IV- LA PROPAGATION DU MESSAGE
Après avoir reçu les premières révélations, le Prophète SAW commença à entrer en contact avec les gens susceptibles de répondre à son appel. Cette période de prêche en secret s’étendit sur 3 années.
Les premiers donc à avoir répondu à cet appel (as-sabiqoun al-awwaloun) furent : Khadija bint Khouwaylid (RA), la mère des croyants ;
Zayd ibn Haritha (RA) , l’esclave affranchi ;
‘Ali Ibn Abou Taleb(kwj) , le cousin du Prophète , âgé alors de dix ans ; et Abou Bakr As-Siddiq (RA) , l’ami intime de Seydina Muhammad SAW.
Seydina Abu Bakr (RA) était un homme familier aimable et très simple ayant du caractère et enclin au bien. Les hommes de sa tribu le fréquentaient, se familiarisaient avec lui, pour ses connaissances, son commerce et sa bonne compagnie. Il se mit à appeler ceux qui avaient confiance en lui, ses protégés et ceux qui le fréquentaient. Grâce à son appel, ‘Othman ibn Affan, Az-Zoubair ibn Al-Awwam, Abdour-Rahman ibn ‘Awf, Sa’ad ibn Abi Waqqas et Talha ibn ‘Oubaydillah (RA) embrassèrent l'islam.
On compte aussi parmi les premiers musulmans Bilal ibn Rabah (RA).
Embrassèrent ensuite l'islam Abou 'Oubayda 'Amir ibn Al-Jarrah, Abou Salma ‘AbdAllah ibn ‘Abdel-Asad, Al-Arqam ibn Abil-Arqam, ‘Othman ibn Madh’oun, 'Oubayda ibn Al-Harith, Sa’id ibn Zayd et sa femme Fatima bint Al-Khattab sœur de ‘Omar ibn Al-Khattab, Khabbab ibn Al-Art, ‘Abdullah ibn Mas’oud (RA) et bien d'autres.
Ils appartenaient tous à des fractions de la tribu de Qouraich et embrassèrent l'islam en secret. Le Messager d'Allah SAW se réunissait avec eux et les orientait vers la religion en cachette parce que l'appel en était encore à sa phase individuelle et secrète.
Le nombre des adeptes de la nouvelle religion atteignit un peu plus de la quarantaine, comprenant hommes et femmes. La nouvelle de l’appel – pourtant secret depuis près de trois ans – parvint aux qouraïchites et la renommée de l’Islam se répandit à la Mecque. Alors Allah SWT ordonna à Son Envoyé SAW de prêcher publiquement, proclamant la vérité qui lui avait été révélée et invitant ouvertement les gens à y adhérer. Le verset suivant fut révélé :
« Et avertis les gens qui te sont les plus proches.
Et abaisse ton aile [sois bienveillant] pour les croyants qui te suivent. »
[S26v214-215]
Le Messager d’Allah SAW s’exécuta aussitôt.
L’événement de Yawm al Dâr (le Jour de la Maison) :
Lorsque le Prophète SAW reçut le commandement divin de transmettre le Message à ses proches, il invita ses oncles à manger chez lui. Après le repas, il leur parla de l’islam et de la foi au Dieu Unique. Mais, ils ne lui prêtèrent qu’une oreille distraite, pensant qu’il plaisantait. Puis, il (SAW) les invita de nouveau et leur parla de l’islam et leur annonça qu’il était le Prophète tant attendu. De même, personne n’accepta son appel à l’exception de SIDNA ‘Alî KAW. Cet événement où le Prophète SAW invita ses proches à l’islam est appelé Yawm ad-Dâr ou le Jour de la Maison. Dans un hadith, Sayyidna 'Alî KAW dit : « Lorsque ce verset est descendu sur le Messager de Dieu SAW : (Avertis les gens qui te sont proches.) (26 :214) Il (SAW) me dit : ‘‘Ô 'Alî ! Dieu m’ordonne d’avertir mes proches parents. Je sais que lorsque je commencerai à leur parler, ils me seront très hostiles. Prépare-nous à manger : un gigot de chameau et du lait, puis convoque tous les béni abd Mouttalib afin que je puisse leur parler et les avertir de mes ordres.’’ Je me suis exécuté, je les ai tous invités, ils étaient 40 hommes parmi eux ses oncles paternels : Abu Tâlib, Hamza, Abbas et Abou Lahab. Lorsqu’ils se sont tous réunis, le Prophète SAW m’a ordonné d’apporter à manger, une fois le grand plateau posé, le Messager de Dieu SAW a saisi un morceau de viande qu’il (SAW) a émietté entre ses dents puis il (SAW) l’a posé sur les côtés du plateau. Il (SAW) leurs a dit : Servez-vous au Nom de Dieu. Ils ont mangé copieusement, je ne voyais que les traces de leurs doigts sur le reste de la nourriture. Par Dieu, chacun d’eux pouvait manger à lui seul ce que j’avais préparé pour tout le monde. Ensuite, j’ai ramené la cruche de lait, ils se sont désaltérés, par Dieu chacun d’eux pouvait boire à lui seul ce que j’avais rapporté pour tout le monde. Lorsque le Messager de Dieu SAW a voulu leur parler, Abou Lahab l’a interrompu en disant : ‘‘Votre ami est un grand sorcier !’’ Les convives se sont séparés sans que le Prophète SAW ait pu s’entretenir avec eux de ce qu’il SAW voulait. Le lendemain matin, le Messager de Dieu SAW m’a dit : ‘‘Ô Ali, cet homme m’a devancé, il a dit ce que tu as entendu et les invités se sont séparés avant que j’aie pu leur parler. Prépare-nous un repas comme celui d’hier et invite-les de nouveau.’’ Je me suis exécuté et lorsqu’ils avaient fini de manger et de boire, le Prophète SAW dit : ‘‘Ô les béni Abd Mouttalib, par Dieu, je ne connais aucun jeune Arabe qui a présenté à sa communauté un bien aussi grand que celui que je vous présente. Je viens vers vous avec le bien de ce monde et celui de l’autre monde, Dieu m’a ordonné de vous appeler à Lui. Qui de vous croit en moi, m’assistera et sera de ce fait mon frère, mon légataire, mon ministre et mon successeur dans ma Famille après moi ?’’
Dans un autre récit, le Prophète SAW a dit : « Que celui qui m’assiste se lève parmi vous sinon il fera partie d’une autre communauté et vous le regretterez plus tard ». Il (SAW) l’a répété à trois reprises Tout le monde s’est tu, personne n’a donné aucune réponse ni n’a fait aucun geste. Je me suis levé, j’étais le plus jeune d’entre eux, j’avais les yeux les plus chassieux, le plus gros ventre et j’étais le plus enthousiaste. J’ai alors dit : moi, Ô Prophète de Dieu, je serai ton ministre pour ce que Dieu t’a envoyé ! Le Prophète SAW m’a pris la main et il a dit : C’est lui mon frère, mon légataire, mon ministre et mon successeur pour vous, écoutez-le et obéissez-lui. »
Le Prophète SAW lui dit alors : Approche-toi de moi. Le Prophète SAW a ouvert la bouche, a pris de sa pure salive une quantité et l’a étalée entre les épaules et sur la poitrine de l’Imam Ali SAW.
Abou Lahab a dit : C’est ça que tu fais de ton cousin alors qu’il a répondu à ton appel ? Tu remplis sa bouche et son visage de salive ?
Le Messager de Dieu SAW : « Je l’ai rempli de sagesse, de science et de connaissance. »
Le Message est passé et certaines personnes commencèrent à réfléchir et à comparer les pierres incapables de leur profiter ou de leur nuire, d’une part, et l’appel visant à la vocation exclusive de l’adoration au Dieu Unique, L’Omniscient, L’Omnipotent SWT. De plus, cet appel leur enjoignait des nobles vertus et aux bons comportements : choses qui ne sont pas étrangères pour les descendants de SIDNA Ibrahim AS. Les gens dotés d’une raison clairvoyante, et d’une nature saine ne tardèrent pas à soutenir le Prophète SAW.
C’était le cas de la majorité de son clan qui lui sera une assistance et une aide. Quant à Abou Lahab, il rentra dans une colère noire, au point d’ordonner à ses fils `Outba et `Utaybah de répudier les filles du Messager de Dieu SAW, Dame Ruqayyah RA et Dame Oumm Kulthûm RA, ce qu’ils firent.
A la révélation du verset suivant : « Expose donc clairement ce qu'on t'a commandé et détourne-toi des associateurs »
[ S15v94]
Le Prophète SAW monta un jour sur le mont As-Safa où il s'écria : « Ô ! Bani Fihr ! Ô ! Bani 'Ady !». Les qouraïchites - qui jusqu'alors ne s'étaient pas vraiment souciés de la nouvelle religion - se rassemblèrent pour l'écouter. Parmi eux, se trouvait Abou Lahab, oncle paternel de Muhammad.
Le Prophète SAW dit :
« Me croiriez-vous si je vous disais qu'il y a dans la vallée des cavaliers prêts à vous attaquer ? ». *
Ils répliquèrent : « Oui ! Et tu ne nous as jamais menti ».
Le Prophète SAW reprit : « Alors sachez que je viens vous avertir de l'approche d'un châtiment terrible ».
Abou Lahab lui répondit : « Que tu périsses aujourd'hui même ! Est-ce pour cela que tu nous as réunis ? »
Alors Allah SWT révéla la sourate Al-Masad : « Que périssent les deux mains d'Abu-Lahab et que lui-même périsse »
[ S111v1 ].
Ø Le rejet de son peuple
Les Qoraïchites refusèrent catégoriquement de répondre à cet appel sous prétexte qu’ils possédaient déjà une religion, celle héritée de leurs ancêtres. Celle-ci était devenue une tradition bien ancrée en eux, et partant de là, très difficile à renier.
Le Prophète SAW les invita à libérer leur esprit de ce cloisonnement façonné d’habitudes et de traditions, et les appela à se référer à la logique et la raison, leur démontrant que les fausses divinités qu’ils adoraient ne leur servaient à rien et qu’ils ne leur vouaient un culte que par pure tradition.
Le Messager d’Allah SAW commença à adorer Allah au vu et au su de tous.
Son appel avait obtenu davantage de réactions favorables. Les gens, un à un entraient dans la religion d'Allah. Régnaient entre eux et les membres de leur famille réfractaires à la conversion, la haine, la distanciation et l'intransigeance.
1.Le Groupe Consultatif Pour Empêcher Les Pèlerins D'écouter L'appel
La publication de l'appel eut lieu quelques temps avant l'approche du pèlerinage. Les Qoraïchites savaient que les délégations des arabes allaient leur parvenir pour y participer. Alors, ils considérèrent nécessaire de dire un mot aux arabes au sujet de Seydina Mohammad SAW de manière à ce que l'appel de celui-ci n’ait aucun effet dans leurs esprits. Un groupe d’entre eux se réunit chez Al-Walid Ibn Al-Moughira pour se concerter sur ce qu'il fallait dire. Al-Walid leur conseilla de tenir le même langage et de ne pas diverger pas au point de se contredire ou d'inscrire leurs propos dans une situation de porte-à-faux. Ils lui demandèrent de leur proposer son opinion.
Al-Walid répondit : « Mais non ! Proposez, et moi j’écoute ».
Ils dirent : « Nous dirons que c'est un devin ». Al-Walid dit : « Non ! Par Allah, ce n'est pas un devin. Nous avons vu les devins. Il n'a ni le chuchotement (zamzamah), ni la prose d'un devin ». Ils dirent : « Alors nous dirons que c'est un fou ». Al-Walid reprit : « II n'est pas fou. Nous l'avons vu le fou et nous savons le reconnaître. Il n'en a ni l'agressivité, ni l'agitation, ni la confusion ». Ils dirent : « Donc nous dirons que c'est un poète ». Al-Walid refusa en disant : « Ce n'est pas un poète. Nous connaissons la poésie dans tous ses genres : Ar-Rajaz, Al-Hazj, Al-Qarid, Al-Makboud et Al-Mabsout. Non, ce n’est pas un poète ». Ils dirent : « Nous dirons que c'est un magicien ». Al-Walid dit : « Ce n'est pas un magicien. Nous avons vu les magiciens et leur magie. Il ne fait pas de nœud pour y souffler ». Ils demandèrent : « Que devons-nous dire alors ? » Al-Walid dit : « Par Allah, il ne fait pas de doute que sa parole est agréable élégante, intelligente et rare. Vous ne direz jamais rien de tout cela sans qu'on ne sache que c’est faux. Le mieux que vous puissiez dire à son sujet est ceci : « C'est un magicien qui vous apporte une parole magique séparant l'homme de son père, de son frère, de sa femme et de son clan - Fuyez-le donc ! »
A propos d'Al-Walid Ibn Al-Moughira, Allah SWT révéla les versets suivants :
« Laisse-Moi avec celui que J'ai créé seul, et à qui J'ai donné des biens étendus, et des enfants qui lui tiennent toujours compagnie, pour qui aussi J'ai aplani toutes difficultés. Cependant, il convoite [de Moi] que Je lui donne davantage.
Pas du tout ! Car il reniait nos versets (le Coran) avec entêtement. Je vais le contraindre à gravir une pente.
Il a réfléchi. Et il a décidé. Qu'il périsse ! Comme il a décidé ! Encore une fois, qu'il périsse ; comme il a décidé !
Ensuite, il a regardé. Et il s'est renfrogné et a durci son visage. Ensuite il a tourné le dos et s'est enflé d'orgueil.
Puis il a dit : “Ceci (le Coran) n'est que magie apprise, ce n'est là que la parole d'un humain » [ S74v11 à 25 ]
Après que le conseil fût d'accord sur cette décision, les membres se placèrent le long des chemins qu'empruntaient les gens pour se rendre au pèlerinage. Toutes les fois que quelqu'un passait, ils le mettaient en garde contre Seydina Mohammad SAW. Ainsi, les arabes s'en retournèrent après le pèlerinage, imprégnés de l'affaire du Messager d'Allah SAW que l'on citait désormais dans toute l'Arabie.
A la fin du pèlerinage, les Qoraïchites réfléchirent sur les moyens de supprimer l'appel à l’Islam en l'étouffant au berceau. Dans cette perspective ils recoururent à la moquerie, le dénigrement, le persiflage, le démenti et la ridiculisation, l'objectif étant de décourager et de démoraliser les musulmans. Les accusations burlesques et de grossières injures fusèrent à l'égard du Messager d'Allah SWT que l'on appelait aussi le fou. SOUBHANALLAH
On le taxait de magicien et de menteur, on l'accueillait avec des regards perçants expressifs d'une soif de vengeance, de sentiments de dépit et de rage. SOUBHANALLAH
Les Qoraïchites dénaturaient les prédicats du Prophète SAW et diffusaient de fausses informations sur son identité et sa personnalité, de telle manière à ce que les gens n'aient pas le temps de méditer son appel. Ils traitaient le Coran de mensonge, insinuant qu’il était une parole inventée par l’honnête Mohammad SAW ou une autre personne.
A ce sujet, Allah SWT dit :
« Les mécréants disent : “Tout ceci n'est qu'un mensonge qu'il (Mohammed) a inventé, et où d'autres gens l'ont aidé”. Or, ils commettent là une injustice et un mensonge. Et ils disent : “Ce sont des contes d'anciens qu'il se fait écrire !
On les lui dicte matin et soir ! ” Dis : “L'a fait descendre Celui qui connaît les secrets dans les cieux et la terre.
Et IL est Pardonneur et Miséricordieux”. Et ils disent : “Qu'est-ce donc que ce Messager qui mange de la nourriture
et circule dans les marchés ? Que n'a-t-on fait descendre vers lui un Ange qui eût été avertisseur en sa compagnie ?
Ou que ne lui a-t-on lancé un trésor ? Ou que n'a-t-il un jardin à lui, dont il pourrait manger (les fruits) ? ”
Les injustes disent : “Vous ne suivez qu'un homme ensorcelé”. Vois à quoi ils te comparent ! Ils se sont égarés.
Ils ne pourront trouver aucun chemin »
[ s5v4 à 9 ]
Qu’ALLAH nous préserve.
Les Qoraïchites employèrent les moyens qu’ils avaient pour étouffer l'appel et ce au début de la quatrième année de l'avènement de la prophétie. Des semaines ou des mois passèrent et ils virent que de tels moyens ne servaient à rien pour faire échouer l'appel islamique.
Ils se réunirent, se consultèrent et décidèrent après cela d'user de châtiments à l'égard des musulmans, afin de les éprouver au sujet de leur religion. Ainsi, chaque chef de clan fondit sur ceux qui, parmi sa tribu, avaient embrassé l'islam. Ils provoquèrent chez eux des malheurs dont le simple récit fait frémir
Ainsi débuta l’ère de la persécution de la oumma du bien-aimé Prophète SAW.


