Sanctuaire. Et il envoya des expéditions chargées d'appeler à l'Islam et de détruire les idoles autour de la Mecque.

Ces expéditions réussirent à détruire toutes les idoles. Un crieur du Prophète (SAW) s'adressa aux habitants de la Mecque en ces termes : « Que quiconque croit en Allah et au jour du jugement dernier ne laisse une idole dans sa maison sans la détruire ».

L’expédition Sarâya de Khalid

Après la conquête de la Mecque, le Messager d'Allah (SAW) envoya Khâlid ibn Al-Walid (RA) détruire Al-Ouzzâ, alors qu'il restait 5 jours du mois de Ramadan (an 8 de l'Hégire). L'idole ainsi visée était à Nakhla. Elle appartenait à Koraich et à l'ensemble de Bani Kinâna dont elle était la plus grande idole.

Les gardiens étaient Banou Chaybân. En compagnie de 30 cavaliers Khâlid alla jusqu'à l'idole et la détruisit. Lorsqu'il fut de retour chez le Prophète (SAW), celui-ci lui dit : “ As-tu vu quelque chose” ? “ Non”, répondit-il. Alors le Messager d'Allah (SAW) reprit : “Tu ne l'as pas détruite. Retourne la détruire ».

Khâlid (RA) répartit, irrité et l'épée au clair. Lorsqu'il fut sur les lieux, une femme nue, noire et ayant une tête de cobra dont la longue chevelure flottait sauvagement autour d’elle lui apparut, marchant vers lui, alors que le gardien, lui, se mettait à crier.

« Un frisson me parcourut l’échine », rapporta ensuite Khâlid. Mais il (RA) se mit à crier : « ’Uzzah, ton sort est d’être reniée, non adorée », et, dégainant son épée, il (RA) l’abattit sur elle. À son retour, il dit au Prophète (SAW) : « Louange à Allah qui nous a sauvés de la destruction ! Autrefois, je voyais souvent mon père se rendre à al-’Uzzah avec une offrande d’une centaine de chameaux et de moutons. Il les lui sacrifiait et demeurait trois jours dans son temple, puis ils nous revenaient réjoui de ce qu’il avait accompli ! ».

Le Messager d’Allah (SAW) dit : “ Oui, c’est celle-là Al-Ouzzâ. Elle ne sera plus jamais adorée ; ici, dans votre pays.

L’expédition Sarâya de Amr ibn Al-As

Au cours du même mois, le Messager d’Allah (SAW) envoya Amr ibn Al-As (RA) détruire Souwâa, une idole appartenant à Houthayl résidant à Rahât située à environ 150 kms au nord-est de la Mecque. Parvenu sur les lieux, Amr entendit le gardien lui dire : “ Que veux-tu” ? Il répondit : “ Le Messager d'Allah (SAW) m'a ordonné de détruire Souwâ'”. Le gardien reprit : “Tu n'es pas en mesure de faire cela ». “ Pourquoi” ? s'enquit Amr. Le gardien dit : “ Tu en seras empêché”. Amr dit : “ Continues-tu, jusqu'ici de croire à l'absurde ? Malheur à toi ! cette idole, peut-elle voir ou entendre” ? Cela dit, il s'approcha de l'idole et la détruisit puis demanda à ses compagnons d’en détruire la trésorerie où, du reste, ils ne trouvèrent rien. S'adressant ensuite au gardien, il lui dit : “ Alors, qu'en penses-tu” ? Celui-ci répondit : “ Je me soumets à Allah ».

L’expédition Sarâya de Saad ibn Zayd Al-Achhali

Au cours du même mois, le Messager d'Allah (SAW) envoya Saad ibn Zayd Al-Achhali (SAW) détruire Manât, en compagnie de 20 cavaliers. L'idole qui était à Al-Mouchallil à Kadid, appartenait à Al-Aws, à Al-Khazraj, à Ghassân à d'autres tribus. Parvenu sur les lieux, Sa'd entendit le gardien lui dire : “ Que veux-tu” ?

Il répondit : “Détruire Manât ». Le gardien reprit : “ Vas-y, à vous deux ». Saad alla vers l'idole mais une femme nue, noire et ayant une tête de taureau apparut, menaçante et se tapant la poitrine. Alors, le gardien dit à sa femme : “ Manât ! Voici en face de toi quelqu'un qui te désobéit». Comme la femme s'approchait, Sa'd la tua d'un coup d'épée, puis alla détruire l'idole dont il ne trouva rien dans la trésorerie.

L’expédition Sarâya de Khâlid ibn Al-Walid (Banû Djazîma)

A son retour de la maison de destruction d'Al-Ouzzâ, Khâlid ibn Al-Walid fut envoyé par le Messager d'Allah (SAW) appeler Bani Jouthaima à l'Islam, au cours du mois de Chaabân de la même année (an 8 de l'Hégire).

La mission n'avait pas pour but de combattre ladite tribu. Khâlid partit à la tête de 50 hommes se réclamant des Mouhâjirîn, des Ansâr et de Bani Salim. A son arrivée, il les appela à l'Islam mais ceux-ci ne surent pas dire : “ Nous embrassons l’islam ». Plutôt, ils se mirent à dire : “ Nous embrassons la religion des Sabéens ; nous embrassons la religion des Sabéens ».

 Sur ce, Khâlid se mit à les tuer et à les capturer. Il remit un prisonnier à chacun de ses compagnons et, un jour, demanda à chacun de tuer son prisonnier. Ibn Omar et ses compagnons refusèrent.

Revenus à Médine, ils en référèrent au Messager d'Allah (SAW) qui, levant les mains au ciel, dit deux fois : “ Allah ! Je dégage ma responsabilité par rapport à l'acte de Khâlid ». Ceux qui avaient tué leurs prisonniers étaient Banou Salim et non les Mouhâjirîn et les Ansâr. A cet égard, le Messager d’Allah (SAW) envoya Ali ibn Abi Tâlib (RA) payer à Jouthaima le prix du sang de leurs tués ainsi que ce qu'ils avaient perdu. A propos de l'événement, il y avait une vive polémique entre Khâlid et Abdir-Rahmân ibn Awf. Mis au courant de la polémique, le Messager d'Allah (SAW) dit : « Doucement Khâlid, laisse mon compagnon ! car, par Allah ! Si Ouhoud était de l'or, je n'atteindrais pas en le dépensant dans la voie d'Allah, la valeur d'un seul de mes compagnons »

L'EXPEDITION GAZWA DE HOUNAYN ET LE SIEGE DE TA’IF

L’initiative qui venait d’assurer au Prophète (SAW) un succès définitif sur les Quraysh n’avait nullement empêché les Hawâzin de continuer à renforcer leurs troupes. La nouvelle de la conquête de la Mecque et de la destruction de toutes ses idoles n’avait fait qu’augmenter leur inquiétude, de même que le sort qui avait été réservé au temple d’al-’Uzzah. Durant les deux semaines que les conquérants avaient passées à la Mecque, les Hawâzin avaient réussi à rassembler une armée d’environ vingt mille (20 000) hommes dans la vallée d’Awtâs, au nord de Tâ’if.

Laissant un homme de ’Abdu Shams en charge de la Mecque, et confiant à Mu’âdh ibn Jabal (RA), un Khazrajite jeune mais bien instruit, la mission d’enseigner aux nouveaux convertis tout ce qui était nécessaire à la pratique de la religion, le Prophète (SAW) se mit en marche avec toute son armée, que venait de renforcer un contingent de deux mille Qurayshites.

Parmi ces derniers, la plupart avaient déjà fait serment d’allégeance, mais quelques-uns, dont Suhayl et Safwân, n’étaient pas encore entrés en Islam et n’étaient là que pour défendre leur cité contre les Hawâzin. Avant de se mettre en route, le Prophète (SAW) avait fait dire à Safwân qu’il souhaitait lui emprunter une centaine de cottes de mailles qu’il savait être en sa possession, ainsi que les armes qui leur étaient assorties. « O Muhammad, lui demanda Safwân, s’agit-il d’une affaire où “si tu ne me donnes pas, je le prendrai ?” - C’est un emprunt qui devra être restitué », lui répondit le Prophète (SAW).

Sur quoi Safwân accepta de fournir aussi les chameaux pour transporter les armures et les armes, qu’il remit au Prophète au moment où l’armée avait atteint son lieu de rassemblement final.

Les clans des Hawâzin qui s’étaient rassemblés pour combattre les musulmans étaient ceux de Thaqîf, de Nasr, de Jusham et de Sa’d ibn Bakr. Leur commandant en chef était un Nasrite du nom de Mâlik, âgé d’une trentaine d'années, qui, malgré sa jeunesse, s’était déjà acquis une réputation de grande bravoure et de munificence princière. À l’encontre de ce qu'avaient conseillé quelques anciens, il avait ordonné aux combattants d’emmener avec eux leurs femmes et leurs enfants, et même leur bétail, pensant que les hommes combattraient plus vaillamment s’ils sentaient leurs familles près d’eux, en arrière de leurs rangs.

Il envoya trois éclaireurs pour lui rapporter des informations sur l'armée qui s'approchait venant de la Mecque, mais il ne s’était guère écoulé de temps que ceux-ci revinrent en complet état de choc, incapables de parler, leurs articulations relâchées par la terreur presque au point de se déboîter. « Nous avons vu des hommes blancs montés sur des chevaux pie, finit par dire l’un deux, et aussitôt nous avons été frappés par ce que tu vois ! - Nous ne combattons pas contre des habitants de la terre, dit un autre, mais contre des habitants du Ciel. Crois ce que nous te disons, retire-toi ! Car si nos hommes voient ce que nous avons vu, ils éprouveront ce que nous avons éprouvé. - Honte sur vous ! s’écria Mâlik. Vous êtes les couards de ce camp ! » et voyant dans quelle misère physique et morale ils se trouvaient, il donna l’ordre de les garder en détention loin du reste de l’armée de peur qu’ils ne sèment la panique dans les rangs des combattants.

Puis, s’adressant à ceux qui l’entouraient, il leur demanda : « Montrez-moi un homme courageux ! » Mais celui qui avait été désigné revint au camp dans le même état que les autres, ayant aperçu à l’avant-garde de l’armée ennemie les mêmes cavaliers terrifiants : « Leur simple vue est intolérable ! » déclara-t-il d’une voix entrecoupée. Mâlik, cependant, refusa d’écouter et, la nuit tombée, il donna l’ordre à l’armée de s’avancer vers la vallée de Hunayn par laquelle l’ennemi ne pouvait manquer de passer.

Arrivé au débouché de Hunayn, là où la piste commençait à descendre vers le fond de la vallée, il donna l’ordre de faire halte. De chaque côté s’ouvraient des ravins dont certains étaient assez larges et possédaient des entrées qui étaient visibles du haut de la vallée mais totalement masquées d’en bas. Il posta une grande partie de sa cavalerie dans un ou deux de ces ravins avec 1’ordre de charger sur l’ennemi lorsqu’il en donnerait le signal. Le reste de l’armée fut déployé le long de la piste, à proximité du sommet du défilé.

Cette nuit-là, le Prophète (SAW) avait établi le camp non loin de l’autre extrémité de la vallée et, ayant prié la prière de l’aube avec ses hommes, il les exhorta et leur donna l’assurance de la victoire s'ils savaient être résolus. Le ciel était lourd de nuages, en sorte qu'il faisait encore très sombre lorsqu’ils gagnèrent le fond de la vallée. Cette fois encore, Khâlid était à l’avant-garde, commandant la cavalerie des Sulaym et d’autres contingents. Il était suivi par le groupe musulman du nouveau contingent de Mecquois. Le Prophète SAW, monté sur Duldul, se trouvait cette fois au milieu de l’armée, avec le même escadron d’Émigrants et d’Auxiliaires, mais entouré par un nombre plus grand que jamais de membres de sa famille, dont ses cousins Abu Sufyân et ’Abd Allah qui l’avaient rejoint alors qu’il se rendait à La Mecque, les deux fils aînés de ’Abbâs : Fadl et Qitham, et les deux fils d’Abû Lahab.

À l’arrière de l’armée venaient les Mecquois qui n’étaient pas encore entrés en Islam. L’avant-garde était presque arrivée au fond de la vallée lorsque, dans la demi-clarté du jour naissant, les cavaliers aperçurent l’armée des Hawâzin qui, immobile, se profilait au-dessus d’eux sur le versant opposé !

C’était un spectacle impressionnant, d’autant qu’à l’arrière de l’armée étaient massés des milliers de chameaux, soit sans cavaliers, soit montés par des femmes qui, dans le clair-obscur de l’aube, paraissaient faire partie de l’armée.

De toute évidence, la route était barrée dans cette direction. Cependant, avant même qu’il ait été possible de recevoir de nouvelles instructions ou de donner de nouveaux ordres, Mâlik avait donné le signal de l’attaque. Les escadrons des Hawâzin débouchèrent soudainement de leurs ravins et déferlèrent sur Khâlid et ses hommes. L'attaque fut si brusque et si violente que Khâlid ne put rien faire pour regrouper les Bani Sulaym qui, sans résister ou n’opposant qu’une résistance minime, firent volte-face et s’enfuirent en désordre, disloquant les rangs des Mecquois qui se trouvaient derrière eux et qui se mirent à les suivre dans leur fuite en remontant la pente qu’ils venaient de descendre.

Dans cette retraite précipitée, chevaux et chameaux s’écrasaient les uns contre les autres dans les parties les plus étroites du défilé, mais le Prophète (SAW) se trouvait à un emplacement un peu plus large où il put se serrer suffisamment sur le côté droit de la piste pour former un petit groupe solide avec quelques-uns de ceux qui chevauchaient près de lui : Abu Bakr (RA), ’Umar (RA) et d’autres Émigrants, quelques Auxiliaires et tous les hommes de sa famille qui l’avaient accompagné. Le fils de Hârith, Abu Sufyân, était debout à ses côtés, tenant l’anneau de la bride de Duldul.

Le Prophète (SAW) appela d'autres hommes à le rejoindre, mais ses paroles étaient noyées dans le tumulte de la bataille. Aussi se tourna-t-il vers ’Abbâs, qui avait une voix exceptionnellement puissante, pour lui demander de battre le rappel en criant : « Ô Compagnons de l’Arbre ! Ô Compagnons de l’Acacia ! » Les réponses fusèrent immédiatement de tous côtés : « Labbayk ! » « Nous voici à ton service ! » tandis qu’Auxiliaires et Émigrants se ralliaient aux côtés du Prophète (SAW).

Il fut bientôt entouré d'une centaine d'hommes qui, se déployant en travers du défilé, réussirent à contenir momentanément l’assaut de l’ennemi. ’Abbâs (RA) continuait à lancer ses appels et beaucoup de ceux qui s'étaient enfuis retournèrent au combat.

Le Prophète (SAW) s’était dressé sur ses étriers pour être mieux vu et pouvoir mieux voir. L’ennemi se préparait à lancer un nouvel assaut, et il se mit à prier : « Ô Dieu, je Te demande de tenir Ta promesse ! » Puis il demanda à son frère de lait de lui donner quelques cailloux et, les prenant dans sa main, il les lança en direction de l’ennemi comme il l’avait fait à Badr. Soudain, le sort de la bataille tourna sans que les croyants puissent en percevoir la raison car, pour l’ennemi, les choses étaient claires comme elles l’avaient été naguère pour leurs éclaireurs.

Par la suite, les versets suivants devaient être révélés :

« Dieu vous a aidés dans bien des batailles et le jour de Hunayn, alors que vous vous vantiez de vos effectifs, que ceux-ci ne vous servaient de rien et que la terre, malgré son ampleur, s'était resserrée pour vous et que vous aviez tourné le dos pour fuir. Dieu fit alors descendre Son Esprit de Paix sur Son Envoyé et sur les fidèles, et II envoya des armées que vous ne voyiez pas et Il punit les incroyants. Tel est le salaire des incroyants ; ensuite Dieu pardonne à qui Il veut, car Dieu est Celui qui pardonne. Il est miséricordieux. La déroute fut terrible » (09 :25-26)

Mâlik combattit, mais il finit par battre en retraite avec les hommes de Thaqîf et se réfugia avec eux dans leur ville fortifiée de Tâ’if. Le gros des Hawâzin fut poursuivi jusqu’à Nakhla, perdant beaucoup d’hommes.

De là, ils regagnèrent leur camp d’Awtâs, mais le Prophète (SAW) envoya une troupe pour les déloger et ils durent chercher refuge dans les montagnes. Les musulmans avaient perdu beaucoup des leurs au début de la bataille, en particulier les Bani Sulaym qui avaient subi le premier choc de l’embuscade. Après l'assaut initial, il y avait eu relativement peu de tués, mais parmi eux figurait Ayman, le frère aîné d’Usâmah, qui avait été abattu aux côtés du Prophète (SAW).

Toutes les femmes et tous les enfants Hawâzin qui s’étaient groupés derrière l’armée furent faits captifs, et quatre mille onces d’argent vinrent s’ajouter au butin de chameaux, de moutons et de chèvres.

 Le Prophète (SAW) en confia la charge à Budayl à qui il donna pour instruction de les conduire, y compris les captifs, dans la proche vallée de Ji’rânah, à quatre lieux environ de la Mecque.

Les divisions des Hawâzin comprenaient un contingent des Bani Sa’d ibn Bakr, le clan chez lequel le Prophète (SAW) avait passé sa vie de nourrisson et sa première enfance. Or il arriva qu’une des plus vieilles captives se mit à morigéner (moraliser, sermonner) ses gardiens en leur disant : « Par Dieu, je suis la sœur de votre chef ! » Sans ajouter foi à ses paroles, ils la conduisirent pourtant auprès du Prophète (SAW). « O Muhammad, je suis ta sœur ! » déclara-t-elle. Le Prophète (SAW) la regarda avec étonnement : c’était une vieille femme, de soixante-dix ans ou plus. « Peux-tu m’en donner la preuve ? » demanda-t-il, et elle lui montra aussitôt la marque d’une morsure : « Tu m’as mordue, dit-elle, alors que je te portais dans la vallée de Sarar. Nous étions là-bas avec les bergers. Ton père était mon père et ta mère était ma mère. » Le Prophète (SAW) vit qu’elle disait vrai : elle n’était autre que Shaymâ’, l’une de ses sœurs de lait. Étalant son tapis, il la pria de s’y asseoir et ses yeux se remplirent de larmes tandis qu’il lui demandait des nouvelles de Halîmah et de Hârith, ses parents nourriciers, et qu’il apprenait que l’un et l’autre étaient morts à un âge avancé.

Après qu’ils eurent conversé, il lui offrit la possibilité de rester auprès de lui ou de s’en retourner chez les Bani Sa’d. Elle déclara vouloir entrer en Islam, mais choisit de regagner son clan. Le Prophète (SAW) lui remit un généreux présent et, ayant l’intention de lui donner davantage, il lui dit de rester dans le camp avec les siens, ajoutant qu’il la reverrait à son retour. Il prit alors avec son armée la direction de Tâ’if.

Les Thaqîf avaient amassé dans leur ville assez de provisions pour soutenir un siège d’une année. Ils étaient aussi suffisamment équipés pour résister aux engins de guerre que le Prophète (SAW) avait ordonné d’utiliser contre eux quand les autres moyens se furent montrés inefficaces ; enfin, c’étaient des archers consommés. Il y eut entre eux et leurs assiégeants des échanges de flèches nombreux et nourris, mais un mois s’était écoulé sans que les musulmans aient marqué le moindre progrès vers la capture de la ville. Le seul résultat positif avait été l’entrée en Islam de quelques hommes, car le Prophète (SAW) avait un jour fait annoncer par un crieur que tout esclave de Thaqîf qui se joindrait aux musulmans serait libéré. Une vingtaine d’esclaves étaient parvenus à sortir de la ville et, arrivés au camp, avaient fait serment d’allégeance.

Presque une semaine encore s’était écoulée lorsque le Prophète (SAW) fit un rêve où il se voyait recevant un bol de beurre dans lequel un coq vint picorer avant de le renverser. « Je ne pense pas que tu obtiendras d’eux cette fois ce que tu désires », lui dit Abû Bakr ; ce à quoi le Prophète opina.

Il donna aux siens l’ordre de lever le siège et de se diriger vers Ji’rânah. Alors que l’armée s’éloignait de la ville, quelques hommes demandèrent au Prophète de maudire ses habitants. Sans répondre, il leva ses mains en geste de supplication et pria : « Ô Dieu, guide les Thaqîf et amène-les à nous ! » Au nombre de ceux qui avaient été tués sous les murs de Tâ'if il y avait ’Abd Allâh, le demi-frère d’Umm Salamah et cousin du Prophète, dont l’entrée en Islam était toute récente.

La Ghazwa d’At-Tâif

Cette Ghazwa fut en réalité une extension de celle de Hounayn. En effet, la plupart des débris de l'armée de Hawâzin et des Thaqîf entrèrent à At-Tâif, avec le commandant en chef, Mâlik ibn Awf An-Nasri et s'y retranchèrent. Le Messager d'Allah (SAW) les poursuivit après en avoir fini avec Hounayn et le rassemblement du butin à Al-Ji’irrâna, dans le courant du même mois (Chawwâl, an 8 de l'Hégire).

Khâlid ibn Al-Walid à la tête d'un peloton de 1000 hommes se mit en route vers At-Tâif, suivi par le Messager d’Allah (SAW). En cours de route, il (SAW) passa par An-Nakhla Al-Yamâniyya, Karn Al-Manâzil et Layya où il trouva une forteresse appartenant à Mâlik ibn Awf et en ordonna la destruction.

Poursuivant ensuite sa marche, il atteignit At-Tâif où il descendit non loin de la forteresse de Mâlik. Là, il (SAW) campa et imposa le siège aux occupants de la forteresse pour une période assez courte. Dans le rapport d’Anas, enregistré par Mouslim, il est mentionné que la durée du siège était de 40 jours ; D'aucuns avis parlent de 20 jours, d'autres une dizaine de jours, 18 jours ou 15 jours. Au cours de ladite période eurent lieu des jets de projectiles. Au début du siège les occupants de la forteresse, agissant à l'unisson, criblèrent de flèches les musulmans, en blessant un certain nombre, et tuant douze d'entre eux. Cela étant, les musulmans furent obligés de lever le camp pour aller camper à l'emplacement actuel de la mosquée At-Tâif.

Le Prophète (SAW) fit utiliser une machine de guerre pour jeter des projectiles à l’ennemi qui finirent par briser le mur de la forteresse ; après quoi, des musulmans installés dans une sorte de char s'introduisirent par la brèche ouverte, pour incendier la forteresse. Au vu de cela, les ennemis leur envoyèrent des socs de charrue incandescents les faisant aussitôt sortir du char. Ils leur jetèrent plusieurs flèches, en tuant quelques-uns. Pour obliger l'ennemi à se rendre, le Messager d'Allah (SAW) donna l'ordre de couper et de brûler les vignobles. Les musulmans se mirent alors à couper avec vélocité mais les gens de Thaqîf demandèrent au Messager d'Allah (SAW) d’arrêter l'opération au nom d'Allah et de la parenté.

Il leur fut donné satisfaction au nom d'Allah et de la parenté.

Quelqu'un appela : “ Quiconque descend de la forteresse et nous rejoint sera libre”. Alors, 23 hommes sortirent au nombre desquels était Abou Bakra. Celui-ci avait escaladé le mur de la forteresse au moyen d'une poulie (Bakra) à l’aide de laquelle il puisait de l'eau, geste pour lequel le Prophète (SAW) le surnomma Abou Bakra. Les vingt-trois hommes furent libérés. Chacun d'entre eux fut confié à un musulman l'alimentant, ce qui fit très mal aux occupants de la forteresse.

Voyant que le siège prenait du temps, que la forteresse restait imprenable et que les musulmans avaient subi des pertes du fait des coups de flèches et des socs de charrue incandescents, (les occupants de la forteresse s'étant ravitaillés pour résister à un siège d'une année) le Messager d'Allah (SAW) consulta Nawfal ibn Mouâawiya Ad-Dayli qui dit : “ Leur cas est celui des renards dans leur gîte. A force de les attendre, tu finis par les prendre, mais en te détournant d’eux, tu ne cours aucun risque”.

Sur ces mots, le Messager d'Allait (SAW) prit la résolution de lever le siège et de partir. Sous son ordre, Sidna Omar ibn Al-Khattab dit aux gens : “ Nous partirons demain s'il plaît à Allah ». La décision prise déplut aux gens qui, alors, se mirent à dire : “ Allons-nous partir sans prendre la forteresse” ? A cet égard, le Messager d’Allah (SAW) dit : « Continuez à vous battre ». Ils continuèrent à se battre et furent atteints de blessures. Alors le Messager d'Allah (SAW) reprit : “ Nous décampons demain s'il plaît à Allah”.

Cette fois, les gens, se réjouirent de la nouvelle, obéirent et se mirent en route sous la risée du Prophète (SAW). Ensuite, transportés loin de l'ennemi ils dirent : “ Nous nous repentons devant notre Seigneur que nous adorons et louons”.

Quelqu'un dit : “ Messager d'Allah ! Invoque Allah contre Thaqîf’’,

A ce propos, le Prophète dit : “ Seigneur ! Guide Thaqîf, amène-les à l’Islam ».

Le partage du butin à Al-Jou’râna

A son retour d'At-Tâif, après la levée du siège, le Messager d'Allah (SAW) passa dix jours et quelques à Al-Jou’râna sans partager le butin.

S'attardant à cet égard, il espérait recevoir une délégation de Hawâzin venue se repentir et reprendre tous les biens saisis par les musulmans. Toutefois il ne vit personne. Aussi commença-t-il à partager les biens pour taire les impatients parmi les chefs de tribus et les notables de la Mecque.

Les nouveaux convertis furent les premiers à se tailler la part du lion.

Le Prophète (SAW) donna à Abi Sofyân ibn Harb 40 onces d'argent et 100 chameaux. Ensuite celui-ci en demanda pour son fils Yazid qui reçut la même part et pour son fils Mouâawiya qui eut aussi la même part.

Hakim ibn Khouzâm reçut 100 chameaux et ensuite en réclama 100 autres et obtint satisfaction.

Safwân ibn Omayya reçut trois fois cent chameaux selon ce qu'on rapporte dans Ach-Chifâ. Al- Hârith ibn Kinda reçut 100 chameaux.

Le Messager d'Allah (SAW) donna aussi selon les cas 100, 50 et 40 chameaux à certains hommes se réclamant de Koraich ou d'autres tribus à tel point qu'autour de lui, les gens mirent à dire que le Saint Prophète SAW en donnant, ne songe pas à la pauvreté. Se bousculant devant lui, les bédouins, en quête d'argent, finirent par se quereller et par lui arracher son manteau béni.

Alors il dit : “Hommes ! Rendez-moi mon manteau ! Je jure sur celui Qui détient mon âme que si j'avais autant de biens que les arbres de Touhama, je vous les partagerais et, pour autant, vous ne me trouveriez ni avare, ni lâche, ni menteur.”

Ensuite, se mettant à côté de son chameau béni, il (SAW) prit un poil de sa bosse, poil qu’il se plaça entre les nobles doigts et leva en disant : “ Hommes ! Je n'ai pas eu du butin l'équivalent de ce poil, mis à part le cinquième or ce cinquième vous est rendu ».

Après avoir servi les nouveaux convertis, le Messager d'Allah (SAW) donna à Zayd ibn Thâbit l'ordre d'apporter le butin et de faire venir les gens.

A ce niveau, les parts furent limitées car chaque homme reçut soit 4 chameaux, soit 40 moutons. La part réservée à chaque cavalier fut de 10 chameaux, 20 ou 100 moutons.

La réaction de certains Anssârs

Ce partage, fondé sur une sage politique, fut mal interprété au début, ce qui eut pour effet de susciter des protestations.

Dans le rapport de Sidna Abou Saaid Al-Khoudri RA, Sidna Saad ibn Obâda RA alla informer le Prophète (SAW) que certains Ansâr sont fâchés contre la façon dont il (SAW) a partagé le butin (SoubhanAllah)...

Le Prophète (SAW) lui dit : “ Rassemble-moi ta tribu dans cet enclos ».

Sa'd sortit et ensuite regroupa les Ansâr dans l'enclos indiqué.

Des hommes faisant partie des Mouhâjirîn se présentèrent et il les laissa entrer dans l'enclos.

D'autres arrivèrent mais se virent retourner. Après avoir rassemblé tout le monde

Saad alla voir le Messager d'Allah (SAW) et lui dit : “ Les Ansâr se sont réunis”.

Alors, celui-ci se rendit à l'enclos, où, faisant face aux Ansâr, il loua Allah, fit ses éloges, puis dit :

“O Ansâr On m'a rapporté vos propos et aussi votre grief à mon égard. Ne vous ai-je pas trouvés égarés et alors, Allah vous a guidés ? Ne vous ai-je pas trouvés pauvres et alors Allah vous a enrichis ? Ne vous ai-je pas trouvés en état d'hostilité et alors Allah a uni vos cœurs” ?

Ils dirent : “ Si, Allah et Son messager offrent plus de sécurité et de bonté ».

A cela, le Prophète (SAW) ajouta : “ Ne me répondez-vous pas (favorablement), ô Ansâr”

Ils dirent : “à quoi vous répondre, Messager d'Allah ? A Allah et à Son messager appartiennent la grâce et les mérites”.

Le Messager d'Allah (SAW) poursuivit : “ Par Allah, dites si vous le voulez et bien sûr vous aurez raison : "En arrivant chez nous, tu étais traité de meneur et alors nous t’avons cru, tu étais abandonné et alors, nous t’avons abrité ; tu étais pauvre et alors, nous t’avons consolé. Ô Ansâr Reposez-vous votre foi sur l'obtention des illusoires endives d'ici-bas ou au contraire êtes-vous sincères dans votre profession de l'islam ? Ô Ansâr Ne serez-vous pas satisfaits, lorsque les gens seront partis avec les moutons et les chameaux, de retourner avec le Prophète (SAW) à Médine ? Je jure sur celui Qui détient mon âme que s'il n’y avait pas eu l'Hégire j'aurais été des Ansâr. Si les gens étaient partis d'un côté et les Ansâr de l'autre, j'aurais été évidemment du côté des Ansâr. Seigneur ! Répands Ta clémence sur les Ansâr sur la postérité des Ansâr sur les enfants de la postérité des Ansâr ».

Cela dit, les gens pleurèrent à s’en mouiller la barbe, disant : “ Nous nous contentons de conserver le Messager d’Allah (SAW)’’.

Le groupe, ensuite, se dispersa”.

Arrivée de la délégation de Hawâzin

Après le partage du butin, un convoi de Hawâzin arriva sur les lieux pour se convertir à l'Islam. Il était constitué de 14 hommes dirigés par Zouhair ibn Sard. Il comprenait Abou Barqân (ou Abou Tharwân RA) oncle de lait au Messager d'ALLÂH (SAW).

Après s'être convertis à l'Islam et prêté le serment de reconnaissance et de fidélité, ils dirent :

“ Messager d'Allah ! Il y a parmi ceux que vous avez capturés nos mères, nos sœurs, nos tantes paternelles et nos tantes maternelles et leur capture nous couvre de honte”. Ensuite, poursuivant en vers, ils dirent :

“ Accorde-nous ta faveur, Messager d'Allah ! Sois généreux envers nous ! Car, c'est en toi que nous plaçons notre espoir. Accorde ta grâce à celles qui t’ont allaité et rempli ta bouche de lait pur !”,

 

Le Noble Messager d'Allah (SAW) leur dit : ‘‘Je vous ai attendu, jusqu’à ce que j’aie cru que vous n’alliez pas venir’’

Il (SAW) leur dit : “ Je suis en compagnie de ceux que vous voyez et le discours que j'aime le plus est celui de la vérité. Alors, voulez-vous vos biens, ou vos femmes et vos enfants” ? Ils répondirent : “ Il n’y a pas d’alternative ». Le Prophète (SAW) reprit : “ Après avoir effectué la prière du Dhouhr levez-vous et dites : "Nous demandons l'intercession du Messager d'Allah (SAW) auprès des musulmans et celle des musulmans auprès du Messager d'Allah (SAW) pour nous faire rendre nos prisonniers ».

 

Après la prière du Dhouhr les gens de Hawâzin se levèrent et dirent comme prévu. A cet égard, le Messager d'Allah (SAW) dit : “ Ce qui me revient à moi et à Bani Abdil-Mouttalib vous est acquis. Pour le reste, je demanderai aux gens ». Sur ce, les Mouhâjirîn et les Ansar dirent : “Ce qui est à nous appartient au Messager d'Allah (SAW).

Al-Aqra ibn Ḥâbîs dit : “ Quant à moi et à Bani Tamin, c'est non ».

Ouyayna ibn Hisn dit : “ Quant à moi et à Bani Fizâra, c'est non ».

Al-Abbâs ibn Mardâs dit : “ Quant à moi et à Bani Soulaym, c'est non ».

Toutefois, les Banou Soulaym dirent : “ Ce qui est à nous appartient au Messager d'Allah (SAW). Sur ces mots, Al- Abbâs ibn Mardâs reprit : “ Vous avez défailli ».

Après cela le Messager d'Allah (SAW) précisa : “ Ceux-ci sont venus embrasser l'Islam. J'ai pris mon temps avec les leurs, faits prisonniers et ensuite leur ai donné à choisir, toutefois ils ne veulent rien d'autre que leurs femmes et leurs enfants. Ainsi ceux qui gardent des prisonniers et qui veulent bien les rendre n'ont qu'à agir dans ce sens.

Ceux qui, par contre, désirent conserver leurs prisonnières n'ont qu'à les leur rendre et leurs parts seront multipliées par six ».

Alors, les gens dirent : “ Nous sommes favorables au Messager d'Allah (SAW)”. Cependant, celui-ci dit : “ Nous ne distinguons pas parmi vous les satisfaits des non-satisfaits. Allez consulter vos responsables et ceux-ci décideront ». Après cela, les gens rendirent aux gens de Hawâzin leurs femmes et leurs enfants exception faite de Ouyayna ibn Hisn qui lui, refusa de rendre une vieille femme en sa possession, vieille femme qu'il rendit par la suite. Le Messager d'Allah (SAW) offrit des vêtements coptes à l’ensemble des prisonniers.

Oumra et retour à Médine

Après avoir partagé le butin à Al-Jou’râna, le Messager d'Allah (SAW) alla effectuer la Oumra et ensuite rentra à Médine après avoir nommé à la Mecque Itâb ibn Ousayd. Son retour et son arrivée à Médine se firent dans les 6 dernières nuits du mois de Thil-Qaada de l'an 8 de l'Hégire.

Sources

Non indiquées : article de l’ancien site, pas encore relu.

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