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SIRA 5 – [Partie 11/15] LA MISSION UNIVERSELLE DU BIEN AIMÉ PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)

« Par Dieu ! C’est le Prophète dont vous menaçaient les juifs ! Ne les laissez donc pas vous devancer vers lui ! »

Intermédiaire · 19 min de lecture · 4 septembre 2023

Ancien article · non reluArticle repris tel quel de l’ancien site Solisalim (publié le 4 septembre 2023). Il n’a pas encore été relu par le comité savant.

Les deux serments d’allégeance d’Al-`Aqabah

L’événement du Voyage Nocturne et de l’Ascension augmenta la foi et la certitude des musulmans, et renforça leur assurance que Dieu — Exalté soit-Il — ferait triompher Sa religion. Inversement, ceux qui avaient une foi vacillante renoncèrent à leur religion. Cet événement fut tel une épreuve permettant de distinguer les véridiques ayant une foi solide, des personnes incertaines et irrésolues...

De son côté, Quraysh profita de cette opportunité pour intensifier sa persécution des musulmans afin qu’ils retournent à la religion de leurs ancêtres, comme d’autres l’avaient fait. Par ailleurs, voyant comment Quraysh traitait les musulmans et ceux qui les soutenaient, les tribus des alentours de la Mecque préférèrent préserver leurs intérêts commerciaux avec Quraysh, et se détournèrent davantage du Prophète — paix et bénédictions sur lui — et de son message. Cependant, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — et ses compagnons gardèrent leur certitude et leur confiance en la victoire de Dieu et en Sa promesse de faire triompher Sa religion sur toute autre religion.

Puis arriva la saison du pèlerinage. Un groupe de gens de la tribu d’Al-Khazraj se quitta Yathrib pour se rendre à la Mecque. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les rencontra et apprit à cette occasion qu’une forte animosité régnait entre leur tribu et celle d’Al-Aws en raison des complots, des machinations et de la division qu’entretenaient les juifs entre les deux tribus, afin que celles-ci ne s’unissent pas contre eux et qu’elles restent occupées à se livrer la guerre mutuellement, laissant aux juifs le monopole de l’agriculture, du commerce et de l’économie.

La dernière bataille qui avait opposé les deux tribus fut celle de Bu`âth. Les combats y furent acharnés et les deux parties essuyèrent de lourdes pertes humaines et financières. Ce fut à la suite de cette bataille qu’Al-Khazraj décida de profiter de la saison du pèlerinage pour envoyer ce groupe de gens à la Mecque avec pour mission d’y trouver des alliés contre leurs ennemis de la tribu d’Al-Aws.

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les invita alors à embrasser l’islam qui réconcilie les cœurs, prône le rejet des rancunes et des ressentiments et appelle à la restauration de la paix entre les gens. Ils acceptèrent et lui dirent : « Nous avons abandonné notre peuple alors qu’il est déchiré par une animosité sans précédent... Puisse Dieu faire que tu sois son unificateur. Si (Dieu) le réunit autour de toi, alors nul homme ne sera plus puissant que toi. » D’autres se dirent : « Par Dieu ! C’est le Prophète dont vous menaçaient les juifs ! Ne les laissez donc pas vous devancer vers lui ! » En effet, les juifs de Yathrib leur disaient chaque fois qu’un différend les séparait : « Peu s’en faut pour qu’un Prophète soit investi de sa mission... Nous le suivrons alors et vous tuerons comme `Âd et Iram furent tués... ».

Puis ce groupe de gens s’en retourna à Médine. Deux d’entre eux appartenaient au clan des Banû An-Najjâr, les oncles maternels de `Abd Al-Muttalib, le grand-père du Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Ils annoncèrent à leur peuple leur conversion à l’islam et suscitèrent de nombreuses conversions.

Une année s’écoula et la saison du pèlerinage arriva de nouveau. Douze hommes parmi les habitants de Yathrib vinrent à la rencontre du Prophète — paix et bénédictions sur lui — à Al-`Aqabah. Ils lui firent allégeance et lui prêtèrent serment de ne rien associer à Dieu, de ne pas voler, de ne pas se livrer à la fornication, de ne pas tuer leurs enfants, de ne commettre aucune infamie entre leurs mains ni entre leurs jambes et de ne point lui désobéir lorsqu’il leur commande le convenable ; quiconque s’y tiendra aura le Paradis comme récompense, et quiconque manque à l’un de ces engagements, son affaire est du ressort de Dieu : selon Son bon vouloir, Il le châtiera ou lui pardonnera.

Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — envoya avec eux Mus`ab Ibn `Umayr à Médine afin qu’il leur enseigne l’islam, leur inculque une bonne compréhension de la religion et leur apprenne à psalmodier le Coran. Il fut véritablement un excellent ambassadeur auprès des habitants de Yathrib puisqu’il ne laissa aucune maison d’Al-Aws ou d’Al-Khazraj sans que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — n’y soit évoqué.

C’était le 1er pacte de Aqaba.

Le pacte de 'AQABA II 

L'année suivante, un bon nombre de musulmans des Ançâr partirent en pèlerinage avec ceux de leur tribu qui étaient restés dans le paganisme. Arrivés à La Mecque, ils prirent rendez-vous avec le Prophète à 'Aqaba. Ka'b ibn Mâlik racontait : nous avions emmené avec nous l'un de nos notables, Abdallah ibn 'Amr Abû Jâbir. Personne de notre tribu ne connaissait notre conversion à l'islam. Nous avions dit à Abû Jâbir : « Tu es l'un de nos notables et nous ne souhaitons pas que, dans ton paganisme, tu serves demain de bois pour le feu de l'Enfer. Nous t'appelons à embrasser l'islam et à venir au rendez-vous que nous avons avec le Prophète à 'Aqaba. » Il se convertit et prit part avec nous à la réunion de 'Aqaba. Ka'b ibn Mâlik racontait : nous dormîmes cette nuit-là parmi les gens de notre clan. Le tiers de la nuit s'étant écoulé, nous quittâmes furtivement le campement, glissant comme des cailles sur la pointe des pieds. Nous nous retrouvâmes à 'Aqaba, soixante-treize hommes et deux de nos femmes. Nous attendîmes l'Envoyé de Dieu. Il arriva, accompagné de son oncle 'Abbâs, qui était à cette époque encore païen, mais qui avait tenu à prendre part à l'entreprise de son neveu et à lui servir en quelque sorte de caution. En début de séance, 'Abbâs nous dit : « Vous connaissez la place que Muhammad tient parmi nous. Nous l'avons protégé contre notre propre tribu. Mais il a tenu à prendre votre parti et à vous rejoindre. Si vous pensez tenir votre promesse et le défendre contre ses ennemis, prenez-en la responsabilité. Si, au contraire, une fois qu'il sera chez vous, vous le lâchez et le livrez à ses ennemis, il faut, dès à présent, le laisser tranquille : il jouit d'une place honorable dans son clan et d'une protection dans son propre pays. » Ka'b ibn Mâlik racontait : après avoir écouté 'Abbâs, nous demandâmes au Prophète de parler. Il fit une récitation du Coran et nous appela à suivre la voie de Dieu et celle de l'islam. Puis il dit : « Je vous engage à me protéger, comme vous protégez vos femmes et vos enfants. » Al-Barrâ' ibn Ma'rûr le prit par la main et lui dit : « Oui, au nom de Dieu qui t'a envoyé comme Prophète de vérité, nous te protégerons comme nous protégeons nos familles. Donne-nous ton engagement. Nous sommes, de père en fils, des hommes de poigne et de guerre. » Abû-l-Haytham ibn Tayhân intervint : « Envoyé de Dieu, entre les hommes de Médine et nous, il y a des liens et nous devrons les couper. Mais si nous faisons cela et que Dieu te donne la victoire, peut-être seras-tu tenté de nous abandonner et de revenir à ton peuple ? » Le Prophète sourit et dit : « Mais votre sang est le mien, votre destruction est la mienne ! Je suis des vôtres et vous êtes des miens. Je combats qui vous combattez et fais la paix avec qui vous la faites. Que douze hommes, responsables devant leurs clans, s'avancent vers moi. »

Douze chefs s'avancèrent, neuf des Khazraj et trois des Aws. Le Prophète leur dit :

– Vous vous portez garants des hommes de votre clan, tout comme les Apôtres le furent de Jésus fils de Marie et comme moi, je le suis de mon peuple (les musulmans).

– Oui, nous nous portons garants.

– Savez-vous à quoi vous vous engagez avec cet homme ? leur demanda 'Abbâs ibn 'Ubâda.

– Oui, nous le savons.

– Vous vous engagez à combattre tout homme, qu'il soit blanc ou noir. Si vous pensez le lâcher dès que vos notables seront tués et vos biens spoliés, abstenez-vous dès à présent. Mais si, au contraire, vous pensez tenir votre engagement, suivez cet homme, c'est le choix le meilleur et dans cette vie et dans l'au-delà.

– Nous le suivrons. Puis ils dirent :

– Envoyé de Dieu, qu'aurons-nous si nous tenons nos engagements ?

– Le Paradis.

– Tends la main, dirent-ils. Il tendit sa main et ils scellèrent l'engagement. Ka'b ibn Mâlik poursuivait : le Prophète nous ordonna alors de rejoindre nos campements.

– Si tu le veux, promit 'Abbâs ibn 'Ubâda, nous nous jetterons demain avec nos sabres sur les habitants de Mina.

– Non, répondit le Prophète. Nous n'en avons pas reçu l'ordre. Mais revenez à vos campements.

Nous y revînmes et y passâmes la nuit. Le lendemain matin, les notables des Quraych vinrent nous dire : « Nous avons appris que vous êtes allés voir notre homme pour conclure avec lui un pacte de guerre contre nous. Il n'est aucun quartier arabe, croyez-le bien, avec lequel il nous soit plus pénible d'être en guerre que de l'être avec vous. » Les païens de notre groupe se mirent à nier et à jurer que rien de tout cela ne s'était passé et qu'ils n'avaient rien entendu de tel. Ils disaient vrai, car ils n'étaient au courant de rien. Quant à nous, nous nous regardions en silence. Les pèlerins quittèrent Mina et les Quraych, après enquête, eurent la confirmation du pacte entre Muhammad et les Khazraj. Ils se lancèrent à la poursuite des Médinois et rattrapèrent Sa'd ibn 'Ubâda, qui était leur chef. Ils le saisirent, lui attachèrent les mains sur le cou et le ramenèrent à La Mecque ; tantôt ils le poussaient à coup de poing et tantôt ils le tiraient par les cheveux, qu'il avait en abondance. Sa'd racontait : tandis que j'étais dans leurs mains, arriva un groupe des Quraych parmi lesquels se trouvait un homme bien mis, de teint clair et de belle apparence. Je me dis au fond de moi-même : « S'il y avait parmi ces gens un homme de bien, ce ne pouvait être que celui-là. » Mais quelle ne fut pas ma déception lorsqu'il s'approcha de moi et me donna un violent coup de poing. Au milieu de ces hommes qui me battaient et me traînaient de toutes parts, quelqu'un s'approcha et me glissa à l'oreille :

– Malheureux, n'as-tu avec personne des Quraych un accord de protection ?

– Si, lui répondis-je. J'accordais dans mon pays mon asile à des commerçants qui travaillaient pour Jubayr ibn Mut'im et Hârith ibn Harb et je les protégeais contre toute agression.

– Crie donc leur nom à haute voix.

Ce que je fis. L'homme alla les chercher et les trouva dans le Sanctuaire près de la Ka'ba. Dès qu'ils surent mon nom, ils accoururent et me délivrèrent des mains des Quraych.

Revenus à Médine, les Ançâr pratiquèrent publiquement l'islam. Quelques vieillards cependant restaient fidèles à leur paganisme, comme 'Amr ibn alJamûh, alors que son fils Mu'âdh avait participé à la réunion de 'Aqaba et à la conclusion du pacte avec le Prophète. 'Amr était un des notables des Banû Salama. Il dressait dans sa maison, comme le faisaient les notables, une statue en bois appelée Manâ. Lorsque les jeunes gens des Banû Salama se convertirent à l'islam, ils prirent l'habitude d'aller la nuit prendre la statue de 'Amr et de la jeter, tête la première, dans l'une des fosses d'aisances des Banû Salama. À son réveil, 'Amr s'écriait : « Malheureux, qui a agressé nos divinités cette nuit ? » Et il se précipitait à sa recherche. Lorsqu'il la retrouvait, il la lavait, la purifiait, la parfumait et la redressait à sa place. La nuit suivante, tandis que 'Amr était endormi, les jeunes gens recommençaient leur manège. Outré par ces profanations, 'Amr prit son sabre et le suspendit au cou de l'idole, lui disant : « Je ne sais vraiment pas qui te profane de la sorte. Si tu en as la capacité, défends-toi avec ce sabre. » La nuit suivante, pendant que 'Amr dormait, les jeunes gens se précipitèrent sur la statue, lui arrachèrent l'épée du cou, l'attachèrent avec une corde à un chien mort et les jetèrent tous les deux au fond d'un puits. À son réveil, 'Amr suivit la statue à la trace et vit dans quel état était son idole. À ce moment, les musulmans de sa tribu lui parlèrent et lui ouvrirent les yeux sur son erreur. Il se convertit à l'islam avec la grâce de Dieu et fut un bon musulman.

Ibn Hichâm dit : avant le second pacte de 'Aqaba, le Prophète n'avait pas eu l'autorisation de déclarer la guerre ni de faire couler le sang. Il lui était seulement ordonné de prier Dieu, de supporter les vexations et de pardonner à ceux qui étaient dans l'ignorance. Les Quraych persécutaient les disciples du Prophète : les uns étaient détournés de leur foi ; d'autres étaient pris et torturés ; d'autres avaient fui les tortures en se réfugiant en Abyssinie, à Médine ou ailleurs. Les douze Ançâr qui avaient conclu un pacte avec le Prophète à la première réunion de 'Aqaba, appelé le pacte des femmes, s'étaient engagés à lui obéir en toute circonstance, à ne pas se révolter contre l'autorité, à toujours dire la vérité, avec l'aide de Dieu, sans craindre de reproche. Mais à la seconde réunion de 'Aqaba, ce fut le pacte de guerre, après que Dieu eut autorisé son Envoyé à déclarer la guerre. Il s'engagea alors devant Dieu avec les Ançâr à combattre toute personne, qu'elle fût blanche ou noire, et promit le Paradis à ceux qui tenaient leur engagement.

V- L’EXIL

 

LES PREMIERS ÉMIGRÉS À MÉDINE

Après le pacte de 'Aqaba II, le Prophète ordonna à ses compagnons et aux autres musulmans de fuir vers Médine et d'y rejoindre leurs frères les Ançâr. « Dieu, leur dit-il, vous y a donné des frères et des maisons dans lesquelles vous serez à l'abri. » Ils y émigrèrent par vagues successives. Le Prophète lui-même attendait à La Mecque l'autorisation de Dieu pour aller à Médine. Le premier Émigré des Quraych fut Abdallah Abû Salama. Il s'était exilé à Médine un an avant le pacte de 'Aqaba, dès qu'il avait appris la conversion des premiers Ançâr. Umm Salama, épouse du Prophète, était mariée avant lui avec Abdallah Abû Salama. Elle racontait : lorsque Abû Salama décida d'émigrer à Médine, il sella son chameau, me fit monter et déposa mon fils Salama dans mon giron. Tandis qu'il sortait de La Mecque tirant le chameau par la bride, les hommes des Banû Mughîra (les gens de mon clan) l'interceptèrent et lui dirent : « Tu fais de ta personne ce que bon te semble ; mais ton épouse, nous n'avons aucune raison de te la laisser emmener ainsi. » Ils lui arrachèrent la bride des mains et voulurent me ramener avec eux. La famille des Abû Salama, en colère, refusa de laisser emmener mon bébé Salama. Les deux familles tiraient l'enfant de part et d'autre à tel point que son bras fut démis. Les Banû Salama emportèrent l'enfant, les Banû Mughîra m'enfermèrent chez eux et c'est ainsi que nous fûmes tous trois séparés les uns des autres. Umm Salama racontait : je sortais tous les matins et attendais sur la route de Médine, pleurant jusqu'à la tombée de la nuit. Cela dura un an ou presque. Un jour, un de mes oncles me vit pleurer et me prit en pitié. Il demanda avec insistance aux Banû Mughîra de me laisser partir et de mettre fin à notre séparation. Ils m'autorisèrent alors à rejoindre mon mari, si je le voulais. Les Banû Salama de leur côté me rendirent mon fils. Je fis seller mon chameau, y montai, tenant Salama dans mon giron et partis, toute seule, pour retrouver mon mari à Médine. Je me promettais de demander mon chemin aux personnes que je rencontrerais. Parvenue à Tan'îm, non loin de La Mecque, je rencontrai 'Uthmân ibn Talha, qui me demanda :

– Où vas-tu, fille des Umayya ?

– Chez mon mari à Médine.

– Tu n'as personne pour t'accompagner ?

– Je n'ai que Dieu et mon bébé que voici.

– Il n'est pas possible de t'abandonner ainsi !

Il prit alors la bride de mon chameau pour me conduire à Médine. Je n'ai jamais accompagné un Arabe, je le jure, plus noble et plus généreux que cet homme. À chaque étape, il faisait agenouiller mon chameau et reculait (pudiquement) pour me laisser descendre. Puis il déchargeait le chameau et l'attachait à un tronc d'arbre. Ensuite il s'éloignait pour s'étendre à l'ombre d'un autre arbre. Au moment du départ, il revenait, chargeait le chameau, se mettait à l'écart et me demandait d'y monter. Puis, lorsque j'étais bien installée, il prenait la bride du chameau et le conduisait. Il se comportait ainsi à chaque étape, jusqu'à notre arrivée à Médine. Parvenus à Qubâ', au village des Banû 'Umar ibn 'Awf, il me dit : « Ton mari est ici, va le rejoindre, avec la bénédiction de Dieu. » Puis il repartit pour La Mecque. Par la suite, les musulmans de La Mecque émigraient à Médine par vagues successives : leurs maisons à La Mecque étaient fermées et totalement désertes. Abû Jahl disait : « C'est bien l'œuvre de mon neveu ! Il nous a divisés ; il a dispersé notre communauté et coupé nos liens. »

LA HIJRA DE 'UMAR À MÉDINE

'Umar ibn al-Khattâb (le futur deuxième calife) racontait : lorsque moi-même, 'Ayyâch ibn Abû Rabî'a et Hichâm ibn al-'Âç décidâmes de partir pour Médine, nous nous donnâmes rendez-vous dans un bosquet à Sarif près de La Mecque. Nous nous dîmes : « Si, de nous trois, quelqu'un est absent au rendez-vous demain matin, c'est qu'il aura été empêché. Que ses deux amis partent sans lui. » 'Ayyâch ibn Abû Rabî'a et moi-même fûmes seuls présents au rendez-vous et comprîmes que Hichâm avait cédé aux pressions et renoncé à partir.

Arrivés à Médine, nous descendîmes chez les Banû 'Amr ibn 'Awf à Qubâ'.

Selon une autre version : « Pour sa part, Seydina `Umar Ibn Al-Khattâb (RA) saisit son épée, son arc et son carquois qu’il remplit de flèches. Il se rendit à la Ka`bah où il accomplit, en toute sécurité et sous les yeux de Quraysh, des circumambulations suivies d’une prière de deux Rak’ât. Puis, il fit le tour des assemblées annonçant : « Quiconque voudrait que sa mère le perde, que son fils soit orphelin et que sa femme devienne veuve n’a qu’à me rencontrer derrière cette vallée car je m’apprête à émigrer. » `Umar rassembla les opprimés qu’il prit sous sa protection, puis, accompagné de vingt personnes montées, il partit pour Médine où il fut accueilli par les Banû `Amr Ibn `Awf.

Cependant, les Qurayshites tentèrent de ramener à la Mecque tous ceux qu’ils pouvaient ramener pour les torturer et les persécuter. Ils en arrivèrent même à séparer les couples en empêchant les femmes Qurayshites d’émigrer avec leurs maris.

'Umar (RA) racontait : Abû Jahl et Hârith ibn Hichâm allèrent trouver à Médine 'Ayyâch ibn Abû Rabî'a, qui était leur cousin. L'Envoyé de Dieu était alors à La Mecque. Ils lui dirent : « Ta mère a fait le vœu qu'elle resterait en plein soleil et qu'aucun peigne ne toucherait ses cheveux avant qu'elle ne t'ait revu. » Il en fut ému.

– Ces gens, j'en suis sûr, dis-je à 'Ayyâch, veulent t'attirer pour te détourner de ta religion. Méfie-toi. Car si les poux venaient vraiment à faire souffrir ta mère, elle se peignerait sûrement et si le soleil l'incommodait, elle se réfugierait certainement à l'ombre.

– Je répondrai quand même au vœu de ma mère, d'autant plus que j'ai là-bas de l'argent à récupérer.

– Tu sais que je suis l'un des plus riches des Quraych. Je te donne la moitié de ma fortune si tu n'y allais pas.

– Non, il faut que je reparte avec les deux hommes venus me prévenir.

– Maintenant que tu es décidé à partir, tu peux prendre ma chamelle : elle est rapide et docile. N'en descends pas. Si tu as quelque doute sur la conduite de ces deux hommes, elle te sauvera.

Il repartit donc avec les deux hommes. En cours de route, Abû Jahl lui dit : « Mon chameau est trop dur ; ne pourrais-tu pas, neveu, me faire monter derrière toi ? » Si, répondit 'Ayyâch. Ils firent alors agenouiller les chameaux pour effectuer la mutation. Mais, une fois les hommes à terre, les compagnons de 'Ayyâch se jetèrent sur lui, le ligotèrent et le ramenèrent ainsi en plein jour à La Mecque. Abû Jahl criait, à l'adresse des Quraych : « Agissez ainsi avec vos vauriens, comme nous agissons avec le nôtre. » Plus tard, lorsque le Prophète avait déjà fait son Hégire (exil, fuite) à Médine, il demanda à ses compagnons :

– Qui pourrait me ramener ici 'Ayyâch et Hichâm ibn al-'Âç ?

– Moi-même, Envoyé de Dieu, répondit Walîd ibn al-Mughîra. Walîd partit pour La Mecque et y entra en cachette. Il y rencontra une femme qui portait de la nourriture :


– Où vas-tu, servante de Dieu (formule de politesse pour appeler une femme dont on ne connaît pas le nom) ? lui demanda-t-il.

– Chez ces deux prisonniers, répondit-elle.

Comprenant qu'il s'agissait des deux hommes qu'il cherchait, il la suivit jusqu'à l'endroit où ils étaient emprisonnés. C'était une maison sans toit. À la tombée de la nuit, il escalada le mur et parvint chez eux. Il posa une pierre sous leurs entraves et les coupa avec son sabre. Il fit ensuite monter les deux prisonniers sur le dos de son chameau et les ramena à marches forcées auprès du Prophète à Médine. Par la suite, les Émigrés affluèrent en groupes vers Médine. Les uns descendaient chez les gens de leur famille qui avaient déjà émigré, les autres chez les Ançâr qui avaient conclu le pacte de 'Aqaba avec le Prophète.

Qu’ALLAH agrée d’un agrément parfait et sans fin les Ançârs et les Mouhajiroun.

Paix sur les messagers.

ALLAHOUMMA SOLLI ALA SEYDINA MOUHAMMAD WA ALA ALIHI WA ASHABIHI WA SALIM.

Sources

Non indiquées : article de l’ancien site, pas encore relu.

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