Les Agressions Contre Le Messager D'Allah SAW
L’hostilité des Qoraïchites envers Sidna Mohammad SAW et ses disciples RA s’envenima et les atteintes portées à la personne du Prophète furent nombreuses. En plus des moqueries, des persiflages, des méchancetés, etc. déjà utilisés, ils incitèrent contre lui les hommes les plus vils parmi eux. Nous citerons brièvement quelques anecdotes à ce sujet.
Abou Lahab, oncle du Prophète SAW, était le plus enclin au mal. Nous avons déjà vu son attitude, le jour de l’appel sur le mont As-Safa. Il accusait plus que tout autre le Prophète de menteur. Il traînait derrière le Prophète SAW au pèlerinage et dans les marchés pour le contredire. C'était un ennemi irréductible de l'islam et des musulmans.
Il était également le voisin du Prophète. Il déversait devant sa porte toute sortes d’immondices et de pourritures. Toutes les fois qu'on lui jetait cette saleté, le Messager d'Allâh SAW la prenait à l'aide d'un bâton puis la jetait dans la rue. Il disait ensuite : « Ô fils de ‘Abdel Mouttaleb ! Quelle sorte de voisinage est-ce là ? ».
Abou Lahab avait déjà marié ses deux fils aux deux filles du Messager d'Allah SAW (RA) : Rouqaya et Oum Kalthoum, - Qu'Allah soit satisfait d'elles - et cela avant le début de la mission. A l'avènement de celle-ci, il intima à ses fils l'ordre de divorcer et les divorces furent prononcés. Lorsque ‘Abdullah, le deuxième fils du Prophète SAW transita, Abou Lahab, pavoisant, se rendit chez les associateurs leur annoncer ce qui était pour lui une bonne nouvelle, à savoir que Mohammad était désormais sans postérité.
La femme d’Abou Lahab, Oum Jamil, fille de Harb Ibn Oumayya et sœur d'Abou Soufiane, n'était pas moins déterminée que son mari à nuire au Messager d'Allah SAW. C'était une femme acariâtre et dure, développant sa langue contre lui, forgeant des mensonges et des intrigues à son égard.
Lorsqu'elle entendit ce qu’Allah SWT avait révélé à son sujet et au sujet de son époux, (cf. sourate n°111 : Al-Massad) elle prit une pierre et alla trouver le Prophète SAW. Alors qu’il était en face d’elle, assis dans la mosquée de la Kaaba, en compagnie d'Abou Bakr RA, Allah l'aveugla et elle ne vit que ce dernier. Elle lui dit alors : « Abou Bakr, où est ton compagnon ? J'ai appris qu'il me dénigre. Par Allah, si je le trouve, je frapperais sa bouche avec cette pierre… Et je suis poétesse ». Sur ces mots elle ajouta : « Nous refusons de lui obéir, repoussons son appel et dénigrons sa religion ».
Un jour, le Prophète SAW priait dans l’enceinte de la Kaaba alors qu'Abou Lahab et sa clique étaient assis en ce lieu. Soudain, ‘Oqba Ibn Abi Mou'ait apporta des restes d’un chameau égorgé et attendit jusqu'à ce que le Prophète SAW se prosterne pour les lui poser entre les épaules. Alors tout le groupe se mit à rire sous l'emprise de la gaieté et de l'exubérance. Le Messager d'Allah SAW resta prosterné jusqu'à l'arrivée de la Dame Fatima RA qui ôta les saletés de son dos. Il releva la tête et dit par trois fois : « Seigneur, préserve-moi des Qoraïchites ». Cette invocation fut pénible pour les associateurs qui savaient que toute prière faite dans ce lieu était exaucée.
Un jour, un groupe de polythéistes encercla le Prophète alors qu’il effectuait des circumambulations autour de la Ka`bah. L’un d’eux le saisit par le col et faillit l’étrangler, si ce n’est qu’Abû Bakr vola à son secours, leur disant : « Voulez-vous tuer un homme parce qu’il dit : “Allâh est mon Seigneur” ? »
Tous ces problèmes n’entamèrent sa détermination en aucune façon. Il continua à prêcher le message de Dieu et donna un merveilleux exemple à ses disciples, qui restèrent attachés à leur religion, endurant la torture et l’humiliation. Tous les sacrifices étaient permis à leurs yeux, car ils n’étaient en quête ni de la fortune, ni du prestige, ni du pouvoir, mais uniquement de la vérité...
Un jour, Abû Jahl l’injuria très vulgairement.
Le Prophète SAW s’en alla sans rien lui dire. Rentrant de la chasse, son sport favori, la nouvelle arriva aux oreilles de Seydina Hamzah Ibn `Abd Al-Muttalib (RA), qui n’avait pas encore embrassé l’islam. Furieux, il se dirigea vers la Ka`bah où les gens avaient l’habitude de se réunir. Voyant Abû Jahl assis dans une assemblée, il se dirigea vers lui, leva son arc et d’un grand coup lui fendit sévèrement la tête. Il lui dit : « Oses-tu injurier mon neveu alors que sa religion est la mienne et que je professe ce qu’il professe ? Réponds-moi si tu en as le cran ! » L’assemblée était foudroyée. Qui oserait se mesurer à Hamzah ?
Seydina Hamzah Ibn `Abd Al-Muttalib (RA) embrassa l’islam.
Quraysh comprit alors que le Messager de Dieu SAW était désormais intouchable, et que Seydina (RA) prendrait sa défense.
Ainsi durent-ils s’abstenir de certaines de leurs forfaitures habituelles
La Délégation De Qoraysh Auprès D’Abou Tâlib
Etant sous la protection de ses oncles paternels, personne n'osait plus commettre de bassesses à l’encontre du Messager d’Allah SAW, à l'exception des stupides et des gens les plus ignobles. Abou Tâlib faisait partie des grandes personnalités de la Mecque. Très respecté, il était difficile que quelqu'un eût le courage de s'attaquer à ses protégés ou de s'emparer de leurs biens.
Cette situation inquiéta les Qoraïchites qui eurent besoin d'une réflexion profonde propre à les sortir de l'impasse sans les conduire à l'irréparable. Sur cette base, ils choisirent la voie de la négociation avec Abou Tâlib. Ils firent preuve de sagesse et d'application, mais on notait en filigrane, un style de menace et de défi visant à l’amener à obéir à leurs ordres. A ce propos, Ibn Ishâq raconte que des hommes parmi les nobles de Qouraïch allèrent voir Abou Tâlib et lui dirent :
« Ô Abou Tâlib ! Ton neveu a insulté nos dieux, dénigré notre religion, a traité d’insensés nos savants et a considéré nos ancêtres comme des égarés. Soit, tu l’éloignes de nous [de à ce qu'il ne nous offense plus] ; Soit tu nous le laisses, car tu es comme nous dans notre désaccord avec lui, et alors nous te débarrasserons de lui ».
Abou Tâlib leur répondit avec bienveillance et sagesse, après quoi ils s'en allèrent.
Le Prophète SAW poursuivit sa mission, proclamant l'islam et appelant les gens à y adhérer. Les Qoraïchites perdaient patience de le voir continuer son travail de prédication. Ils s’entretenaient souvent au sujet du Messager d’Allah SAW ils se plaignaient contre lui, ce qui finalement les poussa à retourner chez Abou Tâlib...
Les Qoraïchites Menacent Abou Tâlib
Venus pour la seconde fois chez Abou Tâlib, les Qoraïchites durcirent le ton plus qu'ils ne l'avaient déjà fait. Ils lui dirent :
« Ô Abou Tâlib ! Il ne fait aucun doute que nous respectons ton âge, ta noblesse et la dignité de ton rang. Nous t'avions demandé d’éloigner, de retenir ton neveu, mais tu ne l'as pas fait. A présent, nous ne supportons plus de le voir insulter nos aïeux, traiter de stupides nos savants et critiquer nos divinités. Soit, tu l’éloignes de nous, soit nous le combattons et toi avec, jusqu'à ce que périsse l'un des deux camps ».
Puis ils s’en allèrent, mais Abou Tâlib fut profondément déprimé du fait de couper avec son peuple et d’entraîner sur lui leur animosité ; mais il ne pouvait pas non plus se réjouir de leur livrer son neveu.
Abou Tâlib fit alors venir le Prophète SAW et lui dit : « Ô mon neveu ! Ton peuple est venu me voir et m'a dit ceci et cela. Ménage-moi et ménage-toi. Et ne me charge pas de ce que je ne saurais supporter ».
Le Messager d'Allah SAW pensa que son oncle avait changé d’avis et qu’il allait cesser de le secourir. Il répondit :
« Ô mon oncle ! Je jure par Allah que même s'ils mettaient le soleil dans ma main droite et la lune dans ma main gauche pour me faire renoncer à cette affaire, je n'y renoncerais jamais jusqu’à ce qu’Allah la fasse triompher ou que j'y perde la vie ».
Sur ces mots il fondit en larmes et se leva.
Lorsque le Prophète SAW eut tourné le dos pour partir, Abou Tâlib l'appela et lui dit : « Va, mon neveu. Fais ce qui te plaira. Je jure par Allah de ne jamais te livrer à tes ennemis ».
Les Qoraïchites Encore Une Fois Chez Abou Tâlib
Lorsque les Qoraïchites constatèrent que le Messager d'Allah SAW poursuivait toujours sa démarche, ils comprirent qu'Abou Tâlib avait refusé de le livrer et de cesser de le secourir, prêt à se séparer d'eux et à les prendre pour ennemis. Ainsi, ils allèrent le voir en compagnie de 'Omarah Ibn Al-Walid Ibn Al-Moughira et lui dirent : « Ô Abou Tâlib ! Voici un jeune homme. Il est le plus robuste et le plus beau des jeunes Qoraïchites. Alors, prends-le et tu profiteras de son intelligence et de son aide, et adopte-le, il sera à toi. En retour, livre-nous ton neveu qui a contredit ta religion et celle de tes ancêtres, il a divisé ton peuple et considéré comme sottises nos croyances. Ainsi nous le tuerons. Ce sera un homme en échange d’un homme ».
Abou Tâlib leur répondit : « Oh ! Il s'agit là d'une piètre proposition. Vous me demandez de prendre votre fils pour l'élever et de vous livrer le mien pour que vous le tuiez ? Par Allah, ceci ne se fera jamais ».
Alors Al-Mout'im Ibn ‘Adi Ibn Nawfal Ibn ‘Abd Manâf Ibn Qousay dit : « Ô Abou Tâlib ! Par Allah, ton peuple aura été juste envers toi. Il aura déployé un effort pour te débarrasser de ce qui te nuit. Pourtant, je constate que tu ne veux rien recevoir de sa part ».
Abou Tâlib répliqua : « Par Allah, vous n'avez pas été justes à mon égard. Au contraire toi, tu as décidé de ne pas me soutenir et tu as préféré ces gens à moi. Fais donc ce que bon te semble ».
Lorsque les Qoraïchites eurent échoué dans ces négociations, incapables de convaincre Abou Tâlib de la nécessité de freiner le Messager d'Allah SAW et de le détourner de l'appel à Allah SWT, ils décidèrent d'emprunter un chemin qu'ils avaient essayé d'éviter par crainte de son issue et des conséquences qui pourraient en découler, à savoir : s’en prendre à la personne du Messager d'Allah SAW.
Le Prophète SAW, face au danger qui menaçait ses compagnons RA et comprenant qu’il ne pouvait pas les protéger ou améliorer leur situation, leur proposa d’émigrer vers l’Abyssinie (l'Ethiopie). Il s’adressa à eux en ces termes :
« Que pensez-vous d’émigrer vers la terre d’Abyssinie car il y a là-bas un roi auprès de qui personne n’est lésé - jusqu’à ce qu’Allah vous apporte un soulagement ? ».
3.La première émigration des musulmans
Ainsi, au mois de Rajab (septième mois de l'année hégirienne) de la cinquième année de l'avènement de la prophétie, eut lieu la première émigration de l’Islam.
Le groupe était composé de 11 ou 12 hommes selon les versions et de 4 femmes et parmi eux se trouvait Othman ibn 'Affan, accompagné de son épouse Rouqaya, la fille du Messager d'Allah. Abou Houdhaïfa et son épouse, Sahla Bint Souhayl, ainsi que Mous’ab Ibn ‘Oumayr, Az-Zoubeyr Ibn Al-Awwam et Abderrahman Ibn ‘Awf SAW avaient également pris part à cette émigration. Le départ de ces émigrants eut lieu dans la nuit par crainte des Qoraïchites. Arrivé sain et sauf en Abyssinie malgré la tentative des Qoraïchites pour le rattraper, ce groupe de musulmans fut bien traité en Abyssinie. Et la louange est à Allah.
Les émigrants restèrent en Abyssinie durant les mois de Cha’aban et de Ramadan. Pendant ce temps à la Mecque, alors qu’il SAW était au milieu de la foule, où se trouvaient également les notables de Qouraïch, le Prophète SAW récita la sourate « les étoiles ». Frappés par cette parole divine, splendide et élégante, les Qoraïchites prêtèrent une oreille attentive et se prosternèrent lorsque le Messager d’Allah SAW récita :
{Prosternez-vous donc à Allah et adorer-Le}
[ Sourate 53 : verset 62].
Lorsqu’ils se rendirent compte que la grandeur de la parole d'Allah SWT les avait conduits à lâcher du lest, pour effacer cette erreur de leur part, ils se mirent à commettre dans toute la mesure du possible, les mêmes actes qu'auparavant. Ils ne cessaient d’adorer les idoles et de persécuter les croyants.
L'information parvint à ceux qui avaient émigré en Abyssinie mais sous une forme totalement différente de la réalité. On leur raconta que les Qoraïchites s'étaient convertis à l'islam en conséquence de quoi ils revinrent à la Mecque au mois de Chawwal (le dixième mois lunaire) de la même année.
Parvenus à proximité de la Mecque, ils s’aperçurent que la conversion des Qoraïchites était illusoire. Certains décidèrent d’entrer clandestinement à la Mecque et furent de nouveau exposé aux supplices, les autres retournèrent en Abyssinie. De nouveaux groupes de croyants les y rejoignirent et leur nombre fut estimé à plus de 80 personnes.
Qouraich Envoie Deux Hommes En Abyssinie
Lorsque les Qoraïchites apprirent que les émigrants s’étaient établis en sécurité en Ethiopie, ils décidèrent d’envoyer deux hommes fermes et robustes de Qouraïch à Al-Najashi (le Négus, roi d’Abyssinie) pour qu’il renvoie les émigrants et les expulsent de son pays. Ils envoyèrent alors ‘Abdullah Ibn Abi Rabi’a et ‘Amr Ibn Al-‘As, chargés de cadeaux à l'intention du Négus et de ses généraux.
Les deux hommes arrivèrent chez les patriarches auxquels ils fournirent des arguments en faveur de l'expulsion des musulmans et leur offrirent les cadeaux afin d’obtenir leur soutien dans leur plaidoirie auprès du Négus. Après cela, ils rencontrèrent le Négus et lui offrirent également des présents que ce dernier accepta.
Ils lui parlèrent ensuite en ces termes : « Ô Roi ! Des jeunes gens insensés se sont réfugiés dans votre pays. Ils ont quitté la religion de leur peuple et n'ont pas pour autant embrassé la vôtre. Ils ont suivi une religion qu'ils ont créée de toutes pièces et que personne ne connaît, ni nous, ni vous-mêmes. Aussi, avons-nous été dépêchés auprès de vous par les nobles de leur peuple, par leurs pères, leurs oncles et leurs clans qui vous demandent de les leur rendre, car ils veillent sur eux mieux que quiconque et savent mieux que quiconque ce qu'ils ont eu à leur reprocher ». Les généraux dirent : « Ô Roi ! Livre-les à ces deux hommes pour qu'ils retournent avec dans leur pays et auprès de leur peuple ».
Le Négus tenait, avant de prendre sa décision, à examiner la question et à écouter toutes les parties. Il envoya donc chercher les musulmans qui, ensuite, se présentèrent, prêts à dire la vérité sous toutes ses formes. Le Négus leur dit : « Quelle est donc cette religion pour laquelle vous vous séparez de votre peuple, sans embrasser la mienne, ni aucune des autres religions ? ».
Ja'far ibn Abi Tâlib RA, en qualité de porte-parole dit :
« Ô roi ! Nous faisions partie des gens de l'ignorance et comme eux, adorions les idoles, mangions de la bête morte, pratiquions les turpitudes, rompions les liens de parenté et maltraitions nos voisins. Les plus forts parmi nous se nourrissaient des plus faibles. Nous vivions ainsi jusqu'au jour où Allah nous envoya un Messager qu'il choisit parmi nous, un Messager dont nous connaissons la généalogie, la franchise, l'honnêteté et la chasteté. Il nous a appelé à croire en un Dieu unique que nous devons adorer, et à abandonner tout ce que nous adorions autre que Lui, nous et nos ancêtres, comme pierres et idoles. Il nous a ordonné de dire la vérité, d’être fidèles à nos engagements, d’honorer les liens de parenté, d’assurer le bon voisinage, d’éviter le crime et le versement du sang. Il nous a interdit la turpitude, le mensonge, l'abus des biens des orphelins et l'accusation des femmes vertueuses. Il nous a ordonné d'adorer Allah, Lui Seul, sans L'associer à rien ni à personne, d’accomplir la prière, de s'acquitter de la Zakat et d'observer le jeune.
Nous avons cru en lui et nous l'avons suivi en ce qui lui venait d’Allah : nous avons adoré Allah, Lui Seul, sans Lui associer aucun autre ; Nous avons considéré comme illicite ce qu'on nous a interdit et comme licite ce qu'on nous a autorisé. Alors notre peuple nous a agressés, torturés, tourmentés à cause de notre religion, afin de nous faire retourner à l'adoration des idoles au lieu d'Allah le Très Haut, et aux perversités que, jadis, nous considérions comme licites. Lorsqu'ils nous eurent contraints, lésés de nos droits, réduits à la misère, ne nous laissant aucune chance de pratiquer notre religion, nous sommes partis vers votre pays ; Nous vous avons choisi à l'exclusion des autres, pour être sous votre protection et nous espérons, ô roi, qu'auprès de vous, nous ne subirons aucune forme d'injustice ».
Le Négus dit alors : « Peux-tu me dire tant soit peu de ce qu'Allah a révélé ? ». Seydina Ja'far (RA) répondit : « Oui ». Le Négus lui dit : « Récite-le-moi ».
Seydina Ja'far (RA) lut des passages de la sourate Mariam. Le Négus pleura alors jusqu’à mouiller sa barbe. Ses évêques pleurèrent aussi à mouiller leurs livres lorsqu'ils eurent entendu la sourate. Le Négus dit ensuite aux évêques : « II ne fait pas de doute que ceci et ce que ‘Issa avait apporté sortent de la même niche ». Se retournant vers les deux émissaires, il dit : « Partez ! Par Allah, je ne vous les livrerai pas. Ils sont sous ma protection ».
Quand ‘Amr Ibn Al-‘As et son compagnon sortirent, le premier dit au second : « Je jure par Allah que demain je reviendrai avec de quoi les faire expulser ». ‘Abdullah Ibn Rab’ia s'adressa à lui en ces termes : « Ne le fais pas car ils sont nos parents, même s'ils nous ont contrariés ».
Cependant ‘Amr Ibn Al-‘As persista dans sa démarche et, le lendemain, il dit au Négus : « Ô roi ! Ils disent des choses étranges au sujet de ‘Issa, le fils de Mariam. Faites-les venir et questionnez-les sur ce sujet ».
Celui-ci envoya chez les musulmans leur demander ce qu'ils disaient au sujet du Messie. Les musulmans se trouvèrent dans l’embarras mais s'entendirent entre eux pour ne dire que la vérité. Dès leur arrivée, à la cour, le Négus les interrogea et Ja'far répondit : « Nous disons de lui ce que nous a enseigné notre Prophète à savoir que ‘Issa est le serviteur d’Allah, Son messager, Son esprit et Sa parole qu’Il a insufflé à la vierge Mariam ».
Le Négus ramassa un bâton à terre et dit : « Par Allah ! Ce que tu viens de dire ne dépasse la vérité sur ‘Issa Ibn Mariam d’une longueur plus grande que ce bâton ». Voyant que ses généraux grommelèrent, il leur dit : « Ne vous en déplaise ! ». Il dit ensuite aux musulmans : « Allez ! Vous êtes en sécurité dans mon pays, quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende, quiconque vous insulte paiera une amende. Je n'aimerais pas avoir une montagne d'or si je devais l'obtenir en portant préjudice à l'un d'entre vous ». Puis il ordonna à son entourage : « Rendez les présents apportés par les deux émissaires, je n’en ai aucun besoin. Par Dieu, Dieu ne m’a point demandé de pot-de-vin pour me rendre mon royaume, si bien que je prendrais quelque pot-de-vin à mon tour. » Les deux émissaires s’en allèrent humiliés et défaits et ramenèrent à leur peuple les présents refusés par le Négus...
Les émigrants demeurèrent ainsi dans ce pays hospitalier, entourés des meilleurs voisins.
Soit dit en passant, Négus embrassa l’islam par la suite. Il décéda alors que le Messager de Dieu — paix et bénédictions sur lui — était à Médine. Ce dernier fut informé par l’Ange Jirîl de son décès ; il annonça à son tour la nouvelle aux musulmans et présida à la prière funèbre faite ad absentia en faveur du Négus et implora le pardon de Dieu pour lui...
La conversion de Seydina `Umar Ibn Al-Khattâb (RA)
À cette époque, `Umar Ibn Al-Khattâb — que Dieu l’agrée — était un jeune homme vigoureux, dans la force de l’âge. Il avait alors entre trente et trente cinq ans. Fort, au caractère tranchant, il était de nature à verser rapidement dans la colère et se montrait distant à l’égard de l’Islam et des musulmans. À l’opposé, il manifestait bienfaisance et tendresse envers ses proches. Cela étant, il fut ennuyé par l’émigration d’un certain nombre de musulmans vers l’Abyssinie et la protection que Négus leur accordait. Chagriné par leur départ, il lui pesait de les voir quitter leur terre et leurs proches.
Un jour, alors que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — était réuni avec ses compagnons dans quelque demeure, `Umar apprit cela et sortit de chez lui, brandissant son épée, porté par la colère et l’ardeur de l’Ignorance [1]. Sur son chemin, il croisa un homme de sa tribu, du nom de Nu`aym Ibn An-Nahâm, qui avait embrassé l’Islam secrètement. Ce dernier s’enquit : « Où vas-tu, `Umar ? » Il rétorqua : « Je veux voir Muhammad, celui qui a divisé Quraysh, s’est moqué de ses idéaux, a critiqué sa religion et a injurié ses divinités, pour le tuer. » Nu`aym lui répondit : « Par Allâh, `Umar, tu es tombé sur la tête... Penses-tu que le clan des Banû `Abd Manâf t’épargnera si jamais tu tues Muhammad ?! Ne retournerais-tu pas plutôt chez toi pour redresser les tiens ? » Et `Umar de s’exclamer : « Les miens ? Qu’ont-ils ? » Nu`aym dit : « Ta sœur, Fâtimah Bint Al-Khattâb et son époux, Sa`îd Ibn Zayd Ibn `Amr [2] — ton cousin — par Dieu, tous deux ont embrassé l’Islam et suivi Muhammad dans sa religion. Occupe-toi d’eux plutôt... »
`Umar (RA) rebroussa chemin et se dirigea vers la maison de sa sœur qui, en compagnie de son époux, recevait Khabbâb Ibn Al-Aratt qui leur faisait réciter la sourate Taha à partir d’un parchemin. Lorsque `Umar s’approcha de la maison et qu’ils sentirent sa présence, Khabbâb se trouva une cachette et Fâtimah s’empressa de cacher le parchemin. `Umar entra et, sur un ton inquisiteur, questionna : « Qu’étaient ces murmures que j’ai entendus ? » Elle lui dit que ce n’était rien. Mais `Umar insista : « Si ! Par Allâh, j’ai appris que vous aviez suivi Muhammad dans sa religion ! » Il s’en prit alors à son cousin Sa`îd, mais Fâtimah s’interposa entre lui et son époux. `Umar lui porta un coup qui fit couler le sang de son visage. C’est alors que les deux époux se révoltèrent en avouant : « Oui, nous avons embrassé l’Islam et nous croyons en Dieu et en Son Messager. Agis donc comme bon te semble ! » À la vue du sang de sa sœur, `Umar, confus, fut saisi de regret et lui demanda avec douceur : « Donne-moi ce parchemin que vous lisiez, que je vois ce que Muhammad prêche... » Elle lui dit : « Mais nous craignions que tu l’abîmes. » Il jura de le lui rendre. Elle lui dit qu’il était toujours païen et que seuls les gens purifiés étaient en droit de toucher ce parchemin. `Umar prit un bain et saisit le parchemin que lui tendit sa sœur.
Il lut le début de la sourate Taha et dit : « Que ces paroles sont belles et nobles ! » Entendant cela, Khabbâb sortit de sa cachette et lui dit : « Par Allâh, je souhaite qu’Allâh te choisisse pour soutenir le message de Son Prophète, car hier je l’entendis dire : "Ô Allâh ! Renforce l’Islam par Abu Al-Hakam Ibn Hishâm ou `Umar Ibn Al-Khattâb." `Umar ! Tu t’exposes là à un bienfait immense. » `Umar répondit à Khabbâb : « Dis-moi où trouver Muhammad, afin que j’aille embrasser l’Islam auprès de lui. »
Khabbâb lui indiqua le chemin et `Umar pressa son pas, avec un cœur attendri et apaisé, subjugué par la magnificence suprême des versets qu’il avaient lus, la noblesse du sens qu’ils véhiculent et la grandeur de leur message. Il frappa à la porte de la maison où se trouvait le Prophète. Un homme regarda au travers d’une fente dans la porte et annonça effrayé : « Ô Messager d’Allâh, c’est `Umar, brandissant son épée ». Hamzah Ibn `Abd Al-Muttalib dit : « S’il est venu à la recherche de quelque bien, nous le lui octroierons volontiers. Mais s’il nous veut du mal, c’est avec son épée que nous le tuerons. »
Avec la permission du Prophète — paix et bénédictions sur lui —, `Umar entra et annonça sa conversion à l’Islam. Alors le Prophète et ceux qui étaient en sa compagnie s’écrièrent avec joie « Allâhu Akbar ! ». `Umar sortit et rendit sa conversion publique. Il refusa que les musulmans pratiquent secrètement leur religion ou qu’ils se rendent dans les maquis de la Mecque pour accomplir la prière, loin de la persécution infligée par Quraysh. Il s’attela ainsi à la lutte contre Quraysh, si bien qu’il accomplit la prière ouvertement près de la Ka`bah et les musulmans purent enfin se joindre à lui.
Qu’ALLAH SWT LES AGREE DAVANTAGE ET SOIT ETERNELLEMENT SATISAFAIT DES PIONNIERS DE CETTE MERVEILLE QU’EST L’ISLAM.
PAIX SUR LES MESSAGERS.
ALLAHOUMMA SOLLI ALA SEYDINA MOUHAMMAD WA ALA ALIHI WA SAHBIHI WA SALIM.


