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SIRA 5 – [Partie 6/15] LA MISSION UNIVERSELLE DU BIEN AIMÉ PROPHÈTE MOUHAMMAD (SAW)

« Ahadoun – Ahad ! » - II est l'unique, il est l'unique -

Intermédiaire · 33 min de lecture · 4 septembre 2023

Ancien article · non reluArticle repris tel quel de l’ancien site Solisalim (publié le 4 septembre 2023). Il n’a pas encore été relu par le comité savant.

2. Les persécutions

 

A l’instar de tous ceux dans l’histoire de l’humanité, qui ont apporté un tel message, le Bien-aimé Prophète (SAW) n’a pas été épargné par les persécutions.

Waraqa ibn Nawfal le cousin de notre mère Khadija l’en avait déjà prévenu.

La plupart des premiers convertis à l’islam étaient « pauvres et faibles ».

Mais il y avait aussi quelques riches musulmans comme Hudhayfa bin Utba et Arqam bin Abil-Arqam de même que tous les hommes (Uthman, Talha, Zubayr, Abdur Rahman ibn Auf, Saad ibn Abi Waqqas et Abu Obaidah ibn al-Jarrah) convertis par l’entremise de Seydina Abou Bakr Sidiq (RA). Ils étaient membres des différents clans du Quraysh.

Les chefs de Quraysh ne pouvaient plus dormir tranquilles. Ils avaient perdu à tout jamais leur quiétude et le prestige dont ils jouissaient eux et leurs idoles aux yeux des tribus arabes. Car la lumière de la vérité avait éclaté et commençait à déstabiliser les croyances des masses. L’islam commençait à se propager à l’intérieur de la Mecque et dans ses environs... Les chefs de la mécréance décidèrent alors d’affronter la situation par la cruauté et la terreur. Chaque clan se saisit de ses membres ayant embrassé l’islam et les soumit aux pires tortures.

Nous vous relaterons ici, quelques cas.

·   Seydina Khabbâb Ibn Al-Aratt, que Dieu l’agrée

Une femme du nom de Umm `Ammâr de la tribu des Khuza`a de la Mecque se rendit un jour au marché aux esclaves. Elle souhaitait y acquérir un jeune homme pour ses corvées ménagères et comptait également utiliser son labeur pour en tirer profit. Alors qu’elle scrutait les visages de ceux qui étaient présentés à la vente, ses yeux se posèrent sur un garçon qui n’avait pas atteint 13 ans. Elle vit qu’il était fort et en bonne santé, son visage montrait des signes évidents d’intelligence. Elle n’hésita pas davantage et l’acheta. Elle paya et s’en alla emmenant sa nouvelle acquisition.

Sur le chemin du retour, Umm `Ammâr se tourna vers le garçon et le dialogue suivant s’engagea :

"Comment t’appelles-tu, mon garçon ?

- Khabbâb.

- Quel est le nom de ton père ?

- Al-Arath.

- D’où viens-tu ?

- De Najd.

- Mais alors, tu es arabe !

- Oui, de la tribu des Banû Tamîm.

- Comment es-tu donc tombé entre les mains des vendeurs d’esclaves de La Mecque ?

- Une des tribus arabes a envahi nos terres. Ils ont pris notre bétail et capturé les femmes et les enfants. Je fus de ceux-là. Je suis passé d’une main à l’autre avant d’arriver à La Mecque."

Umm `Ammâr plaça le jeune garçon comme apprenti chez un des maréchaux-ferrants de La Mecque afin qu’il y apprenne à fabriquer des sabres. Le jeune garçon apprenait vite et bien. Il devint rapidement un expert de la profession. Lorsqu’il fut assez fort, Umm `Ammâr l’établit dans une échoppe lui fournissant tous les outils et tout l’équipement nécessaires à la fabrication des sabres. En peu de temps, il devint célèbre dans toute La Mecque pour son tour de main. De plus, les gens aimaient traiter avec lui à cause de son honnêteté et de son intégrité. Umm `Ammâr gagna beaucoup d’argent grâce à lui et exploita ses talents tant qu’elle put.

Malgré sa jeunesse, Khabbâb manifestait une intelligence unique et une grande sagesse. Souvent lorsqu’il avait fini son travail et qu’il se retrouvait seul, il réfléchissait sur l’état de la société arabe, profondément corrompue. Il était consterné par la vaine errance, l’ignorance et la tyrannie qu’il constatait. Il était lui-même une victime de cette tyrannie et il se disait :

- Après ces temps de ténèbres viendra forcément le temps de la lumière.

Et il espérait vivre assez longtemps pour voir les ténèbres se dissiper et voir l’intense lueur éclatante de cette nouvelle lumière.

Khabbâb n’eut pas à attendre longtemps. Il avait le privilège de se trouver à La Mecque lorsque les premiers rayons de la lumière de l’Islam pénétrèrent la cité. Ils émanaient de la bouche de Muhammad Ibn Abdallah, lorsqu’il annonça que personne ne méritait d’être vénéré et adoré si ce n’est le Créateur et Maître de l’univers. Il réclamait la fin de l’injustice et de l’oppression et critiquait avec virulence les pratiques des riches à accumuler des biens au détriment des pauvres et des exclus ; il dénonçait les privilèges aristocratiques et réclamait un nouvel ordre basé sur le respect de la dignité humaine et sur la compassion pour les moins privilégiés tels que les orphelins, les voyageurs et les nécessiteux.

Les enseignements de (Sidna) Muhammad (SAW) étaient pour Khabbâb une lumière puissante dissipant les ténèbres de l’ignorance. Il se rendit auprès de lui et entendit ses paroles de sa bouche même. Sans plus d’hésitation, il tendit sa main vers le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) en signe d’allégeance et témoigna qu’ "il n’y a de dieu qu’Allah et que Muhammad est Son serviteur et Son messager". Il fut au nombre des dix premiers à embrasser l’Islam.

Khabbâb ne cacha sa conversion à l’Islam à personne. Lorsque Umm `Ammâr apprit qu’il était devenu musulman, elle devint rouge de colère. Elle se rendit chez son frère Siba’a ibn Abd Al-`Uzza, le chef d’une bande de jeunes de la tribu de Khuza`a et ensemble ils allèrent chez Khabbâb. Ils le trouvèrent plongé dans son travail. Siba’a s’approcha de lui et dit :

- Nous avons entendu des rumeurs à ton sujet que nous ne pouvons croire.

- Qu’est-ce donc ? répondit Khabbâb.

- On nous a dit que tu avais renié ta religion et que tu suivais cet homme de la tribu des Banû Hâshim.

- Je n’ai pas renié ma religion, dit Khabbâb calmement. Je crois en un Dieu unique, sans aucun associé. Je rejette vos idoles et je crois aussi que Muhammad est le serviteur de Dieu et Son messager.

A peine Khabbâb eut-il fini de parler que Siba’a et sa bande se jetèrent sur lui. Ils le frappèrent à coup de poings et de barres de fer et le battirent jusqu’à ce qu’il tombe à terre, sans connaissance, le sang coulant de ses blessures.

La nouvelle de ce qui s’était passé entre Khabbâb et sa maîtresse se répandit dans toute La Mecque comme une traînée de poudre. Les gens s’étonnaient de l’audace de Khabbâb. Jusqu’à présent ils n’avaient jamais entendu dire qu’un des compagnons de Muhammad eut osé proclamer sa croyance avec autant de franchise et de défi.

L’affaire Khabbâb choqua profondément les dirigeants des Qurayshites. Ils ne s’attendaient pas à ce qu’un maréchal-ferrant appartenant à Umm `Ammâr sans clan pour le protéger ni descendants pour le défendre contre les injures, osât défier son autorité, dénoncer ses dieux et rejeter la religion de ses ancêtres. Ils réalisèrent que cette affaire pouvait n’être qu’un début…

Et les Qurayshites ne s’étaient pas trompés dans leurs prédictions. Le courage de Khabbâb impressionna bon nombre de ses compagnons et les incita à l’imiter et à proclamer publiquement leur adhésion à l’Islam. L’un après l’autre, ils commencèrent à annoncer le message de vérité.

Dans le quartier du Haram, près de la Ka`ba, les dirigeants des Qurayshites se réunirent pour discuter du problème que leur posait Muhammad. Parmi eux, Abû Sufyan Ibn Harb, Al-Walid Ibn Al-Mughîra et Abû Jahl Ibn Hishâm. Ils remarquèrent que Muhammad devenait de plus en plus puissant et que le nombre de ses compagnons augmentait de jour en jour, voire d’heure en heure. Ils en étaient malades et ils décidèrent d’y mettre un terme avant que le phénomène n’échappe totalement à leur contrôle. Chaque tribu fut chargée d’attraper des compagnons de Muhammad et de les punir jusqu’à ce qu’ils renient leur foi ou meurent.

Siba’a Ibn Abd Al-`Uzza et ses gens reçurent l’ordre de punir Khabbâb, à nouveau. Régulièrement, ils l’emmenaient sur une place publique dans la cité au moment où le soleil était au zénith et le sol brûlant. Ils lui enlevaient ses vêtements et l’habillaient d’une armure de fer et le couchaient sur le sol. Dans la chaleur intense, sa peau se desséchait et son corps demeurait inerte. Lorsque toute force l’avait abandonné, ils le défiaient :

- Alors que dis-tu de Muhammad ?

- Il est le serviteur de Dieu et Son messager ; il est venu amenant avec lui la religion de la guidée et de la vérité pour nous sortir des ténèbres et nous mener à la lumière.

Cela les rendait encore plus furieux et ils intensifiaient leurs coups. Ils lui posaient alors des questions sur Al-Lât et Al-`Uzza et il répondait d’une voix ferme :

- Deux idoles, sourdes et muettes, elles ne peuvent ni faire de mal ni faire de bien.

Aveuglés par la colère, ils prenaient une grosse pierre et la plaçaient sur son dos. La douleur et l’angoisse de Khabbâb ne cessaient de croître mais jamais il ne renia sa foi.

L’inhumanité de Umm `Ammâr à l’égard de Khabbâb n’avait rien à envier à celle de son frère. Un jour, elle vit le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) parler à Khabbâb devant son échoppe, ce qui l’enragea. Chaque jour - et ce pendant plusieurs jours - elle se rendit à sa boutique et le punit en plaçant un fer chauffé à blanc sur sa tête. Sa douleur était intolérable et souvent il s’évanouissait.

Khabbâb souffrit longtemps et son seul secours venait de la prière. Il pria pour qu’Umm `Ammâr et son frère soient punis. Il fut enfin délivré de la souffrance et de la douleur, lorsque le Prophète (paix et bénédiction d’Allah sur lui) autorisa ses compagnons à émigrer à Médine. Umm `Ammâr ne put s’opposer à son départ. Elle-même fut bientôt atteinte d’une terrible maladie, inconnue jusqu’alors. Elle se comportait comme si elle avait été enragée. Les migraines qui la terrassaient étaient atroces et mettaient ses nerfs à rude épreuve. Ses enfants cherchèrent de l’aide partout où ils purent jusqu’à ce qu’on leur dise que le seul remède consistait à lui cautériser la tête. Ce qui fut fait. Le traitement au fer rouge fut plus terrible encore que toutes les migraines dont elle avait eu à souffrir.

ALLAHOU AKBAR !

ALLAH SWT n’est -IL pas le plus sage des juges ?

· Seydina Bilal ibn Rabah al habashi, que Dieu l’agrée

Quand on citait le nom d'Abu Bakr RA devant Omar b. al-Khattab RA, celui-ci disait : "Abou Bakr est notre maître, qui a libéré notre maître." Il visait Bilal. Mais Bilal RA ne prêtait pas beaucoup d'attention aux éloges qu'on lui adressait. Il baissait les yeux, en disant humblement : "Je suis plutôt un Abyssinien... J'étais un esclave...".

Cet ancien esclave noir, svelte mais grand, aux cheveux crépus et aux petites épaules, qui est-il ?

C'est Bilal ibn Rabah, le premier muezzin de l'Islam et le contradicteur des adorateurs des idoles. Et puis, qui ne connaît pas Bilal, alors que son nom traverse le temps depuis le début de l'Islam ?

Des centaines de millions de tous les âges le connaissent. Si on interroge un enfant musulman de n'importe quelle partie du monde : "Petit enfant, qui est Bilal ?" il répondra : "C'est le muezzin de l'Envoyé".

C'est cet esclave qui est devenu musulman et que son maître polythéiste torturait, pour le faire dévier de l'Islam.

En effet, Bilal RA était un esclave qui s'occupait du bétail de son seigneur, pour quelques poignées de dattes. Si ce n'était sa foi en l'Islam, il aurait traversé le temps en inconnu. La couleur de sa peau, sa condition sociale ne l'ont pas empêché d'occuper un rang très élevé parmi les musulmans. Lui le dépossédé de tout, le fils d'une esclave, on le croyait incapable de la toute petite chose. Mais voilà qu'il osa et embrassa l'Islam. Il eut une foi inébranlable, devant laquelle se brisèrent toutes les tentatives de dissuasion.

Il subissait la vie d'esclave. Des jours se ressemblaient. Il n'avait aucun droit et il n'avait aucun espoir en un possible lendemain différent. Puis, voilà qu'on parla de Mohammad SAW devant lui. Les Mecquois, y compris Omaya ben Khalaf, ne cachaient pas leur sentiment envers Mohammad, et ils l'exprimaient clairement, tandis que Bilal RA écoutait.

Ils reconnaissaient bien l'intégrité de Sidna Mohammad SAW, discutaient de la nouvelle religion mais la rejetaient ensuite. Ils disaient que Mohammad n'était ni menteur, ni sorcier, ni fou. Cependant, ils avaient peur pour la religion de leurs ancêtres et craignaient que la Mecque perdrait son rôle religieux prépondérant en Arabie. Dans ces conditions-là, Bilal RA eut le cœur ouvert à la lumière divine et il alla au Messager de Dieu SAW annoncer sa conversion à l'Islam. Mais la nouvelle ne tarda pas à faire le tour de la cité. Son maître Omaya vit en cela un affront qu'il fallait effacer à tout prix, et vite.

Mais Bilal était convaincu et résolu. Il ne céda pas, il résista à toutes les tortures. Allah SWT l'avait choisi comme exemple pour peut-être dire aux humains que la couleur de la peau et la condition d'esclave n'entament nullement la grandeur de l'âme croyante. La liberté de conscience ne peut s'acheter.

Bilal RA l'avait démontré par sa résistance à tous les supplices. On le faisait sortir chaque jour, au soleil de midi, pour le jeter sur le sable brûlant et le laisser souffrir sous le poids insupportable d'un rocher très chaud.

Ses tortionnaires voulaient le détourner de sa foi tandis que lui voulait être musulmans. Comme sa situation de supplicié durait, on lui proposa de dire un mot de bien, un tout petit mot en faveur de leurs dieux, pour faire cesser son supplice. Même ce petit mot, Bilal RA ne la prononça pas, lui qui pouvait le dire de façon superficielle, sans perdre sa foi, afin d'être soulagé. Oui, il refusa de le dire et se mit à répéter son chant éternel : Ahadoun - Ahad - II est l'unique, il est l'unique -.

Ses tortionnaires lui disaient : "Dis ce que nous disons" Mais lui leur disait : "Ma langue ne sait pas bien dire cela". Les sévices reprenaient alors de plus belle jusqu'à l'après-midi. A ce moment-là, on enlevait le rocher de sa poitrine, on lui mettait une corde au cou et on le laissait à la merci de leurs garçons, qui le faisaient courir dans les rues de la Mecque et sur les montagnes.

J'imagine qu'à la nuit tombée, ses bourreaux lui disaient : " Demain, dis du bien de nos dieux ; dis que tes seigneurs sont al-Lat et al-'Ouzza et nous laissons..." Mais Bilal RA rejetait sereinement ce marchandage par la reprise de son chant. Sur ce, Omaya ben Khalaf explosait de colère et de haine : "Par al-Lat et al-'Ouzza! tu vas voir. Tu seras un exemple pour les esclaves et pour les maîtres !". Et le lendemain, à midi, les bourreaux conduisaient Bilal à la place de la veille, sans savoir qu'il était armé de patience et de résolution.

Puis, un jour, Abu Bakr as-Seddiq RA alla à cet endroit, pour leur dire ; "Allez-vous tuer un homme parce qu'il dit que son seigneur est Dieu ?" Par la suite, il dit à 'Oumaya : "Je l'achète avec un prix dépassant sa valeur. Qu'en dis-tu ?" Oumaya ne se fit pas attendre de prendre au vol la bouée de sauvetage qui venait de lui être lancée. Ayant perdu espoir de briser la volonté de Bilal. il accepta l'offre d'Abou Bakr RA . Il s'était rendu compte que le prix de Bilal était plus profitable que sa mort. Comme Abou Bakr aidait Bilal à se relever, Oumaya dit : "Prends-le ! si tu m'avais proposé un ouqiya. je te l'aurais vendu". Abou Bakr RA, se rendant compte que ces mots étaient destins à humilier Bilal, répondit : "Par Dieu ! si vous aviez exigé cent ouqiyas, je les aurais avancées !" Puis il se retira avec Bilal.

 

·   Seydina Ammâr Ibn Yâsir, que Dieu l’agrée

Son nom : `Ammâr Ibn Yâsir Ibn `Âmir Ibn Mâlik Ibn Kinânah Ibn Qays Ibn al-Husayn Ibn al-Wadhîm Ibn Tha`labah Ibn `Awf Ibn Hârithah Ibn `Âmir Ibn Yâm Ibn `Ans Ibn Mâlik al-`Ansî. On le surnomme Abû al-Yaqdhân. Il est l’allié de Banû Makhzûm.

Il est l’un des premiers Qurayshites à embrasser l’Islam. Il y invita ses parents Yâsir et Sumayyah qui adoptèrent la nouvelle religion. Il figure parmi les sept premiers musulmans à avoir assumé ouvertement leur foi.

Un jour, Yasir Abou Ammar (RA) sortit de son Yémen natal pour aller à la recherche d'un frère disparu.

Dans son voyage, il passa par la Mecque. Trouvant la cité accueillante, il s'installa puis il devint le client d'Abou Houdhayfa ibn al-Moughira. Par la suite, il épousa Soumaya bint Khayat une esclave appartenant à son protecteur mecquois. Et de ce mariage, les deux modestes époux eurent Ammar.

Dès que le message divin fut proclamé, le père la mère et le fils se convertirent. Etant donné qu'ils avaient été des musulmans de la première heure, ils durent tous les trois subir les pires sévices de la part des Qouraychites en particulier les Banou Makhzoum. On les faisait sortir chaque jour au soleil brûlant pour les tortures sur le sable également brûlant.

 Le Messager SAW qui était impuissant à l'époque, allait chaque jour leur rendre visite et les encourager à résister.

Une fois, Ammar RAl'appela : "O Messager de Dieu les tortures nous sont insupportables". Le Messager SAW lui dit alors : "Patience Abou al-Yaqdhan ! patience ô famille de Yasir ! vous avez rendez-vous avec le Jardin."

En outre, les compagnons de Yasir ont laissé des témoignages accablants sur ces tortures. Amrou ben al-Hakam dit : "On torturait Ammar à tel point qu'il n'avait pas conscience de ce qu'il disait". 

Amrou ben Maymoun : "Les polythéistes torturaient Ammar avec le feu. Quand le Messager SAW passait près de lui, il disait : "O feu. Sois fraîcheur et salut sur Ammar comme tu l'as été sur Abraham."

Ses tortionnaires s'ingéniaient à lui faire goûter à tous les sévices. Ils le brûlaient avec le feu. Le ligotaient solidement à un poteau tout exposé au soleil d'Arabie, retendaient sur les pierres chauffées, lui maintenaient la tête sous l'eau jusqu'à la limite de l'asphyxie ou l'évanouissement. Une fois, ils s'occupèrent de lui de la manière la plus odieuse, à tel point qu'il répéta malgré lui ce qu'ils lui ordonnèrent. Ils l'avaient obligé de dire du bien de leurs divinités.

Ammar en fut très affecté, après le départ de ses bourreaux. Que lui serait-il arrivé s'il n'avait pas vu le Prophète SAW arriver ? Celui-ci se rapprocha de lui, lui essuya ses larmes et lui dit : "Les polythéistes t'ont tellement mis la tête sous l'eau que tu as dit telle chose et telle chose ?" Ammar répondit, en pleurant : "Oui, ô Messager de Dieu."

Le Messager SAW lui dit alors : "S'ils récidivent, dis-leur la même chose." Puis il lui récita :

« Quiconque a renié Allah après avoir cru - sauf celui qui y a été contraint alors que son cœur demeure  plein de la sérénité de la foi - mais ceux qui ouvrent délibérément leur cœur à la mécréance, 

ceux-là ont sur eux une colère d'Allah et ils ont un châtiment terrible. »  [Sourate 16, verset 106]

 Alors Sidna Ammar RA se calma et gagna son âme ainsi que sa foi. Sa résistance se renforça ensuite, si bien que ses bourreaux s'avouèrent enfin vaincus.

Par la suite, les musulmans s'exilèrent à Médine.

 Le Messager SAW qui l'aimait beaucoup, le vantait pour sa foi et ses sacrifices : "Ammar est plein de foi jusqu'à la moelle !" 

Quand il y eut un malentendu entre Khalid Ibn al-Walid, le Messager SAW dit : "Celui qui est hostile à Ammar, eh bien ! Dieu lui est hostile ; et celui qui haït Ammar, eh bien ! Dieu le haït." En une autre occasion, le Messager SAW avait aussi dit : "Ammar est la peau qui se situe entre mes yeux et mon nez ! ". 

D’après Hudhayfah, le Prophète - paix et bénédiction de Dieu sur lui - dit : « Suivez l’exemple de mes Successeurs Abû Bakr et `Umar, et imitez le bon comportement de `Ammâr. » (At-Tirmidhî et Ibn Mâjah)

·     Seydina Mus’ab ibn Umayr, qu’ALLAH l’agrée

Mus`ab Ibn `Umayr est né et a grandi dans un milieu riche et confortable. Ses parents étaient pleins de soins et d’attentions à son égard. Il portait les vêtements les plus coûteux et les chaussures les plus élégantes de son époque. Les souliers yéménites étaient alors considérés comme les plus prestigieux et il avait le privilège d’en porter la meilleure paire.

Dans sa jeunesse il était admiré par les Qurayshites non seulement pour sa prestance et son élégance mais aussi pour son intelligence. Son bon comportement et son esprit fin lui ont permis de gagner l’estime des notables Mecquois parmi lesquels il vivait. Bien qu’encore jeune, il avait le privilège de pouvoir assister aux débats et aux réunions des Qurayshites. Il connaissait ainsi les questions qui perturbaient les Mecquois et leur façon de réagir aux problèmes qu’ils rencontraient.

Sidna Muhammad SAW provoquait à cette époque une certaine agitation parmi les Mecquois. Connu d’eux sous le surnom de "Al-Amin" (le digne de confiance), il disait que Allâh l’avait envoyé en tant que porteur d’une bonne nouvelle et avertisseur. Il menaça d’un terrible châtiment les Qurayshites qui refusaient de se soumettre à Allâh et de L’adorer. Quant aux justes il leur promit une récompense divine. Ainsi, toute La Mecque ne parlait plus que de lui. Les dirigeants Qurayshites cherchèrent donc des moyens de faire taire Muhammad SAW

Comme les moqueries et les tentatives de persuasion échouèrent, ils s’embarquèrent dans une campagne de harcèlement et de persécutions.

Mus`ab apprit que Muhammad SAW et ses partisans s’étaient rassemblés dans une maison près de la colline de As-Safâ, la maison de Al-Arqam pour échapper aux persécutions des Qurayshites. Par curiosité, Mus`ab se rendit à cette demeure le plus discrètement possible, connaissant bien la haine des Qurayshites. Là, il trouva le Prophète SAW prêchant ses quelques compagnons, leur récitant les versets du Saint Coran et pratiquant avec eux la Salat dans la véritable soumission à Allâh, Le Plus Grand, Le Très Haut.

Le Prophète l’accueillit. Il posa tendrement sa main bénie sur le cœur de Mus`ab qui palpitait d’émotion. Un sentiment profond de tranquillité l’envahit alors.

Mus`ab était émerveillé par ce qu’il venait de voir et d’entendre. Les mots du Coran eurent sur lui un impact immédiat.

Dès cette première rencontre avec le Prophète SAW, le jeune Mus`ab décida d’embrasser l’Islam. Ce fut un moment mémorable. L’esprit vif de Mus`ab, sa volonté tenace et sa détermination, son éloquence et son bon caractère étaient maintenant au service de l’Islam et allaient contribuer à changer le cours de l’histoire.

En acceptant l’Islam, Mus`ab allait devoir face à un problème de taille : sa mère, Khunnas Bint Mâlik. Elle était très puissante. Son caractère dominateur inspirait aisément crainte et terreur. Quand Mus`ab devint musulman, la seule personne sur terre encore capable de l’effrayer était sa mère. Tous les notables influents de La Mecque avec leur attachement aux cultes et leurs traditions païens n’avaient que peu d’importance pour lui. Il ne pouvait toutefois pas prendre à la légère le fait que sa mère fusse du nombre de ses adversaires.

Mus`ab se résolut à cacher son adhésion à l’Islam jusqu’à ce que Allâh lui fasse parvenir une solution. Il continua de se rendre dans la maison de Al-Arqam où il siégeait en compagnie du Prophète. Il ressentait une certaine sérénité dans sa nouvelle foi, veillant à ne laisser transparaître aucun indice susceptible d’éveiller des soupçons de sa mère. Il réussit à éviter la colère de sa mère, mais seulement pour un temps. Il était difficile à cette époque de garder un secret bien longtemps à La Mecque. les Qurayshites avaient des yeux et des oreilles à tous les coins de rues. Derrière chaque trace de pas se cachait un informateur Quraysh. Rapidement, Mus`ab fut repéré par un certain `Uthmân Ibn Talhah alors qu’il rentrait tranquillement dans la maison de Al-Arqam.

Une autre fois, `Uthmân vit Mus`ab prier comme le faisait Muhammad — paix et bénédictions sur lui —. La conclusion était évidente. Aussi vite qu’une traînée de poudre, la nouvelle fracassante de la conversion de Mus`ab se diffusa parmi les Qurayshites et atteignit finalement les oreilles de sa mère.

Mus`ab se présenta devant sa mère, son clan et la bourgeoisie Quraysh qui s’étaient réunis pour connaître les faits et pour entendre ce qu’il avait à dire pour sa défense.

Mus`ab reconnut, non sans une certaine humilité et un certain sang-froid, qu’il était en effet devenu musulman et sut expliquer calmement et avec confiance les raisons de son choix. Il récita alors certains versets du Coran - ceux qui avaient purifié le cœur des croyants et les avaient ramené à leur religion naturelle : celle d’Allâh. Bien que peu nombreux, leurs cœurs étaient maintenant remplis de sagesse, d’honneur, de justice et de courage.

Quand la mère de Mus`ab entendit son fils pour lequel elle avait été si soigneuse et si attentionnée, elle devint furieuse. Elle était sur le point de le frapper pour qu’il se taise. Mais devant le visage lumineux et serein de Mus`ab, sa main resta comme bloquée. Peut-être n’était-ce là que son amour pour son fils qui l’empêchait de le frapper, elle ressentait néanmoins encore le besoin de venger les dieux que son fils avait osé outrager. La solution pour laquelle elle opta était bien pire pour Mus`ab que les malheureux coups dont il aurait pu écoper. Elle cloîtra son fils dans un coin de sa maison, en ayant pris soin de l’attacher. Il était ainsi prisonnier dans sa propre demeure.

Pendant longtemps, sous le regard vigilant des gardes placés par sa mère, Mus`ab n’eut plus aucun contact avec Muhammad — paix et bénédictions sur lui — et l’Islam. Malgré cela, Mus`ab garda une foi inébranlable et le doute ne pénétra pas son cœur. Il devait certainement être au courant des humiliations et des tortures que les idolâtres faisaient subir à ses frères musulmans. Pour lui, comme pour la plupart des autres musulmans, leur condition à La Mecque n’était plus acceptable. Finalement, il apprit qu’un groupe de musulmans s’apprêtait à quitter la ville pour trouver refuge dans l’Abyssinie voisine. Il pensa immédiatement à s’évader pour les rejoindre. À la première occasion, il réussit à s’éclipser. Lui et les autres musulmans traversèrent ensemble la Mer Rouge pour rejoindre les côtes africaines.

Protégés par le Négus, les musulmans vivaient là-bas dans la paix et la sécurité. Cependant ils regrettaient de ne pouvoir être à La Mecque aux côtés du Prophète — paix et bénédictions sur lui —. Aussi quand la rumeur selon laquelle la situation des musulmans s’était améliorée à La Mecque se répandit en Abyssinie, Mus`ab fut-il parmi les premiers à vouloir repartir. Mus`ab avait déjà quitté l’Abyssinie lorsqu’on apprit que la rumeur était fausse...

Fut-il à La Mecque ou en Abyssinie, Mus`ab garda toujours une foi forte en l’Islam et ce qui lui importait par-dessus tout était d’avoir une existence digne de son Créateur.

Quand Mus`ab revint à La Mecque, sa mère tenta une dernière fois de le faire revenir à la voie qu’elle avait tracée pour lui. Elle le menaça donc de l’emprisonner à nouveau. Mus`ab jura de tuer quiconque sa mère enverrait pour le capturer. Elle savait qu’il ne mentait pas, elle avait bien remarqué sa détermination.

La rupture était inévitable. Quand le moment arriva, la mère et le fils étaient aussi triste l’un que l’autre mais cela résultait de la forte entêtement idolâtre de la mère et de la persistance encore plus grande de la foi monothéiste du fils. En le chassant de chez elle, elle lui enlevait tout le confort matériel dont il avait bénéficié jusqu’alors. Elle dit : "Va à tes occupations. Je ne peux plus être ta mère." Mus`ab s’approcha d’elle et dit : "Mère, je te conseille sincèrement, je ne suis pas indifférent à ton devenir. Atteste qu’il n’y a de divinités en dehors d’Allâh et que Muhammad — paix et bénédictions sur lui — est Son serviteur et Son messager."

"Je jure par les étoiles filantes que je ne rentrerai jamais dans ta religion, cela même si mon choix est ridicule" répondit-elle.

Mus`ab quitta alors sa maison, le luxe et le confort dont il jouissait. Mus`ab l’élégant, Mus`ab le jeune toujours bien habillé, le plus parfumé de La Mecque après le Prophète (SAW) allait dorénavant revêtir les vêtements les plus modestes.

Le jeune homme, élégant et raffiné qu’il était, avait laissé la place à un ascète, vêtu à longueur de journée d’une soutane en haillons, ne se souciant nullement de ce bas monde et de ses plaisirs. Un jour, alors qu’il passait devant le Messager de Dieu (SAW) et quelques-uns de ses compagnons, ceux-ci le virent et baissèrent les yeux. Des larmes coulèrent de leurs yeux. L’Envoyé de Dieu le regarda avec douceur et compassion, puis dit :

« J'ai vu Mus'ab Ibn ‘Umayr à la Mecque alors qu’il n’avait pas son pareil dans la considération, abandonné de tous pour son amour pour Dieu et Son Messager ».

Il avait désormais des vues bien plus importantes. Il était déterminé à user de tous ses talents et de toute son énergie dans le but de connaître et de servir Allâh et Son Prophète — paix et bénédictions sur lui.

Ce dernier l’aimait beaucoup et admirait sa grande ferveur et son engagement total pour sa foi. Bien qu’il était très jeune par rapport à d'autres compagnons plus âgés et plus éprouvés que lui, c’est à lui que l’Envoyé de Dieu confia la mission, ô combien noble, d’être le premier ambassadeur et le précurseur de l’islam à Yathrib.

·      Seydina Aballah ibn Mas’oud

Alors qu’il n’était qu’un jeune adolescent, il s’employait à parcourir les pistes montagneuses de La Mecque, loin de tous, pour garder le troupeau d’Uqbah Ibn Mu`ayt alors un des chefs Qurayshites. Les gens l’appelaient Ibn Umm ’Abd ce qui signifie "Le fils de la mère d’un serviteur" ; son véritable nom était `Abd Allâh tandis que son père s’appelait Mas`ûd.

Ce jeune garçon avait aussi été amené à écouter les nouvelles selon lesquelles un Prophète était apparu au sein de son peuple. Toutefois, en raison de son jeune âge et de son métier de berger qui le mettait à l’écart de la société mecquoise, il n’y prêta pas d’attention particulière. Il avait, en effet, coutume de s’en aller dans les montagnes tôt le matin avec le troupeau d’Uqbah et de ne revenir qu’à la tombée de la nuit.

Un jour alors qu’il veillait sur le troupeau, `Abd Allâh aperçut deux hommes d’âges moyens et aux allures vertueuses se diriger vers lui. Manifestement, ils semblaient très fatigués. Ils avaient tellement soif que leurs lèvres et leurs gorges étaient bien sèches. Ils s’approchèrent de lui, le saluèrent et lui dirent :

"Jeune homme, peux-tu traire une de ces brebis pour nous afin que l’on puisse étancher notre soif et reprendre quelques forces ?

— Mais je n’y suis pas autorisé" répliqua le jeune garçon et de poursuivre : Les brebis ne m’appartiennent pas, ma responsabilité ne se limite qu’à leur garde."

Les deux hommes n’ont alors pas cherché à argumenter avec lui, malgré leur forte soif ; ils furent ravis de cette franchise spontanée, et la satisfaction s’exprima sur leurs visages...

Ces deux hommes étaient le Saint-Prophète lui-même et son compagnon Abû Bakr As-Siddîq (que Dieu l’agrée). Ce jour-là, ils avaient emprunté les pistes montagneuses de La Mecque pour échapper aux violentes persécutions orchestrées par les Qurayshites.

Le jeune garçon fut impressioné par le Prophète et de son compagnon, et, très vite, il s’attacha à eux. Il ne tarda pas à embrasser l’islam et se proposa d’être au service personnel du Prophète.

Le Prophète accepta et depuis ce jour-là le vaillant `Abd Allâh Ibn Mas`ûd renonça à la garde des brebis pour désormais se dévouer au service du Prophète béni. Un lien solide est né entre eux.

Ainsi, `Abd Allâh devait s’assurer que tous les besoins internes ou externes du foyer du Prophète étaient satisfaits. Il se joignait à lui lors de ses déplacements de même qu’au cours de ses expéditions. Il s’assurait de le réveiller quand il le fallait. En outre, il le couvrait lorsqu’il se lavait, il portait son bâton et son siwak et s’occupait d’autres affaires personnelles du Prophète, paix et bénédiction de Dieu sur lui.

Dans la maison du Prophète, une éducation unique lui fut dispensée. Il vivait sous la guidance du Prophète, il adopta ses manières et le suiva dans toute chose, si bien que l’on dit à son égard : Il est celui qui est le plus proche du caractère du Prophète."

`Abd Allâh Ibn Mas`ûd fut instruit à "l’école" du Prophète. Il fut le meilleur récitateur du Coran parmi les compagnons du Prophète et le comprenait encore mieux que tous. Par conséquent, il était aussi celui qui avait le plus de connaissance en termes de Législation islamique (Shari`ah). Rien ne peut illustrer cela mieux que le récit de l’homme qui interpella `Umar Ibn Al-Khattâb qui se trouvait alors dans la plaine d’Arafat : "Ô Amir al-Mûminîn (Commandeur des Croyants) ! je reviens de Kûfah [cité irakienne] où un homme est en train de retranscrire le Coran en se basant sur sa mémoire."

`Umar se fâcha et, tout en fumant de colère, entreprit les cents-pas auprès de son chameau.

"Quelle est l’identité de cet homme ? demanda `Umar.

— `Abd Allâh Ibn Mas`ûd, répondit l’homme."

Alors la colère de Umar s’estompa et il retrouva son calme.

"Malheur à toi, dit-il à l’homme, par Dieu, je ne connais aucun homme qui ne soit aussi doué dans cette matière que lui. Une nuit le Messager de Dieu - Que la Paix soit sur lui - était en train de s’entretenir avec Abû Bakr au sujet de la situation des musulmans, moi-même j’étais avec eux. Lorsque le Prophète décida de partir, nous l’avons aussi raccompagné. Nous avions traversé la mosquée où se trouvait un homme debout en pleine prière que nous n’avions [au départ] pas reconnu. Le Prophète s’était alors arrêté afin de l’écouter puis il se retourna et [nous] dit : "Quiconque désir réciter le Coran dans le même style de splendeur lorsqu’il était en train d’être révélé alors qu’il le récite dans le même style de Ibn Umm `Abd."

Après sa prière `Abd Allâh s’était assis et commença à faire ses invocations, puis le Prophète - Que la Paix soit sur lui - dit alors : "Implore et tu seras exaucé, implore et tu seras exaucé".

`Umar poursuivit : "Je me suis dit que je devais absolument voir `Abd Allâh Ibn Mas`ûd pour lui annoncer l’heureuse nouvelle que venait de prononcer le Prophète à son sujet, je voulais lui dire que ses invocations étaient exaucées. C’est ce que j’allais faire mais je me suis rendu compte que Abû Bakr m’avait devancé et lui avait annoncé la nouvelle. Par Dieu, je n’ai jamais encore réussi à devancer Abû Bakr lorsqu’il s’agit de réaliser une bonne action."

Ce faisant, `Abd Allâh Ibn Mas`ûd accumulait tant de connaissances sur le Coran qu’il lui arrivait de dire, "Par Lui, en dehors Duquel il n’y a nul Dieu, aucun parmi les versets révélés du livre de Dieu ne me sont connus sans que je sache le lieu et les circonstances dans lesquelles leurs révélations s’étaient prononcées. Par Dieu, si je m’aperçois qu’il existe une seule personne qui puisse en connaître davantage sur le livre de Dieu, de toutes mes forces je ferai en sorte de ne pas la lâcher." `Abd Allâh n’exagérait pas dans ce qu’il dit de lui-même.

Une fois au cours d’une de ses grandes sorties en tant que Calife, `Umar Ibn Al-Khattâb croisa une caravane que l’obscurité de la nuit empêchait de distinguer convenablement. `Umar ordonna à l’un de ses membres de saluer la caravane et il se trouvait que `Abd Allâh Ibn Mas`ûd en faisait partie.

"D’où venez-vous ? interrogea `Umar.

— D’une vallée très profonde (fadj `amîq), répondit la caravane. ("fadj `amîq" est une expression coranique).

— Et où allez-vous comme ça ? demanda `Umar.

— A l’Ancienne Demeure (bayt `atîq)", fit de nouveau écho la caravane ("al-bayt al-`atiq" est une expression coranique).

— Une personne savante (’âlim) doit très certainement vous accompagner, dit `Umar qui chargea un homme de demander à la caravane : Quelle partie du Coran est la plus majestueuse ?

—  Dieu, point de divinité à part Lui, le Vivant, Celui Qui Subsiste par Lui-même. Ni sommeil et ni somnolence ne Le saisissent, répondit l’interrogé, citant par-là le verset du Trône. [Coran, 2 : 255).

— Quelle partie du Coran est la plus limpide en termes de justice ?

— Certes, Allah commande l’équité, la bienfaisance et l’assistance aux proches..., répliqua toujours l’interrogé. [Coran 16 : 90]

— Quel est l’un des principaux enseignements du Coran ?

— Quiconque fait un bien fût-ce du poids d’un atome, le verra, * et quiconque fait un mal fût-ce du poids d’un atome, le verra.[Coran, 99 : 7-8]

— Quelle partie du Coran met en exergue un formidable espoir ?

— Dis : "O Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment, ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Car Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux. [Coran 39 : 53]

C’est là que `Umar demanda : `Abd Allâh Ibn Mas`ûd ne serait-il pas parmi vous ?

— Par Dieu, oui, répliqua l’homme de la caravane."

En fait, `Abd Allâh Ibn Mas`ûd n’était pas seulement un spécialiste du Coran. Au-delà de son érudition et de sa grande dévotion, il fut un combattant fort, courageux, redoutable sur le champ de bataille.

Un jour alors que les compagnons du Prophète - Que la Paix et les bénédictions d’Allah soient sur lui - étaient rassemblés à La Mecque en nombre limité, affaiblis et opprimés, ils dissertaient sur le fait que les Qurayshites n’avaient toujours pas eu l’occasion d’écouter la récitation du Coran d’une façon publique et à haute voix.

— J’irai le leur réciter ! dit `Abd Allâh Ibn Mas`ûd alors volontaire.

— Mais nous craignons qu’il ne t’arrive quelque chose ! lui dirent-ils. Nous préférerons une personne appartenant à un clan susceptible de le défendre contre leurs attaques.

— Accordez-le-moi, insista `Abd Allâh Ibn Mas`ûd qui invoqua Allah en ces termes : Allah protége-moi et garde-moi de leur mal."

De ce pas, il se dirigea vers la Mosquée jusqu’au niveau du Maqâm d’Ibrahim soit à quelques mètres de la Ka`bah.

Pendant que le disque solaire commençait à illuminer la Ka`bah autour de laquelle les Qurayshites s’étaient dispersés, `Abd Allâh alla se placer à hauteur du Maqâmet commença alors sa récitation de sourate Ar-Rahmân :

"Bismillâhi’r-Rahmâni’r-Rahîm * Ar-Rahmân * `Allama’l-Qur’an * Khalaqa’l-Insân * `Allamahu’l-bayân...".

Pendant qu’il enchaînait les versets les Qurayshites tendirent l’oreille attentivement, puis s’interrogèrent :

"Qu’est-ce que Ibn Umm Abd est en train de raconter ?

— Malheur à lui ! Il est en train de réciter ce que Muhammad a apporté !"

Ils venaient de comprendre...

Ils se jetèrent alors sur lui et une pluie de coups s’abattit sur son visage. Cependant, cette agression ne l’empêcha pas dans sa constante récitation jusqu’à ce qu’il retournât auprès de ses compagnons, le visage tout ensanglanté.

"C’est ce que nous craignions pour toi ! dirent-ils.

— Par Dieu, dit `Abd Allâh, les ennemis de Dieu n’étaient pas plus à l’aise que je ne l’étais à ce moment précis. Si vous le souhaitez, je recommence demain.

— Tu en as déjà fait assez, répondirent-ils, tu leur as fait écouter ce qu’ils détestent."

Sources

Non indiquées : article de l’ancien site, pas encore relu.

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