L’embargo
L’échec sévère essuyé par leur délégation auprès du Négus, la diffusion de l’Islam et le nombre croissant de ses adeptes, avec notamment la conversion de ‘Omar Ibn Al-Khattab et Hamza Ibn ‘Abdel Mouttalib SAW (deux fortes personnalités de la Mecque) : tout cela exaspérait les notables de Qouraïch.
Ils se réunirent donc et décidèrent d’écrire un document contre les Bani Hashim et les Bani Al-Mouttalib, en raison de leur lien de parenté avec Mohammad SAW.
Ils stipulèrent qu’ils ne devaient pas épouser les femmes appartenant à ces deux tribus, ni accorder leurs propres femmes en mariage avec leurs hommes, et qu’ils ne devaient pas faire le commerce avec eux.
S’étant mis d’accord sur ces stipulations, ils les assignèrent par écrit dans un document (sahifah) qu’ils suspendirent à l’intérieur de la Ka’ba, pour mieux se l"affirmer. Après cela, les Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib, hommes, femmes et enfants se retirèrent dans le fief (shi’b) d’Abou Tâlib, excepté Abou Lahab qui s’allia aux Qoraïchites et les soutint. Cet isolement débuta durant l’an sept de la mission du Prophète SAW.
Le boycott fut imposé pendant trois ans environ. Certains habitants de la Mecque, comme Hishâm Ibn `Amr, emmenaient clandestinement de la nourriture et de l’eau aux musulmans dans le maquis d’Abû Tâlib. La cohabitation des musulmans avec les non-musulmans parmi les Banû Hâshim et les Banû Al-Muttalib eut un grand impact sur ces derniers. En effet, ils voyaient les musulmans faire leurs ablutions, accomplir la prière, s’entretenir avec leur Seigneur pendant la nuit, s’aimer les uns les autres, montrer de l’affection les uns envers les autres. À cela s’ajoutent les préceptes de l’islam qui prêche en faveur de la réflexion et de l’éveil des consciences, en sus des preuves et des arguments rapportés par les versets démontrant l’unicité de Dieu — Exalté soit-Il —, tant et si bien que cela ébranla l’estime qu’ils avaient pour les idoles, leur révéla l’égarement dans lequel ils étaient et ouvrit leurs cœurs et leur raison à l’islam...
Par ailleurs, ce boycott suscita la curiosité des gens qui affluaient chaque année a la Mecque pour le pèlerinage ou quelque commerce. Ces visiteurs se retrouvaient ainsi dans les marchés de `Ukâdh, Mijnah et Dhû Al-Majâz et s’interrogeaient au sujet de ces gens qui étaient sur le point de mourir de faim : Quel crime avaient-ils commis pour mériter ce ban, cette inimitié, cette animosité et cette cruauté ?! Ces interrogations suscitèrent la compassion des âmes sensibles envers les musulmans... Les mois sacrés et le pèlerinage étaient des rendez-vous privilégiés durant lesquels les bannis avaient la possibilité de se rendre dans les marchés, de rencontrer les visiteurs de la Mecque et leur exposer les principes de l’islam. Le Prophète — paix et bénédictions sur lui — les invitait à croire en Dieu sans associés et leur récitait les versets du Coran. Nombre d’entre eux furent convaincus, ce qui poussa les chefs de la Mecque à prendre les devants et à rencontrer les pélerins avant que le Prophète — paix et bénédictions sur lui — ne les rencontre. Ils les mettaient alors en garde contre la magie de son verbe, et affirmaient que son discours était tel un sort qui séparerait l’homme de son père, de son frère, de son épouse et de son clan, et que les événements survenus à la Mecque constituaient une leçon en la matière...
Le ban dura tellement longtemps et les musulmans endurèrent tellement de difficultés de la part de Quraysh — alors qu’ils sont leurs enfants, leurs frères, leurs belles familles et leurs cousins — que certains mecquois regrettèrent l’injustice et la cruauté commises envers ces gens qui étaient sur le point de mourir de faim. Cinq mecquois se réunirent — à savoir Hishâm Ibn `Amr, Zuhayr Ibn Umayyah, Al-Mut`im Ibn `Adiyy, Zam`ah Ibn Al-Aswad et Abû Al-Bakhtarî Ibn Hishâm — et se jurèrent d’œuvrer à la destruction de l’édit suspendu à l’intérieur de la Ka`bah consignant l’accord des chefs mecquois de bannir le Prophète — paix et bénédictions sur lui — et toute personne qui se rangerait de son côté.
La Révocation Du Document Stipulant L'embargo
Après ces trois années de souffrance, en l'an 10 de la mission prophétique, le document stipulant l’embargo des Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib fut détruit et le pacte rompu. En effet, parmi les Qoraïchites, certains étaient satisfaits du pacte, d'autres insatisfaits. Ces derniers s'employèrent à faire rompre le pacte. L'initiateur des démarches ayant abouti à la rupture fut Hicham Ibn ‘Amr (appartenant à Bani ‘Amir Ibn Lou'ay) qui avait l'habitude d'accéder au fief, la nuit, pour secrètement apporter de la nourriture à Bani Hashim et Bani Al-Mouttalib.
Hicham contacta 4 autres personnes qui, comme lui, désapprouvaient cet acte injuste et arbitraire. Il s’agissait de Zouhir Ibn Abi Oumayya Al-Makhzoumi (dont la mère était ‘Atika, la fille de Abdel Mouttalib), Al-Mout’im Ibn ‘Ady, Abou Al-Bakhtari Ibn Hicham et Zom’a Ibn Al-Aswad. Ils se réunirent tous et prirent l'engagement de rompre le pacte. Zouhir dit : « Je serai le premier à parler ».
Ils se rendirent donc à la Ka`bah ; l’un d’eux s’écria : "Ô gens de la Mecque, allons-nous goûter à la nourriture, porter des vêtements, tandis que les Banû Hâshim sont en train de périr, nul n’achète leur marchandise et nul ne leur en vend ? Par Dieu, je ne resterai point assis tant que cet édit injuste ne sera pas déchiré." Abû Jahl s’écria : "Menteur ! Par Dieu, il ne sera point déchiré !" Les quatre autres s’écrièrent : "Si, il sera déchiré et mis en pièces..." Abû Jahl répondit : "Il s’agit là d’une affaire fomentée pendant la nuit." Sentant qu’il avait affaire à un coup prémédité et que son opposition pouvait entraîner un esclandre, il fit marche-arrière. Al-Mut`im Ibn `Adiyy se leva pour déchirer l’édit, et dut constater que les termites l’avaient dévoré et qu’il n’en restait que la portion où il était écrit « Au nom d’Allâh ». ALLAHOU AKBAR !
La destruction de l’édit permit aux bannis de redescendre du maquis d’Abû Tâlib (RA) et de se rendre de nouveau à la Mecque où ils avaient désormais le droit d’entretenir toutes sortes de transactions avec tout le monde...
Arriva à la Mecque une vingtaine d’hommes chrétiens ayant entendu les nouvelles du Prophète — paix et bénédictions sur lui — en Abyssinie. Ils le rencontrèrent près de la Ka`bah, l’interrogèrent et discutèrent avec lui, alors que les Qurayshites étaient dans leurs lieux de rencontre habituels dans les environs de la Ka`bah. Lorsqu’ils en eurent terminé avec leurs questions, le Messager de Dieu — paix et bénédictions sur lui — les invita à embrasser l’islam et leur récita les versets du Coran. À l’écoute de sa récitation, les larmes débordèrent de leurs yeux, ils acceptèrent l’appel de Dieu, apportèrent foi en Son Messager, crurent en lui et reconnurent en lui la description annoncée dans leurs livres saints. Lorsqu’ils le quittèrent, Abû Jahl accompagné d’un groupe de Qurayshites les arrêtèrent et les insultèrent, mais ces derniers s’en détournèrent disant : « À nous notre affaire, et à vous la vôtre... »
Ainsi, le Prophète — paix et bénédictions sur lui — retourna-t-il à la Mecque avec ses disciples et y prêcha de nouveau son Message parmi les tribus qui s’y rendaient pendant les mois sacrés.
Toutefois, malgré leur nombre conséquent, les musulmans continuèrent à subir les exactions de Quraysh.
L’année de la tristesse
Après cette épreuve de 3 années, Seydina Abou Tâlib (RA), qui continuait d'assurer son neveu de sa protection, avait dépassé les 80 ans. Les souffrances et les événements qui se succédaient depuis des années - notamment le blocus du fief - avaient usé et affaibli ses articulations, et eu raison de sa solidité. Ainsi, quelques mois après sa sortie du fief, il fut atteint d'une maladie assez sérieuse.
Alors, dans la crainte de salir leur réputation parmi les arabes, ce qui serait le cas, s'ils attendaient jusqu'après sa transition pour s'attaquer à son neveu, les notables de Qouraïch essayèrent, encore une fois, de négocier avec le Messager
d'Allah SAW en sa présence. Ils décidèrent de faire des concessions qu'ils n'avaient pas voulu accepter de faire auparavant. A cette fin, ils constituèrent une délégation, la dernière qu'ils devaient envoyer auprès d'Abou Tâlib (RA).
Ils allèrent donc le trouver et lui parlèrent.
Leur délégation était constituée des dignitaires de leur peuple : 'Otba Ibn Rabi'a, Chayba Ibn Rabi'a, Abou Jahl Ibn Hichâm, Oumayya Ibn Khalaf, Abou Soufyan Ibn Harb et d'autres notables de leur tribu.
Ils dirent : « Ô Abou Tâlib ! Tu occupes parmi nous la place que tu connais. Te rendent visite aujourd'hui ceux que tu vois ici. Nous craignons pour toi. Mais tu sais aussi ce qui nous oppose à ton neveu. Alors appelle-le ! Et qu'il se détourne de nous et que nous nous détournions de lui ! Qu'il nous laisse avec notre religion et que nous le laissions avec la sienne ! »
Seydina Abou Tâlib (RA) envoya chercher le Prophète qui SAW, aussitôt se présenta. Son oncle lui dit : « Neveu, voici les dignitaires de ton peuple, ils se sont réunis pour toi, afin de te donner et de prendre de toi ! ». Il l'informa ensuite de ce que ces dignitaires avaient dit et proposé pour éviter la confrontation.
Le Messager SAW leur répondit : « En vérité, il suffit d’une seule parole que vous me donniez et vous présideriez au destin des Arabes et seriez suivis par les autres nations. »
Abû Jahl lui dit : « Eh bien, nous te donnerions non pas une mais dix paroles. » Le Prophète SAW dit : « Vous attestez qu’il n’y a de divinité qu’Allâh et vous abandonnez le culte des idoles que vous adorez en dehors de Lui. »
L’auditoire s’exclama : « Veux-tu, Muhammad, réduire les divinités à un dieu unique ? En voilà une idée ! »
Puis se tournant les uns vers les autres, ils constatèrent : « Vous n’obtiendrez rien de cet homme, partez donc et conservez la religion de vos parents jusqu’à ce qu’Allâh tranche entre vous et lui. » Sur ce, ils s’en allèrent et Abû Tâlib (RA) dit au Prophète SAW : « Par Allâh, mon neveu, tu ne leur as rien demandé de déraisonnable que je sache. »
Sur le cas de ces gens, Allah SWT révéla à son Messager SAW les versets ci- après :
{Sâd. Par le Coran au nom glorieux ! Ceux qui ont mécru sont plutôt dans l'orgueil et le schisme ! Que de générations avant eux avons-nous fait périr qui ont crié : « hélas » quand il n'était plus temps d'échapper ? Et ils (les Mecquois) s'étonnèrent qu'un avertisseur parmi eux leur soit venu, et les infidèles disent : « C'est un magicien et un grand menteur. Réduira-t-il les divinités à un Seul Dieu ? Voilà une chose vraiment étonnante ». Et leurs notables partirent en disant : « Allez-vous-en et restez constants à vos dieux : c'est là, vraiment une chose souhaitable}
[ Sourate 38 : versets 1 à 6]
Quelques temps après, voyant que son oncle était au chapitre de l’agonie, le Messager de Dieu SAW à son chevet, le convia à embrasser l’islam et lui demanda de dire la profession de foi.
Il est rapporté qu’il ne l’a pas prononcé mais nous retenons que Seydina Abû Tâlib (RA) transita après avoir été un appui indéfectible, un protecteur et un parent affectueux pour le Prophète SAW. Or Il SAW a dit que « l’homme est avec celui qu’il a aimé ». Nous rejetons donc l’hypothèse selon laquelle il (RA) serait réprouvé. SOUBHANALLAH.
Quelques temps après la transition d'Abou Tâlib (RA) (les biographes divergent sur le temps écoulé entre ces deux évènements) Sayyida Khadija Bint Khouwaylid transita RA. Durant le mois de Ramadan (10e jour selon certains) de la 10ème année après la révélation.
Elle était alors âgée de 65 ans, alors que le Prophète SAW avait à l'époque 50 ans.
Khadija (RA) était l'une des grandes faveurs qu'Allah SWT accorda à Son Messager SAW.
Elle resta avec le Prophète SAW pendant un quart de siècle, le couvrant de sa tendresse dans ses moments d'inquiétude, collaborant avec lui dans ses moments les plus critiques, l'aidant à communiquer son message, participant aux durs efforts nécessités par cet engagement et le réconfortant d'elle-même et de ses biens.
Le Messager SAW a dit à ce propos :
"Les femmes les plus élevées au Paradis sont Khadidja Bint Khuwaylid ; Fatima Bint Mohammed (SAW) ; Asiyah Bint Muzahim et Maryam Bint Imran [la Mère de Jésus]". (RA)
"Les meilleures de toutes les femmes sont au nombre de quatre : Maryam Bint Imran [la mère de Jésus ; Khadidja Bint Khuwaylid ; Fatima Bint Mohammed et Asiyah, l'épouse de pharaon".
"Umm Al-Mu'minin Aicha (RA) a déclaré ceci : "Un jour, le Messager de Dieu se remémorant Khadidja, j'en fus jalouse et lui dis qu'elle était âgée et d'autres choses, et que maintenant Dieu, en ma personne, lui avait procuré une épouse bien meilleure. Le Messager de Dieu SAW me répondit ceci :
"Dieu ne m'a jamais procuré une épouse meilleure ; Khadidja crut en ma Prophétie alors que les autres se refusaient à me suivre ; elle témoigna et prit fait et cause en faveur de mes paroles alors que les autres les contredisaient ; elle mit toute sa fortune à ma disposition alors que tous les autres m'abandonnaient ; Allah m'a béni d'enfants par elle et non par aucune autre épouse."
QU’ALLAH SWT SOIT DAVANTAGE ET ETERNELLEMENT SATISFAIT D’ELLE.
Ces deux événements douloureux qui se succédèrent dans un faible intervalle de temps remplirent le Prophète SAW de tristesse et d'affliction.
Pourtant, pour celui-ci, les épreuves s’enchaînèrent ensuite, en provenance de son peuple. En effet, ses ennemis devinrent audacieux à son égard et l'attaquèrent ouvertement comme ils ne l'avaient jamais fait du vivant de son oncle.
On rapporte par exemple qu’un insolent parmi les Qoraïchites a même osé le rencontrer pour lui jeter de la poussière sur la tête. Lorsque le Prophète SAW rentra chez lui la tête couverte de poussière, une de ses filles se mit à le nettoyer, en pleurant.
L’Envoyé d’Allah SAW lui dit : « Ne pleure pas ma fille car Allah protège ton père ». Et il ajoutait : « Qouraïch ne m'avait pas traité de la sorte, jusqu'à la transition (décès) d'Abou Tâlib ».
SOUBHANALLAH ! regardons un peu l’affliction de notre bien-aimé Prophète SAW
Le Prophète se rend à Taif pour trouver un appui
Après ce que les Qouraïchites firent subir comme outrages au Prophète SAW, ce dernier décida de se rendre à Taïf pour y trouver un soutien, espérant que les membres de la tribu de Thaqif croiraient en sa mission.
Arrivé à Taïf, il se dirigea vers trois frères parmi les chefs de la tribu de Thaqif à savoir ‘Abd Yalil, Mas’oud et Habib, les enfants de ‘Amr Ibn ‘Omaïr. Il s'installa parmi eux et les appela à croire en Allah SWT, à soutenir la propagation de l'Islam et à l’aider contre ses opposants parmi son peuple.
Le premier répondit alors qu'il allait déchirer le voile de la Kaaba si Allah SWT l'avait envoyé.
Le deuxième dit : « Allah n'a-t-il pas trouvé un homme mieux que toi comme messager ? »
Le troisième dit : « Je ne te parlerai jamais. Si tu étais un Messager tu serais trop important pour que je puisse te répondre, et si tu mentais sur Allah, il ne conviendrait pas que je te parle ».
Sur ces mots, le Messager d'Allah SAW se leva et leur demanda de ne rien révéler de cette entrevue à Qouraïch.
Mais ils ne gardèrent pas le secret. Au contraire, ils excitèrent contre lui les idiots parmi eux et leurs esclaves qui le chahutèrent et l’injurièrent au point d'ameuter les gens autour de lui. Ils se mirent tous à lui jeter des pierres et à lui adresser des grossièretés. Zayd Ibn Haritha RA, qui le protégeait de son corps, fut blessé à la tête.
Le Prophète trouva finalement refuge dans un jardin appartenant à ‘Otba et à Chayba, les deux enfants de Rabi’a.
Peiné, il s’assit à l’ombre d’un arbre. Puis il leva les yeux vers le ciel et implora : « Ô Allâh, je me plains à Toi de la faiblesse de mon pouvoir, de la petitesse de ma ruse, du peu de considération que les gens me réservent. Ô Toi Qui es le plus Miséricordieux des miséricordieux, Tu es le Seigneur des faibles et Tu es Mon Seigneur. À qui me confies-tu ? À des gens distants qui me réservent un piètre accueil ? Ou bien à des ennemis à qui tu as donné la mainmise sur moi ? Si cela n’est pas signe de Ton courroux contre moi, alors peu me chaut. Néanmoins, Ton bienfait est certes plus à même de m’envelopper. Je cherche refuge dans la Lumière de Ta Face qui a éclairé les ténèbres et redressé le destin de ce bas-monde et de l’au-delà contre le fait d’être l’objet de Ton courroux, ou de suciter Ta colère. Je te présente mes excuses jusqu’à ce que Tu sois Satisfait. Il n’y a certes aucune force ni aucune puissance en dehors de Toi. »
La Rencontre avec 'Addas
Lorsque les deux enfants de Rabi’a le virent et s’aperçurent qu’il souffrait, ils appelèrent un domestique chrétien du nom de ‘Addas et lui dirent : « Cueilles de ce raisin, mets-le dans un plat et portes-le à cet homme ».
‘Addas s'exécuta. Il posa la grappe devant le Messager d'Allah SAW, qui, tendant alors la main dit : « Au nom d'Allah » avant de manger.
Le garçon dit : « Les gens de ce pays ne prononcent pas une telle parole ». Le Prophète dit : « Et toi, de quel pays viens-tu ? ». ‘Addas répondit : « Je suis chrétien, originaire de Ninive ». Le Messager d'Allah reprit : « Tu es originaire du village d'un homme vertueux : Younous Ibn Matta ».
Le garçon dit : « Comment connais-tu Younous Ibn Matta ? ».
Le Prophète SAW répondit : « C’est mon frère. C'était un Prophète et moi aussi je suis Prophète ». Cela dit, ‘Addas se mit à embrasser la tête, les mains et les pieds du Prophète SAW
Les enfants de Rabi’a se dirent alors l'un à l'autre : « Voilà, il a corrompu ton domestique ». Au retour de ‘Addas, ils lui dirent : « Malheur à toi ! Pourquoi as-tu embrassé la tête, les mains et les pieds de cet homme ? »
Le garçon répondit : « Maître ! Il n'existe pas sur terre meilleur homme que lui. Il m'a informé d'une chose que seul un Prophète peut savoir ».
Ils lui dirent : « Malheur à toi ! Qu’il ne te détourne pas de ta religion car ta religion est meilleure que la sienne ».
Le Messager d'Allah SAW prit la route du retour à la Mecque après avoir quitté ce jardin.
Le groupe de djinns
Il SAW partit de Taïf en direction de la Mecque, déçu par la tribu de Thaqif. Il passa par la vallée de Nakhlah, située à environ un jour de marche de la Mecque, où il se mit à prier. C’est alors qu’un groupe de djinns vint à passer par là. Ils se mirent à l’écouter. Quand le Messager d’Allah eut fini, ils retournèrent à leur peuple pour les avertir.
Allah SWT en a fait mention dans le Coran :
« [Rappelle-toi] lorsque Nous dirigeâmes vers toi une troupe de djinns pour qu'ils écoutent le Coran. Quand ils assistèrent [à sa récitation], ils dirent : « Ecoutez attentivement ». Puis, quand ce fut terminé,
ils retournèrent à leur peuple, en avertisseurs.
Ils dirent : « Ô notre peuple ! Nous venons d'entendre un Livre qui a été descendu après Moïse, confirmant ce qui l'a précédé. Il guide vers la vérité et vers un chemin droit. Ô notre peuple ! Répondez au prédicateur d'Allah et croyez en lui. Il (Allah) vous pardonnera une partie de
vos péchés et vous protégera contre un châtiment douloureux »
[ Sourate 46 - Versets 29-31]
« Dis : Il m'a été révélé qu'un groupe de djinns prêtèrent l'oreille, puis dirent : « Nous avons certes entendu une lecture (le Coran) merveilleuse, qui guide vers la droiture. Nous y avons cru et nous n'associerons jamais personne à notre Seigneur » [Sourate 72 - Versets 1 et 2]
TOUTE LA LOUANGE SOIT RENDUE A CE SEIGNEUR INFINIMENT COMPATISSANT QUI NE NOUS PRIVE QUE POUR NOUS ACCORDER CE QUI EST MEILLEUR.
Le Prophète SAW retourna à la Mecque la tristesse dans le cœur après avoir demandé aux Thaqîf de taire son passage chez eux afin que les Quraysh ne le raillent pas davantage. Mais Quraysh eut vent de l’affaire et redoubla de violence et de raillerie à son égard.
Le Prophète SAW commença alors à faire des propositions aux différentes tribus qui se rendaient en pèlerinage à la Mecque. Il les invitait à croire en Dieu exclusivement et les informait qu’il était un Prophète investi d’une mission. Il leur parlait de l’islam, de ses préceptes qui faisaient la promotion de la vertu et de ce qui attendait les hommes après la mort en matière de résurrection et de jugement, débouchant ultimement sur le paradis ou sur l’enfer. Il ne se contenta pas de les rencontrer à la Mecque, il alla même à leur rencontre sur leurs terres. Il se rendit ainsi chez les tribus de Kindah, Kalb, Banû Hanîfah et Banû `Âmir Ibn Sa`sa`ah, en vain. Son oncle `Abd Al-`Uzzâ Ibn `Abd Al-Muttalib — Abû Lahab — le suivait partout où il allait et incitait les gens à ne pas l’écouter accusant son neveu d’être un poète, ou d’être un sorcier, entre autres accusations, ce qui ne faisait qu’ajouter à la peine du Prophète SAW.
Il SAW était peiné par les torts que lui infligeaient ses proches, du rejet de son Message, du dédain et de la dérision que lui réservaient ceux qu’il appelait pourtant au salut et à la réussite dans les deux Demeures, feignant d’oublier qu’il ne leur réclamait aucun salaire pour lui-même, ni argent, ni prestige, ni pouvoir. À cela s’ajoutait la profonde affliction due à la perte de l’amour et de l’affection de sa défunte épouse ainsi que la perte de la protection de son défunt oncle qui l’avait élevé, pris en charge et entouré de tous les soins.


