Aouzoubillahi mina chaytane ar radjim
Bismillahi Rahman Rahim
Allahoumma Sôlli Sallim Âmîne
Allahoumma Sôlli Sallim Âmîne
Allahoumma Sôlli Sallim Âmîne
« Aujourd’hui, J’ai parfait votre religion pour vous et J’ai accompli Mon bienfait sur vous. Et J’ai choisi l’islam comme religion, pour vous. » (Coran S5V3)
« Et Nous ne t'avons envoyé que comme une Miséricorde pour l'univers ». (S21V107)
ALLAH (SWT), dans Sa grande mansuétude et miséricorde n’a jamais dépourvu Sa création d’avertisseur et de guide. WA LILAHIL HAMD.
Le Prophète (SAW) est la dernière pierre de l’édifice de la Messagerie Divine et certainement la plus précieuse.
Donc chaque fois que l’humain a sombré dans les tréfonds du polythéisme, LE GENEREUX (SWT) nous a envoyé un câble, un luminaire, à savoir les Messagers (AS).
C’est donc dans un contexte de polythéisme majeur que surgit la Lumière pure, purifiante qu’est MOUHAMMAD (SAW) Mounîroune (SAW) pour sauver l’humanité toute entière.
I-LE CONTEXTE SOCIAL AVANT LA REVELATION
Plusieurs études ont récemment montré qu’aux V e -VIe siècles, le peuplement de la péninsule Arabique a connu un déclin marqué qui fait écho à la situation d’anarchie et de dénuement que décrit la Tradition arabo-musulmane. Ce phénomène a entraîné une transformation du système social en profondeur, donnant aux tribus d’Arabie le visage qu’on leur connaît lorsqu’elles se lancent à l’assaut du Proche et du Moyen-Orient. Parallèlement, certains font l’hypothèse d’un dépeuplement du Proche-Orient dans la seconde moitié du VIe siècle. Celui-ci a également été envisagé dans des régions périphériques à cette même période. Pour quelques-uns, le vide laissé par ce dépeuplement régional aurait favorisé l’expansion rapide de l’islam. On peut donc s’interroger sur l’étendue de ce déclin et sur ses causes. Faut-il y voir des phénomènes restreints traduisant des processus locaux ?
Est-ce le résultat de dynamiques politiques, économiques et environnementales à grande échelle, incluant l’empire byzantin, la Perse sassanide et des régions plus lointaines encore ? Ou bien sommes-nous résolument dans un phénomène global, à l’échelle de la planète ?
Dans un ouvrage intitulé Catastrophe. An investigation into the origins of the modern world (2000), le journaliste scientifique David Keys développa la thèse selon laquelle, en 535 de l’ère chrétienne, un nuage sombre recouvrit la surface du globe, provoquant une succession d’événements qui changèrent la face du monde.
L’éruption volcanique à l’origine de la tourmente altéra le climat, provoquant sécheresses et inondations. Les récoltes furent mauvaises et la peste se propagea. La Chine, morcelée entre les Dynasties du Nord et du Sud, sombra dans le chaos économique ouvrant la porte aux invasions du Nord et à l’unification d’un vaste empire par la dynastie Sui puis Tang. En Amérique centrale, la civilisation de Teotihuacan déclina, minée par des guerres intestines entre cités voisines. L’Empire romain d’Orient manqua de disparaître et l’Empire sassanide s’effondra, favorisant l’expansion de l’islam. Le visage de l’Europe se transforma. De l’effondrement des civilisations antiques émergèrent les civilisations du monde moderne. Anticipons sur nos conclusions à venir, une position aussi extrême n’est pas la nôtre. Il est néanmoins des convergences dans l’évolution des régions au voisinage de la péninsule Arabique sur lesquelles il convient ici de s’arrêter. Dans ce chapitre introductif, j’aimerais précisément revenir sur deux points qui ont émergé au cours des discussions : assistons-nous à un effondrement ou à une transformation des civilisations du Proche et Moyen Orient à la veille de l’islam d’une part ? La transition entre les périodes préislamique et islamique se caractérise-elle par une forte continuité ou doit-elle être perçue en termes de rupture d’autre part ?
Le déclin du peuplement à la veille de l’islam : phénomène global ou phénomène local ? Les marques d’un déclin de l’Arabie aux V e et VIe siècles Lors d’une précédente table ronde, tenue en 2006, archéologues et épigraphistes spécialistes de la péninsule Arabique avaient mis en avant les transformations profondes qui affectent le peuplement de la péninsule Arabique aux IVe -VIe siècles de l’ère chrétienne. Nous en synthétisons ici les principaux traits.
L’Arabie méridionale
En Arabie méridionale, de nombreuses villes de la bordure du désert intérieur sont abandonnées dès le IIIe siècle, sans que cela ne puisse être mis en relation avec un événement brutal. Shabwa, capitale de l’antique royaume du Hadramawt, est densément occupée jusqu’au IIIe siècle. À partir du début du IVe siècle, les traces d’une occupation se font plus rares : seuls subsistent les témoignages d’une occupation du « château royal » jusqu’à la fin du IVe siècle et de la pratique du culte monothéiste, vers le V e siècle. Au-delà de cette date, la ville n’est plus occupée. Ma’rib, capitale de l’antique royaume de Saba’, perd son rôle de centre politique à la suite de l’annexion du royaume de Saba’ par Himyar à la fin du IIIe siècle puis cesse de constituer un centre religieux majeur avec l’abandon des cultes polythéistes au cours du IVe siècle. La ville demeure un centre agricole régional majeur, entretenu par des monarques himyarites soucieux de légitimer leur pouvoir en s’inscrivant dans le passé glorieux du royaume de Saba’. Dans la seconde moitié du VIe siècle, avec la disparition du pouvoir himyarite et en l’absence d’une élite à même d’en assurer l’entretien, le système d’irrigation alimenté par un barrage unique n’est plus fonctionnel. L’oasis est presque entièrement désertée. Plus au nord, Qaryat al-Fāw, fondée vers la fin du IVe siècle avant J.-C., devient capitale du royaume de Kinda aux IIe et IIIe siècles de l’ère chrétienne. Le mobilier archéologique ne témoigne pas d’une occupation postérieure et la cité semble abandonnée au début du IVe siècle. Sur les hautes terres, des sites majeurs perdent également de leur importance au cours de cette période. C’est le cas de la capitale himyarite, Zafār qui, après une phase de croissance importante (IVe -V e siècles), connaît un déclin au VIe siècle, marqué par la destruction du palais royal Raydān, par la réoccupation d’un bâtiment prestigieux par des chaufourniers puis par le départ du pouvoir royal au profit de Sanaa, sous le règne d’Abraha.
D’autres grands centres tribaux de la région semblent abandonnés aux V e et VIe siècles, telles les villes de Sami’ān (aujourd’hui Masna’at Māriya), siège des princes de la tribu Muhaqra’, ou encore Yaklā (aujourd’hui an-Nakhlat al-Kamrā’), siège des princes de la tribu Samhar.
Sur la côte méridionale enfin, les ports de Sumhuram (actuel Khawr Rūrī) et Qāni’ (actuel Bi’r Alī) voient leur activité ralentir à la fin de la période préislamique avant d’être définitivement abandonnés, le premier au cours du V e siècle et le second un siècle plus tard. Ce sombre tableau montre la désertion des capitales des royaumes sudarabiques, des principaux centres tribaux et des centres portuaires et économiques. Il est toutefois atténué par le maintien en activité de quelques centres urbains. C’est en particulier le cas de trois d’entre eux : Aden, Sanaa et Najrān. Le port préislamique d’Aden (l’antique dhu-Tadanum) semble croître à partir du IIIe siècle, à la faveur du déclin des ports de Tihāma. Il occupe une place majeure dans les échanges maritimes avec la Méditerranée et le golfe Arabo-Persique ; il aurait été le port dominant de l’Arabie méridionale sous l’occupation perse de la fin du VIe -début VIIe siècle, si l’on en croit le témoignage d’al-Marzūqī au XIe siècle.
Sanaa (l’antique Sanaa) connaît une première phase de croissance du I er au IIIe siècle et partage, à la fin de cette période, le statut de capitale du royaume de Saba’ avec Ma’rib. Délaissée par le pouvoir à partir de l’annexion du royaume de Saba’ par Himyar, la ville renoue avec la fonction de centre politique au milieu du VIe siècle, lorsqu’Abraha y transfère le siège du pouvoir royal et y fait bâtir une cathédrale.
À la fin du VIe siècle, les satrapes perses élisent domicile dans cette ville. Sa croissance ne semble pas connaître de frein durant les périodes omeyyade et abbasside. L’histoire de Najrān (l’antique Nagrān) est également marquée par une première phase de croissance du IVe siècle avant au IIIe siècle après J.-C. au sein d’un espace fortifié. Par la suite, la ville fortifiée semble abandonnée au profit de la plaine alentour. La ville des VIe et VIIe siècles n’en est pas moins un centre politique, religieux et commercial de premier plan. L’importance que revêt alors la ville de Najrān transparaît dans la description par Ibn Hishām de la délégation des Najrānites qui se rend auprès du Prophète Muhammad (SAW) à Médine. Elle comportait alors un gouverneur, un Sayyid responsable du commerce et des affaires locales, un évêque, des cavaliers et des notables.
Par ailleurs, le tribut semestriel versé par les chrétiens de Najrān au Prophète (SAW) était de 1 000 pièces de vêtement d’une valeur d’une once d’argent et, en cas d’expédition au Yémen, la livraison de 30 cuirasses, de 30 lances, de 30 chameaux et de 30 chevaux. À côté de ces trois sites majeurs, on note la survivance de quelques bourgades au-delà du VIe siècle. Dans la vallée du Jawf au Yémen, si les nombreuses villes qui ponctuaient la vallée disparurent au tournant de l’ère chrétienne, deux d’entre elles parvinrent à se maintenir : l’antique Nashshān (as-Sawdā’) et Nashq (al-BayLā’). En l’absence de fouilles archéologiques, il est difficile de cerner dans quelle mesure ces deux villes furent ou non désertées à la veille de l’islam. Annexées par le royaume de Himyar, elles sont attestées au IVe siècle comme des centres agricoles fournissant des contingents à l’armée himyarite (inscription Ja 66521). Nashq est mentionné par Ammien Marcellin sous le nom de Nascos, à la fin du IVe siècle, dans la liste des sept cités majeures de l’Arabie Heureuse. Au VIe siècle, les deux villes seraient désignées, sous le terme hajarayn, dans le Livre des himyarites et dans l’inscription RIÉTH 195-II23.
Au X e siècle enfin, al-Hamdānī mentionne al-BayLāO comme l’une des citadelles du Jawf et désigne ses habitants sous le nom d’an-Nashqiyyūn, dérivé du nom antique du site. La survivance du nom antique du site dans celui de ses habitants va dans le sens d’une continuité de l’occupation.
Sur les hautes terres du Yémen enfin, nous observons un certain nombre de villes et bourgades antiques pour lesquelles il est impossible de déterminer la nature de l’occupation à la veille et au début de l’islam. Ces établissements n’ont pas fait l’objet de fouilles archéologiques ; ils apparaissent jusqu’aux IVe -VIe siècles dans les inscriptions sudarabiques comme des centres tribaux puis sont mentionnés par al-Hamdānī au X e siècle comme des places fortes. Ces sites sont toujours habités aujourd’hui : NāTi`, Baynūn, Ghaymān, Shibām al-Ghirās, Shibām-Kawkabān, Rayda. Il est probable que malgré l’absence de mention textuelle entre la fin de la période sudarabique et l’époque d’al-Hamdānī, ces sites demeurèrent des centres de peuplement d’importance variable. En résumé, nous notons qu’au cours des deux siècles qui précèdent l’avènement de l’islam, les villes majeures de l’Arabie méridionale sont abandonnées à l’exception de Sanaa, Aden et Najrān.
Nous notons également la survivance sur les hautes terres d’un certain nombre de bourgades pour lesquelles il n’est pas possible de déterminer l’évolution de l’occupation à la fin de l’Antiquité. L’Arabie orientale Les contributions récentes de D. Kennet, J. Cuny et M. Mouton ont montré que, sur le littoral du golfe Arabo-Persique et en péninsule d’Oman, le dépeuplement était plus prononcé qu’en Arabie méridionale et qu’il intervient dès les IIIe -IVe siècles.
Par l’absence de fouilles archéologiques, les deux villes saintes, la Mecque et Médine (antique Yathrib), ne sont connues que par les sources médiévales. De la première, les sources donnent l’image d’un profond dénuement à la fin de la période préislamique : la famine est endémique et les ressources naturelles manquent à ce point que le bois qui sert à la reconstruction de la Ka’ba à la fin du VIe siècle est récupéré sur l’épave d’un navire byzantin échoué. Seule Médine présente l’image d’une cité florissante à la veille de l’islam si l’on s’en tient à la description qu’en livre al-Samhūdī dans son Histoire de Médine (Wafā al-wafā bi- a6bār dār al-mu78afā). L’oasis compte alors plusieurs bourgades dont Yathrib, où se tient la place de marché, et Zuhra, où se concentrent les orfèvres. Des changements dans les pratiques économiques et culturelles Si l’on se limite à une approche strictement comptable de la période des IVe -VIe siècles, nous pouvons faire deux observations : celle d’une diminution sensible de la production épigraphique et celle de la fin d’une économie monétaire. Si aucun de ces deux changements n’est synonyme de déclin, ils sont en revanche le reflet des transformations que connaissent les civilisations de l’Arabie préislamique.
Le second changement significatif, est la démonétarisation de l’économie.
En Arabie du Sud, alors que de nombreuses séries monétaires en bronze et argent sont frappées entre le IIIe siècle avant et le IIIe siècle après J.-C.53, le royaume himyarite ne frappe plus de série significative à partir du IVe siècle.
En Arabie orientale, D. Kennet recense 1710 monnaies découvertes dans les niveaux hellénistiques et parthes des sites d’Arabie orientale contre 76 pièces de monnaie d’époque sassanide, dont 24 proviennent d’un même trésor daté du début de la période islamique. Ce phénomène peut aussi bien refléter un état de crise économique qu’une simple démonétarisation de l’économie au profit d’autres formes d’échanges.
Une série de facteurs à long ou à court terme peuvent être invoqués pour expliquer le déclin du peuplement, de l’économie et de la production épigraphique de l’Arabie durant les trois siècles qui précèdent l’avènement de l’islam. Tous ces facteurs sont étroitement liés et ils ne sont ici dissociés que pour les besoins de l’analyse.
Le facteur environnemental
Dans le milieu aride de la péninsule Arabique, les populations sédentaires vivent dans une situation de précarité permanente. Les cultures dépendent de systèmes d’irrigation dont la mise en eau est compromise par la moindre variation climatique. La succession de quelques années de sècheresse peut forcer des populations au départ. Les groupes nomades qui dépendent pour leur subsistance de ces communautés sédentaires auront alors à réorganiser un réseau d’échanges et d’interdépendance dans un climat de précarité susceptible de générer des conflits. Ce scénario semble précisément caractériser la péninsule Arabique à partir des IVe - V e siècles. Après trois siècles relativement humides, une période d’aridification a été mise en évidence au nord de la péninsule Arabique, sur les rives de la mer Morte, en Arabie orientale, sur les rives du golfe Arabo-Persique et en Arabie méridionale, dans la grotte de Hoti (Oman).
En Oman enfin, l’étude de spéléothèmes de la grotte de Qunf montre que, en dépit d’un hiatus dans la séquence entre 650 avant J.-C. et 550 après J.-C., les précipitations avaient atteint un niveau particulièrement faible entre 550 et 1000 après J.-C. ; les spéléothèmes de la grotte de Hoti confirment cette baisse des précipitations à partir du début du V e siècle de l’ère chrétienne dans le Nord de l’Oman.
Le facteur économique
D. Kennet mentionne la crise économique qui parcourt le monde romain au IIIe siècle comme une cause possible d’un ralentissement des échanges en Arabie orientale et donc du dépeuplement. Il souligne toutefois combien il est difficile d’établir un lien de cause à effet précis entre ces phénomènes. En Arabie du Sud et en mer Rouge, régions dépendantes du commerce maritime à longue distance, la crise économique méditerranéenne du IIIe siècle eut des répercussions : on y observe une recrudescence de la piraterie ainsi que le déclin, parfois l’abandon, de plusieurs sites portuaires. Mais les conséquences de cette crise sont moins un dépeuplement qu’une redéfinition des voies maritimes en direction de la Corne de l’Afrique, de l’Inde et du golfe Arabo-Persique, au détriment du Nord de la mer Rouge et de la Méditerranée.
Trois siècles plus tard en revanche, la marginalisation de la péninsule Arabique dans les réseaux commerciaux eut certainement des effets bien plus conséquents sur le déclin de l’activité économique. Procope de Césarée mentionne le fait qu’une large partie de la production indienne est alors captée par les marchands perses en direction du Golfe et de la Mésopotamie, échappant par-là aux commerçants d’Arabie et d’Éthiopie.
Par ailleurs, il apparaît dans son récit que dans la région d’Aden, les échanges maritimes étaient exclusivement dominés par les Axoumites au milieu du VIe siècle, non par les himyarites. Ainsi lorsque l’empereur Justinien Ier sollicita l’aide des rois d’Axoum et de Himyar dans sa lutte contre la Perse sassanide, il fut demandé que les marchands éthiopiens achètent la soie indienne afin de contourner le marché perse ; au roi de Himyar, l’aide demandée fut uniquement militaire.
Nulle intervention commerciale ne fut requise. Peut-être faut-il en déduire que les marchands sudarabiques ne tenaient plus qu’une place limitée sur les réseaux d’échanges internationaux. La baisse de l’activité du port de Qāni’ et l’abandon du port de Sumhuram à cette même époque reflète la coupure de l’Arabie du Sud d’avec les grands circuits commerciaux. La région est alors moins actrice du commerce maritime que simple intermédiaire ; la Perse sassanide captait une large partie des marchandises ; Axoum, la puissance régionale, exerçait une forte concurrence ; le royaume de Himyar était secoué par une crise politique qui devait déboucher sur son intégration au sein de l’empire perse à la fin du VIe siècle.
Ces facteurs économiques jouent certainement un rôle dans le dépeuplement observé dans la région à la veille de l’islam.
Le rejet d’un pouvoir supra-tribal
L’étude de la Tradition historique arabe, plus particulièrement des Ayyām al-=Arab (Journées des Arabes), menée par A. Korotayev et D. Proussakov montre une série de crispations autour des pouvoirs supra-tribaux et de la question de prélèvements excessifs à l’origine de nombreux affrontements entre pouvoir et tribus assujetties.
Korotayev et D. Proussakov voient dans ces tensions une cause supplémentaire de l’effondrement des structures politiques de l’Arabie préislamique : les tribus arabes auraient rejeté des structures politiques supra-tribales perçues comme une menace pour la survie des communautés en temps de crise. Si l’on considère la situation sociopolitique sous le seul angle de l’Arabie méridionale, l’étude archéologique et épigraphique révèle au VIe siècle des tensions fortes entre un pouvoir supra-tribal d’origine axoumite puis perse et des communautés tribales affaiblies par des difficultés environnementales, économiques et commerciales, sur lesquelles ce pouvoir perd progressivement toute légitimité. La conséquence de cette perte de légitimité fut, à l’échelle locale, la dissociation des tribus de cette structure sociopolitique dans laquelle elles ne se reconnaissaient plus, la perte d’attraction des centres du pouvoir et la désagrégation de l’armature urbaine. Le rejet de la forme monarchique du pouvoir fut durable et aboutit à l’élaboration de ce que A. Korotayev et D. Proussakov nomment un « “anti-royal” freedom-loving tribal ethos » codifié dans la Tradition arabo-musulmane et dans la poésie, ainsi qu’à l’élaboration d’une forme alternative d’autorité supra-tribale au VIIe siècle : la figure du PROPHETE (SAW).
Guerres et épidémies :
Des crises ponctuelles qui précipitent les événements
Les explications du déclin de l’Arabie à la fin de la période préislamique mises en avant jusqu’à présent sont profondes et durables. Ces différents phénomènes suscitèrent des conflits armés et favorisèrent la diffusion d’épidémies, notamment la peste de Justinien à partir de 54174. La peste et la guerre ne sauraient, à elles seules, expliquer le déclin d’une région aussi vaste que la péninsule Arabique, sur une période aussi longue.
Mais de tels épiphénomènes ont pu localement accélérer ou précipiter le déclin régional.
Le Proche-Orient connaît-il un déclin comparable à celui de l’Arabie ?
Le déclin parfois évoqué dans les régions voisines du Levant et de Syrie au VIe siècle débouche logiquement sur la question suivante : le déclin de l’Arabie au VIe siècle doit-il être perçu comme une manifestation régionale d’un phénomène plus large ? Si le déclin de l’Arabie au VIe siècle ne fait guère de doute, celui du Proche-Orient est plus discutable.
Un grand nombre de sites décroissent et/ou sont abandonnés au cours de cette période. La ville de Pétra, dans le sud de la Jordanie, disparaît au profit de petits villages agricoles.
Une épidémie ou un tremblement de terre expliquent difficilement l’effondrement d’une civilisation. La capacité de résilience d’une population permet de surmonter les crises épisodiques, à moins que des phénomènes plus durables n’aient sapé les fondations de la structure sociale et de l’économie régionale. Ce sont ces phénomènes durables qu’il faut analyser. Au Proche-Orient, deux phénomènes à long terme peuvent, conjugués aux épisodes catastrophiques ponctuels, expliquer le dépeuplement. Ce sont d’une part une évolution climatique, d’autre part des difficultés économiques.
La conjugaison de ces phénomènes explique la faible résilience des populations côtières, dépendantes des marchés méditerranéens et directement exposées aux épidémies de peste, dont les navires furent un vecteur majeur, ainsi que des populations des marges arides à la fois dépendantes des marchés méditerranéens et fortement exposées aux difficultés que purent entraîner un enchaînement de saisons sèches. Ceci explique également pourquoi les régions de l’intérieur du Bilād al-Shām furent moins exposées. Les conséquences de catastrophes ponctuelles (épidémie, disette, invasion) furent plus durement ressenties par des populations affaiblies par un contexte environnemental et économique défavorable. Des crises régionales aux causes diverses et d’ampleur variable.
Le passage en revue de l’évolution du peuplement en Arabie et au Proche-Orient montre qu’il n’y a pas un dépeuplement généralisé à la veille de l’islam mais une variété de situations qui résultent de facteurs endogènes et exogènes à long terme et qui se précipitent sous l’effet d’événements ponctuels. La cause unique qui serait à l’origine de ces phénomènes n’existe pas. Aussi, plutôt que de mentionner un déclin général de l’ensemble de la région, nous pouvons tenter de nuancer le propos par l’usage d’un vocabulaire plus juste, suivant les définitions proposées par N. Yoffee et G. L. Cowgill.
Aux IIIe -IVe siècles, l’Arabie orientale connaît un véritable effondrement (collapse) du peuplement avec l’abandon de la très grande majorité des sites d’habitat pour des raisons économiques et environnementales qui n’affectent qu’à la marge le Proche-Orient et l’Arabie méridionale. En Arabie du Sud et en Arabie centrale, c’est une lente dégradation de la situation environnementale, économique, politique et sociale tout au long du VIe siècle qui aboutit à un déclin du peuplement d’une part et à un morcellement politique d’autre part : la monarchie himyarite de plus en plus centralisée et son vassal, le royaume de Kinda, s’effondrent pour laisser place à une myriade de communautés tribales autonomes.
Une nouvelle élite tribale apparaît, qui s’appuie sur des réseaux économiques localisés dans les régions de Najrān, de la Mecque et de la Yamāma. Ce déclin du peuplement, ce morcellement politique qui se traduit par la disparition d’une structure politique vieille de plusieurs siècles mais aussi l’abandon des panthéons tribaux traditionnels, de l’écriture sudarabique dans la seconde moitié du VIe siècle et l’abandon progressif des langues sudarabiques comme langues de communication sont autant d’éléments qui conduisent à la disparition de la civilisation sudarabique. Mais les éléments constitutifs de cette civilisation disparaissent au cours d’une période longue de deux siècles. Il ne s’agit donc pas tant d’un effondrement brutal de la civilisation sudarabique que de sa dissolution et de la redéfinition progressive des systèmes religieux, économiques, politiques et sociaux vers des formes nouvelles.
Dans le Proche-Orient enfin, des changements en profondeur ne se font jour que dans la seconde moitié du VIe siècle et s’observent essentiellement dans la moitié occidentale de la région. Si certains des facteurs qui accélèrent ces changements ont aussi été soulignés en Arabie – le facteur environnemental notamment –, ils sont généralement distincts : affaiblissement du commerce maritime, invasions perses, séismes ou répliques régulières des épidémies de peste.
L’enchaînement de ces événements conduit au déclin du peuplement et au délabrement des formes de la cité classique lié à la fuite des élites traditionnelles ainsi qu’à un rééquilibrage des centres du pouvoir et de peuplement de la région côtière vers l’intérieur des terres, un siècle avant la conquête arabe.
Dans l’intérieur de la Syrie et en Jordanie aux VIe -VIIe siècles enfin, nous n’observons ni dépeuplement, ni effondrement d’un système social mais plutôt une redéfinition de la carte des centres de pouvoir et des réseaux commerciaux, ce qu’A. Walmsley définit comme un “changement dans la continuité” (continuity of change).
Les différentes contributions à cet ouvrage prolongent cette image d’une transformation de l’Afrique orientale et du Moyen-Orient à la veille de l’islam et non celle d’un déclin global tel que l’envisage D. Keys ou d’une cascade de dominos dans laquelle le déclin d’une région entraînerait nécessairement celui de la région voisine. James Howard-Johnston nous montre que c’est moins un affaiblissement des empires sassanides et byzantins qui conduit à leur disparition de la carte du Moyen-Orient que l’apparition d’une troisième puissance rivale au nord, le khaganat turc, ainsi qu’à la capacité d’organisation des armées musulmanes et au moteur idéologique qui les entraîne.
Włodzimierz Godlewski dresse le portrait d’un Soudan dominé au VIe siècle par un royaume en pleine expansion, le royaume de Makuria, dont l’existence se maintient jusqu’au XIIIe siècle par le biais d’un accord qui lui permet de rester en marge du Dār al-Islām. David W. Phillipson revient sur le déclin du royaume d’Axoum (fin VIe -VIIe siècles), postérieur à celui de l’Arabie ou du Proche-Orient. Il précise les causes du repli de l’État axoumite sur lui-même : dégradation environnementale de la région d’Axoum d’origine humaine ; dépréciation monétaire liée à une expansion trop rapide du royaume ; contrôle croissant des Arabes sur la mer Rouge et tarissement des débouchés commerciaux. Mark Horton met en avant la fondation d’établissements portuaires sur la côte est de l’Afrique à partir du début du VIe siècle dont l’existence est motivée par l’ouverture de débouchés commerciaux dans les régions du golfe Arabo-Persique et de l’Inde. Il souligne la pérennité de ces établissements.
Quant au dépeuplement de l’Inde, de nouvelles études doivent en préciser la nature avant que des conclusions ne puissent être tirées. - deuxièmement, lorsque le déclin du peuplement s’observe, il n’est jamais la conséquence d’un phénomène unique et s’explique le plus souvent par des évolutions locales à long terme. - troisièmement, il ne faut pas nier que l’évolution du peuplement d’une région influa sur le devenir des régions voisines ; il ne faut pas non plus nier que les conséquences de plusieurs phénomènes eurent des répercussions dans l’ensemble du Moyen-Orient, de l’Afrique, de l’Arabie et de l’Inde aux VIe et VIIe siècles (la transformations des routes commerciales, la montée en puissance du khaganat turc, la conquête musulmane et, dans une certaine mesure, une évolution 22 environnementale défavorable). Les conséquences s’exprimèrent diversement selon les régions, pas nécessairement de manière négative.
L’avènement de l’islam : rupture ou continuité ?
L’histoire de la Méditerranée orientale et du Proche-Orient a pu être présentée sous la forme simplifiée d’une alternance cyclique entre des périodes d’apogée et d’expansion de grandes civilisations et des périodes obscures qui marquent l’effondrement de ces civilisations, les Dark Ages. L’un de ces âges sombres marquerait la fin de l’âge du bronze (XIIIe -XIIe siècles avant J.-C.); pour certains, les VIe -VIIe siècles de l’ère chrétienne en constitueraient un autre, marqué par l’avènement d’une nouvelle ère, l’hégire dans la Tradition arabo-musulmane, l’ère moderne pour d’autre.
L’avènement d’une nouvelle ère dite de l’hégire (ar. hijra : exil, migration, rupture) consacre, au sens propre comme au sens figuré, la rupture avec les temps antérieurs. La Tradition arabo-musulmane oppose la période préislamique qualifiée de “temps de l’Ignorance” (Jāhiliyya) à la période islamique et introduit cette césure. Cette notion de rupture se retrouve, dans une moindre mesure, dans la définition de nos champs disciplinaires : ne distingue-t-on pas l’archéologie islamique de l’archéologie de l’Orient ancien ou hellénisé ? L’histoire de l’Antiquité tardive et de celle de l’islam ? Si cette distinction trouve sa justification dans l’usage d’une documentation spécifique et d’outils méthodologiques distincts, elle n’en contribue pas moins à tracer une limite nette et à dresser des barrières virtuelles entre deux périodes de l’histoire. Enfin, les études qui mettent en avant le déclin du peuplement au Proche-Orient et en péninsule Arabique à la veille de l’islam pourraient être perçues comme les vecteurs de cette idée de rupture. Ceci n’est généralement pas leur propos et percevoir ce déclin comme la marque de la fin d’une époque relève à mon sens de la surinterprétation des données. Les indices d’une continuité entre les périodes préislamique et islamique sont nombreux et peuvent être regroupés en deux catégories.
Tout d’abord, plusieurs études montrent la longévité de nombreux traits des sociétés de l’Antiquité tardive qui caractérisent le Proche-Orient et la péninsule Arabique aux premiers siècles de l’hégire : - le christianisme demeure bien ancré dans la région du Proche-Orient jusqu’aux IXe siècles. La contribution de Robert Carter à cet ouvrage montre notamment que la présence des monastères nestoriens dans le golfe Arabo-Persique ne se limite pas à la seule Antiquité tardive mais perdure jusqu’au IXe siècle.
Par ailleurs, la continuité apparaît dans la place que tient l’héritage préislamique dans la culture arabo-musulmane. Celle-ci n’émerge pas soudainement au cours du VIIe siècle au sein d’une population qui passerait de la Jāhiliyya (temps de l’Ignorance) à un âge de raison.
Nombre de traits culturels sont hérités des périodes antérieures :
La permanence du système tribal d’Arabie méridionale, en dépit d’une évolution des lignages au sein même des tribus, évoquée dans la contribution de Christian Robin à cet ouvrage ; - l’émergence d’une identité arabe, qui se manifeste dès le IIe siècle116 ; - l’ancienneté des pratiques religieuses aniconiques en péninsule Arabique - la familiarité avec les religions monothéistes et leur vocabulaire en raison d’un ancrage ancien du monothéisme en Arabie et dans le Golfe; - le rôle joué par le sanctuaire de la Mecque dès la période préislamique. Certes, l’histoire des tribus d’Arabie centrale s’accélère au VIIe siècle. Les transformations des réseaux commerciaux maritimes au VIe siècle et l’effondrement des royaumes qui contrôlaient l’économie ont favorisé le développement d’un réseau commercial transarabique centré sur la Mecque et dépendant d’une entente tribale à la fin du VIe siècle. Un contexte perturbé favorise le rejet de l’autorité monarchique et l’émergence de Prophètes « rahmanistes » qui offrent une forme alternative d’autorité supra-tribale et répondent aux attentes du moment.
Ces mouvements prophétiques préservent à la fois l’héritage du paganisme ancestral en y introduisant un vocabulaire et des concepts monothéistes. Une nouvelle foi galvanise les troupes et motive la conquête de nouveaux territoires. Celle-ci aurait été le moteur de la victoire sur les armées perses et byzantines (voir la contribution de James Howard-Johnston).
Lorsque le Saint Prophète (SAW) vint au monde, presque toute l’Arabie était idolâtre. Les Arabes descendaient pourtant d’Abraham (AS) et savaient que leur ancêtre avait prêché le monothéisme, mais ils se livraient malgré tout aux pratiques polythéistes, invoquant pour cela le fait que certains êtres humains ont avec Dieu un contact particulièrement étroit qui leur permet d’intercéder en faveur des autres. Puisqu’il est difficile aux hommes ordinaires d’atteindre Dieu, d’autres doivent servir d’intermédiaires afin de gagner Son plaisir et d’obtenir Son aide. Ils allaient donc ainsi combiner leur révérence pour Seydina Abraham (AS) avec leurs propres croyances polythéistes.
Seydina Abraham (AS), disaient-ils, était un saint homme. Il put atteindre Dieu sans intercession, alors que les Mecquois ordinaires ne pouvaient le faire. Ces derniers avaient donc fait, de personnes saintes et droites, des idoles qu’ils adoraient et auxquelles ils faisaient des offrandes afin de plaire à Dieu par leur intermédiaire.
Depuis déjà longtemps, aucun guide monothéiste ne leur était venu, et une fois enracinée, l’idolâtrie ne connaît plus de bornes : le nombre de dieux s’accroît sans cesse.
On dit qu’à l’époque de la naissance du Prophète (SAW), la Ka‘ba, mosquée sacrée de l’Islam et maison du culte bâtie par Seydina Abraham (AS) et son fils Ismaël (AS), contenait à elle seule trois cent soixante idoles. Il semble que les Mecquois avaient une idole pour chaque jour de l’année lunaire. Dans d’autres grands centres se trouvaient d’autres idoles, en sorte qu’on peut dire que toute l’Arabie était plongée dans le polythéisme.
D’autre part, les Arabes cultivaient jalousement leur tradition orale et veillaient à son progrès. Par contre, leurs ambitions intellectuelles étaient modestes : ils ne connaissaient rien de l’histoire, de la géographie ou des mathématiques. Il n’y avait pas une seule école dans toute l’Arabie - on dit même qu’à La Mecque, seules quelques personnes savaient lire et écrire. Mais, comme les Arabes étaient un peuple du désert qui devait se guider à travers les sables sans points de repère, ils centraient tout leur intérêt sur l’astronomie.
Sur le plan moral,
Les Arabes étaient un peuple contrasté : ils avaient des défauts exécrables et, en même temps, des qualités admirables. Ils s’adonnaient par exemple, à la boisson avec excès ; s’enivrer et perdre le contrôle de soi-même n’étaient pas pour eux un vice mais une vertu. Leur conception de l’homme arabe idéal était que celui-ci devait inviter ses amis et voisins à des beuveries : tout homme riche devait faire de telles invitations cinq fois par jour. Les jeux de hasard étaient leur sport national, mais ils en avaient fait un art raffiné : ils ne jouaient pas pour s’enrichir, car on attendait des gagnants qu’ils régalent leurs amis. En temps de guerre, les fonds étaient assurés grâce au jeu. Les tribus arabes se réunissaient et organisaient de grands jeux. Le gagnant devait prendre en charge la majeure partie des dépenses de guerre. Même de nos jours, il existe des bons de la défense nationale pour collecter des fonds en vue de la guerre.
Leur occupation principale était le commerce, et à cette fin, ils envoyaient leurs caravanes dans des pays aussi éloignés que l’Abyssinie, la Syrie, la Palestine et même l’Inde. Les plus riches étaient grands amateurs d’épées indiennes. Leurs besoins vestimentaires étaient largement couverts par le Yémen et la Syrie.
Les centres commerciaux étaient les villes. Le reste de l’Arabie, à l’exception du Yémen et de quelques régions du nord, était bédouin. Les nomades n’avaient pas d’installations permanentes ni de lieux fixes d’habitation. Les tribus s’étaient divisé le pays, de sorte que chacune pouvait circuler librement dans les territoires qui lui étaient impartis. Lorsque l’eau venait à manquer, on se déplaçait pour aller s’installer plus loin. Leur capital consistait en moutons, chèvres et chameaux. Avec la laine, ils faisaient des étoffes, et avec les peaux, des tentes ; le reste était vendu sur le marché. L’or et l’argent n’étaient pas inconnus, mais il était certainement très rare que quelqu’un en possède. Les pauvres et les gens ordinaires se servaient de petits coquillages et de substances au parfum doux pour se parer. Les graines de melon étaient nettoyées, séchées et enfilées en colliers.
Pour ce qui est de la moralité, les crimes de toutes sortes étaient chose courante. Le vol était rare, mais le brigandage très répandu, car attaquer et déposséder son prochain était considéré comme un droit de naissance.
Dans cette société arabe, la femme n’avait ni statut ni droits. Il était tenu pour honorable de mettre à mort les filles nouveau- nées. C’est, cependant, une erreur de croire que l’infanticide se pratiquait sur une grande échelle, car une institution aussi dangereuse n’aurait pu se pratiquer dans un pays sans signifier l’extinction du peuple. La vérité est, qu’en Arabie, comme d’ailleurs en Inde ou dans tout autre pays où l’infanticide a existé, il a été limité à certaines familles. Celles qui le pratiquaient avaient soit une idée imbue de leur statut social, soit des nécessités particulières. Peut-être ne pouvaient-elles pas trouver de prétendants convenables pour leurs filles, et que sachant cela, elles préféraient les mettre à mort dès leur naissance, soit en les enterrant vivantes, soit en les étouffant. Le mal de cette institution résidait plus dans sa sauvagerie et sa cruauté que dans ses effets sur le plan démographique. Seule la vraie mère était considérée comme une mère dans la société arabe. Les belles-mères n’avaient pas le statut de mère et rien n’empêchait un beau-fils d’épouser sa belle-mère à la mort de son père.
Les mariages polygames étaient très répandus et le nombre de femmes qu’un homme pouvait prendre était illimité.
De même, un homme pouvait prendre pour femmes plusieurs sœurs en même temps.
Le pire traitement était réservé, en cas de guerre, aux combattants vaincus. Au plus fort de la haine, ils n’hésitaient pas à dépecer le corps des blessés, à en extraire certaines parties et à les manger comme des cannibales. (Exemple de Hind bint Outba)
Ils n’hésitaient pas non plus à mutiler le corps de leurs ennemis : couper le nez ou les oreilles ou énucléer un œil était une forme de cruauté couramment pratiquée. L’esclavage était répandu, et les tribus faibles étaient souvent soumises. L’esclave n’avait aucun statut : son maître faisait de lui ce qu’il voulait. Aucune sanction ne pouvait être prise contre un maître qui maltraitait son esclave : il pouvait le tuer sans avoir à répondre de son crime. Même s’il tuait l’esclave d’un autre, il n’était pas passible de mort, et tout ce qu’on lui demandait était une compensation convenable. Les femmes esclaves servaient à satisfaire les désirs sexuels. Les enfants nés de telles unions étaient également traités comme des esclaves et leurs mères demeuraient esclaves.
Pourtant, ils possédaient certaines vertus, entre autres la bravoure, qui atteignait parfois un niveau remarquable.
Par contre, ces gens honoraient plus que quiconque la parole donnée : si quelqu’un allait voir un grand chef ou une puissante tribu pour demander sa protection, ce chef, ou cette tribu, était tenu sur l’honneur de protéger cette personne, faute de quoi la tribu était proscrite dans toute l’Arabie. Les poètes jouissaient d’un grand prestige et étaient honorés comme des leaders nationaux, car on attendait d’un chef qu’il fût éloquent, et même, qu’il sût composer des vers. Le sens de l’hospitalité s’était développé en vertu nationale.
En arrivant aux tentes des chefs d’une tribu, un voyageur isolé était traité comme un invité d’honneur, quel que fût son rang. Il suffisait de savoir qu’un visiteur était arrivé : les meilleurs animaux étaient tués pour lui et on lui montrait la plus grande considération. La visite, quel que fût l’hôte, signifiait pour la tribu un accroissement de prestige et de position. C’était donc un devoir d’honorer le visiteur afin de s’honorer soi-même.
C’est donc dans un tel monde qu’émergea le JOYAU ETINCELANT, LE FLAMBEAU ILLUMINATEUR (SIRAJOUNE MOUNIR), LA MISERICORDE ADRESSEE A L’UNIVERS (RAHMATANE LIL ALAMINE), LE SAINT PROPHETE MOUHAMMAD (SAW)


