La vie du Bien-aimé SAW est menacée
Comme nous l’avons vu, après la conclusion du second serment d'allégeance d'Al ‘Aqaba, le Prophète SAW autorisa les musulmans à émigrer vers Médine, pour rejoindre leurs frères parmi les Anssârs (habitant de Médine) et fuir les persécutions des Qoraïchites.
Cette émigration fut synonyme de sacrifice des biens et mépris des intérêts, mais surtout elle fut une délivrance de la personne pour les musulmans qui y prirent part. Néanmoins, il fallait s'attendre aussi à être pillé et capturé, à périr au départ ou à l'arrivée, à aller vers un avenir incertain dont on ne savait pas ce qui en découlerait en fait d'inquiétude et de tristesse.
Les musulmans commencèrent à émigrer, en toute connaissance de cause. Les Qouraïchites, eux, se mirent à les empêcher de partir du fait qu'ils se sentaient en danger. Les biographes ont relaté plusieurs récits illustrant ce que les associateurs infligeaient à ceux qui voulaient émigrer. Malgré tout, les gens s'en allaient en secret, par petit groupe, si bien que deux mois et quelques jours après la conclusion du second serment d'allégeance, il ne restait à la Mecque que le Messager d'Allah SAW, Abou Bakr, 'Ali Ibn Abi Taleb RA et ceux retenus (enfermés) par les associateurs.
Abou Bakr demanda à maintes reprises au Prophète l'autorisation d'émigrer. Celui-ci lui répondait : « Patientes ! Peut-être qu'Allah te donnera un compagnon de voyage ». Abou Bakr espérait que ce compagnon soit le Messager d'Allah SAW.
Par ailleurs, les Qoraïchites se sentaient dangereusement menacés par l'installation des musulmans à Médine. En effet, ils savaient que Mohammed SAW avait une personnalité très marquante et que ses compagnons RA étaient déterminés et prêts au sacrifice pour la défense de sa cause. De plus, les deux tribus de Médine (Al-'Aws et Al-Khazraj), qui étaient depuis longtemps en conflit, s'apprêtaient à se réconcilier, offrant leur soutien au Messager d'Allah SAW. Et c'est bien cet homme qui pour les Qoraïchites représentait à lui seul la source de tous les dangers.
Deux mois et demi après la conclusion du second serment d'allégeance d'Al-'Aqaba, les notables de Qoraïch se réunirent donc à Dar An-Nadwa (le siège de leur Conseil) pour se concerter au sujet de l'Envoyé d'Allah SAW.
Parmi les personnalités qui assistaient à cette réunion, se trouvaient : Abou Sofyân, Abou Jahl, Oumayya Ibn Khalaf et d'autres... A la porte de Dar An-Nadwa, ils furent interceptés par un vieillard.
Quand ils lui demandèrent qui il était, il répondit : « Un vieillard du Nejd. J'ai appris ce qui vous menace. Je suis venu pour écouter ce que vous allez dire, et j'espère donner mon avis et mon conseil ». Ils lui dirent : « Mais entre donc ! » et il entra. Ce diable à l'apparence d'un vieillard n'était autre qu'Iblis...
Les Qoraïchites, rassemblés à Dar An-Nadwa, commencèrent à exposer leurs propositions pour mettre fin à la prédication de Muhammad SAW.
Abou Al-Bakhtarî Ibn Hicham dit : « Mettez-le aux fers, enfermez-le et attendez qu'il lui arrive ce qui est arrivé aux poètes qui l'ont précédé : Zouhayr, An-Nabigha et d'autres, qui sont morts. Qu'il lui arrive donc ce qui est arrivé à ceux-là ».
Le vieux du Nejd leur dit : « Non, ce n'est pas une bonne solution, car si vous l'enfermez, ses compagnons en seront informés. Ils ne manqueront pas de vous attaquer et de vous l'enlever ; Ils se fortifieront alors jusqu'à ce qu'ils prennent le dessus sur vous. Ce n'est pas une bonne solution cherchez-en une autre ».
Un autre dit : « Mettons-le en quarantaine, expulsons-le de notre pays. Peu importe où il ira et où il campera. Nous serons débarrassés de lui et nous pourrons retrouver notre unité et notre amitié comme avant ».
Alors le vieux du Nejd dit : « Non, ce n'est pas non plus une bonne solution. N'avez-vous pas vu son éloquence, son style agréable de persuasion et son emprise sur les cœurs des hommes par ce qu'il apporte ? Par Allah SWT, si vous faites cela, vous lui donnerez les moyens de descendre dans une des tribus arabes, qu'il conquerra par sa parole de sorte qu'elle le suivra Puis il marchera avec eux contre vous, il s'emparera de vos biens et les arrachera de vos mains, pour ensuite faire de vous ce que bon lui semblera. Cherchez donc une autre solution ».
Alors Abou Jahl Ibn Hicham dit : « J'ai une solution que personne n'a encore exprimée ». Les autres lui dirent : « Quelle est cette solution, ô Abou Al-Hakam ? » Il répondit : « Je propose de prendre de chaque tribu un jeune homme vigoureux et noble. Nous donnerons à chaque jeune homme une épée tranchante, ils se dirigeront vers lui, le frapperont tous en même temps comme s'ils étaient un seul homme et ils le tueront. Ainsi, nous serons débarrassés de lui.
Son sang ayant été versé par toutes les tribus, les Bani 'Abd Manaf ne pourront pas les combattre toutes. Ils se contenteront de nous demander le prix du sang (par une somme d'argent) et nous leur verserons ». Alors le vieux du Nejd dit : « Ce qu'a dit cet homme est ce qu'il faut retenir. Voilà la vraie solution et il n'y pas d'autre solution à suivre que celle-là ».
L'assemblée se dispersa ayant adopté cette proposition à l'unanimité.
Après que les dirigeants des Qoraïchites eurent pris l'inique décision d'assassiner le Prophète SAW, SOUBHANALLAH, Jibril (AS) vint informer celui-ci, par révélation de son Seigneur, et lui dit : « Cette nuit, ne dors pas dans le lit où tu dors d'habitude ».
A midi, le Prophète SAW alla voir Abou Bakr RA pour lui annoncer qu'il avait reçu l'ordre de partir et aussi définir avec lui les étapes de l'émigration. Notre Mère 'Â'icha (RA) racontait : « le Prophète SAW vint un jour chez nous à midi. Mon père, le voyant venir à cette heure inhabituelle, comprit que le Prophète SAW venait pour quelque chose d'important et l'invita à s'asseoir près de lui. Il n'y avait dans la maison que moi-même et ma sœur Asmâ'. Le Prophète SAW s'assit et dit :
– Fais sortir toutes les personnes présentes.
– Prophète de Dieu, ce sont mes deux filles. De quoi s'agit-il ?
– Dieu m'a autorisé à émigrer.
– À la bonne heure ! Je suis ton compagnon.
Notre Mère 'Â'icha RA racontait : je n'avais jamais vu quelqu'un pleurer de bonheur comme mon père pleurait ce jour-là. Puis il dit : « Prophète de Dieu, voici deux chamelles que j'avais réservées pour l'Hégire. » Les deux compagnons de voyage engagèrent comme guide Abdallah ibn Arqat, qui ne s’était pas convertit, lui confièrent les deux chamelles et lui demandèrent de les tenir prêtes pour le jour de l'Hégire.
Le Messager d'Allah SAW rentra ensuite chez lui attendant la tombée de la nuit. Quant aux Qoraïchites, ils passèrent leur journée à préparer la mise à exécution du plan monté et approuvé par le parlement de la Mecque, le matin même. Au premier tiers de la nuit, ils se regroupèrent devant la porte de la chambre du Messager d'Allah et veillèrent, dans l'attente de l'heure prévue pour l'attaquer. Quand il s'aperçut de leur présence, le Prophète SAW dit à 'Ali Ibn Abi Tâlib KAW : « Dors sur mon lit, couvre-toi de mon manteau vert Hadramite que voici, et dors bien couvert de ce manteau ; aucun mal de leur part ne t'atteindra ».
Le Prophète SAW sortit alors de sa maison, sans être vu par les jeunes gens, car Dieu l’avait caché à leurs regards. Il ramassa une poignée de terre et la répandit sur leur tête en récitant ces versets :
(Par le Coran plein de sagesse.
Tu (Muhammad) est certes du nombre des messagers.
sur un chemin droit.
C'est une révélation de la part du Tout-Puissant, du Très Miséricordieux.
Pour que tu avertisses un peuple dont les ancêtres n'ont pas été avertis : ils sont donc insouciants.
En effet, la Parole contre la plupart d'entre eux s'est réalisée : ils ne croiront donc pas.
Nous mettrons des carcans à leurs cous, et il y en aura jusqu'aux mentons : et voilà qu'ils iront têtes dressées.
et Nous mettrons une barrière devant eux et une barrière derrière eux; Nous les recouvrirons d'un voile : et voilà qu'ils ne pourront rien voir.) (Coran, 36,1-9.)
Puis il SAW s’en alla. Quelqu'un passa par là et demanda aux jeunes gens :
– Qui attendez-vous là ?
– Mouhammad (SAW).
– Malheureux ! Mouhammad (SAW) est déjà parti pour ses affaires. Ne voyez-vous pas qu'il a répandu de la terre sur vos têtes ?
Chacun porta la main à sa tête et en secoua la terre. Ils regardèrent alors à l'intérieur de la maison et y virent bien SIDNA Mouhammad SAW , dans son lit, enveloppé de son manteau vert. Ils étaient sûrs de voir SIDNA Mouhammad SAW lui-même. Le matin, l'homme se leva du lit : ils reconnurent SIDNA Ali KAW et comprirent qu'on leur avait dit la vérité.
SIDNA `Alî KAW se coucha donc dans le lit du Prophète SAW et on rapporte à cet effet, qu’ALLAH — Exalté soit-Il — dit aux Anges Gabriel et à Mikaël — paix sur eux — : « J’ai fait de vous des frères, et J’ai fait en sorte que la vie de l’un d’entre vous soit plus longue que celle de l’autre. Qui d’entre vous préfèrerait que la vie de son compagnon soit plus longue que la sienne ? » Les deux choisirent la vie la plus longue. Allâh leur révéla alors : « N’aimeriez-vous pas être comme `Alî Ibn Abî Tâlib ?! J’ai fait de lui et de Mouhammad des frères, alors il s’est couché dans son lit, sacrifiant ainsi sa vie pour lui et le préférant à sa propre personne. Descendez donc sur terre et protégez-le. » (Ibn Al-Athîr)
Gabriel et Mikaël (AS) descendirent alors protéger SIDNA `Alî Ibn Abî Tâlib KAW contre les mécréants de la Mecque.
Au sujet de ce complot, Allah SWT révéla :
« (Et rappelle-toi) le moment où les mécréants complotaient contre toi pour t'emprisonner ou t'assassiner ou te bannir. Ils complotèrent mais Allah a fait échouer leur complot, et Allah est meilleur en stratagèmes »
[ Sourate 8 - Verset 30]
Par ailleurs, le Prophète SAW ordonna à SIDNA 'Alî KAW de demeurer à La Mecque après son départ, le temps de remettre à leurs propriétaires les dépôts qui avaient été confiés au Prophète. En effet, SIDNA Mouhammad SAW était connu de tous pour son honnêteté et sa fidélité et les Mecquois avaient l'habitude de lui confier en dépôt leurs objets précieux.
(Dans la nuit du 27 Safar de l'an 14 de la prophétie), il se rendit chez Abou Bakr RA, l'homme le plus sûr pour sa compagnie et pour ses biens. Ensemble ils quittèrent la Mecque avant le lever du jour. Sachant que, pour le chercher, les Qoraïchites allaient d'abord s'orienter sur le chemin principal de Médine allant vers le nord, le Prophète emprunta le chemin diamétralement opposé, à savoir, celui situé au sud de la Mecque et allant vers le Yémen.
Ils firent une distance d'environ neuf kilomètres sur ce chemin, atteignirent une haute montagne connue sous le nom de montagne de Thawr. A ce niveau, le chemin était escarpé, pierreux et difficile à escalader. Ils firent des efforts jusqu'à atteindre une grotte située au sommet de la montagne : « la grotte de Thawr ».
Seydina Abû Bakr (RA) demanda au Prophète (SAW) d’attendre à l’extérieur jusqu’à ce qu’il inspecte la grotte et s’assure qu’aucun danger ne s’y présentait. Trouvant plusieurs cavités susceptibles d’abriter des serpents ou des scorpions, Abû Bakr passa son doigt à l’intérieur de chacune d’entre elles pour s’assurer qu’elle ne contenait rien de nuisible. Il enleva ensuite son manteau, le déchira en morceau et se mit à boucher les trous de la grotte avant d’inviter le Prophète à rentrer. La nuit tombée, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — se coucha auprès d’Abû Bakr qui bouchait de son pied un trou qu’il venait de découvrir. Piqué par un serpent caché dans ce trou, Abû Bakr étouffa sa douleur afin de ne pas déranger le Prophète, mais ne put empêcher ses larmes de couler. Ce ne fut que quand une larme tomba sur les joues du Prophète, qu’il se réveilla et vit son compagnon en larmes. Préoccupé, le Messager d’Allâh lui demanda : « Qu’as-tu Abû Bakr ! » Il répondit : « Ce n’est qu’une piqûre, ô Messager d’Allâh, pour toi je sacrifierais mes père et mère. » Par le toucher de sa salive bénie, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — soigna son Compagnon de la piqûre du serpent...
De nouveau sur leur chemin, Abû Bakr gardait la route du Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Il marchait tantôt devant lui, tantôt derrière, tantôt à sa droite et tantôt à sa gauche. Remarquant cela, le Messager d’Allâh lui dit : « M’aimes-tu Abû Bakr ? » Abû Bakr répondit : « Oui, ô Messager d’Allâh. » Le Prophète lui demanda : « Es-tu prêt à mourir pour moi ? » Le Véridique répondit : « Oui, car si je meurs, je ne suis qu’un homme ; mais si tu meurs, tu représentes toute cette religion. »
Aussitôt que le Prophète (SAW) et son compagnon se réfugièrent dans la grotte, une araignée se hâta de tisser sa toile dissimulant les résidents de la grotte des regards indiscrets. Deux pigeons vinrent également pondre deux œufs à l’entrée de la grotte et un arbre, peu développé jusque-là, poussa de manière importante.
Les deux compagnons se cachèrent dans la grotte pendant trois nuits.
Abou Bakr RA avait ordonné à son fils 'Abdallah de se mettre à l'écoute de ce que les gens disaient d'eux durant la journée et de venir à la grotte le soir leur rapporter ce qu'il avait entendu. Chaque fois qu’il avait vent d’un complot ourdi contre eux, il en cernait les tenants et les aboutissants et en informait les deux compagnons à la tombée de la nuit.
Il avait également ordonné à son domestique, 'Amir Ibn Fouhayra RA, de faire paître ses moutons pendant la journée et de revenir à la grotte le soir, avec le troupeau, afin de traire du lait durant la nuit.
A l'aube, lorsque 'Abdallah Ibn Abi Bakr quittait la grotte, 'Amir Ibn Fouhayra le suivait avec ses moutons afin d'effacer ses traces. Ainsi faisait-il dans chacune des trois nuits.
Notre mère Asma (RA), la fille d'Abou Bakr, leur apportait aussi de la nourriture.
Dame Asmâ’ RA raconta à ce sujet : « Lorsque le Prophète SAW voulut émigrer vers Médine, j’ai préparé son viatique dans la maison d’SIDNA Abû Bakr. » Elle poursuivit : « Ne trouvant pas de quoi attacher son viatique et son outre, je dis à (mon père) : “Par Allâh, je ne trouve rien pour les attacher si ce n’est ma propre ceinture.” Il dit : “Déchire-la donc en deux et attache-les, une moitié pour l’outre et l’autre pour le viatique.”, ce que je fis. » C’est pour cette raison qu’elle fut appelée Dhât An-Nitâqayn (La femme aux deux ceintures).
Quant aux Qoraïchites, ils étaient fous de rage lorsqu'ils apprirent que le Messager d'Allah SAW s'était échappé. Ils se rendirent alors chez Abou Bakr RA et frappèrent à la porte. Asma RA sortit à leur rencontre. Ils lui dirent : « Où est ton père ? ». Elle répondit : « Par Allah ! Je ne sais pas où il est ». Abou Jahl leva la main et lui asséna une terrible gifle qui fit tomber sa boucle d'oreille. SOUBHALLAH
Ils passèrent ainsi trois nuits dans la grotte. Les Quraych, ayant constaté leur absence, promirent une récompense de cent chameaux à qui leur ramènerait SIDNA Mouhammad SAW :
Les jeunes de Quraysh sortirent donc munis de leurs épées, de leurs bâtons et de leurs matraques cherchant tous azimuts. À proximité de la grotte de Thawr, ils croisèrent un pasteur qu’ils ne manquèrent pas d’interroger. Celui-ci répondit : « Ils pourraient certainement se trouver dans cette grotte, sauf que je n’ai vu personne s’y rendre. » Entendant la réponse du pasteur, SIDNA Abû Bakr fut pris de sueurs froides et craignit que les quêteurs ne rentrent avec fracas dans la grotte où se trouvait le Prophète SAW. S’en remettant à Allâh, il retint alors son souffle et ne fit aucun geste.
Certains Qurayshites décidèrent d’escalader vers la grotte, puis l’un d’entre eux fit demi-tour ; ses compagnons lui demandèrent : « Pourquoi n’as-tu donc pas regardé à l’intérieur de la grotte ? » Il répondit : « À son entrée, il y a une toile d’araignée plus ancienne que la naissance de Mouhammad lui-même ! J’ai également vu deux pigeons sauvages à l’entrée et j’en ai conclu qu’il ne pouvait y avoir personne dans la grotte ! »
La crainte s’emparant de SIDNA Abû Bakr progressivement, il finit par murmurer : « Si l’un d’entre eux regardait sous ses pieds, il nous verrait ! » Le Prophète répondit : « Que penses-tu de deux hommes dont Allâh est le troisième ? » Le fait de voir un arbre dont les branches bouchaient l’entrée de la grotte acheva de convaincre les Qurayshites que la grotte n’abritait personne, surtout que personne ne pouvait y pénétrer sans casser ces branches. Sur ce, ils s’en allèrent.
Allâh -Exalté soit-Il - dit :
« Si vous ne lui portez pas secours... Allah l'a déjà secouru, lorsque ceux qui avaient mécru l'avaient banni, deuxième de deux. Quand ils étaient dans la grotte et qu'il disait à son compagnon : “Ne t'afflige pas, car Allah est avec nous.” Allah fit alors descendre sur lui Sa sérénité “Sa Sakîna” et le soutint de soldats (Anges) que vous ne voyiez pas, et Il abaissa ainsi la parole des mécréants, tandis que la parole d'Allah eut le dessus. Et Allah est Puissant et Sage. » (S9 V40)
Après trois nuits, l'ardeur des Qoraïchites à retrouver les deux fugitifs s'estompa.
'Abdallah Ibn 'Arqat, un polythéiste que le Prophète SAW et Abou Bakr (RA) avaient engagé comme guide et à qui ils avaient confié leurs montures, se présenta alors à la grotte avec les chameaux.
Notre mère Asma (RA) leur apporta des provisions dans un sac en cuir, mais elle avait oublié de se munir d'une corde pour l'attacher. Elle délia sa ceinture, la coupa en deux parties : l'une pour attacher le sac et l'autre pour se ceindre. Elle fut surnommée à cette occasion : Dhât Al-Nitâqayn (la femme aux deux ceintures).
Lorsque Abou Bakr (RA) approcha les deux montures du Messager d'Allah SAW, il lui présenta la meilleure et dit : « Monde-là, que mes parents te servent de rançon ! ». Celui-ci répondit : « Je ne monte pas un chameau qui ne m'appartient pas ». Abou Bakr dit : « Il est à toi, que mes parents te servent de rançon ». Le Prophète SAW répliqua : « Non, mais à quel prix l'as-tu acheté ? »
Abou Bakr (RA) lui indiqua la somme et le Prophète SAW lui acheta au prix qu'il l'avait payé.
Ils montèrent leur chameau ; Abou Bakr (RA) fit monter 'Amir Ibn Fouhayra son domestique derrière lui afin qu'il les serve durant le voyage.
Ils étaient donc quatre à entreprendre ce voyage : le Prophète (paix et bénédiction d'Allah sur lui), Abou Bakr, 'Amir Ibn Fouhayra et 'Abdallah Ibn 'Arqat.
Notre mère Asma (RA) raconte : « Nous restâmes trois nuits sans savoir dans quelle direction était parti l'Envoyé de DIEU SAW. Un djinn monta du bas de La Mecque : il chantait des poèmes et les gens l'entendaient chanter, sans le voir. En écoutant les paroles que le djinn chantait, nous comprîmes que le Prophète était en route vers Médine.
Lorsque mon Père (RA) sortit de La Mecque en compagnie du Prophète SAW, il emporta avec lui toute sa fortune : six mille dirhams. Mon grand-père, Abû Quhâfa, qui avait perdu la vue, entra chez nous et dit :
– J'espère qu'en vous quittant, il ne vous a pas encore privés de sa fortune !
– Non, grand-père. Il nous a laissé beaucoup d'argent.
J'avais ramassé des cailloux et les avais entassés dans le coin de la maison où mon Père avait l'habitude de déposer son argent et je les avais couverts d'un tissu. Je pris alors la main de mon grand-père et lui dis : « Tâte de la main cet argent. » Il mit la main sur le tas et dit : « C'est bon. Il a bien fait de vous laisser tout cela. » En réalité, ajoutait Dame Asmâ', mon Père ne nous avait rien laissé. Mais je voulais seulement dissiper les appréhensions du vieux. »
Histoire de Surâqa ibn Malik ibn Ju'thum al kinani RA
Surâqa RA racontait : lorsque l'Envoyé de Dieu SAW quitta La Mecque pour émigrer à Médine, les Quraych promirent une récompense de cent chamelles à qui le leur ramènerait. J'étais assis au Sanctuaire avec des gens de ma famille, lorsqu'un homme de notre clan passa et nous dit :
– Je viens de croiser trois hommes à dos de chameau. Il me semble qu'il s'agit de Mouhammad (SAW) et de ses compagnons.
– Ce sont les Banû Untel, ai-je ajouté, après lui avoir fait signe de se taire. Ils recherchent une chamelle perdue.
– Peut-être.
« Je restai assis quelque temps dans l’assemblée, puis me levai et allai à l’intérieur où j’ordonnai à ma servante de sortir mon cheval, en passant par derrière une colline, et de m’y attendre. Puis je saisis ma lance et sortis par l’arrière de la maison, maintenant ma lance baissée jusqu’à ce que j’eus atteint ma monture. J’enfourchai mon cheval et levai ma lance afin qu’elle me donne de l’allant. Au moment où j’étais sur le point de rejoindre le convoi, mon cheval trébucha et je fus désarçonné. Je me levai, saisis mon carquois et tirai au sort pour savoir si je m’en prenais à eux ou non. La réponse fut contraire à mes aspirations. Je remontai à cheval — contrairement à ce qu’indiquait le tirage — et les poursuivis jusqu’à ce que j’entende la récitation du Messager d’Allâh SAW qui ne se retournait point tandis qu’Abû Bakr (RA) se retournait fréquemment. Mais les pattes avant de mon cheval s’enlisèrent jusqu’aux genoux et je tombai à terre de nouveau. Puis, sur mes ordres, mon cheval se releva. Aussitôt que ses pattes se furent dégagées, et que le cheval se redressa, une fumée éblouissante sortit de l’emplacement de ses pattes. Je tirai au sort de nouveau et le tirage fut de nouveau défavorable.
... Je compris qu'il m'était inaccessible. Je criai alors : « Je suis Surâqa ibn Ju'thum. Attendez-moi. Je veux vous parler : je ne vous veux aucun mal. »
Alors ils s’arrêtèrent. Je remontai à cheval et les rejoignis. Vu la manière dont je fus empêché de les rejoindre jusqu’alors, je compris que le Messager d’Allâh SAW allait triompher. Je lui dis : “Ton clan offre le prix du sang en récompense (pour ta capture mort ou vif).” Puis, je les informai des complots ourdis contre eux. Je leur proposai des vivres mais ils ne prirent rien. Ils ne me demandèrent rien, si ce n’est que le Prophète me dit : “Tais notre affaire.” Je lui demandai de m’écrire un sauf-conduit. Alors il ordonna à `Âmir Ibn Fuhayra de le rédiger sur un morceau de cuir tanné, puis le Messager d’Allâh le signa...
Quelques années plus tard, le jour de la conquête de La Mecque par (SIDNA) Mouhammad (SAW), je pris le document et je sortis à sa rencontre. Il était à Ji'râna entre Tâ'if et La Mecque. Je fendis un régiment de cavalerie des Ançâr. Ils me repoussaient du bout de leurs lances pour m'empêcher de m'approcher de SIDNA Mouhammad (SAW). Finalement, je réussis à le faire et, levant le bras, je lui tendis l'écrit :
– C'est ta lettre, Envoyé de Dieu. Je suis Surâqa ibn Ju'thum.
– C'est un jour de loyauté, répondit-il, et de fidélité à mes engagements. Approche, Surâqa.
Je m'approchai de lui et lui déclarai ma conversion à l'islam. Rentré chez moi, je revins avec une aumône et la remis à l'Envoyé de Dieu. »
La halte à la tente de Dame Oumm Maabad RA
En cours de route pour Médine, le Prophète (SAW), fit halte chez Dame Oum Ma‘bad (‘Aatikah bint Ka‘b Al-Khouzâ’iyya) qui avait deux tentes dans la vallée de Qadiid où résidait la tribu de Khouzâ’a.
Oum Ma‘bad est la sœur de Khanîs ibn Khâlid Al-Khouza’î, qui narra son histoire. Il (RA) dit : "Quand le Prophète (SAW), sortit de la Mecque pour immigrer vers Médine, en compagnie de SIDNA Abou Bakr RA, de l'esclave de ce dernier ‘Aamir ibn Fouhayra RA, et de leur guide Al-Laythi ‘Abd Allah ibn Al-Arqat, ils firent halte à la tente d’Oum Ma‘bad Al-Khouzâ’iyya. Elle était âgée, ne se voilait pas comme les jeunes et était solide, elle s’asseyait les mains croisées sur les genoux, dans la cour, puis elle abreuvait et nourrissait. Ils voulurent lui acheter de la viande et des dattes, mais ils ne trouvèrent rien de tel. Les vivres de la tribu s'étaient épuisés et elle se trouvait au bord de la sécheresse et de la famine. Le Prophète (SAW), vit une chèvre à côté de la tente et demanda : "Qu'est-ce que cette chèvre, Oum Ma‘bad?" Elle lui répondit : "Elle est restée derrière les autres chèvres en raison de son épuisement". Il lui dit : "Donne-t-elle du lait?" Elle lui répondit : "Elle est si épuisée qu'elle n'en a pas". Le Prophète (SAW), lui demanda : "Peux-tu me permettre de la traire ?" Elle lui répondit : "Certes oui, Prophète, (SAW), toi qui m'es plus cher que mon père et ma mère. Si tu trouves qu'elle porte du lait, tu peux la traire".
Le Prophète (SAW), demanda qu'on lui apporte la chèvre. Il passa la main sur les côtes de la bête, prononça le nom d'Allah, Exalté soit-Il, prononça des invocations en faveur de la chèvre d’Oum Ma‘bad. La chèvre écarta les pattes, fit descendre du lait, et rumina. Le Prophète (SAW), demanda qu'on lui apporte un récipient qui permettrait de boire à satiété. Il put en traire une grande quantité de lait liquide jusqu'à remplir le récipient. Il en fit boire à Oum Ma‘bad à satiété, en fit boire ses Compagnons à satiété et but le dernier. Puis ils burent tous une deuxième fois. Il put traire la chèvre encore une fois jusqu'à remplir le récipient qu'il laissa chez Oum Ma‘bad à qui il fit faire acte d'allégeance. Puis ils quittèrent la tente".
Peu de temps après, son mari, Abou Ma‘bad (RA) vint en menant des chèvres maigres et chancelantes de bon matin. En voyant le lait, Abou Ma‘bad fut étonné et dit : "D’où te vient ce lait, Oum Ma‘bad, alors que la chèvre est stérile, erre loin du pâturage, ne revient au foyer que la nuit et n'est pas laitière ?" Elle lui répondit : "Par Allah, un homme béni a fait halte dans notre foyer. Il est tel et tel". Il lui dit : "Décris-le moi, Oum Ma‘bad ". Elle lui dit : "J'ai vu un homme d'une grande beauté, au visage radieux, d'une bonne moralité, qui n'est pas maigre, agréable à regarder, aux yeux d'un noir vif sur un blanc vif, aux cils longs, aux sourcils reliés entre eux, au long cou, à la barbe touffue et qui n'a pas une voix rauque. Quand il ne parle pas, il a un air imposant, quand il parle, il lève la tête et son visage se couvre de lumière. Il est la personne la plus belle et la plus radieuse en le voyant de loin, la plus élégante et la plus admirable de près. Il a un agréable raisonnement, parle avec modération et à-propos, ne dit pas de paroles futiles ni n'abrège. Les paroles qu'il dit sont telles des perles qui tombent. Il n’est ni très élancé ni petit, il n'est pas plus grand de taille que les autres ni n'est méprisé pour une petite taille, il se trouve au juste milieu. Il est parmi eux le plus auguste. Il a des Compagnons qui l'entourent, quand il parle, ils l’écoutent ; quand il donne un ordre, ils s'empressent d'obéir. Les gens se réunissent autour de lui, il est toujours obéi, il n'a pas un visage sévère ni n'est ignorant ou frivole".
Abou Ma‘bad dit : "Par Allah, c'est l'homme de Qouraych dont on nous a parlé à la Mecque. J'avais l'intention de devenir son Compagnon et je le ferai si j'en trouve le moyen".
Le convoi béni poursuivit son chemin. À chaque fois qu’ils croisaient quelqu’un, il demandait à SIDNA Abû Bakr RA : « Qui est cet homme qui marche devant toi ? » Il répondait : « Il m’indique le chemin. » Si bien qu’on pensait qu’il lui indiquait la route, alors qu’en réalité il le guidait vers le bien.

